Pham Quynh, né le à Hanoï et mort le à Thừa Thiên Huế, est un journaliste, auteur et homme d'État vietnamien. Il est ministre de l'Éducation à la cour royale de Huế en 1932 puis ministre de l'Intérieur du gouvernement de l'empereur Bảo Đại entre 1941 et 1945. Pham Quynh est un fervent monarchiste de la fin de la dynastie Nguyễn et partisan du respect des coutumes vietnamiennes traditionnelles dans l'établissement d'une monarchie constitutionnelle. Après la Révolution d'août, il est tué par le Viet Minh avec deux autres membres de haut rang du cabinet de Bảo Đại en .

Biographie

Jeunesse Pham Quynh naît près de Hanoï à Luong-Dong, au Vietnam, dans une famille lettrée de la province de Hải Dương. Son père est un fonctionnaire modeste. Orphelin jeune, il est ensuite élevé par sa grand-mère avec laquelle il apprend le français.

En 1908, il est diplômé major de sa promotion au Collège du Protectorat de Hanoï et nommé interprète à l'Ecole française d'Extrême-Orient de 1908 à 1917. Pham Quynh consacre donc ses premières années à l'école à la maîtrise du chinois classique et pouvait facilement lire les classiques confucéens qui, selon lui, représentaient l'âme du peuple vietnamien. Cet apprentissage lui permet de collaborer à une Histoire de la Guerre européenne en caractère chinois pour contrer la propagande allemande en Chine.

Nam Phong vignette| Premier tome de Nam Phong (juillet-décembre 1917).|gauche|283x283pxPham Quynh écrit en français et en vietnamien dans la presse locale. En 1913, son collègue journaliste et collaborateur Nguyễn Văn Vĩnh l'invite à devenir rédacteur en chef adjoint de l'hebdomadaire Đông Dương tạp chí (Indochina Magazine)Goscha, Christopher. "The Modern Barbarian: Nguyễn Văn Vĩnh and the Complexity Of Colonial Modernity in Vietnam." European Journal of East Asian Studies 3, no. 1 (2004): 135-69. doi:10.1163/1570061033004758.. Cependant, la position pro-française agressive du journal aliène son lectorat potentiel et, en 1917, le gouverneur général de l'Indochine française Albert Sarraut et le ministre de l'Intérieur Louis Malvy décident de parrainer la création de Nam Phong. En 1917, il fonde donc la revue bilingue Nam Phong ( en français). Le périodique est centré sur les débats entourant la société coloniale et écrit en Chữ quốc ngữ et en français. Phạm Quỳnh y débat énergiquement avec Nguyễn Văn Vĩnh sur la question de l'assimilation contre l'intégration dans leurs revues respectives, Nam Phong et L'Annam Nouveau . Cependant, Nam Phong est critiqué pour son parti pris pro-français, jugé même par certains commentateursMarr, David G. Vietnamese Tradition on Trial, 1920-1945. Berkeley: Univ. of Calif. Press, 1984. Il a souvent été moqué par le journal rival Phong Hóa, qui était dirigé par des membres du Tự-Lực văn-đoàn.

Outre l'édition de Nam Phong, Pham Quynh écrit également pour plusieurs autres revues françaises et vietnamiennes en plus d'être l'auteur d'un des premiers dictionnaires Quốc ngữ.

Nationaliste annamite Politiquement, Pham Quynh est nationaliste mais reste modéré. Toutefois, son activité de secrétaire général de l' lui vaut un avertissement des autorités. Il ne dédaigne pas à écrire pour l'Indochine républicaine ou à entretenir des rapports cordiaux avec la Ligue des droits de l'Homme. De plus, il lit Auguste Comte, Paul Bourget, Charles Maurras et Maurice Barrès dont la formule le subjugue. À partir de ces lectures, Pham Quynh fixe sa pensée et lit régulièrement Le Temps et L'Action française. Il découvre la France à l'occasion d'un premier séjour à Marseille lors de l'Exposition coloniale de Marseille en 1922.

Pendant l'entre-deux-guerres, Pham Quynh promeut l'idée qu'un Pham Quynh, Nouveaux essais franco-annamites, Hué, 1938, p. 465.. L'historien René Pillorget montre que Pham Quynh souhaite .

En 1930, il projette l'Annam cinquante ans plus tard en 1980 comme quasi-indépendant politiquement avec en contre-partie une étroite interdépendance économique et de nombreuses connexions dans le domaine culturel avec la France. Cette indépendance de l'Annam se ferait avec le maintien d'un empereur à sa tête tandis que son rival Nguyễn Văn Vĩnh souhaite la proclamation d'une république franco-vietnamienne. Ce discours indépendantiste pondéré est une proposition évolutive en opposition avec le discours du parti nationaliste Viêt-Nam Quôc Dân Dang qui fomente une insurrection à Yên Bái, au Tonkin. Pham Quynh, lui-même Tonkinois, condamne la violence révolutionnaire, préférant passer .

Franc-maçonnerie En 1925, Pham Quynh se fait initier à la franc-maçonnerie dans la loge du de Hanoï qui admet les indigènes puis se joint à .

Ministre de l'Éducation Le , après le retour de l'empereur Bảo Đại, Pham Quynh devient directeur du Cabinet impérial puis ministre de l'Éducation à la cour royale de Huế le . Pendant huit ans, il développe un enseignement primaire en langue vietnamienne, préparatoire à un enseignement primaire en langue française. À travers ses écrits, il promeut .

En 1933, le journaliste Bernard de Vaulx le compare à un dans L'Action française.

Le , il est élu membre associé de l’Académie des sciences coloniales et obtient le prix de la langue-française pour son livre Essais franco-annamites.

En 1939, il accompagne l'impératrice catholique Nam-Phuong en France et auprès du pape Pie XII à Rome. Il y est d'ailleurs décoré de la grand-croix de l'ordre de Saint-Grégoire le Grand. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il affirme son admiration à l'égard de Charles Maurras et à partir de 1940, il dit publiquement en Indochine .

Ministre de l'Intérieur En 1941, il accepte le poste de ministre de l'Intérieur. Au début de 1945, il renouvelle son appel à l'amitié franco-vietnamienne dans l'hebdomadaire Indochine et met en avant les affinités intellectuelles des deux peuples.

Quelques jours plus tard, le , c'est le coup de force japonais de 1945 en Indochine. Dans la précipitation, Pham Quynh accepte de contre-signer le décret de l'empereur Bảo Đại proclamant l'indépendance de l'Annam et du Tonkin sous le nom d'empire du Việt Nam dans le cadre de la Grande Asie orientale. Le , il quitte le ministère et se réfugie dans maison de Hué.

Assassinat Le , l’empereur du Japon Hirohito annonce la capitulation de son pays. Pham Quynh voit alors le Vietnam sombrer dans la guerre avec la révolution communiste. Il est arrêté le et fusillé quelques jours plus tard en même temps que son adversaire politique Ngô-Ding-Khoi le .

Maurrassisme et confucianisme vignette|Charles Maurras, penseur politique de Pham Quynh (1942). Le texte est une conférence donnée le 12 avril 1942 en présence l'empereur Bảo Đại. Pham Quynh est un confucéen admiratif de Charles Maurras auquel il consacre un livre en 1942. Pour lui, Charles Maurras serait car Maurras postulait que comme dans le confucianisme. L'originalité de Pham Quynh réside dans le fait d'affirmer . Son interprétation proviendrait de plusieurs traits caractéristiques du lettré confucéen que Pham Quynh attribue à Maurras notamment son sacrifice . En outre, le positivisme comporte des similitudes avec le confucianisme de par son rapport distant avec la religion et la métaphysique. La priorité accordée à la raison sur les sentiments est également une convergence avec le confucianisme. De plus, le refus de l'individualisme est une autre similitude sur laquelle insiste Pham Quynh car chez les maîtres confucéens. Enfin, le passé a une dimension capitale à la fois dans l'empirisme organisateur maurrassien et le confucianisme.

L'historien René Pillorget émet comme réserve que la politique ne se sépare pas de la morale chez les confucéens alors qu'elle se situe sur deux plans différents chez Maurras.

Monarchiste Au sujet de son monarchisme, un seul article atteste de son attachement à la monarchie annamiteIndochine hebdomadaire illustré, 5ème année, 9 novembre 1944, n°219, p. 1-2.. Il est plutôt probable que Pham Quynh soutenait l'instauration d'une aristocratie de par l'importance qu'il confèrait à . L'empereur Bảo Đại aurait été ainsi réduit . Tout l'enjeu de la politique confucéenne aurait été de former Pham Quynh, Redressement français et restauration annamite, 1941, p. 26-27.. Il se distingue en cela de Charles Maurras qui condamne l'aristocratie comme forme de gouvernement.

Postérité Le , le Conseil de Phạm au Vietnam collabore avec la famille du musicien Phạm Tuyên pour organiser la cérémonie d'inauguration des travaux de restauration de la tombe et l'érection de la statue de Phạm Quỳnh dans la ville de Huế. Le buste de Phạm Quỳnh a été conçu par son petit-fils, l'architecte Tôn Thất Đại. Il est placé derrière sa tombe devant la pagode Vạn Phước. Le devant de la tombe est recouvert d'une stèle de pierre noire gravée de son célèbre dicton :

Publications Un Problème d’éducation des races : comment doit être faite l’éducation des Annamites par la France ? (1923) Les Études classiques sino-annamites (1924) L’idéal du sage dans la philosophie confucéenne (1928) Les humanités sino-annamites (1928) Le paysan tonkinois à travers le parler populaire suivi d’un choix de chansons populaires (1930) La poésie annamite (1931) Essais franco-annamites 1929-1932 (1937) Nouveaux essais franco-annamites (1938) Redressement français et restauration annamite (1941) Mission du Mandarinat (1941) Charles Maurras, penseur politique (1942)

Références

Bibliographie : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Liens externes

Biographie de Phạm Quỳnh Une émission sur Phạm Quỳnh par Thụy Khuê sur Radio France Internationale

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