Le pronunciamiento de Riego est un pronunciamiento mené par le lieutenant-colonel Rafael del Riego en 1820, qui constitue le déclencheur de la révolution de 1820 en Espagne.
Il fut lancé depuis la localité de Las Cabezas de San Juan, dans la province de Séville, sous l’impulsion d’un petit groupe d'officiers qui réclamaient le rétablissement de la Constitution de Cadix contre le roi Ferdinand VII, qui avait restauré l’absolutisme en Espagne à l’issue de la guerre d'indépendance espagnole. Après presque deux mois d'indécision, il rencontra un grand écho populaire et fut couronné de succès, l’Armée ne réagissant pas en défense du gouvernement. À son issue, Riego fut promu général et il deviendra un héros national de la révolution libérale.
C’est l’évènement qui établit, en Espagne comme à l'étranger, l'emploi du terme de « pronunciamiento » pour désigner ce type d'intervention militaire Alberto Gil Novales, Rafael del Riego, la revolución de 1820, día a día, Madrid, 1976, pp. 11 et suivantes., dont il constitue un exemple paradigmatique. Ce pronunciamiento par excellence satisfait en effet aux : .
Il eut pour autre conséquence la perte d'une grande partie de l'Empire espagnol en Amérique, en raison de la dissolution de la flotte et de l'armée d'Outremer.
L'insurrection commença le sous l'impulsion de Riego qui dirigeait une partie des troupes de la Grande Expédition Outre-Mer qui allaient s'embarquer à Cadix pour réprimer les soulèvements dans les colonies américaines. Ce fut dans un premier temps un échec mais début mars, alors qu'elles croyaient que tout était perdu, elles apprirent que Ferdinand VII avait juré le Constitution après que le gouvernement absolutiste eut échoué à mettre fin aux soulèvements d'autres garnisons de la périphérie qui avaient suivi l'exemple de Riego. Ainsi commença le triennat libéral au cours duquel l'Espagne fut gouvernée par une monarchie constitutionnelle.
Le pronunciamiento de Riego, dont les principaux instigateurs étaient Antonio Alcalá Galiano et Juan Álvarez Mendizábal, est lié aux cinq tentatives précédentes des libéraux espagnols pour mettre fin à l'absolutisme de Ferdinand VII depuis 1814. Il reçut aussi le soutien des rebelles indépendantistes hispano-américains et de sociétés secrètes , mais dans une mesure et selon des modalités encore mal établies par l'historiographie. Le mécontentement de l'armée et des marchands de Cadix contribua également au succès de l'insurrection.
Contexte Après son retour de France où il était captif, le roi Ferdinand VII abolit en par un coup d'État la Constitution de 1812 approuvée par les Cortès de Cadix et rétablit la monarchie absolue. Les libéraux, défenseurs de la monarchie constitutionnelle, furent emprisonnés, bannis ou exilés. Au cours des six années suivantes (Sexennat absolutiste), le roi et ses ministres ne parvinrent pas à résoudre la crise de l'Ancien Régime commencée en 1808 et que celle qui serait plus tard connue sous le nom de « Guerre d'Indépendance » (1808-1814) avait considérablement aggravée. Le conflit avait détruit les principaux leviers de l'économie et le commerce avec l'Amérique avait chuté à la suite du processus d'émancipation des colonies, et eut pour conséquence résultat fut une dépression économique brutale qui se manifesta par une chute des prix. Le Trésor de la Monarchie fit faillite car les fonds d'Amérique n'arrivaient plus (provoquant également une baisse des recettes douanières) et il n'était pas possible de recourir à l'émission de titres de dettes supplémentaires, ceux-ci étant alors complètement dépréciés et de nombreux retards s'étant accumulés dans le paiement des intérêts annuels. Martín de Garay tenta de mettre en œuvre une réforme du Trésor, qui échoua en raison de l'opposition des deux classes privilégiées, la noblesse et le clergé, ainsi que de la paysannerie (qui rejeta l'impôt parce qu'il signifiait un une augmentation des charges préexistantes tandis que les prix des denrées agricoles commençaient à s'effondrer).
Face à l'incapacité des ministres de Ferdinand VII à résoudre la crise, les libéraux (beaucoup d'entre eux membres de la franc-maçonnerie, ce qui leur permettait d'agir clandestinement) tentèrent de rétablir la monarchie constitutionnelle en ayant recours à des pronunciamientos. Il s'agissait de chercher des appuis auprès des militaires « constitutionnalistes » (ou simplement insatisfaits de la situation) pour qu'ils lèvent en armes un régiment et provoquer un soulèvement en chaîne d'autres unités militaires, afin d'affaiblir le roi et le contraindre à jurer la Constitution de 1812.
Durant le sexennat absolutiste (1814-1820), une tentative de retour à une armée fondée sur les ordres de l'Ancien régime, « où les emplois supérieurs étaient occupés par des membres de la noblesse, tandis que les troupes provenaient de recrues forcées, de volontaires et de condamnés au service par des tribunaux au service militaire », avait été entreprise. Les réformes introduites par les Cortes de Cadix, qui avaient abouti à la formation d'une armée « fondée sur le citoyen comme soldat de la nation, inclus à la fois dans l'armée permanente et dans la milice nationale » furent annulées. Concrètement, le décret du permettant le libre accès de tout citoyen aux écoles et académies militaires ainsi qu'aux postes de cadets avait été abrogé. D'autre part, la dynamique même de la guerre avait également contribué à l'effondrement des structures de l'armée existant en 1808, puisque dans la guérilla le commandement des troupes n'était plus un privilège de la noblesse et que la majorité des chefs, comme Espoz y Mina, Porlier ou Martín Díez, étaient issus du tiers état.
L'annulation des réformes introduites par les Cortes de Cadix suscita le mécontentement de nombreux officiers, auquel s'ajouta le retard dans le paiement de leurs soldes et l'absence de perspectives de promotion en raison de l'abondance d'officiers promus pendant la guerre. En outre, les milliers d'officiers sans affectation attribuèrent les causes de leur situation à la politique des secrétaires d'État de la Guerre qui reléguait ceux qui étaient issus de la guérilla, les soldats qui avaient été promus officiers et ceux qui étaient tenus pour libéraux. Ainsi, « de nombreux officiers devinrent réceptifs aux idées libérales en conséquence de la politique absolutiste qui aliéna peu à peu nombre de leurs soutiens. Les difficultés économiques et de promotion firent le reste », selon Víctor Sánchez Martín. La faillite budgétaire obligea à des réductions successives des effectifs militaires. La dernière eut lieu en , dont les autorités absolutistes profitèrent de nouveau pour faire en sorte que les officiers sans affectation soient principalement ceux venus de la Guerre d'indépendance.
Cinq conspirations notables eurent lieu entre 1814 et 1820, avant le triomphe du pronunciamiento de Riego : celui d'Espoz y Mina en Navarre en lancé par le héros de la guérilla Francisco Espoz y Mina, qui, n'ayant pas réussi à prendre Pampelune, s'enfuit en France ; le second à La Corogne en lui aussi lancé par un chef guerilléro, le général Juan Díaz Porlier, condamné à mort et pendu ; en , on découvrit les préparatifs de celle qu'on appela « Conspiration du Triangle », dirigée par un ancien guérillero, , qui fut condamné à la pendaison avec son compagnon Baltasar Gutiérrez ; en , le pronunciamiento dit « de Caldetas » eut lieu en Catalogne (cette fois avec une importante participation bourgeoise et populaire) dirigée par le prestigieux général Luis Lacy , qui fut jugé et exécuté ; enfin le eut lieu le pronunciamiento de Vidal, cette fois à Valence, dirigé par le colonel Joaquín Vidal, et qui se solda par l'exécution par pendaison de son principal instigateur et de douze autres civils impliqués, parmi lesquels les célèbres bourgeois de la ville Félix Bertrán de Lis et Diego María Calatrava. L'objectif de ces conspirations était de mettre fin à l'absolutisme mais toutes n'avaient pas pour objectif de restaurer la Constitution de 1812 dans son intégralité. Concernant le pronunciamiento de Porlier, l'avis des commentateurs sur ce point n'est pas unanimeselon Javier Fernández López, il se contenta de proclamer le rétablissement de la Constitution de Cadix tandis que selon Víctor Sánchez Martín il prétendait obtenir la convocation de Cortes extraordinaires pour modifier la Constitution ; celui de Vidal défendait l'établissement d'un régime constitutionnel différent, rétablissant Charles IV (dont on ignorait qu'il venait de mourir à Naples) sur le trône ; au contraire, celui de Lacy faisait référence explicitement à « la Constitution ». Il en sera de même de celui de Riego .
La « grande expédition d'Outre-mer »
Le soulèvement dirigé par Rafael de Riego eut lieu le à Las Cabezas de San Juan dans le but de restaurer la constitution de 1812 soutenue par des troupes militaires de la « grande expédition d'Outre-mer » destinées à mettre fin à la rébellion des colonies espagnoles en Amérique.
Après les sérieuses difficultés rencontrées pour organiser l'armée de Pablo Morillo en 1815 afin de réprimer les rébellions en Amérique, les conditions étaient pires encore pour l'envoi d'une deuxième expédition en 1820..
Concernant la première, on considère traditionnellement qu'elle devait initialement être envoyée contre Buenos Aires mais la chute de Montevideo, bastion espagnol du Río de la Plata, les succès révolutionnaires au Venezuela et à la Nouvelle-Grenade, la plus grande proximité géographique de l'Isthme de Panama en danger d'invasion et l'importance économique du Pérou, qui courait le risque de se trouver isolé sur le front Pacifique, explique qu'on la destina finalement à Carthagène des Indes..
Depuis le milieu de l'année 1816, la deuxième force commença à s'organiser sous la direction du ministre de la Marine, José Vázquez de Figueroa, mais le projet prit du retard.. Le , le brigadier Francisco Mourelle était nommé commandant général des forces navales de l'expédition. Deux ans après l'expédition de Morillo, les mauvais résultats de la guerre avaient changé l'avis du gouvernement, et le le Conseil des Indes conclut que l'envoi au Venezuela de la coûteuse expédition de Morillo, au lieu de consolider le Mexique, fut une erreur qui avait changé le cours de la guerre, car les revenus mexicains représentaient 90 % du total des fonds américains à la fin de la période coloniale.
En 1817, seuls quelques renforts furent destinés au Pérou et au Chili, qui partirent l'année suivante sur des navires russes. Leur achat à la Russie, par le Traité de Madrid (1817), suscita une polémique car parmi ceux qui avaient réalisé l'achat pour la Couronne ne figurait aucun officier de la Marine royale espagnole pour vérifier les conditions de l'expéditions, qui étaient précaires. Les navires furent qualifiés de vétustes, inefficaces, et offrant de mauvaises conditions sanitaires et de navigation.