Les élections législatives estoniennes de 2023 ont lieu le afin de renouveler les du Riigikogu, le parlement estonien.

Arrivée au pouvoir à la suite d'un scandale de corruption ayant fait tomber son prédécesseur, la Première ministre Kaja Kallas est à la tête d'un gouvernement de coalition réunissant sa formation, le Parti de la réforme (ERE), ainsi que le Parti social-démocrate (SDE) et Isamaa.

Voisine de la Russie, membre de l'Union Européenne et de l'OTAN tout en possédant une importante minorité d'origine russe, l'Estonie voit ses élections fortement marquées par les conséquences de l'invasion de l'Ukraine par la Russie l'année précédente.

Le Parti de la réforme arrive largement en tête, plaçant ainsi Kaja Kallas en position de force pour la formation d'un nouveau gouvernement. A l'exception d'Estonie 200 (E200), dont la nette progression lui permet de faire pour la première fois son entrée au Riigikogu, l'ensemble des autres partis stagnent ou perdent des sièges, dont surtout le Parti du centre, qui fait les frais de sa proximité avec la minorité d'origine russe.

Le scrutin est suivi de la formation d'un nouveau gouvernement de coalition réunissant l'ERE, le SDE et E200, reconduisant ainsi Kaja Kallas au poste de Première ministre.

Contexte Élections législatives de 2019 vignette|130px|gauche|Jüri Ratas.

Les élections législatives de mars 2019 conduisent à la perte de la majorité absolue détenue par le gouvernement du Premier ministre sortant, Jüri Ratas. Le Parti du centre (KESK) qu'il dirige, ainsi que ses partenaires de coalition, Isamaa et le Parti social-démocrate (SDE) essuient tous un recul au profit du Parti de la réforme (ERE) et surtout du Parti populaire conservateur (EKRE), qui se hisse à la troisième place.

La présidente Kersti Kaljulaid charge la dirigeante du Parti de la réforme Kaja Kallas de mener des négociations en vue de la formation d'un gouvernement de coalition. Les efforts de cette dernière s'étalent sur un mois et demi et se soldent cependant sur un échec. Une première tentative se heurte en effet aux relations conflictuelles entre les sociaux démocrates et Isaama, tandis qu'une tentative de rapprochement avec le Parti du centre se voit opposé une fin de non recevoir, ce dernier réagissant très négativement aux conditions annoncées par le ERE. Une ultime tentative de Kaja Kallas de s'allier avec Isamaa et le SDE se heurte à l’hostilité provoquée par ses déclarations antérieures, très critiques envers les deux partis au lendemain de l'échec de sa première tentative.. Le 15 avril, le Riigikogu entérine l'échec de cette tentative en refusant la confiance à Kaja Kallas par 51 voix contre et 45 pour.

Fort de l'incapacité de l'opposition à s'unir, Jüri Ratas parvient début avril à former un second gouvernement dans lequel le Parti populaire conservateur prend la place du Parti social-démocrate, relégué dans l'opposition. Le revirement de l'EKRE, qui accepte soudainement la proposition de Ratas malgré son antagonisme antérieur, lui vaut notamment de nombreuses critiques au sein du parti. Kersti Kaljulaid charge le le premier ministre sortant Jüri Ratas de former un nouveau gouvernement. Le lendemain, le Parlement approuve le projet de coalition entre les trois partis (KESK, Isamaa, EKRE) par 55 voix contre 44. Le gouvernement Ratas II entre en fonction le . Chacun des trois partis y dispose de cinq ministres.

Changements ultérieurs vignette|Kaja Kallas.

Le gouvernement Ratas II tombe en janvier 2021 à la suite de l'ouverture d'une enquête pour corruption à l'encontre de cinq membres haut placés du Parti du centre dont son secrétaire général Mihhail Korb. Ces derniers se voient accusé d'avoir demandé le soutien financier de l'homme d'affaires Hillar Teder à hauteur d'un million d'euros en échange d'un soutien au projet immobilier de 39 millions d'euros de son fonds d'investissement, Porto Franco, dans les vieux quartiers de la capitale, Tallinn. En réponse, Jüri Ratas présente sa démission le 12 janvier 2021., ouvrant la voie à l'ouverture le 14 de nouvelles négociations menées par Kaja Kallas en vue de la formation d'un gouvernement. Celui-ci réunit les partis du centre et de la réforme, Jüri Ratas cédant le poste de Premier ministre à Kaja Kallas à la suite d'un accord conclu le 25.. Le nouveau gouvernement reçoit le vote de confiance du parlement le jour même par 70 voix pour, soit le plus grand nombre de voix favorables depuis le gouvernement de Mart Siimann en 1997, tandis que Kaja Kallas devient la première femme à occuper les fonctions de cheffe du gouvernement estonien.

La nouvelle coalition s'effondre cependant un an plus tard, après le vote du Parti du centre avec l'opposition à l'encontre d'un projet de loi relatif à l'éducation. Cette rupture intervient alors dans le contexte de l'Invasion de l'Ukraine par la Russie début 2022, un évènement qui selon la Première ministre . Ce contexte géopolitique pèse lourdement sur le parti du centre, proche depuis plusieurs décennies de la minorité russophone, entrainant des frictions qui aboutissent finalement à la chute du gouvernement. En réponse au vote du parti du centre, Kaja Kallas demande le 3 juin 2022 au président Alar Karis de relever de leurs fonctions l'ensemble des ministres qui en sont issus, puis ouvre des négociations avec Isamaa et le SDE.. Celles ci aboutissent à la conclusion d'un accord le 15 juillet suivant, et au vote le même jour de la confiance au Gouvernement Kaja Kallas II par 52 voix pour et 26 contre..

Mode de scrutin vignette|Carte des douze circonscriptions. Le Riigikogu est composé de pourvus pour quatre ans au scrutin proportionnel plurinominal avec listes ouvertes et vote préférentiel. Sur ce total, sont à pourvoir dans 12 circonscriptions de en fonction de leurs populations, et les restants, dits de sont répartis au niveau national selon la méthode d’Hondt à tous les partis ayant dépassé le seuil électoral de 5 % des voix, afin de rapprocher le plus possible les résultats en sièges à ceux du vote de la population..

Le droit de vote s'obtient à . Les électeurs ont la possibilité d'effectuer un vote préférentiel pour l'un des candidats de la liste pour laquelle ils votent, afin de faire monter sa place dans la liste. Si un candidat recueille ainsi davantage de votes préférentiels que le montant du quotient simple dans sa circonscription, il est déclaré élu même si la liste dont il est candidat échoue à franchir le seuil national de 5 %.

L'Estonie a effectué dès les années 2000 un virage au rendant possibles la plupart des démarches administratives sur internet.. Elle devient ainsi en 2007 le premier pays à permettre de voter en ligne, qui s'accompagne de la possibilité de voter de manière anticipée.. Sur les électeurs inscrits sur les listes électorales en 2023, plus de votent ainsi pendant la période dédiée du 27 février au 4 marsDu 18 au 23 février dans les ambassades estoniennes à l'étranger pour le vote de la diaspora, soit plus de 40 % de participation avant même le scrutin en présentiel, qui s'ouvre le 5 mars de 9 heures du matin à 20 heures du soir. Les électeurs ayant voté de manière anticipée peuvent toujours changer d'avis en votant en présentiel, ce qui remplace alors leur vote précédent....

Forces en présence PartiChef de fileIdéologieRésultats en 2019 Parti de la réforme Eesti Reformierakond (ERE ou Ref)Kaja KallasCentre droitLibéralisme économique, libéralisme classique28,94 % des voix Parti du centre Eesti Keskerakond (KESK) Jüri Ratas Centre à centre gaucheSocial-libéralisme, défense de la minorité russe 23,10 % des voix Parti populaire conservateur Eesti Konservatiivne Rahvaerakond (EKRE)Martin HelmeDroite à extrême droiteNationalisme, national-conservatisme, euroscepticisme, démocratie directe 17,76 % des voix Isamaa Isamaa Helir-Valdor SeederCentre droit à droiteConservatisme, démocratie chrétienne, national-conservatisme 11,44 % des voix Parti social-démocrate Sotsiaaldemokraatik Erakond (SDE) Lauri LäänemetsCentre gaucheSocial-démocratie, troisième voie 9,83 % des voix Estonie 200 Eesti 200 (E200)Lauri HussarCentreSocial-libéralisme, libéralisme économique, technocratie 4,36 % des voix

Sondages centré|1000px|Moyenne pondérée des sondages

Campagne vignette|Manifestation de soutien à l'Ukraine sur la Place de la Liberté de Tallinn le . La campagne électorale est très largement dominée par les questions militaires, culturelles et économiques liées à l'invasion de l'Ukraine par le voisin russe.... La classe politique estonienne réagit fortement sur ce sujet, l'histoire récente du pays étant encore marquée par l'invasion et l'occupation du pays par l'URSS jusqu'en 1991.. Cette occupation a notamment conduit à la présence d'une importante minorité d'origine russe, encore largement russophone, qui représente environ un cinquième de la population du pays, principalement dans le comté de Viru oriental.. L'invasion amène l'Union européenne et les États-Unis à réagir en imposant de lourdes sanctions à la Russie, dont l'impact a des répercussions sur l'économie mondiale dans un contexte de forte inflation. L'invasion de l'Ukraine met ainsi au premier plan les préoccupations liées à la défense nationale dans le cadre de l'OTAN, à la montée du coût de la vie et à la gestion de la langue russe dans le système éducatif..

En bonne position dans les sondages, le Parti de la réforme (ERE) de la Première ministre Kaja Kallas est néanmoins confronté à la perte probable de sa majorité en raison du recul de ses partenaires de coalitions, Isamaa et le Parti social-démocrate (SDE)..

En matière de politique étrangère, les principaux partis en lice se rejoignent sur le soutien à l'Ukraine et à l'OTAN mené par le gouvernement sortant ainsi que sur une augmentation du budget de la Défense à 3 % du PIB... Le ministre des Affaires étrangères, Urmas Reinsalu, issu d'Isamaa, réitère ainsi deux jours avant le scrutin la volonté de l'Estonie de permettre à l'Ukraine de rejoindre à terme l'OTAN. Tout comme son voisin letton, le pays va jusqu'à expulser son ambassadeur russe en janvier 2023... Le Parti de la gauche unie d'Estonie (EÜVP) reçoit à l'inverse le soutien du mouvement poutiniste Ensemble qui, n'étant pas parvenu à se faire enregistrer à temps comme parti politique faute d'un nombre suffisant d'adhérents, voit ses dirigeants se présenter au sein de la liste de l'EÜVP..

Dans le domaine éducatif, l'ERE soutient l'introduction de cours de défense nationale à l'école afin de développer le sentiment d'appartenance nationale. Son partenaire de coalition Isamaa promet de soutenir la langue estonienne, notamment dans les universités, une position que rejoint le Parti populaire conservateur (EKRE). Autre allié de l'ERE, le SDE se prononce tout comme Estonie 200 (E200) pour un système d'écoles unifié imposant la mixité entre les étudiants estonophones et russophones.. Après avoir échoué de peu à franchir le seuil électoral en 2019, l'E200, très atlantiste, bénéficie cette fois-ci d'un net essor dans les sondages qui lui permet d’espérer faire son entrée pour la première fois au Riigikogu.

vignette|Les présidents lituanien (Gitanas Nausėda), polonais (Andrzej Duda), ukrainien (Volodymyr Zelensky), letton (Egils Levits) et estonien (Alar Karis) réunit à Kiev le 13 avril 2022. Défenseur de la minorité russophone dont il reçoit l'essentiel des voix, le Parti du centre (KESK) subit de plein fouet les tensions liées à la guerre et accuse une nette baisse dans les sondages, qui fait envisager à la formation son pire résultat dans les urnes depuis 1995. Le parti peine notamment à prendre clairement position sur le sujet de l'éducation, tout en appelant à une augmentation des salaires dans le secteur de la défense.