350px
Les traversées de la Manche en petites embarcations gonflables sont devenues depuis fin 2018 la principale route migratoire depuis la côte d'Opale et le nord de la France métropolitaine pour les personnes désirant rejoindre le Royaume-Uni pour y demander l'asile ou y travailler par des voies non légales.
Les traversées ont principalement lieu depuis les plages des agglomérations de Dunkerque, Calais et Boulogne-sur-Mer. Plus largement, les traversées, les dispositifs de surveillance et de sauvetage, couvrent près de 200 kilomètres de littoral, entre les premières plages belges et la ville de la Panne au nord-est, et la Baie de Somme, au sud-ouest.
Les traversées en embarcations gonflables, organisées et structurées à partir de , ont depuis connu un développement croissant. En 2018, 299 personnes ont été déclarées arrivées au Royaume-Uni par le Bureau de l'Intérieur (anglais : Home Office).. Elles étaient 45 755 à arriver au Royaume-Uni par ce moyen en 2022..
Au total, plus de 126 000 personnes sont arrivées aux Royaume-Uni depuis 2018 par ces moyens au .
La section du détroit de Douvres, avec une largeur minimale de 33,3 km, entre Douvres en Angleterre et Calais en France représente la traversée maritime la plus courte.
Contexte historique complexe Les traversées maritimes à bord de petites embarcations par des personnes demandeuses d'asile, déboutées des procédures d'asile, réfugiées et migrantes étaient rares avant . Depuis le début des années 1990, l'essentiel des franchissement de la frontière franco-britannique européenne par des moyens non légaux se faisait par les moyens de fret ferroviaire ou les camions et ferry. Des pratiques devenues plus difficiles ces dernières années, en partie à cause de l'intensification des fouilles de ces véhicules, de la multiplication d'équipements technologiques de détections, rayons X, détecteurs de dioxyde de carbone, et de la militarisation des infrastructures portuaires et ferroviaires.
Les plans successifs des gouvernements conservateurs britanniques, dont notamment l’expulsion controversée de demandeurs d’asile vers le Rwanda, n'enrayent pas la hausse globale du passage de migrants dans la Manche. En 2023, presque ont traversé la Manche selon les autorités britanniques ( en 2022, en 2021).
Modalités des passages, dispositifs de surveillance et d'interceptions
Organisation des traversées Au cours des premières années du phénomène, les traversées sont généralement organisées par des passeurs qui facturent entre 3 000 et 6 000 euros pour une tentative de traversée dans un petit bateau.. Les embarcations sont parfois des bateaux gonflables de 7 à 8 mètres, avec deux boudins gonflables latéraux et un fond non rigide, renforcé parfois de plaques de bois ou de métal. Sinon, des embarcations semi-rigides, ou quelques bateaux de plaisance, parfois volés, servent à la traversée de quelques passagers.. La moyenne du nombre de passagers par embarcation varie de 7 à 11 personnes entre 2018 et 2020.
Dans les premiers temps, les modalités de passage se structurent largement selon les ressources économiques des voyageurs et leur capacité à financer une embarcation performante et à en couvrir les frais pour un groupe réduit.
Autour de 2021, les pratiques d'organisation des passages semblent s'uniformiser. Les embarcations gonflables, précaires et inadéquates à la haute mer, a fortiori quand elles sont sur-occupées, se généralisent. Le nombre moyen de passagers croit régulièrement jusqu'à 49 personnes en moyenne en 2023 et dans les premiers mois de 2024. Les prix de la traversée chutent en conséquence à partir de 2021, environ de 1 000 euros par personne, mais peuvent varier selon la nationalité, la composition de la famille et le contexte répressif, qui influe aussi sur le nombre de tentatives nécessaires avant de réussir la traversée.
Fin 2023, le nombre de passagers dépasse à de nombreuses reprises les 70 personnes sur des embarcations similaires, n'excédant pas les 10 mètres de long, et munies d'un unique moteur. Le , plus de 110 personnes étaient à bord d'une embarcation lors de sa mise à l'eau, 5 personnes mourront à la suite d'un mouvement de panique à bord poussant une partie du groupe par dessus bord..
Pratiques d'accompagnement et de sauvetage
Les embarcations mises à l'eau et naviguant en direction du Royaume-Uni sont généralement accompagnées par des navires militaires français ou ceux affrétés par la Préfecture maritime de la Manche et de la Mer du nord sous la coordination du CROSS Griz-Nez. Les navires de la Marine Nationale fréquemment mobilisés sur ces opération sont entre autres l'Abeille Normandie ou le PSP Flamant. Les navires Esvagt Charlie et Appollo Moon, renommés respectivement Ridens et Minck, sont achetés par l'État et déployés dans la Manche à partie d' spécifiquement sur les missions d'accompagnement et de sauvetage des embarcations gonflables dans les eaux françaises.. Les équipages de ces derniers sont composés de huit marins français et de trois membres d'équipage dédiés aux naufragés. Les antennes de Calais, Dunkerque et Boulogne-sur-Mer de la SNSM sont aussi régulièrement dépêchées sous la coordination du CROSS Griz-Nez sur des opérations de sauvetage en mer dans la zone de recherche et sauvetage française.
Les pratiques d'accompagnement des embarcations dans les eaux françaises jusqu'à la frontière des eaux territoriales anglaises se sont systématisées à partir de 2022. Elles s'expliquent par la forte fréquentation maritime du détroit, l'une des plus importantes au monde, ainsi que par la faible visibilité de ces embarcations pour les imposants navires y naviguant. Les jours où la météo est favorable, de nombreuses embarcations peuvent naviguer de manière simultanée dans les eaux françaises. Les navires français peuvent aller à la rencontre d'embarcations afin de s'assurer visuellement de l'état de flottabilité du bateau et de la marche du moteur sans pour autant les suivre durant toute la traversée.
Il arrive régulièrement que seule une partie des personnes soient secourues en mer au sein d'une embarcation ; la préfecture maritime de la Manche et de la Mer du nord rappelle ainsi dans chacun de ses communiqué de presse sur ces opérations : Les autres personnes présentes à bord de l'embarcation de migrants refusent l'assistance proposée. Compte tenu des risques de chute à la mer ou de blessures encourues pour les personnes en cas d’intervention contrainte, le choix est fait de les laisser poursuivre leur route. Le reste des passagers poursuit sa route..En raison de l'étroite coopération entre le CROSS Griz-Nez et le MRCC Douvres, l'essentiel des embarcations qui arrivent à rejoindre les eaux anglaises sont secourues au niveau de la frontière maritime des zones de recherche et sauvetage française et anglaise.. Les opérations sont alors coordonnées par le MRCC Douvres. Elles impliquent principalement les navires de la Border Force, et en cas de besoin, sur certaines opérations de sauvetage d'embarcation en détresse ou d'un important nombre de sauvetages simultanés, des navires civils de la RNLI.
Dispositifs de surveillance et d'interception sur le littoral français Un avion est affrété par l'Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes, communément appelée Frontex, est déployé à partir du sur le littoral nord de la France, une semaine après le naufrage le plus meurtrier que la région ait connue concernant des personnes en mouvement. Ce nouvel acteur est largement présenté comme une réponse sécuritaire à ce tragique évènement et mobilisant l'argument désignant les personnes organisatrices des voyages uniquement comme des réseaux de traite humaine et d'exploitation. Dans les faits, Gérald Darmanin annonçait déjà, le , quatre mois plus tôt, chercher à mobiliser l'agence européenne sur le littoral nord de la France.. L'argument alors utilisé est celui de la provenance transnationale des personnes passant par le littoral français pour se rendre au Royaume-Uni, notamment la Belgique ou l'Allemagne.
Inspirée de l'Opération Limes, aux frontières franco-italienne et franco-espagnole, l'Opération Poséidon de la Gendamerie Nationale est mise en œuvre à partir de 2020, de la volonté du président de la république Emmanuel Macron.. Elle mobilise des effectifs de la Compagnie de gendarmerie départementale de Calais, auxquels sont affectés de manière permanente des réservistes issus des sections de réserve territoriale., des réservistes du détachement de surveillance et d’intervention de réserve (DSIR), une brigade de gestion des événements (BGE) spécifiquement dédié au phénomène avec des gendarmes actifs, des gendarmes du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG) de Marck..
Traités et accords de financement Une série d'accords de financement pluriannuels vise à mettre en oeuvre les politiques publiques transmanche, de coopération policière et de délégation du contrôle de la frontière dans le cadre du traité de Sandhurst entrant en oeuvre le , complétant les dispositions du traité Touquet de 2003..
Le , le ministre de l'intérieur Christophe Castaner et son homologue britannique Sajid Javid signent un plan d'action comprenant le déploiement de caméras de surveillance sur les plages et les ports, une surveillance aérienne et un partage du renseignement pour un montant de 7 millions d'euros alloué par le Royaume-Uni. Les images seraient exploitées par le Centre Conjoint de Coordination et d’Information de Calais qui réunit des personnels français et britannique.. Ce centre étant déjà prévu dans le traité de Sandhurst de 2018. Ils annoncent aussi vouloir augmenter le nombre de déportation vers la France comme principe de dissuasion, quand l'accord formalise que les personnes secourues seraient ramenées au port sûr le plus proche en vertu du droit maritime international. L'accord prévoit aussi que les images soient traitées par des logiciels de reconnaissance et d'identification des plaques minéralogiques sur le littoral.
Le , Priti Patel annonce que Paris et Londres ont signé un nouvel accord et qu'il permettrait de « partager la mission de rendre impossible les traversées de la Manche », le doublement des effectifs et l'équipement de patrouilles sur les plages..
Le , les gouvernements français et britannique signent un accord de financement anglais de 62,7 millions d’euros pour la période 2021-2022. Il vise principalement à équiper et renforcer les effectifs policiers sur le littoral.
Le , Gérald Darmanin et son homologue britannique Suella Braverman signent un accord de 72,2 millions d’euros pour la période 2022-2023.. Il s'axe sur l'équipement de technologies haut de gamme, drones et lunettes à capacité de vision nocturne., ainsi qu'à l'augmentation des effectifs de 250 à 350 policiers en cinq mois patrouillant sur le littoral les jours de traversée, d'autres sources annoncent une augmentation de 800 à 900. Les financements anglais représenteraient dès lors plus de 200 millions d'euros depuis 2018 pour entraver le phénomène., essentiellement par des moyens répressifs et policiers. L'annonce de l'accord intervient le lendemain de celle déclarant que 40 000 personnes ont rejoint le Royaume-Uni depuis le début de l'année 2022 à cette date.
Le , Emmanuel Macron et Rishi Sunak annoncent un nouvel accord de financement portant sur trois périodes, portant la contribution du Royaume-Uni à 141 millions d'euros en 2023-2024, 191 millions d'euros en 2024-2025 et 209 millions d'euros en 2025-2026.. Ils portent sur la construction d'un nouveau centre de rétention administrative proche de Dunkerque dont la localisation exacte devrait être annoncée fin 2024, venant seconder celui de Coquelles sur le littoral. L'accord finance aussi de nouveaux l'équipements des patrouilles de policier et gendarmes du littoral, drones et buggy, mais aussi la construction d'un centre de coopération commun et 500 nouveaux agents sur les plages..
Statistiques