Le chapitre de chanoines d'Aire-sur-la-Lys est un chapitre de chanoines situé à Aire-sur-la-Lys dans le Pas-de-Calais. Créé au , il existe jusqu'à la Révolution française qui ordonne la dissolution des ordres monastiques, et autres chapitres de chanoines ainsi que de tout ce qui leur est rattaché.
Histoire
Création En 1059, le comte de Flandre Baudouin V institue un chapitre de chanoines à Aire-sur-la-Lys et lance la construction d'une église dédiée à Pierre apôtre (saint Pierre). Cette décision accentue le développement du lieu au point de former une ville. Baudouin donne au chapitre une dent de Pierre, patron de l'église, et un bras de saint Adrien (Adrien de Nicomédie) en tant que premières reliques.. Le comte de Flandre et son épouse Adèle de France attachent quatorze chanoines au service de la collégiale tout en les dotant de biens considérables, tels que la dîme de la châtellenie d'Aire, l'église Saint-Martin avec sa dîme, etc..
En 1075, Philippe , roi des Francs confirme la fondation du chapitre de Saint-Pierre, et donne aux chanoines le droit d'élire librement leur dirigeant ou prévôt. La charte établie par le roi énumère l'ensemble de ses possessions. Deux bulles des papes Pascal II en 1104 et Calixte II en 1119 font de même. Elles confirment les biens et privilèges du chapitre, tout en le plaçant sous la protection de la papauté. Plusieurs successeurs des souverains pontifes (Grégoire IX en 1233; Alexandre IV en 1254) rappellent la situation du chapitre, et son indépendance par rapport notamment au pouvoir de l'évêque de Thérouanne. Ils accordent au chapitre en 1196 le droit d'excommunier toute personne qui aurait porté atteinte au chapitre, à leurs clercs ou à leurs biens. Les chanoines vont essayer d'utiliser cette arme, mais cessent de le faire après 1497, ayant constaté le peu d'effet à leur avantage, voire pouvant tourner à leur désavantage lorsqu'il était jugé qu'ils avaient abusé de ce droit.
L'église, précédant l'actuelle collégiale Saint-Pierre d'Aire, est consacrée en 1166 après des travaux ayant duré près de cent ans. À cette date, le chapitre compte 37 chanoines et la ville d'Aire devient un centre religieux important.
Le chapitre est mené par cinq dignitaires : le prévôt, le doyen, le chantre, l'écolâtre et le trésorier, élus par leurs pairs. Se rencontrent ensuite les chapelains, les vicaires, des enfants de chœur, jusqu'à des laïcs. Le prévôt dirige le chapitre. Il détient l'anneau pastoral et la croix pectorale. Après probablement quelques prédécesseurs, le plus ancien prévôt connu, portant le nom de Jean, est le confesseur de la comtesse de Flandre Clémence de Bourgogne. Le prévôt bénéficie de revenus très confortables, à charge pour lui de s'acquitter de dépenses au bénéfice du chapitre. Le prévôt nomme aux canonicats vacants. Le chapitre et le prévôt ont un droit de patronage sur les différents établissements religieux situés dans la ville et sur des paroisses proches comme celle de Saint-Venant : ils ont la haute main sur tout ce qui concerne la religion dans le périmètre concerné. Leur consentement est nécessaire pour toute question nouvelle : création d'une chapelle, installation d'une cloche. Ils partagent avec les autorités municipales l'administration des hôpitaux et des biens des pauvres. Cependant, au fil du temps, l'autorité du chapitre va décroître et/ou être progressivement sapée dès lors que ses ressources insuffisantes l'amènent à demander la participation des paroissiens pour réaliser ses projets. Cela le conduit à devoir faire des concessions, à partager des droits (ex: droit de sépulture dans la collégiale).
Le « cloître » de la collégiale se compose des maisons des chanoines qui l'entourent sur les quatre côtés. Elles ont été démolies au cours des sièges successifs de la ville.
Les chanoines sont choisis par le prévôt. Selon le règlement du chapitre, Ils ne sont pas obligatoirement prêtres mais, dans les faits, ils l'étaient ou le devenaient en très grande majorité, (les non-prêtres pouvaient se faire assister par des vicaires qui eux l'étaient et pouvaient ainsi remplir toutes les obligations liées au statut de chanoine, tel que dire la messe; les vicaires pouvant également devenir chapelains ). Lors de leur installation, ils prêtent serment de garder obéissance et fidélité au chapitre, d'observer les statuts et coutumes de l'église, etc.…. Ils se réunissent en chapitre ou assemblée capitulaire pour traiter des affaires de leur communauté. Pour jouir des biens de leur prébende, ils doivent résider à Aire, sauf exception pour ceux faisant ou reprenant des études et pour ceux pourvus de chaires dans des universités ou collèges.
En 1169, le comte de Flandre Philippe d'Alsace fonde seize prébendes supplémentaires. À force d'efforts, il avait réussi à faire transformer en terres labourables de vastes marais situées entre Watten (son père Thierry d'Alsace s'est retiré à la fin de sa vie dans l'abbaye de Watten) et Bourbourg. Il en attribue 1700 mesures (environ 765 hectares) à l'église d'Aire pour subvenir aux besoins des seize nouveaux chanoines. Il y ajoute un moulin, la perception d'un droit de passage sur le fleuve Aa à Watten, quelques terres supplémentaires sur Aire (200 mesures soit environ 90 hectares) et 70 marcs d'argent. Sur ces nouvelles terres a été fondé le village de Cappelle-Brouck, le nom signifiant « chapelle des marais ». La seigneurie de Cappelle-Brouck, y inclus toute la justice seigneuriale, détenue par le chapitre, date de cette époque. Elle correspond à peu près à la moitié de la superficie de la future paroisse. En 1750, le chapitre a encore toute autorité sur sa seigneurie de Cappelle-Brouck mais n'y possède plus en propre qu'une centaine de mesures (environ 45 hectares).
Dans une charte datée d'Aire en 1173, Philippe d'Alsace se déclare le protecteur et avoué ou protecteur de la collégiale. En 1190, avec sa femme Mathilde de Portugal, il accroit de sept prébendes celles précédemment fondées, en octroyant au chapitre de vastes terrains situés sur le territoire de la ville. Ces territoires ne relevaient plus légalement de lui, à la suite du don qu'il avait fait de la partie occidentale de la Flandre à sa nièce Isabelle de Hainaut, à l'occasion de son mariage avec Philippe-Auguste. Les chanoines prennent alors soin de se faire confirmer la donation, en 1202, par le nouveau comte de Flandre Baudouin IX dont la charte énumère tous les biens et possessions du chapitre, puis de la faire ratifier par le prince Louis, futur roi Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, en 1218, lorsque Louis prend possession d'Aire, consécutivement à la bataille de Bouvines de 1214.
Dans un autre document de 1190, le même comte de Flandre confirme et/ou octroie divers avantages aux chanoines, comme par exemple d'exempter de toute justice séculière, les chanoines, les personnes attachées à leur église ou à leur service, les habitants de leurs terres, en leur octroyant un pouvoir de justice spécifique, ou encore de les exempter de tout impôt de la part des puissances séculières. Pour exercer sa juridiction, le chapitre s'appuie sur un bailli, un procureur, un greffier, et sur un nombre variable au fil du temps, d'hommes de fiefs héréditaires.
Philippe d'Alsace est encore le prince qui dote la collégiale des principales reliques qu'elle ait possédées, notamment un morceau de la Vraie Croix du Christ, et une partie de la tête de Jacques Le Majeur enlevée de l'abbaye Saint-Vaast d'Arras au profit du chapitre et finalement partagée entre les deux établissements. En outre, le chapitre obtient du pape le privilège de posséder un bréviaire et un office propre, ce qui n'était en général accordé qu'aux églises cathédrales et à quelques monastères. Selon un inventaire réalisé en 1536, le chapitre détient de l'ordre de 40 reliques notables., installées dans des châsses ou reliquaires plus ou moins richement travaillés (argent, or, ...).
Chacune des prébendes fondées s'était vue attribuer des biens pour assurer son fonctionnement, incluant au bénéfice du chapitre, droit de seigneurie et de justice en de nombreux lieux, droits de dîme divers, …. Les chanoines se distinguent entre eux par des appellations différentes selon qu'ils relèvent de l'une ou de l'autre donation : ceux pourvus des prébendes créées par Baudouin V lors de la création de l'établissement, à qui le comte avait en principe donné la propriété de l'église par lui fondée, s'appellent les Quatorze et sont seigneurs des divers lieux associés, comme par exemple Saint-Venant, Wail,...; ceux liés aux 16 prébendes de Philippe d'Alsace en 1169, se subdivisent en chanoines des Dix ou de Cappelle-Brouck en étant seigneurs du lieu et en chanoines des Six ou de l'Overdraght, et ainsi de suite.
Ces prébendes étant d'inégale valeur, pouvant susciter de ce fait des tensions entre chanoines, les papes Honoré III en 1217 et Grégoire IX en 1227, essayent d'établir une égalité des revenus, mais échouent. Au fil du temps, les revenus issus des donations s'avèrent parfois insuffisants. Des tentatives de réformer la situation en regroupant certaines prébendes n'obtiennent que des résultats partiels, tout en rencontrant une certaine opposition au sein du chapitre. Les positions restent peu changées jusqu'à la suppression de la communauté.
Évolution Marie, mère de Jésus, fait l'objet d'une dévotion particulière sous le nom de Notre-Dame-Panetière, dont la légende est liée aux guerres de Philippe II Auguste, qui ravitaille la ville d'Aire assiégée et affamée en 1213, et à la distribution de pains aux pauvres depuis des temps anciens.
Très jaloux de leurs privilèges par rapport aux tentations des évêques de Thérouanne puis des évêques de Saint-Omer d'empiéter sur les prérogatives des communautés religieuses, les chanoines acceptent à partir de la fin du de laisser l'évêque célébrer sa consécration par une joyeuse entrée dans la collégiale d'Aire. Il n'est cependant pas dans leurs intentions de renoncer à ce qu'ils estiment être leurs droits. À la suite d'un différend entre les deux parties en matière de justice, ayant amené de longues procédures et sentence d'excommunication, un compromis établi par les arbitres acceptés par le chapitre et l'évêque énonce le leurs droits respectifs. Le chapitre ne manque jamais de rappeler le contenu du compromis à toute nouvelle nomination de prélat, mais au fil du temps, les évêques vont se montrer de moins en moins enclins à l'appliquer. Après le Concile de Trente et les conciles provinciaux de Cambrai de 1565 et 1586, favorables aux pouvoirs des évêques, le chapitre subit de plus en plus l'autorité des évêques successifs. À la suite d'une longue période de tension plus ou moins vive, en 1640 l'évêque de Saint-Omer Christophe de France prend en charge la rédaction des statuts du chapitre, afin que ceux-ci soient en conformité avec les prescriptions du Concile de Trente et des synodes diocésains. Il est ainsi rappelé aux chanoines quelques règles qui ne semblaient pas toujours respectées : obligation de modestie, de résidence, assistance aux offices, reddition des comptes, tenue des archives,... Les successeurs de l'évêque sont souvent amenés à les confirmer et renouveler, ce qui laisse supposer qu'ils n'étaient pas fermement observés.
Du , au temps du développement du chapitre, pas moins de 22 chapellenies sont fondées sous la dépendance du chapitre d'Aire. Leur situation va se dégrader au fil du temps : non respect par les chapelains de l'obligation de résider, diminution des revenus, ….