Boris Abramovitch Berezovsky (en ), né le à Moscou et mort le à Ascot (comté du Berkshire au Royaume-Uni), est un homme d'affaires et homme politique russe emblématique de la période de l'effondrement de l'URSS et des débuts de la Russie post-soviétique sous les présidences de Boris Eltsine, puis de Vladimir Poutine.

Formé comme mathématicien, obtenant un doctorat en 1983, il se tourne vers les affaires dès 1989, à l'époque de la perestroïka de Gorbatchev. Cultivant des relations avec tous les milieux, notamment celui du crime organisé, il tire profit de la libéralisation post-communiste et entre dans le cercle des proches de Boris Eltsine, président de la fédération de Russie, devenant l'un des plus influents oligarques russes.

En 1997, alors qu'il est au sommet de sa puissance et que le magazine Forbes estime sa fortune à trois milliards de dollars, il contribue à l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, Premier ministre, puis président de la fédération de Russie. Il devient alors rapidement un opposant politique à celui qui veut rétablir l'autorité de l'État sur les oligarques.

Poursuivi pour fraude et évasion fiscale, Berezovsky obtient l'asile politique au Royaume-Uni et s'installe à Londres en sous le nom de Platon Elenine. Il est ensuite poursuivi pour blanchiment par les justices brésilienne et française. Il vit au Royaume-Uni jusqu'à sa mort survenue en 2013 dans des conditions mal élucidées.

Période soviétique (jusqu'en 1991) Né dans une famille juive de Moscou., Boris Abramovitch Berezovsky étudie la sylviculture et les mathématiques appliquées, études couronnées par un doctorat en 1983, l’année de ses 37 ans.

Après avoir travaillé vingt-cinq ans comme chercheur en théorie du processus de décisionPaul Klebnikov, Parrain du Kremlin, Boris Berezovski et le pillage de la Russie, éd Robert Laffont, 2000 ., en 1991, il devient à 45 ans membre associé de l'Académie des sciences de Russie où il dirige un laboratoire spécialisé dans les systèmes informatiques destinés aux entreprises.

Parallèlement en 1989, au moment de la perestroïka (1985-1991), Berezovsky débute dans le monde des affaires. Il rentre dans l'entreprise d'État AvtoVAZ (constructeur des véhicules de marque Lada) avec le titre d'expert en management. Il avait alors commencé à acheter et revendre des automobiles.

Dans la Russie de Boris Eltsine (1992-1999) Carrière d'homme d'affaires Après la dislocation de l'URSS en 1991, pendant la présidence de Boris Eltsine, Berezovsky fait fortune grâce à une combinaison de méthodes douteuses appuyées par ses réseaux d'influence politiques et financiers.

En 1992, il devient le président d'une nouvelle société, LogoVAZ, distributeur exclusif d'AvtoVAZ, vendant principalement des Lada. Sous son égide, AvtoVAZ réalise de fausses exportations et vend à perte au distributeur LogoVAZ alors que l'inflation atteint % par an : ainsi, Berezovsky se constitue rapidement une fortune de près de de dollars.

Peu après, il revend ses actions LogoVAZ à une société suisse et monte plusieurs compagnies financières, avec des filiales basées dans le paradis fiscal des îles Caïmans.

Boris Berezovsky se bâtit progressivement un empire commercial et médiatique. Il utilise ses réseaux d'influence pour acquérir des parts dans plusieurs entreprises d'État pendant les privatisations controversées des années 1990, dont AvtoVAZ, la compagnie aérienne Aeroflot et des entreprises exploitant des matières premières, notamment le pétrole de Tchétchénie dès 1992. Le financement « maison » de ses projets lui permet de faire ces transactions à des conditions singulièrement avantageuses.

Berezovsky devient aussi le principal actionnaire (à 49 %) de la chaîne de télévision ORT (futur Pervy Kanal, Первый канал), la plus regardée en Russie, et propriétaire du quotidien Nezavissimaïa Gazeta...

Toutefois, durant la période d'anomie des années 1990 en Russie, comme de nombreux hommes d'affaires, Berezovsky aurait pactisé avec la mafia russe.. Impliqué dans des guerres de gangs, il échappe ainsi à plusieurs tentatives d'assassinat : un soir d’été, en 1993, son showroom de la perspective Lénine, une des principales artères de la ville de Moscou, est littéralement pris d’assaut par un groupe mafieux, auquel sa garde tchétchène réplique à la kalachnikov. ; lors d'un attentat à la bombe en 1994, son chauffeur est décapité par la déflagration...

Entrée en politique En 1996, Boris Berezovsky fait son entrée en politique. Les médias que contrôle Berezovsky, ainsi que le groupe des sept banquiers dont il fait partie, assurent un soutien essentiel à Boris Eltsine (président russe de 1991 à 1999) lors de sa campagne de réélection en 1996.

Berezovsky s'implique en finançant des candidats libéraux, en prononçant des discours politiques et en recherchant des fonctions politiques.

Ainsi, d’ à 1997, Berezovsky devient secrétaire adjoint du Conseil de sécurité de la fédération de Russie, c'est-à-dire le numéro trois de cet organisme (après le président russe et le secrétaire en titre), un poste qui lui permet de mener à bien ses projets pétroliers en Tchétchénie avec l’appui d'Eltsine. Le , Berezovsky a été promu conseiller d'État effectif de la fédération de Russie de classe - le plus haut grade civil de la fédération de Russie..

Il devient ensuite secrétaire général de la Communauté des États indépendants (CEI) de à .

Durant ces années, Berezovsky est l'un des principaux artisans de l'ultra-libéralisation politique et économique en Russie. Il fait partie du « clan Eltsine », avec la fille du président, Tatiana Ioumacheva, et le chef de l'administration présidentielle, Alexandre Volochine.

En 1998, Berezovsky favorise l'accession au poste de premier ministre de Sergueï Kirienko.

Devenu l'une des personnalités les plus impopulaires lors du krach financier qui suivit, Berezovsky expliqua son impopularité au journal Le Figaro, alors qu'il passait ses vacances dans sa propriété sur la Côte d'Azur, par l'antisémitisme des RussesEntretien donné au Figaro en décembre 1999.. Il se vante aussi d'avoir fait destituer deux Premiers ministres (Ievgueni Primakov, qui avait décidé de centrer son action contre les oligarques, en 1998, et Sergueï Stepachine).

Promotion de Vladimir Poutine (1999) Du fait de sa fonction, Berezovsky fait entrer Vladimir Poutine, ancien directeur du FSB méconnu du public, dans « le clan Eltsine » jusqu'au poste de Premier ministre en , au moment du déclenchement de la seconde guerre de Tchétchénie..

En , il se fait élire député de la Douma dans une circonscription de Karatchaïévo-Tcherkessie, une république du Caucase du Nord....

Liens avec les mafias tchétchène Les relations de Berezovsky avec la mafia tchétchène présente à Moscou ont fréquemment été évoquées par ses adversaires. On l'a accusé de profiter de trafics d'armes et d'être impliqué dans des affaires liées à la première guerre de Tchétchénie, parmi lesquels un oléoduc transportant le pétrole de la mer Caspienne, qui devait traverser initialement le territoire tchétchène.

Ainsi, Berezovsky aurait été impliqué dans le « business du kidnapping » dans la Tchétchénie d’après 1996, à l’issue de la première guerre dans la république caucasienne, notamment quand il occupait le poste du secrétaire adjoint du Conseil de sécurité de Russie. Il se serait rendu complice dans des paiements de rançons, voire aurait organisé certains raptsAude Merlin, « Après-guerre en Tchétchénie. Les spoilers à l'assaut de l'État tchétchène en formation (1996-1999) », L'adieu aux armes ? Parcours d'anciens combattants, Paris, KARTHALA, 2010, p. 349 : ....

Berezovsky lui-même a admis avoir été en contact avec Chamil Bassaïev, chef de la branche islamiste des indépendantistes tchétchènes, et n'a pas caché lui avoir donné un million de dollars, « pour amorcer la reconstruction de la Tchétchénie »..

Le président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov estimait en 2002 que Berezovsky n’avait pas été le seul, dans les cercles du pouvoir russe, à avoir « planifié » la reprise de la guerre en 1999, et qu’il n’était pas le plus important de ceux-ci..

Dans la Russie de Vladimir Poutine (2000-2001) Entrée en opposition avec le nouveau président Peu après l’élection de Vladimir Poutine à la présidence russe en , Berezovsky commence à s’opposer à lui sur divers sujets, dont ceux de la seconde guerre en Tchétchénie et du respect des libertés.. Il se déclare catégoriquement hostile à l'indépendance de la Tchétchénie, mais favorable à lui accorder une « autonomie politique et culturelle » et dénonce, avec quelques autres détracteurs de Poutine, le « génocide » du peuple tchétchène par l'armée russe...

Berezovsky espérait sans doute pouvoir disposer auprès du nouveau président russe de la même influence dont il usait auprès de Boris Eltsine. Ce dernier démissionne cependant à la surprise générale le et Poutine est élu président de la fédération de Russie en .

Poutine doit diriger le pays dans un contexte complexe où les oligarques, dont la Semibankirchtchina, ont accumulé beaucoup d'argent et d'influence, grâce à l’acquisition — dans des conditions obscures et avec l’aide éventuelle du système financier occidental — de l’ensemble de l’appareil industriel et minier de l’ancienne Union soviétique, incluant notamment d’immenses rentes gazières et pétrolières; Wolosky, Lee S (2000), 18 Putin's Plutocrat Problem ; 79 Foreign Aff. (extrait). ; ces acquisitions ont parfois été accompagnées de collusion avec la mafia russe et de corruption de fonctionnaires, puis de tentatives fréquentes d’échapper aux taxations du jeune État russe.

Disgrâce S'ouvre alors une période considérée par les uns comme une période de lutte contre la corruption, pour d'autres comme une utilisation politiquement populiste du souhait de la population de voir la corruption disparaître, et par d'autres (les oligarques notamment) comme une « chasse aux riches »A Åslund (2006), The Hunt for Russia's Riches ; Foreign policy, Washington: Jan/Feb 2006., Iss. 152; pg. 42, 7pp ; Carnegie Endowment for International Peace Jan/Feb 2006. ; Poutine fait alors ouvrir des enquêtes policières et fiscales sur les affaires de plusieurs milliardaires aux récentes fortunes suspectesMI Goldman (2004), Putin and the Oligarchs ; Foreign Aff., HeinOnline., dont Mikhaïl Khodorkovski et Kakha Bendoukidze (qui se réfugie en Géorgie en 2004, en prenant la nationalité géorgienne, soutenu et admiré par Berezovsky.). Berezovsky est lui-même une des cibles du nouveau gouvernement et de la justice russe qui l'accuse de fraude à grande échelle, notamment dans l'affaire de la privatisation controversée d’Aeroflot, et de corruption politique.

Période de l'exil (à partir d'octobre 2001) Départ pour le Royaume-Uni Après avoir démissionné de son mandat de député en , il s'exile à Londres en , où il habite, en alternance avec sa propriété luxueuse du cap d'Antibes sur la Côte d'Azur. Sous la pression du gouvernement russe, il est contraint de vendre plusieurs de ses sociétés holdings. Début 2002, Berezovsky est dépossédé de ses parts dans la chaîne ORT et, en mai, le Kremlin prend le contrôle de son autre chaîne, TV6.

À Londres, Berezovsky se rapproche d'un émissaire des séparatistes tchétchènes Akhmed Zakaïev — lui aussi faisant l'objet d'un mandat d'arrêt russe pour création de bandes armées, de plus de trois cents meurtres et de nombreux enlèvements —, ainsi que d’un transfuge des services secrets russes, Alexandre Litvinenko, à qui il offre hébergement et emploi.

En 2004, Berezovsky finance la révolution orange en Ukraine..

En , une émission de la télévision publique russe accuse Boris Berezovsky d'être « derrière » la prière punk anti-Poutine chantée par les Pussy Riot dans une cathédrale de Moscou..

Affaire du meurtre de Paul Klebnikov, journaliste critique de Berezovsky (2004)