Les Gentilshommes ordinaires de la Maison du Roi, surnommés Gentilshommes à bec de corbin, étaient les membres de deux compagnies de cent hommes chacune, dévolues à la garde personnelle du roi de France. Instituées respectivement sous les règnes de Louis XI et Charles VIII, et longtemps considérées comme des unités parmi les plus prestigieuses de la Maison du Roi, elles ont été cantonnées au début du à des rôles protocolaires lors de cérémonies publiques, avant d'être supprimées par Louis XIV puis Louis XV.

Histoire

Création En 1470, Louis XI chargea son receveur du payement de ses gens de guerre d'effectuer le payement des gages des gentilshommes de son hôtelPeut-être ce terme apparaît-il plus tôt ailleurs que dans les Rôles des gentislhommes., mais c'est à la fin de l'année 1473 que les Six-Vingt Gentilshommes de l'hôtel du Roi sont dotés d'un capitaine par le roi en la personne d'Hector de Galard Rôles des gentilshommes de la Maison du Roi, recueil de documents recopiés au , disponible sur le site Gallica de la BNF au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9062116s?rk=21459;2 . Voir les premières pages pour la présente note..

En , le même Hector de Galard fut nommé capitaine et conducteur de Cent Lances pour la garde du corps du Roi Rôles des gentilshommes,p18 et suivantes., avec mission de conduire ces lances en Roussillon, pour assiéger avec le reste de l'armée la ville de Perpignan révoltée contre les Français. Il eut alors toute latitude pour choisir les hommes d'armes et les archers, y compris au sein des gentilshommes de l'hôtel du Roi. À sa mort, en 1475, c'est Louis de Graville qui fut nommé capitaine des Cent Lances. Les archers disparurent des livres de comptes à la fin de l'année 1475, même si le terme de "Cent Lances des Gentilshommes" fut utilisé jusqu'en 1477, remplacé par celui de "Cent Gentilshommes" Les Cent Gentilshommes descendent-ils donc des Cent Lances ou des Six-Vingt Gentilshommes ? Il nous a semblé que c'est à partir de la nomination d'Hector de Galard comme capitaine des Cent Lances que l'on peut établir une succession dans les capitaines..

Dès la fin des années 1470, Louis XI retenait chaque année plusieurs dizaines de gentilshommes pour sa garde, en plus des Cent Gentilshommes. Son successeur Charles VIII agit de même, puis créa au début de l'année 1491 une seconde bande de Cent gentilshommes, dont il donna le commandement à Louis de LuxembourgRôles des Gentilshommes, p.251 et suivantes.. Ceux-ci furent qualifiés de Cent Gentilshommes extraordinaires, par opposition aux Cent gentilshommes ordinaires de la première bande, mais cette distinction sémantique disparut bien viteRôles des Gentilshommes, p.276 et suivantes..

Déclin

Dès le début du , une majorité des soi-disant Gentilshommes était en réalité composée de roturiers, dont les plus riches profitaient de leurs charges pour être exemptés de tailles. Conscient de ces abus, et du peu d'utilité des deux cents Gentilshommes qui ne servaient que lors des grandes cérémonies, Louis XIII supprima les deux compagnies et les privilèges de leurs membres le , conservant toutefois leurs gages aux capitaines jusqu'à leur mort Déclaration portant révocation des 200 Gentilshommes de la Maison du Roi, du 25 mai 1629, disponible en version manuscrite au lien suivant https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9000953j/f64.item.zoom, page 61 du pdf. .

Les deux compagnies furent ensuite rétablies sous la minorité de Louis XIV ; d'abord la seconde le , au profit de Louis de Crevant Déclaration portant rétablissement des 200 Gentilshommes, disponible en version manuscrite au lien suivant https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9000953j/f64.item.zoom, page 62 du pdf , son ancien capitaine, puis la première le , au profit du comte de Lauzun Lettres patentes portant rétablissement de la compagnie des 100 Gentilshommes du sieur comte de Lauzun, disponible en version manuscrite au lien suivant https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9000953j/f64.item.zoom, page 64 du pdf , également son précédent capitaine. Une des raisons avancées à ces rétablissements fut le souhait que les charges de Gentilshommes permissent à des nobles sans beaucoup de moyens de se rapprocher de la personne du roi. Les capitaines furent alors tenus de n'admettre personne qui ne fût d'extraction noble dans leurs compagnies.

Leur rétablissement ne redonna cependant pas aux Gentilshommes leurs rôles de gardes effectifs du roi. A nouveau, ils ne servirent que lors des cérémonies publiques : lors de la cérémonie de la majorité du roi en 1651, lors de son sacre, en 1654, lors de son mariage en 1660, puis lors de la cérémonie des Chevaliers du St Esprit en 1661Histoire de la milice française, père Daniel, page 107..

En 1688, le roi profita de la démission du comte du Charmel, capitaine de la seconde compagnie, pour la supprimerDéclaration pour la suppression, etc, disponible au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9000953j/f64.item.zoom , page 98 du pdf. En 1722, la compagnie des cent Gentilshommes fut dispensée de servir lors du sacre de Louis XV, pour éviter les fatigues du voyage à son capitaine, le duc de Lauzun, alors âgé de 90 ans Lettres patentes disponibles au lien https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9000953j/f64.item.zoom, page 125 du pdf. . La compagnie fut définitivement supprimée quelques années après sa mort, ses membres jouissant de leurs anciens privilèges tout au long de leur vie Edit du roi portant suppression des cent Gentilshommes de la Maison du Roi, disponible sur Gallica au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b86088172?rk=21459;2 .

Rôle

Le rôle des Gentilshommes dépendit, au cours de leur histoire, de la place que leur donnaient les rois au sein de leur garde personnelle.

Selon le maréchal de Fleurange Mémoires du Maréchal de Fleurange , p25., les Gentilshommes devaient, sous François Ier, faire le guet autour de sa personne la journée, mais également la nuit si le roi était dans un camp. Ils sont d'ailleurs les premiers gardes cités par le mémorialiste lorsqu'il liste les gardes du roi ; en précisant toutefois que les gardes les plus proches du roi étaient les vingt-cinqAux Gardes de la Manche, qui étaient vingt-quatre, était ordinairement adjoint un membre de la Garde écossaise appelé Premier Homme d'arme de France. Archers du Corps (appelés plus tard Gardes de la Manche).

Charles IX et Henri III utilisèrent également les Gentilshommes dans leur garde. Les règlements généraux de 1578 et 1585Disponibles au lien suivant : https://chateauversailles-recherche.fr/francais/ressources-documentaires/corpus-electroniques/corpus-raisonnes/l-etiquette-a-la-cour-de-france/reglements-de-la-maison-du-roi.html ., sous Henri III, nous éclairent d'ailleurs sur le service qu'il attendait des Gentilshommes au cours de son règne. Cinquante Gentilshommes étaient alors de service par quartier (trimestre), et se devaient d'être dans l'antichambre du roi dès six heures du matin, "pour l'accompagner, comme ils ont accoutumé, jusqu'à son dîner, et l'après-dîner jusqu'à son souper". Ils devaient à cette occasion effectuer une haie immédiatement devant le roi, les Archers du Corps complétant cette haie immédiatement derrière le roi.

Toutefois dès le règne de Louis XIII, les Gentilshommes n'apparurent plus qu'au cours des grandes cérémonies. Il en fut de même après leur rétablissement, en devant par exemple défiler à cheval devant la reine au cours de l'entrée solennelle dans Paris en 1660, ou en défilant à pied devant le roi au cours de la cérémonie des Chevalier du Saint Esprit en 1661 Histoire de la milice française, p105.

Composition

Chaque compagnie était dirigée par un capitaine. La seconde compagnie fut dotée également d'un lieutenant dès sa création en 1491, tandis qu'il fallut attendre 1492 pour en voir un dans la première compagnie. Une place de porte-enseigne fut créée en 1532 dans la première compagnie, et en 1535 dans la seconde. La première compagnie compta également dans ses rangs un maréchal des logis entre 1532 et 1552.

Certaines années, quelques gentilshommes dits alors extraordinaires étaient incorporés à une compagnie, en plus des cent membres habituels.

Recrutement

Lors de la création des Cent Lances pour la garde du corps du Roi, il est précisé qu'Hector de Galard pouvait à sa guise choisir les cent hommes d'armes et les deux cents archers qui allaient composer ces cent lances, y compris parmi les gentilshommes. Ce pouvoir fut retiré en 1476.. Toutefois, en 1495, Charles VIII donna pleine autorité au seigneur de Miolans, pour pourvoir aux places vacantes dans sa compagnie (la première), pour que les gentilshommes se sentissent plus proches de leur capitaine, et que ce dernier fût plus sûr d'eux dans l'exécution des affaires du roi Rôles des gentilshommes, https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b9062116s?rk=21459;2 page 92 du pdf.. Ce droit fut ensuite confirmé par le roi au successeur du seigneur de Miolans, Yves d'Alègres.

Dans une ordonnance de , enjoignit les capitaines de n'enrôler que des gentilshommes qui fussent de la qualité requise, et ordonna que les nouvelles recrues lui fussent présentées Histoire de la milice française, p 105. . Les capitaines prirent ensuite des libertés dans ce recrutement, d'après les reproches que adressa aux deux compagnies en les supprimant en 1629.

Lorsque rétablit les compagnies, il le fit à la condition que les capitaines n'admissent dans les rangs de la compagnie que des personnes d'extraction noble.

Insignes et équipement

Les Gentilshommes étaient à l'origine armés d'une lance. C'est d'ailleurs avec une lance qu'ils défilent lors du retour du sacre de François Ier, au début de l'année 1515Le cérémonial français, Théodore Godefroy,1649, tome 1er, page 275.. Peu de temps après leur création, ils se mirent également à utiliser ce qui est au départ décrit comme une hache (dès 1502 dans l'entrée à Milan de Louis XII)Le cérémonial français, Théodore Godefroy,1649, tome 1er, page 701, puis comme un bec de corbinLe cérémonial français, Théodore Godefroy,1649, tome 1er, page 448, arme qui a donné leurs surnoms aux Gentilshommes. C'est avec cette arme qu'ils servaient lors des cérémonies, au moins depuis la fin du Histoire de la milice française, page 107Mandement du Roy a tous les gentils-hommes de sa maison, etc, 1574, disponible au lien suivant : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k97593563/f5.item ..

Listes des capitaines

Liste des capitaines de la première compagnie