Historique et statut juridique Après le déclin du judaïsme hellénistique de langue grecque dans l'Antiquité, l'utilisation de ce langage et l'intégration de la culture grecque dans le judaïsme continuent à faire partie intégrante de la vie des communautés juives de l'Empire byzantinDe Lange, N. R. M. "Greek Jewish Texts from the Cairo Genizah". 1996. Le statut juridique des Juifs resta inchangé durant toute l'histoire de l'Empire byzantin : leur position juridique propre et particulière différait à la fois de la communauté chrétienne orthodoxe qui était la religion d'État, des hérétiques, et des païens. La place qu'occupent les Juifs byzantins sur l'échelle de la liberté sociale varie quelque peu avec le temps, selon trois facteurs : le désir théologique des empereurs de maintenir, face à la puissance des patriarches de Constantinople, les juifs comme témoignage vivant des racines du christianisme et comme contrepoids économique, leur désir politique de renforcer le contrôle impérial sur la société byzantineAndré Guillou, La civilisation byzantine, Arthaud coll. "Les grands civilisations", 1974, ., et la capacité de l'administration centralisée de Constantinople à appliquer sa législationCyril A. Mango, The Oxford History of Byzantium, Oxford University Press 2002 ..
Fondements de la position juridique des Juifs : 330-404 En 212, Caracalla accorde la citoyenneté à tous les résidents de l'Empire romain, Juifs y compris. Cette mesure confère aux Juifs l'égalité juridique avec tous les autres citoyens et constitue le fondement de leur statut juridique dans l'Empire d'Orient après la fondation de Constantinople en 330Sharf, p. 20. En effet jusque là, les Juifs avaient le droit de pratiquer leur foi sous la domination impériale, tant qu'ils payaient le fiscus judaicus. Par exemple, la circoncision, considérée comme une mutilation et passible de la peine de mort si elle est pratiquée sur un enfant non juif, et la célébration de l'exil à Babylone sont légalement autorisés dans les pratiques religieuses juives. La loi byzantine reconnait les synagogues comme des lieux de culte : ils ne peuvent être arbitrairement molestés, et les tribunaux juifs ont force de loi dans les affaires civiles des Juifs, qui ne peuvent être contraints de violer ni le Shabbat ni leurs autres fêtesSharf, pp. 20-1.
Depuis l'an 390, le territoire de l'actuel Israël se trouve sous la suzeraineté byzantine. La région est alors divisée en provinces : Palaestina Prima, Palaestina Secunda et Palestina Tertia, faisant partie du Diocèse d'Antioche.
Code théodosien : 404–527 Le code de Théodose représente un début de limitation des droits des Juifs. En 404, les Juifs sont exclus de certains postes gouvernementauxSharf, p. 21. En 418, ils sont écartés de la fonction publique, et de toutes fonctions militairesLinder, p. 281. En 425, ils sont chassés de toutes les fonctions publiques restantes, tant civiles que militaires - une interdiction que Justinien Ier réitère. Cependant, ces restrictions compromettent inévitablement les arguments théologiques en faveur de la délimitation de la religion juive ; bien qu'elles donnent du pouvoir aux citoyens chrétiens de l'empire aux dépens de ses juifs toutes les lois les concernant reconnaissent implicitement l'existence continue et la légalité de la religion juiveBrewer, p. 135.
Ainsi, l'empereur Théodose II constate qu'il doit équilibrer les deux premiers des trois facteurs régissant le traitement des Juifs dans l'empire, la théologie, le pragmatisme politique et le caractère exécutoire. Il ne peut cependant pas contrôler efficacement le troisième. En 438, Théodose réaffirme l'interdiction faite aux Juifs d'occuper des fonctions publiques, car cette proscription avait été mal appliquéeBrewer, p. 130. Même en 527, un décret qui renouvelle cette interdiction commence par constater que « sans tenir compte de l'ordre des lois [ils se sont] infiltrés dans les fonctions publiquesLinder, p. 360. »
Il y a cependant une fonction qu'il n'est pas interdite aux Juifs d'assumer. Il s'agit de la charge de décurion, un collecteur d'impôts qui doit payer de sa poche tout déficit de recettes. Théodose II, qui expose une grande partie du précédent juridique et des fondements de la loi byzantine dans son Code théodose, permet aux Juifs, comme aux autres citoyens, d'engager un remplaçant pour exercer les fonctions de décurion à leur place. Justinien, dont le code juridique comprend 33 lois relatives aux JuifsBrewer, p. 127, a initialement maintenu cette possibilité, mais elle est abolie en 537. Sharf explique que le but de cette mesure est que les Juifs « ne jouissent jamais des fruits de la fonction, mais en subissent seulement les peines et les sanctions. »
Outre la question de l'accès aux fonctions publiques, les juifs sont également inégaux aux chrétiens en ce qui concerne la propriété des esclaves. Des restrictions sur la propriété d'esclaves chrétiens par des Juifs sont mises en place sous le règne de nombreux empereurs, de peur que les Juifs n'utilisent la conversion des esclaves comme moyen d'augmenter leur nombre. De plus, cette mesure vise à inciter les esclaves non chrétiens à se convertir au christianisme et à imposer une restriction économique aux juifs. Les restrictions sur la possession d'esclaves ne peuvent cependant pas être excessivement lourdes, car les esclaves, bien que nombreux, représentent entre 10 et 15% de la populationSlavery in the Late Ancient World, pp. 55–60, Kyle Harper, 2011. En vertu du code théodosien, la propriété d'esclaves chrétiens par des Juifs n'est donc pas interdite, mais leur achat l'est. Ainsi, celui qui obtient la possession d'un esclave par des moyens comme l'héritage reste son propriétaire. L'achat d'esclaves est généralement pénalisé par une vente forcée au prix d'achat initialSharf, p. 22.
La possession d'esclaves est un autre exemple de l'équilibre tripartite de la législation relative à la minorité juive de Byzance : la possession d'esclaves chrétiens porte atteinte à la théologie du « testament vivant », mais est une exigence pragmatique de l'époque, et son interdiction ne peut pas être entièrement appliquée car la liberté n'est pas nécessairement une option souhaitable pour un esclave bien traité par ses maîtresFieldman, p. 394.
La troisième restriction importante imposée au judaïsme - en plus des limitations imposées à la fonction publique et de la possession d'esclaves - est que la religion juive, bien qu'autorisée à survivre, n'est pas autorisée à prospérer. Du point de vue théologique, la victoire du christianisme peut être affirmée avec succès en maintenant un petit contingent de Juifs dans l'empire, mais leur permettre de devenir une minorité trop importante menace le monopole théologique du christianisme orthodoxe dans l'empire.
Une ramification importante de cette politique est l'interdiction de construire de nouvelles synagogues dans l'Empire, bien que la réparation des anciennes soit autorisée. Cette interdiction est difficile à faire respecter, car des preuves archéologiques en Israël indiquent que la construction illégale de synagogues s'est poursuivie tout au long du Gray, pp. 262-3. La synagogue continue à être respectée comme lieu de culte inviolable jusqu'au règne de Justinien.
À partir de cette époque, la plupart des lois concernant les Juifs - même celles qui étendent les droits qui leur sont accordés - sont « précédées d'expressions sans ambiguïté de haine et de mépris pour le judaïsmeSharf, p. 23. »
Code Justinien : 527–565 Le Code civil de Justinien resserre les réglementations sur la propriété d'esclaves chrétiens par des non-chrétiens. Il abolit l'indemnisation des achats illégaux d'esclaves chrétiens et ajoute une amende de 30 livres d'or pour cette infraction. Les Juifs possédant des esclaves chrétiens à l'époque de Justinien peuvent être punis d'exécution.
En 545, Justinien légifère pour que le droit d'existence de toute synagogue sur un terrain appartenant à une institution ecclésiastique soit annulé. Il est également le premier empereur à ordonner que les synagogues existantes soient converties en églises. Il n'existe cependant qu'un seul exemple d'une telle conversion par la force : la synagogue de Borem. Cette synagogue a très probablement été convertie pour des raisons militaires, compte tenu de sa position stratégique à la frontière du territoire des tribus berbèresBrewer, p. 131. En fait, Justinien interdit tous les lieux de culte non chrétiens en Afrique du Nord, dans une législation qui regroupe les Juifs avec les païens et les hérétiques. Cette législation n'est guère appliquée, mais elle crée un précédent en rendant les synagogues inviolables et en estompant la différence entre les Juifs et les autres non-chrétiensSharf, p. 26. Une fois de plus, cela représente la divergence entre les objectifs théologiques de l'Empire, ses objectifs pragmatiques et sa capacité à faire appliquer sa législation. La faible efficacité de la législation indique le pouvoir prépondérant de celle-ci dans la limitation des deux premiers facteurs, qui, dans ce cas, coïncident.
Les Juifs constatent également qu'ils sont placés juridiquement quelque part entre les autres non-chrétiens et la majorité chrétienne. Par exemple, Justinien exige que la Pâque soit montrée comme subordonnée à Pâques ; dans les cas où la première tombe avant la seconde, les Juifs n'ont pas le droit de la célébrer le jour prévu et sont obligés de la retarder. Il est également interdit aux Juifs de témoigner devant un tribunal concernant les chrétiens - une restriction déjà présente dans le code théodosien - bien que Justinien assouplit cette restriction en 537 pour leur permettre de témoigner dans des affaires opposant des individus chrétiens et l'État. Ce privilège n'est accordé à aucun autre groupe non chrétien. Une fois de plus, l'État sacrifie la subordination doctrinale des Juifs afin d'obtenir des avantages pratiques, en l'occurrence le témoignage contre ceux qui l'affrontent au tribunal.
Les questions relatives au discours juif interne - qui, sous le Code Théodosien, ne peuvent être arbitrées que par les tribunaux juifs - peuvent, sous le Code Justinien, être arbitrées par l'ÉtatBrewer, pp. 132-3, un pouvoir que Justinien n'hésite pas à utiliser. En 553, par exemple, Justinien exige que la lecture publique du Pentateuque se déroule en langue vernaculaire, plutôt qu'en hébreu, et interdit purement et simplement la lecture de la MishnaSharf, pp. 24-5. De cette manière, Justinien restreint non seulement la liberté religieuse des Juifs, mais il étend également son propre pouvoir afin de renforcer le principe selon lequel, « en théorie, aucun domaine n'échappe au pouvoir législatif de l'Empire. » Les restrictions de Justinien sont toutefois à peine appliquées. Ironiquement, le peu d'applications dont elles bénéficient contribue à une croissance notable de la culture et de la liturgie juives. Par exemple, l'interdiction de la lecture de la Mishna incite les érudits juifs à écrire les piyutim, d'importants ouvrages de poésie qui se réfèrent fortement à la Mishna. Comme ceux-ci ne sont pas interdits par le Code civil, ils donnent aux Juifs la possibilité de le contourner. En conséquence, cette forme d'expression religieuse s'est épanouie sous JustinienWeinberger, p. 143.
Tolérance ponctuée, révoltes juives et croisades : 565-1204