vignette|Manécanterie attenante à la cathédrale Saint-Jean de Lyon. Construit par Leidrade, cet édifice était originellement la demeure des chanoines de Saint-Jean.
Leidrade (en latin Laidradus ou Leidradus, ou, selon son autographe, Leidrat), né vers 743-745 dans la région de Nuremberg, dans l'ancien Norique, et mort un , en 821 ou peu après, à l'abbaye Saint-Médard de Soissons, est un lettré et homme d'Église du temps de Charlemagne, essentiellement connu pour avoir été évêque de Lyon (de 798-799 à 816).
Biographie Origines, formation et débuts dans la carrière ecclésiastique Leidrade naît dans l'ancien Norique, ou plus exactement en Bavière, dans la région de Nuremberg, à une date mal connue, vraisemblablement vers 743 ou 745. Il est certainement issu d'une famille aristocratique. Sa formation intellectuelle s'effectue à l'école épiscopale de Freising, à l'époque où un scriptorium appelé à un ample développement se constitue en ce lieuLa formation bavaroise de Leidrade a été éclairée par Bernhard Bischoff, Die südostdeutschen Schreibschulen und Bibliotheken in der Karolingerzeit, I. Die bayerischen Diözesen (= Sammlung bibliothekswissenschaftlicher Arbeiten, 49). Leipzig, 1940, p. 60, 64 et 83-85 (avec références).. Le jeune Leidrade devient diacre de cette église de Freising vers la fin des années 760 ou au début des années 770Voir Josef Semmler, « Zu den bayrisch-westfränkischen Beziehungen in karolingischer Zeit », in Zeitschrift für bayerische Landesgeschichte, 29 (1966), p. 334-424, spéc. 391-392 et 402-403.. À une date indéterminée, probablement aux alentours de 780, il est appelé à la cour de Charlemagne et figure dès lors parmi les lettrés dont le roi aime à s'entourer. Il est attaché après 782 à l'école du Palais, où il devient le disciple préféré d'Alcuin et peut-être le bibliothécaire de CharlemagneLe titre de bibliothécaire n'existait pas auparavant ; on a donc mis en doute cette fonction de Leidrade, qu'aucune source connue n'a pu confirmer pleinement.. Sa désignation comme doyen du chapitre de Zurich et son séjour dans cette ville pendant 11 ans, relèvent d'une tradition dépourvue d'autoritéA. Coville, Recherches (1928), p. 294 et n. 5.
Son activité de missus dominicus (797-799) En 797-798, Leidrade est envoyé par Charlemagne comme missus dominicus en compagnie de Théodulf d'abord en Septimanie, puis en Espagne, pour citer l'évêque Félix d'Urgell, accusé d'adoptianisme. Il entre alors en rapport avec Benoît d'Aniane et avec Nimfridius, abbé de Lagrasse et futur archevêque de NarbonneSur Nimfridius (et non Nébridius), voir P. Boulhol, Claude de Turin (2002), p. 18-19, 21 et 54-55 et n. 26.. Leidrade s'acquitte de sa mission avec zèle et acquiert ainsi une stature éminente : il envoie en effet Félix s'expliquer au concile d'Aix-la-Chapelle en 799 (et non 800), et il s'occupe lui-même, dans l'évêché d'Urgel, de corriger les fautes du pasteur incriminé. Durant cette seconde phase de sa mission (automne 799), Leidrade ne parvient pas à faire céder Élipand de Tolède, l'autre évêque adoptianiste, mais il réussit en revanche, selon le témoignage d'une lettre d'AlcuinAlcuin, Epist. 208 (à Arn de Salzbourg), éd. E. Dümmler, p. 346, 14-18. Sur cette mission, voir : Émile Amann, « L'adoptianisme espagnol du », in Revue des sciences religieuses, 16 (1936), p. 281-317, spéc. 316-317 ; Ramón D'Abadal i De Vinyals, La batalla del Adopcionismo en la desintegración de la Iglesia visígoda. Madrid, 1949, p. 157-162 ; Wilhelm Heil, « Der Adoptianismus, Alkuin und Spanien », in W. Braunfels (éd.), Karl der Grosse. Lebenswerk und Nachleben. Düsseldorf, 1965, tome II, p. 95-155 ; John C. Cavadini, The last christology of the West : Adoptionism in Spain and Gaul, 785-820. Philadelphia, University of Pennsylvania Press, 1993, spéc. (concernant Leidrade) p. 82, 185, n. 10 et 189, n. 50., à ramener à l'orthodoxie vingt mille ouailles de Félix.
Son épiscopat lyonnais (798/799-816) À la même époque, en 798, Adon, évêque de Lyon, meurt. Charlemagne nomme alors à sa succession Leidrade, qui est bientôt élu à l'unanimité par le clergé et le peuple. Le Bavarois ne prend véritablement les rênes de l'évêché de Lyon qu'après sa mission en Septimanie et peut-être même après son retour d'Espagne seulement, c'est-à-dire à la fin de l'an 799L'administration intérimaire du diocèse est alors assurée par Eldoinus..
Dès son arrivée dans le diocèse de Lyon, le nouvel évêque institue des écoles de lecteurs et des écoles de chantres (conformément à ladmonitio generalis). Il fonde également un foyer d'études bibliques où l'exégèse origénienne est à l'honneur et que fréquente l'Espagnol Claude, futur évêque de Turin, auquel Leidrade garde son estime toute sa vie, malgré les prises de position controversées de son ancien disciple relativement au culte des imagesVoir à ce sujet P. Boulhol, op. cit. (2002), p. 21 et n. 41 ; 54-55 et n. 27-28.. En outre, Leidrade veille à l'uniformisation et la réforme des pratiques religieuses aux dépens des traditions locales (aidé notamment par un chanoine messin, disciple de Chrodegang de Metz)Ce collaborateur anonyme lui a été, à sa demande, envoyé par Charlemagne, comme l'indique la première lettre de Leidrade au souverain : éd. E. Dümmler, M.G.H., Epistolae, 4 (1895), p. 542, 35-36 : unum de Metensi ecclesia clericum. Il pourrait s'agir d'Amalaire, selon une hypothèse de l'abbé J. Roux (La liturgie de la sainte église de Lyon d'après les monuments. Lyon, 1864, p. 14) jugée très probable par "D.G.M." (dom Germain Morin ?) dans Revue Bénédictine, tome IX (1892), p. 340.. Simultanément, il contribue à la diffusion de textes sûrs, en formant à la copie manuscrite une équipe de clercs comprenant des Hispani (immigrés venus d'Espagne après la seconde mission antiadoptianiste de 799) ; ce groupe constitue sous sa direction un scriptorium actifSur le scriptorium de Lyon à l'époque de Leidrade : Elias Avery Lowe, Codices Lugdunenses antiquissimi. Le scriptorium de Lyon, la plus ancienne école calligraphique de France, in Documents paléographiques, typographiques, iconographiques de la Bibliothèque de Lyon, fasc. 3-4. Lyon, 1924 (52 p.) ; Bernhard Bischoff, « Frühkarolingische Handschriften und ihre Heimat », in Scriptorium, 23 (1968), p. 306-314, spéc. p. 309, 311 et 312 ; Jean Vezin, « Manuscrits présentant des traces de l'activité en Gaule de Théodulphe d'Orléans, Claude de Turin, Agobard de Lyon et Prudence de Troyes », in Coloquio sobra circulación de códices y escritos entre Europa y la Península en los siglos VIII-XIII… (1982). Santiago de Compostela, 1988, p. 157-171 ; Louis Holtz, « L'évêque, le diacre et le manuscrit. Un grand moment de l'histoire du livre à Lyon : la bibliothèque épiscopale du », in Gryphe. Revue de la Bibliothèque de Lyon, 2002, n° 5, p. 28-34 ; P. Radiciotti, « "Roma et Germania a confronto » (2008).. Pour s'aider dans sa tâche pastorale, il crée la fonction de chorévêque (chorepiscopus), tenue par deux personnes qui représentent son autorité dans les campagnes du diocèseVoir M. Rubellin, Église et société chrétienne (2003), p. 188-189..
Leidrade se lance également dans un ambitieux programme de restauration des divers établissements religieux de Lyon (et des environs comme à l'île Barbe et Saint-Rambert-en-Bugey)Ces diverses réalisations sont rapportées par l'évêque lui-même dans la première (circa 810-811) des deux lettres à Charlemagne conservées ; le texte latin en a été édité imparfaitement dans la Patrologie Latine (PL), tome 99, col. 871-873, et sur un meilleur manuscrit par E. Dümmler en 1895 dans les M.G.H. (voir infra, note 21) ; l'on en trouve la traduction et l'analyse chez M. Rubellin, op. cit. (2003), p. 148-151.. Il rebâtit les églises de Saint-Nizier, Sainte-MarieCette basilique Sainte-Marie, que connaissait déjà Grégoire de Tours (In gloria confessorum, 64 ; MGH, SRM, I/2, p. 335, 28) et que restaura donc Leidrade, pourrait être identifiée soit à Notre-Dame-de-la-Platière, soit à Notre-Dame-de-la-Saunerie : Jean-François Reynaud, Lugdunum christianum. Lyon du : topographie, nécropoles et édifices religieux. Paris, Ėditions de la Maison des Sciences de l'Homme, 1998, p. 198., Saint-Paul, Saint-Georges et l'abbaye de Saint-Pierre-les-Nonnains de Lyon recevant des moniales. Le complexe épiscopal est l'objet de sa plus grande sollicitudeVoir J. Gadille & alii, op. cit. (1983), p. 54.. Il fait remettre à neuf Saint-Jean-Baptiste, répare le toit de Saint-Étienne, restaure les maisons épiscopales, construit un cloître pour les clercs et leur impose le vie commune. En une dizaine d'années, Leidrade efface les traces des dévastations du siècle précédent.
Il lutta aussi beaucoup contre les spoliations des biens de l'Église par les laïcs, sans grands résultatsVoir J. Gadille & alii, op. cit. (1983), p. 56..
Appelé à Aix-la-Chapelle en 811, il est, au début de cette même année, l'un des trente témoins (11 évêques, 4 abbés et 15 comtes) signataires du testament de CharlemagneEginhard, Vita Karoli, éd. L. Halphen. tirage, Paris, Les Belles Lettres, 2007, p. 100..
Sa retraite et sa mort En 813, alors que ses ennuis de santé s'aggravent, Leidrade fait d'AgobardSur Agobard, voir James Allen Cabaniss, Agobard of Lyons, churchman and critic. Syracusa (USA, New York), 1953, et surtout Egon Boshof, Erzbischof Agobard von Lyon. Leben und Werk. Köln & Wien, Böhlau, 1969 (= Kölner historische Abhandlungen, 17), qui remplacent l'ouvrage vieilli de Mgr Adrien Bressolles, Saint Agobard évêque de Lyon (760-840). Paris, 1949 (= L'Église et l'État au Moyen Âge, 9) ; voir aussi M. Rubellin, op. cit.. (2003) (qu'il a remarqué et qu'il a ordonné prêtre en 804) son coadjuteur. Bientôt, il renonce définitivement à ses fonctions épiscopales. En effet, peu après la mort de l'Empereur (survenue le ), Leidrade, fatigué, décide de se démettre de sa charge et de se retirer au monastère de Saint-Médard de Soissons. Au mépris de la législation canonique, qui ne permettait pas qu'un évêque fût désigné du vivant de son prédécesseur, il choisit pour lui succéder son fidèle chorévêque Agobard, qu'il semble bien avoir fait alors consacrer par trois évêques, dont probablement Barnard de Vienne. Cette procédure irrégulière souleva des protestations, et il s'ensuivit une longue crise qui aboutit, pour trancher la question, à la tenue d'un synode à Aix-la-Chapelle en : les évêques présents, sans doute encouragés dans ce sens par le nouvel empereur Louis le Pieux, ratifièrent la désignation d'Agobard, lequel se fit aussitôt introniser dans son siège lyonnaisVoir M. Rubellin, op. cit. (2003), p. 189-190, même si l'auteur a tort de conclure que Leidrade, au moment du synode, était « à peu près certainement décédé ».. Leidrade put enfin jouir d'un repos bien mérité à l'abbaye de Saint-Médard de Soissons, où il mourut un , non pas en 816 ou en 817, comme on le lit souvent, mais en 821 au plus tôt, puisque de cette année-là est datée une lettre de l'abbé Théodemir (Theutmirus) de Psalmodi à Claude de Turin dans laquelle il est mentionné comme étant encore en vieVoir l'édition de la lettre de Théodemir par Ernst Dümmler, dans Monumenta Germaniae historica (= MHG), Epistolae, tome IV (= Epistolae aevi Karolini, tome II), 1895, p. 605, 18-23. Si l'année précise de la mort de Leidrade n'est pas connue, le jour l'est en revanche grâce au Nécrologe de Saint-Jean de Lyon, qui signale son décès au cinquième jour des calendes de janvier, c.a.d. au 28 décembre. Voir Marie-Claude Guigue, Obituarium Lugdunense. Lyon, 1864, p. 169 ; Georges Guigue et Jacques Laurent, Recueil des historiens de la France. Obituaires de la province de Lyon. Tome I (diocèse de Lyon, première partie). Paris, Imprimerie nationale, 1951, p. 137 : V kal. obierunt Leidradus episcopus et Adaladis anachorita (…)..
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