Le Rêve est un roman d'Émile Zola publié en 1888, le seizième volume de la série Les Rougon-Macquart.

Zola y aborde le thème de la religion, mais de façon beaucoup moins violente et polémique qu'il ne l'avait fait dans La Conquête de Plassans ou La Faute de l'abbé Mouret. Cette fois-ci, il s'intéresse à la foi populaire et au renouveau du mysticisme dans la société française de la seconde moitié du .

Résumé Le roman comprend 14 chapitres.

L'histoire se passe dans le Val-d'Oise, dans une ville appelée Beaumont-sur-Oise (Zola s'est largement inspiré de Cambrai pour décrire cette ville). La description de Beaumont-sur-Oise est précise, avec la ville haute ancienne et la ville basse plus moderne. La ville est accessible par la gare du Nord. L'héroïne est Angélique Rougon, fille de Sidonie Rougon et d'un père inconnu (elle est née quinze mois après le décès du mari de sa mère). Dès sa naissance, elle a été placée par la sage-femme à l'Assistance publique, puis confiée à une nourrice dans la Nièvre, à une fleuriste, et enfin aux Rabier, une famille de tanneurs qui la maltraitent. Une nuit de Noël, elle décide de fuir les Rabier et est recueillie par un couple de brodeurs, les Hubert, qui l'ont découverte transie, adossée à un pilier de la cathédrale de Beaumont. Cette famille très pieuse (ils confectionnent des broderies pour les vêtements et ornements ecclésiastiques) vit dans une toute petite maison adossée à la cathédrale. Angélique, qui est devenue la pupille des Hubert, montre beaucoup d’application et de goût pour la broderie. En même temps, elle lit et découvre La Légende dorée, un ouvrage qui va changer sa vie d’adolescente. Elle s'identifie aux martyres, rêve d'avoir le même destin glorieux qu’elles, guettant par la fenêtre l’apparition qui va changer sa vie. Cette apparition se présente finalement sous la forme d'un charmant jeune homme, Félicien, peintre-verrier qu'elle identifie à saint Georges descendu de son vitrail. L'amour naît entre eux, mais leurs familles s'opposent à leur mariage : d'un côté, Hubertine, sa mère adoptive, qui s'est mariée malgré l'interdiction de sa mère avec Hubert et qui estime en avoir été punie par le fait qu'elle ne peut avoir d'enfant, ne veut pas d'un mariage dicté par la passion. Il en va de même pour le père de Félicien, Monseigneur d'Hautecœur, entré dans les ordres à la suite du décès de sa femme et devenu évêque. Finalement, voyant qu'Angélique se consume peu à peu devant cette interdiction, les deux familles consentent au mariage. Cependant, Angélique meurt à la sortie de l’église, après avoir donné à Félicien son premier et dernier baiser.

Personnages Les personnages principaux du roman sont Angélique et Félicien. On retrouve aussi les Hubert, famille de substitution d'Angélique, et Monseigneur d'Hautecœur, père de Félicien et évêque de la cathédrale de Beaumont, qui sont des personnages importants de l'œuvre.

Angélique Angélique est l'héroïne du roman, elle est orpheline, après avoir été abandonnée par sa mère Sidonie, qui fait partie de la famille Rougon-Maquart (chapitre II, ). Elle a été recueillie par une sage-femme, Foucart (, l. 606-607) qui s'est occupée d'elle. Elle a été placée par la suite dans plusieurs familles avant de se retrouver chez les Hubert (chapitre I, ). Elle a un problème mental qui la fait halluciner. De ce fait, elle n'arrive pas à discerner le vrai du faux. Elle est amoureuse de Félicien, malgré les différents obstacles qui s'opposent à leur amour.

En ce qui concerne son apparence, le jour où Angélique s'est enfuie, elle « était vêtue de loques, la tête enveloppée d'un lambeau de foulard, les pieds nus dans de gros souliers d'homme » (chapitre I, l.16-18). Puis « par les trous des gros souliers d'homme, on voyait ses petits pieds meurtris » (chapitre I, l.190-191). Elle était vêtue d'une « mince robe [qui] dessinait la rigidité de ses membres » (chapitre I, l.191-192).

En ce qui concerne son comportement, au début du roman, Angélique paraît calme, douce et gentille. « Et l'enfant ne se reculait plus, emportée comme une chose, les dents serrées, les yeux fermés [...], d'une légèreté de petit oiseau » (chapitre I, l.168-171). Par la suite, on constate un changement de personnalité chez elle. Elle devient défensive pour protéger un livre qui lui était cher : « un livre cartonné qu'elle cachait sur sa peau même » (chapitre I, , l. 227-228). « L'enfant violente, se leva, se débattit ; et, dans une lutte, elle écarta le bras » (chapitre I, , l. 226-227). Angélique fait ensuite preuve de combativité : « un tel orgueil impuissant, une telle passion d'être la plus forte soulevait son corps de petite femme » (chapitre I, , l. 246-247). Les autres personnages remarquent aussi son changement de comportement : « Ils ne reconnaissaient plus la gamine blonde aux yeux couleur de violette [...] les yeux étaient devenus noirs dans [sa] face méchante » (chapitre I, , l. 246-250).

Angélique a été adoptée par les Hubert : « désormais Angélique allait vivre chez eux, elle était la plus voisine de la cathédrale » (chapitre II, , l. 27-28). Elle a ainsi été mise à part de la société. Elle n'a plus eu de contact avec l’extérieur. Angélique a vécu par la suite une vie très religieuse : « elle ne sortait que le dimanche, pour aller entendre la messe de sept heures » (chapitre II, , l. 50-51).

Félicien Félicien est l'un des personnages principaux du livre.

En ce qui concerne son apparence : avec « ses cheveux bouclés de jeune dieu » (, l. 61). et « son teint [...] très blanc » (, l. 81,82), il a su plaire à Angélique. Il était beau : « grand, mince » (, l. 253), blond, « avec sa barbe fine » (, l. 60). Il avait un « nez droit, un peu fort et [d'yeux] noirs, d'une douceur hautaine » (, l. 253,254). « Son visage, si blanc » (, l. 150) « se colorait à la moindre émotion (...), tout le sang de ses veines lui montait à la face » (, l. 81, l. 83).

En ce qui concerne son caractère, le jeune homme était très expressif. Toutes les émotions, « colère[,] tendresse » (, l. 82) ou timidité, se marquaient sur son visage. « Il était timide, embarrassé de ses mains, bégayant des ordres » (, l. 85) à son collègue de travail en la présence d'Angélique. En voulant se rapprocher de la jeune fille, de façon maladroite, il « [n'osa] se retourner dans [un] mortel embarras » (, l. 99-100). « [En la voyant,] accoudée, il devenait inquiet, tâchait de se rapprocher d'elle » (, l. 330-331). C'était un « enfant timide » avant tout (, l. 151).

En plus d'être timide, il était aussi sensible, « naïf et croyant » (, l. 239). En effet, « ignorant de tout » (, l. 88), il crut chaque parole qu'Angélique lui délivrait : sa vie, ses envies... Il était « sensible à cette musique humaine, car l'inflexion caressante sur certaines syllabes lui mouillait les yeux » (, l. 223-224).

Sous ce caractère se cachait aussi un homme de pulsion, de colère. En effet, « Félicien marqua bientôt quelques impatience » (, l. 328) en attendant de voir la jeune fille à sa fenêtre et d'attendre. Un soir, poussé par « son audace croissante » (, l.359), « il arriv[a] violent, jeté aux résolutions folles » (, l.164). « Il s'était dit qu'il la voulait [...] malgré ses cris » (, l. 174,175).

Félicien était aussi déterminé à conquérir sa bien aimée, même en étant « jeune, [une vingtaine d'années], si bon, si doux [et] si bien élevé » (, l. 404-405). Lorsque la jeune fille laissa tomber sa camisole dans la Chevrote, « l'air brave [...], il entra dans l'eau, [et] il sauva [la camisole] » (, l. 117-118).

De plus, il était même prêt à mentir sur sa condition sociale. Zola a écrit qu'il « mentait : [...] il n'était pas pauvre, [...] il se cachait sous ce vêtement d'ouvrier, [...] toute cette histoire pour pénétrer jusqu'à elle » (, l. 110, 113). En réalité, se cachant sous sa couverture d'« ouvrier » (, l.55) et de « peintre verrier » ( l. 185), il était haut placé dans la société. En effet, il était « fils de monseigneur » (, l. 418), « Félicien VII d'Hautecœur, [...] un vrai prince » (, l. 440-441). Sa mère est morte en couches. Il grandit chez un vieil abbé, son oncle. Il vécut une enfance difficile comme s'il était un « enfant pauvre » (, l. 120). Il apprit sa véritable place dans la société deux ans avant les faits du récit, lorsque son père s'est décidé à l'appeler. C'était « un diable » (, l. 129) selon son oncle. Son père voulait le faire devenir prêtre mais il a abandonné cette conviction.

Les Hubert Les Hubert présents dans Le Rêve vont être introduits dès le premier chapitre, à partir de la page 15. Hubert et Hubertine habitent Beaumont et vivent en tant que chasubliers. Ces personnages vont être importants car ils vont former la nouvelle famille d'Angélique à la suite de la maltraitance qu'elle a subie chez les Rabier, qui la battaient, l'insultaient et la nourrissaient mal. Les Hubert vont faire la connaissance d'Angélique au moment où ils l'aperçoivent devant la cathédrale de la ville, dans le froid glacial qui l'immobilisait (page 16) . Alors pleins de bienveillance et de pitié, ils décident de recueillir Angélique sous leur toit pour en apprendre plus sur elle. Puis, dès le chapitre 2, ils prennent la décision de s'occuper d'elle.

En ce qui concerne leur physique, Hubert et Hubertine sont décrits à la page 15. De la ligne 116 à 119, il est dit d'Hubert qu'« il a le visage tourmenté avec le nez en forme de bec d'aigle, un front bossu, couronné de cheveux épais et blanc ». Il est âgé de 45 ans. A la ligne 122, on peut lire d'Hubertine qu'elle était « très belle » et à la ligne 130 : « Elle était d’une beauté merveilleuse ».

En ce qui concerne leur caractère, Hubert et Hubertine sont très empathiques (ligne 15 page 23). Derrière cette gentillesse se cache un chagrin qui les ronge depuis vingt ans, la mort de leur unique enfant juste après sa naissance. Ils désespèrent depuis, car ils sont stériles et ne peuvent plus avoir d'enfant (page 15 ligne 137). Ils veulent alors considérer Angélique comme leur fille biologique. Angélique va réussir à vivre en paix avec eux, après la maltraitance subie auprès de son ancienne famille.

Thèmes

Maladie d'Angélique Causes La maladie d’Angélique est causée par plusieurs facteurs moraux. Elle est due, premièrement, au mariage de Félicien avec de Voincourt (chapitre XI, l. 141-143). Deuxièmement, M. Hautecœur ayant refusé son mariage avec Félicien, cela l'a affectée (chapitre XI, l. 382). Dernièrement, son mal-être est dû à l'éloignement forcé de Félicien par ses parents (chapitres XI-XII). Symptômes Cette maladie est décrite par de nombreux symptômes tels que : L'insomnie (chapitre XII, l. 1) La fièvre (chapitre XII, l. 8) Les visions (chapitre XII, l. 329-334) Les évanouissements (chapitre XIV, l. 38) La suffocation (chapitre XIV l. 333) Une nouvelle série de crises de charité (chapitre XI, l. 199) La crise d’angoisse (chapitre XI, l. 270) L'épuisement (chapitre XI, l. 358-360) L'amaigrissement (chapitre XI, l. 366) Conséquences Ces symptômes ont pour conséquences son heureux mariage avec son âme sœur, Félicien (chapitre XIV) et sa triste mort (chapitre XIV, l. 339). Type de maladie Angélique est atteinte d’une maladie peu commune. Au début du roman, on peut comprendre qu'Angélique est folle, elle ne sait pas faire la différence entre le rêve et la réalité. De plus, tout au long de l'histoire, on peut suivre sa relation avec Félicien. Arrivée à l’âge de se marier, Angélique n’obtient pas l’autorisation du père de Félicien. Les deux amants doivent donc mettre fin à cette relation, ce qui cause à Angélique une maladie qui la détruit de l’intérieur, que l’on pourrait appeler aujourd’hui une dépression causée par son « chagrin d’amour ».

Conte de fées Dans le livre Le Rêve de Zola, nous pouvons retrouver des passages ou même des personnages tirés du conte de fées. Le conte de fées fleurit au XVIIe siècle avec notamment Charles Perrault qui a écrit plusieurs contes comme Cendrillon et Peau d'Âne.