Le de chevau-légers lanciers de la Garde impériale est un régiment de cavalerie légère de la Garde impériale créé le par décret de Napoléon . Communément appelés les lanciers rouges ou les écrevisses du fait de leur uniforme à dominante rouge écarlate, ils forment quatre escadrons de Moyenne Garde issus du régiment de hussards de la Garde royale hollandaise. De 1810 à 1815, son commandant est le général Pierre-David de Colbert-Chabanais.

Les lanciers rouges connaissent leur baptême du feu lors de la campagne de Russie en 1812. Les affrontements qui les opposent aux cosaques et les conditions climatiques causent des pertes énormes au sein du régiment, qui perd dès lors son caractère purement hollandais pour faire place à des recrues françaises. Réorganisé en dix escadrons, cinq de Vieille Garde et cinq de Jeune Garde, les lanciers rouges sont présents lors de la campagne d'Allemagne où ils chargent à Reichenbach, Dresde et Hanau. En 1814, les lanciers de Moyenne Garde affrontent les armées coalisées durant la campagne de France tandis que les escadrons de Jeune Garde se battent en Belgique. Les « écrevisses » de Colbert combattent sur le sol français à La Rothière, Montmirail, Arcis-sur-Aube et Saint-Dizier.

Sous la Première Restauration, le régiment devient le « Corps royal des chevau-légers lanciers de France » et est ramené à quatre escadrons, avant de reprendre rang dans la Garde impériale pendant les Cent-Jours en 1815. Augmentés de l'escadron des lanciers polonais de l'île d'Elbe, les lanciers rouges participent à la campagne de Belgique et en particulier à la bataille de Waterloo, au cours de laquelle Colbert, le bras en écharpe, emmène ses cavaliers à la charge sur le plateau de Mont-Saint-Jean. Après la seconde abdication de Napoléon et le retour des Bourbons, le régiment est définitivement dissous le .

Organisation Départ pour Versailles vignette|upright=1.5|alt=Illustration noir et blanc, montrant des militaires en uniformes levant leur verre.|Dîner de corps entre les officiers français et hollandais de la Garde impériale. Peinture de Marius Roy, collection privée.

En 1810, Napoléon annexe le royaume de Hollande et contraint son frère Louis à abdiquer. Un décret annonce officiellement le rattachement de la Hollande à l'Empire le et prescrit, dans le même temps, que . Le , le régiment des hussards de la Garde, commandé par le colonel Charles Dubois, reçoit l'ordre de rejoindre Paris avec les autres unités de la Garde hollandaise. Avant leur départ pour la France, les hussards sont passés en revue à Amsterdam par le maréchal Oudinot. Ils passent ensuite par Utrecht, franchissent l'ancienne frontière française à Hoogstraten, sont inspectés une nouvelle fois à Bruxelles et poursuivent leur route jusqu'à Paris, qu'ils traversent pour atteindre Versailles.

Sur la place d'armes de cette ville, les officiers hollandais reçoivent une allocution de leurs homologues français des régiments de la cavalerie de la Garde, qui les convient le même jour à un grand repas afin de fraterniser. Le lendemain, c'est la troupe qui est invitée par les grenadiers à cheval, les chasseurs à cheval et les dragons. À cette occasion, le préfet de Seine-et-Oise note que les vélites des chasseurs à cheval, ayant emprunté les habits des hussards hollandais, . L'affaire est rapportée jusqu'au ministre de la Guerre, Clarke, et au commandant en chef de la cavalerie de la Garde, Bessières ; cependant, les officiers du régiment n'appliquent aucune sanction à l'égard de leurs hommes.

Formation du de la Garde impériale vignette|alt=Un soldat de l'armée de Napoléon, vêtu de rouge et tenant son sabre devant lui, avec son cheval derrière lui.|Lancier du de la Garde en tenue de hussard hollandais, 1810-1811. Illustration d'Ernest Fort.

Le , Napoléon promulgue un décret qui prescrit l'intégration à la Garde impériale des hussards et des grenadiers de l'ex-Garde royale hollandaise. L'article 3 de ce décret indique que . Il est également mentionné que les hussards d'origine allemande peuvent prendre du service soit au sein des chevau-légers lanciers de Berg, soit parmi les régiments hollandais en France. Lors de la revue du régiment, le , par le baron Félix, l'effectif total est de 58 officiers, 16 trompettes et 865 hommes, avec autant de chevaux. Le nouveau corps de lanciers est organisé à Versailles en quatre escadrons de Moyenne Garde à deux compagnies chacun, ainsi qu'un état-major. Les montures octroyées au régiment sont issues des départements de l'Orne, du Calvados, de la Manche et des Ardennes et possèdent une taille comprise entre et .

Le , la Garde impériale est passée en revue par Napoléon dans la cour du château des Tuileries. Au cours de la cérémonie, l'Empereur réprimande le colonel Dubois pour les désordres causés par ses hommes lors de leur arrivée à Versailles. À cette date, l'effectif théorique du est arrêté à hommes, mais en réalité, seuls 895 sont présents dans les rangs. Pour compléter le corps, Napoléon décrète le que tous les militaires allemands ayant servi dans l'ex-Garde royale hollandaise et, de ce fait, acceptés au sein du régiment. Dans le même temps, l'Empereur nomme à leur poste les différents officiers, tel le colonel Dubois qui devient major en premier et commandant du régiment, avec pour adjoint le major en second van Hasselt. Le recrutement se poursuit jusqu'à la fin novembre ; l'adjonction des soldats allemands ne suffisant pas, l'administration a recours à des gardes du corps, ancienne subdivision des hussards hollandais, ainsi qu'à des vélites. Au début de l'année 1811, quelques officiers français sont incorporés aux lanciers afin de mettre la comptabilité et les registres du régiment aux normes françaises. En raison de son uniforme écarlate, l'unité prend le surnom de .

Le , le général de brigade Pierre-David de Colbert-Chabanais est nommé colonel du de la Garde impériale. Il a fait toutes les campagnes napoléoniennes depuis 1805 et s'est particulièrement illustré lors de celle de Pologne à la tête du de hussards, ce qui lui vaut le surnom d’Eisenmann (« homme de fer »). Des sous-officiers du corps, instruits par les lanciers polonais du à Chantilly, apprennent le maniement de la lance à leurs hommes.

Vie de garnison, patrouilles et escortes militaires vignette|alt=Un soldat, face, le visage tourné un quart vers la droite, vêtu d'un uniforme rouge et d'un pantalon bleu foncé et gris, tenant le fourreau de son sabre de la main gauche, auprès de son cheval.|Un lancier rouge de la Garde impériale, peint vers 1810 par Théodore Géricault.

En hiver, les lanciers rouges participent toutes les deux semaines aux cérémonies et aux parades qui se déroulent à Versailles et Paris. Lors de ces événements, ils sont rassemblés avec les autres corps de la Garde impériale sur la place de la Concorde, aux alentours de onze heures, puis se dirigent vers midi à la place du Carrousel, conduits par leur colonel. Ils défilent alors toute l'après-midi et ne rentrent à Versailles qu'à sept ou huit heures du soir. Pour les officiers de service, le travail commence très tôt le matin, avec l'inspection des casernes jusqu'à dix heures. Ils prennent ensuite leur déjeuner avant de prendre part à la parade, qui s'achève à midi. Après s'être occupés de leurs chevaux, ils effectuent une nouvelle tournée des casernes et dînent en milieu d'après-midi. Par beau temps, pour tout le régiment, les chevaux sont emmenés dehors pour l'entretien des écuries. À , les soldats regagnent les casernes avant l'appel du soir.

À leur arrivée à Versailles, les officiers se plaisent à visiter les monuments et les théâtres de Paris. Par la suite, ils s'intègrent davantage dans la population versaillaise où ils constituent des cercles d'amis, à l'exemple des majors Dubois et van Hasselt. Certains gradés fréquentent particulièrement le préfet de Seine-et-Oise, issu d'une des plus importantes familles nobles des Pays-Bas. Le chef d'escadron Albert de Watteville, d'origine suisse et populaire au sein de son régiment, lui rend souvent visite en raison de lointains liens de parenté. Toutefois, Watteville n'apprécie guère Versailles : .

En , un détachement de lanciers, sous les ordres du lieutenant Dumonceau, rejoint à Tours la colonne de cavalerie du général Colbert qui fait la chasse aux déserteurs et aux réfractaires de la militaire. Ses hommes parcourent, dans ce but, les départements d'Indre-et-Loire, de Maine-et-Loire et de la Sarthe. Pendant ce temps, le reste du régiment remplit les missions de la Garde impériale et escorte à ce titre Napoléon lors de ses visites à Cherbourg et Caen. Lors de la venue du couple impérial en Belgique et en Hollande, en , les lanciers rouges fournissent un contingent de deux escadrons, placés sous les ordres du général Colbert ; un peloton commandé par le lieutenant van Omphal escorte notamment l'impératrice Marie-Louise de Heusden jusqu'à Gorcum.

De 1811 à 1814 Le , le régiment est porté à cinq escadrons et prend rang au sein de la Moyenne Garde, à l'exception des officiers qui restent de Vieille Garde. Les recrues sont tout d'abord issues de la cavalerie française de la ligne, puis parmi les cavaliers composant l'ancien régiment hollandais de hussards servant en Espagne. Au , l'effectif total du est porté à hommes, avec autant de chevaux.

La campagne de Russie cause des pertes très importantes au sein des lanciers rouges ; la quasi-totalité des lanciers d'origine hollandaise sont morts ou « restés en arrière ». Pour combler les vides, l'Empereur autorise les escadrons de Jeune Garde à effectuer leur recrutement au sein des conscrits et enrégimente les cavaliers fournis par les villes de l'Empire. Les escadrons de Moyenne Garde exigeant des soldats expérimentés, l'administration puise dans la ligne, les vétérans en retraite ou encore les cadres de l'armée d'Espagne. Grâce à ces mesures, ainsi qu'à l'incorporation de l’escadron de dragons de la Garde municipale de Paris, dissoute après la tentative de coup d'État de Malet, le régiment des lanciers rouges passe le à huit escadrons, pour un effectif total et théorique de hommes.

Le , le de la Garde est porté à dix escadrons. Les cinq premiers escadrons sont désormais classés comme étant de Vieille Garde, les cinq suivants restant de Jeune Garde. Le régiment compte alors environ hommes.

Première Restauration et Cent-Jours vignette|upright=1.5|alt=De nombreux cavaliers chargent lors d'une bataille.|Charge des lanciers rouges à Mont-Saint-Jean lors de la bataille de Waterloo (par Louis-Jules Dumoulin, Panorama de Waterloo, 1912).

Lors de la Première Restauration, le régiment prend le nom de « Corps royal des chevau-légers lanciers de France » et est ramené à quatre escadrons totalisant 42 officiers et 601 hommes de troupe. Le corps tient initialement garnison à Angers, mais quitte cette ville le pour Orléans, qu'il atteint le . La vie des soldats y est agréable, les officiers vont au théâtre et l'épée et le bicorne remplacent le sabre et le chapska.

Pendant les Cent-Jours, le régiment est recréé à partir du corps royal et de l'escadron de lanciers polonais ayant accompagné l'Empereur sur l'île d'Elbe, sous le nom de « Régiment de chevau-légers lanciers de la Garde impériale ». Les lanciers polonais prennent rang avant les quatre escadrons français et conservent leur nom. Le , le régiment est composé de 53 officiers et 621 hommes de troupe, pour 538 chevaux. Outre Colbert, les lanciers sont commandés par les majors Dubois et Jerzmanowski ainsi que par les chefs d'escadron Baliński, de Tiecken, Coti, de Bricqueville et de Lavillasse. Durant le mois de mai, Napoléon inspecte trois fois le régiment. Lorsque les lanciers rouges quittent leur garnison les 5, 6 et , leur effectif est de hommes pour 955 chevaux, mais, en raison du manque d'équipement, seuls 700 à 800 d'entre eux peuvent être convenablement équipés pour participer à la campagne de Belgique.