Abdi-Heba (Abdi-Kheba, Abdi-Hepat ou Abdi-Hebat) est un prince cananéen du avant l'ère commune, souverain de Jérusalem, connu par six lettres diplomatiques qu'il a adressées au pharaon Akhénaton retrouvées en Égypte parmi les lettres d'Amarna. Son nom signifie « serviteur de Hebat », une déesse hourrite.
Nom Abdi est un mot sémitique qui signifie « le serviteur », Heba est le nom de la grande déesse hourriteAmihaï Mazar, « Des origines au temps de David », Les Dossiers d'Archéologie, , nov-déc 1991, , reproduit dans la revue Dédale, printemps 1996, , Maisonneuve et Larose, . Les Hourrites sont arrivés en Canaan vers le .
thumb|Carte des royaumes du Proche-Orient sous domination égyptienne à l'époque contemporaine des lettres d'Amarna ( av. J.-C)., avec les limites des trois « provinces » égyptiennes.
Statut politique Abdi-Heba comme d'autres princes cananéens a été éduqué en Égypte et il a un grade militaire égyptien. Dans ses lettres il nie être le maire de Jérusalem (ḫazānu) et se présente comme un soldat (we'w), ce qui impliquait qu'il avait été envoyé en Égypte pour y recevoir une formation militaire en tant que fils d'un chef local de JérusalemDonald B. Redford, Egypt, Canaan, and Israel in Ancient Times, Princeton University Press, 1992 ..
On ne sait pas s'il faisait partie d'une dynastie qui a gouverné Jérusalem ou s'il a été mis sur le trône par les Égyptiens. Abdi-Heba lui-même note qu'il occupe sa position non pas par sa lignée parentale mais par la grâce de Pharaon, mais cela pourrait être de la flatterie plutôt qu'une représentation précise de la situation. Selon l'historien A. Mazar toutefois, c'est le pharaon qui l'a nommé roi de Jérusalem.
Les souverains de Canaan depuis le avant notre ère « conservent leur autonomie mais sous le contrôle de l'empire égyptien ; ils dépendent largement de l'aide égyptienne ».
Royaume de Jérusalem Abdi-Heba règne sur Jérusalem, appelée alors Urusalim et de là « contrôle les hautes terres de la région de Béthel au nord à la région d'Hébron au sud - une région d'environ « He controlled the highlands from the region of Bethel in the north to the region of Hebron in the south – a region of about nine hundred square miles », Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, The Bible Unearthed: Archaeology's New Vision of Ancient Israel and the Origin of is Sacred Texts, The Free Press, New York, , lire en ligne ». La densité de population est très faible ; en incluant les habitants de Jérusalem, la population sédentaire sur le territoire de Abdi-Heba n'excède probablement pas Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, The Bible Unearthed: Archaeology's New Vision of Ancient Israel and the Origin of is Sacred Texts, The Free Press, New York, , lire en ligne ; c'est la région la moins peuplée de Canaan ; cependant il faut ajouter les groupes pastoraux dont le nombre excède peut-être celui de la population sédentaire. L' économie était fondée sur la production auto-suffisante de la communauté agricole ou du groupe pastoral« Its economy was concentrated around the self-sufficient production of the individual farming community or pastoral group », Israel Finkelstein, Neil Asher Silberman, The Bible Unearthed: Archaeology's New Vision of Ancient Israel and the Origin of is Sacred Texts, The Free Press, New York, , lire en ligne.
Il n'y pas de traces archéologiques du règne de Abdi-Heba. En 2010 les fouilles ont permis de trouver à Jérusalem un minuscule fragment ( sur ) de tablette d'argile écrite en akkadien, datant du avant l'ère commune, appartenant « vraisemblablement à une lettre adressée à son suzerain égyptien par un roitelet hiérosolymitain du avant notre ère », mais en l'absence de tout contexte il est impossible de dire si l'auteur est Abdi-Heba ; il s'agit du plus ancien document écrit découvert à Jérusalem.Vincent Lemire, Katell Berthelot et al., Jérusalem, histoire d'une ville-monde, Flammarion, lire en ligne. ».
vignette|redresse=2|Zones d'activité des Habiru mentionnées dans les lettres d'Amarna abrégées en EA comme El-Armana, et numérotées. Abdi-Heba est l'auteur des lettres EA 285 à 290.
Lettres au pharaon Les lettres (des tablettes d'argile) sont écrites en akkadien par un scribe dont le style particulier décèle une origine syrienne. Contexte historique Les missives diplomatiques qu'Abdi-Heba adresse à Akhénaton portent sur une situation de conflit entre d'une part les souverains de la Shéphélah (montagne et plaine côtière palestinienne) et d'autre part les Apirou ou Habiru– peuple nomade ou semi-nomade dont le camp principal se situe en Samarie dans l'actuelle région de Naplouse (Sichem). Abdi Heba fait partie de la coalition de princes cananéens en guerre contre les Apirou.
Abdi Heba dans ses lettres demande l'aide de l'Égypte pour protéger son État ; une garnison égyptienne a été envoyée à Jérusalem mais elle menace Abdi-Heba lui-même, sans doute parce que ce prince n'est plus en mesure de lui fournir des vivres.
Par ailleurs Abdi-Heba s'allie dans un premier temps à , souverain de la cité-Etat cananéenne de Gath, puis dans un deuxième temps entre en lutte contre lui, et conclut une alliance avec , le souverain de Gezer, une cité de la Shéphélah
Demande d'aide militaire Pendant le règne d'Abdi-Heba, la région était attaquée par des bandes de maraudeurs appartenant à un groupe appelé les ApirouLettre EL Amarana EA 179.. Abdi-Heba a fait de fréquents plaidoyers auprès du pharaon d'Égypte (probablement Amenhotep III ), pour recevoir le renfort d'une arméeEA 179–83. ou, au moins, un officier pour commander des hommesEA 182. Abdi-Heba a également fait d'autres demandes d'aide militaire contre ses ennemis, qui étaient à la fois des seigneurs de guerre cananéens et des bandes d'Apirou :
En conséquence, des accusations de complot sont portées contre Abdi-Heba, qui s'est défendu avec acharnement dans sa correspondance avec le PharaonEA 179..
Lettre au sujet d'Abdi-Heba gauche|vignette| EA 161, lettre d'Aziru, chef d'Amurru, exposant son cas au pharaon (notez les divisions du paragraphe). Plus tard, Abdi-Heba semble s'être réconcilié avec les Apirou, ou du moins certaines de leurs bandes, et avoir embauché des mercenaires dans leurs rangs. En effet, bien qu'il se soit plaint plus tôt des déprédations de (chef de guerre dans une région du sud du Canaan), , roi de la ville cananéenne de Qéïla, se réfère à lui dans une lettre comme un "nouveau Labaya":
Le sort ultime d'Abdi-Heba est inconnu.
Liste des six lettres d'Abdi-Heba à Pharaon Abdi-Heba est l'auteur des lettres EA 285–290Moran, op. cit., .
EA 285 —titre : Le soldat-souverain de Jérusalem EA 286 - titre : Un trône accordé, pas hérité EA 287 —titre : Un crime très grave EA 288 —titre : Négligence bénigne EA 289 - titre : Un règlement de compte exigé EA 290 —titre : Trois contre un
Références
Bibliographie Moran, William, “Letter of Abdi-Heba of Jerusalem (Urusalim) (EA 289) (3.92B)”, in: Context of Scripture Online, Editor in Chief: W. Hallo. <http://dx.doi.org/10.1163/2211-436X_cos_aCOSB_3_92B> Moran, William,The Amarna Letters. Baltimore : Johns Hopkins University Press, 1992. Gerson B.Levi, «Abdi-Heba, Jewish Encyclopedia, lire en ligne Goren, Yuval, Israel Finkelstein, Nadav Na’aman. Inscribed in Clay: Provenance Study of the Amarna Tablets and Other Ancient Near East Texts. Tel Aviv, Israel: Emery and Claire Yass Publications, 2004. Baikie, James. The Amarna Age: A Study of the Crisis of the Ancient World. University Press of the Pacific, 2004. Cohen, Raymond and Raymond Westbrook (eds.). Amarna Diplomacy: The Beginnings of International Relations. Johns Hopkins University Press, 2002.
Voir aussi Lettres d'Amarna La déesse Heba Les peuples Habiru
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