Jean-François de La Rocque de Roberval, dit « l'élu de Poix » ou « le petit roi du Vimeu », né vers 1500 à Carcassonne et mort en 1560 à Paris, sieur de Roberval, est un militaire français des règnes de François (1515-1547) et Henri II (1547-1559).
Il est connu, particulièrement au Québec, pour avoir été nommé lieutenant-gouverneur du Canada lors de l'expédition organisée à la fin des années 1530 par Jacques Cartier afin d'installer une colonie française dans la vallée du Saint-Laurent..
Cette expédition, menée à partir de 1541, n'est pas un grand succès. Dès 1543, Roberval est de retour en France et reprend ses fonctions d'officier durant les dernières guerres d'Italie, menées par les rois de France contre Charles Quint puis Philippe II. Il meurt assassiné l'année qui suit le traité du Cateau-Cambrésis.
Biographie Origines familiales Il est le fils de Bernard de La Rocque (nom aussi orthographié La Roque) et d'une mère non identifiée. La complexité de ses origines et de sa famille s’explique par les nombreux déplacements et les trois mariages connus de son père.
Le premier mariage (1482-1487) n’ayant pas eu de postérité, Jean-François de La Rocque est probablement l'enfant d’une deuxième épouse (entre 1487 et 1499). Le troisième mariage de son père avec Isabeau de Popincourt (vers 1500)(Popincourt et/ou les Popincourt, famille de robe parisienne, cf. Jean ? ; Isabeau apporta aux La Rocque les possessions de Roberval); génère trois filles et un fils : Marquise, Charlotte-Anne, Marie et Jean de La Rocque (Allaire, 2013, )Dans les généalogies traditionnelles, Jean-François est l'aîné du deuxième mariage de Bernard de La Ro(c)que avec Isabeau de Poitiers (qui se rattacherait aux Poitiers-St-Vallier, mais sans précision) et d'Alix de Popincourt, dame de Roberval ; cf. Robert Laroque de Roquebrune : Roberval, sa généalogie, , et Roberval et sa colonie canadienne, ..
En tant qu’aîné et héritier des biens familiaux, Roberval pouvait fixer les dots de ses demi-sœurs qui épousèrent pour la plupart ses collègues militaires, conservant ainsi une certaine emprise sur le patrimoine familial. Pour sa part, Roberval eut une ou plusieurs conjointes, mais qui ne lui donnèrent aucune descendance.
Possessions Roberval bénéficia de circonstances patrimoniales favorables. En plus des biens fonciers et immobiliers issus des mariages de son père, il hérita de proches parents morts sans enfants.
Ses possessions se trouvaient dans trois régions du royaume : dans le Languedoc, autour de Carcassonne, région d’origine de la famille La Rocque ; dans le Rethélois, au nord de Reims, grâce au premier mariage de son père (notamment Poix en Rethelois ou au bailliage de Vitry) ; à Roberval (actuel département de l'Oise) dans le Valois, entre Compiègne, Chantilly et Senlis, d’où lui vient le titre usuel pour le désigner de « sieur de Roberval » (c'est-à-dire : seigneur de Roberval).
Carrière militaire En tant que militaire, La Rocque travailla sous les ordres de Robert III de La Marck (1491-1536), maréchal de France et chef des armées de François . Il perpétue ainsi .
Son appartenance à l’amena à voyager, mais surtout à résider dans le Rethélois où sa garnison avait ses quartiers.
Avec La Marck, il intégra les rangs de l’état-major du roi et participa à la plupart des guerres d'Italie. Il se distingua entre autres à Pavie (1525), et au siège de Péronne en 1536 qui bloqua une offensive espagnole vers Paris.
À la fin de la guerre de 1536-1538 (huitième guerre d'Italie), il rentre en héros, mais sans son chef (mort en 1536), la moitié de ses camarades ayant été tués lors de combats avec les Espagnols en 1537Sous le règne de François , les guerres d'Italie opposent le roi de France à Charles Quint, à l'origine Charles de Habsbourg, élu empereur en 1520 (contre François et Henri VIII), mais surtout maitre des Dix-Sept provinces des Pays-Bas (au nord du royaume), comte de Bourgogne (à l'est), roi de Castille et d'Aragon (au sud), et maître de l'Amérique espagnole déjà bien en place (Nouvelle-Espagne et Pérou). Le cœur des armées de Charles Quint est formé par les troupes espagnoles des tercios, qui combattent sur tous les fronts, sur les frontières de l'Espagne (Bayonne, 1523), mais aussi en Italie (Pavie, 1525), en Provence (Marseille, 1524), aux Pays-Bas ou en Picardie. Après la mort de François (1547), Henri II poursuit la lutte contre l'empereur. Charles Quint abdique ses pouvoirs héréditaires au profit de son fils Philippe en 1555-1556, au cours de la dixième guerre d'Italie. En revanche, c'est son frère Ferdinand qui est élu empereur (août 1556)..
L'expédition en Amérique du Nord Il est probable que Roberval entendit parler du projet colonial canadien initié par Jacques Cartier à son retour à la cour en 1538. D’après les sources, il se consacre alors à reconstituer son ancien régiment avec le fils de Robert de La Marck. Cependant, jusqu’en 1540, François refuse tous les projets pouvant mettre en danger ses négociations avec Charles Quint (empereur, roi de Castille (royaume contrôlant le Mexique et le Pérou) et d'Aragon, maître des Pays-Bas, du comté de Bourgogne, etc.).
Nomination de Roberval comme lieutenant-gouverneur Mais lorsque cette bonne entente cesse à l’automne 1540, le roi de France décide d’augmenter la taille de l’expédition et de vider par la même occasion ses prisons surchargées. Cette première colonie française outre-mer comportera donc des paysans, des artisans et des soldats pour protéger l’établissement des Amérindiens ou des Espagnols et encadrer les prisonniers condamnés aux travaux pénibles.
Jacques Cartier ne pouvant mener à bien tous les aspects de cette mission, le roi confie le commandement à un lieutenant-gouverneur. Le choix se porte sur Roberval qui a l'avantage d’être un militaire noble, meneur d’homme qui a fait ses preuves face à l'ennemi, , aspects utiles pour la future colonie.
Le contexte politique favorise sa nomination : en 1540 le connétable de Montmorency est en disgrâce et l’amiral Chabot en prison pour corruption. C’est donc vers , non entachés de conflits d’intérêt, que François se tourne pour désigner le chef de l'expédition.
Départ de Jacques Cartier en avant-garde (1541) Les préparatifs, déjà bien avancés par Jacques Cartier, doivent constamment être réajustés, mais les choses vont de bon train. Reste que les équipements militaires de La Rocque qui tardent à venir de sa garnison en Champagne font craindre un report de l’expédition. Pour pallier ce problème, La Rocque décide d’envoyer Cartier immédiatement au Canada avec plus de la moitié de la flotte afin que l’implantation coloniale soit prête lorsqu’il viendra le rejoindre.
Mais la tension monte alors d’un cran entre la France et Charles Quint à la suite de en Italie. Cela pousse La Rocque à rester en France pour participer au conflit qui se profile. François renonce finalement à déclencher les hostilités, mais il est désormais trop tard pour partir. Roberval décide de passer l’hiver en Bretagne pour opérer en représailles un blocus économique en arraisonnant les navires et marchandises venant d’Espagne.
Roberval doit partir pour le Canada au printemps suivant, .
Installation de Cartier et difficultés avec les Iroquoïens du Saint-Laurent De son côté, Jacques Cartier installe la colonie de Charlesbourg-Royal au Cap-Rouge, à quelques kilomètres en amont du village iroquoïen de Stadaconé (à l'emplacement de l'actuelle ville de Québec). Comme prévu, deux forts sont construits, l’un près de la rivière Cap-Rouge et l’autre en haut de la falaise pour protéger la colonie d'éventuelles attaques espagnoles par le fleuve. Pendant les travaux, Cartier remonte le fleuve jusqu’à Hochelaga (près de l'actuelle Montréal).
À son retour, un conflit a éclaté entre les colons et les Stadaconiens. Trente-cinq colons sont tués par les Amérindiens .
Après un hiver en état de siège, ne voyant pas arriver Roberval, Cartier décide de repartir .
Arrivée de Roberval au Canada (1542) Roberval part de La Rochelle le avec trois gros navires. Lors de son escale à Saint-Jean à Terre-Neuve, il retrouve Cartier qui repart vers la France. Cartier explique les difficultés qu'il a eues et montre ce qu'il croit être de l'or et des diamants, mais Roberval n'en tient pas compte et ordonne à Cartier de revenir avec lui dans la colonie.
Durant la nuit, les gens de Cartier décident de désobéir et de reprendre la mer.
Dans lHeptaméron, Marguerite de Navarre, sœur de François , rapporte qu’en chemin vers la colonie, La Rocque obligea un couple à débarquer sur une petite île. Seule la femme, Marguerite de La Rocque, survécut et fut retrouvée l’année suivante.
En reprenant le contrôle de la colonie abandonnée par Cartier, Roberval rebaptise plusieurs lieux : le fleuve devient « France Prime » et la colonie de Charlesbourg-Royal devient « France-Roy ».
Il remet les installations de Cap-Rouge en état et renoue des relations avec les Stadaconiens qui approvisionnent l’établissement. Durant le long hiver, une cinquantaine de colons meurent du scorbut, .
Exploration du pays (1543) et retour en France Au printemps 1543, La Rocque profite du beau temps pour remonter le fleuve jusqu’à Hochelaga avec soixante-dix soldats et colons dans huit barques afin de rejoindre le lieu mythique que les Amérindiens nomment « royaume de Saguenay », espérant y trouver le passage du Nord-Ouest vers l'océan Pacifique et les Indes orientales. . En redescendant le fleuve un peu plus tard, une barque chavire et huit personnes sont noyées.
À son retour à la colonie, Roberval trouve des navires arrivés de France avec des vivres, mais aussi des lettres de demandant leur retour en France en raison de la guerre.
Participation aux dernières guerres d'Italie (1544-1559) Roberval arrive en France au moment où les Espagnols et les Anglais marchent sur Paris depuis l’Est et le Nord du royaume. Au printemps 1544, le roi lui assigne la défense de Senlis, dernière place forte au nord de la capitale dont il faut d'ailleurs réparer les fortifications. La Rocque met tous les habitants de la région au travail avec plusieurs des gens revenus avec lui du Canada.
En , Charles Quint décide de signer la paix avec , mais le surlendemain, les Anglais s’emparent de la place forte de Boulogne et continuent leur progression vers la capitale. repousse les assaillants en envoyant une flotte de 150 navires semer la destruction le long des côtes anglaises. Roberval et son régiment combattent alors sous les ordres de l’amiral d’Annebault.
En tant que membre de l’état-major, Roberval participe à toutes les guerres jusqu’au traité du Cateau-Cambresis (), à la fin du règne de François (mort en 1547) et sous le règne d'Henri II (qui meurt peu après le traité, le ).
Mort et funérailles Roberval est assassiné au tout début des guerres de Religion, un mois après la conjuration d’Amboise (), lors de l’enterrement d’un collègue au cimetière des Innocents à Paris le .
Postérité N’ayant pas d’enfant, il avait pris des dispositions nécessaires et laissa le patrimoine familial entre les mains de ses sœurs. La seule possession qu’il n’avait pas officiellement léguée (le château de Roberval) fut saisie et mise à l’encan pour des dettes contractées une quarantaine d’années auparavant et c’est son neveu Louis de Madaillan (de Lesparre), sire de Montataire († 1576 ; trisaïeul d'Armand), fils de sa sœur Charlotte-Anne, qui s’en porta acquéreur.