Le trouble du traitement sensoriel (ou SPD, pour Sensory processing disorder, aussi anciennement dénommé « dysfonctionnement de l'intégration sensorielle ») désigne un trouble correspondant à une difficulté ou à une incapacité du système nerveux central à traiter adéquatement les flux d'informations sensorielles arrivant dans le cerveau, lequel ne peut alors fournir de réponses appropriées aux exigences de l'environnement. Ce trouble est présent chez de nombreuses personnes atteintes d'un trouble du spectre autistique (TSA) et/ou d'un trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH). Les personnes atteintes de SPD peuvent traiter inadéquatement tout ou partie des « stimuli » sensoriels : visuels, auditifs, olfactifs (odeur), gustatifs (goût), tactiles (toucher), vestibulaires (équilibre), proprioceptifs (conscience du corps) et intéroceptifs (sens corporels internes).
L'intégration sensorielle a été définie par l'ergothérapeute Anna Jean Ayres en 1972 comme « le processus neurologique qui organise les sensations de son propre corps et de l'environnement et qui permet d'utiliser efficacement le corps dans l'environnement ». Le trouble du traitement sensoriel peut causer des problèmes importants dans l'organisation des sensations provenant des organes des sens corps et de l'environnement via ces organes ; il se manifeste par des difficultés de performance dans un ou plusieurs des principaux domaines de la vie : relation aux autres et au monde, productivité, loisirs, jeu, et autres activités de la vie quotidienne.
La question de savoir si le SPD est un trouble indépendant (en tant que tel), ou s'il représente les symptômes observés de divers autres troubles connus (ou inconnus) est encore en débatWalbam, K. (2014). The Relevance of Sensory Processing Disorder to Social Work Practice: An Interdisciplinary Approach. Child & Adolescent Social Work Journal, 31(1), 61-70. .
Le SPD n'est pas inclus dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux de l'American Psychiatric Association, et l'American Academy of Pediatrics a recommandé, en 2012, que les pédiatres n'utilisent pas le SPD comme diagnostic autonome.
Signes et symptômes de réactivité sensorielle atypique Par convention, on ne parle de difficulté d'intégration sensorielle ou de trouble du traitement sensoriel (SPD) que quand l'individu est confronté à des défis persistants dans le traitement neurologique des "stimuli" sensoriels, et que ces difficultés interfèrent négativement avec la capacité de participer à la vie quotidienne.
Ces défis peuvent concerner un ou plusieurs systèmes sensoriels ; du système somatosensoriel, au système vestibulaire, en passant par le système proprioceptif, le système intéroceptif, le système auditif, le système visuel, le système olfactif et le système gustatif.
De nombreuses personnes peuvent présenter un ou deux symptômes légers de « réactivité sensorielle atypique », ou être non-voyant, ou sourd. On ne parle de trouble du traitement sensoriel que quand il a un impact fonctionnel clair sur la vie de la personne ; il se traduit alors souvent par :
des signes de sur-réactivité, y compris, par exemple, une aversion pour des textures, goûts ou odeurs telles que celles trouvées dans certains matériaux, tissus, aliments, produits de soin, de toilette ou de nettoyage ou d'autres produits trouvés dans la vie quotidienne, auxquels la plupart des gens neurotypiques ne réagiraient pas, et un intense inconfort voire une forte douleur induits par des sons normaux, des lumières, une température, des mouvements, des odeurs, des goûts ou même des sensations intérieures telles que son propre pouls/rythme cardiaque .
des signes de sous-réactivité, pouvant traduire une hyposensibilité à certains "stimuli". Parmi ces signes figurent parfois des réactions inhabituellement lente ou absentes face à certains "stimuli", y compris à des niveaux douloureux pour d'autres.
des envies sensorielles (recherche ou production de bruit intenses, de coups ou automutilations, de frottements, de lumière, d'odeurs fortes ou particulières, éventuellement dérangeantes, etc.), avec éventuellement un comportement agité et/ou une forte impulsivité.
des problèmes sensori-moteurs (ex : mouvements lents et/ou non coordonnés, écriture difficile....).
problèmes de discrimination sensorielle, se manifestant par exemple par des chutes fréquentes ou constantes.
Les symptômes varient considérablement selon le type et le sous-type de trouble qui affecte la personne, selon son état de stress.
Liens avec d'autres troubles Les difficultés d'intégration et de traitement sensoriels peuvent être une caractéristique d'un certain nombre de troubles du comportement, dont notamment les problèmes d'anxiété, le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité (TDAH), les intolérances alimentaires, et en particulier avec tous les troubles du spectre autistique. Ce schéma de comorbidités pose un défi important à ceux qui prétendent que le SPD est un trouble spécifique identifiable, plutôt qu'un simple terme donné à un ensemble de symptômes communs à d'autres troubles.
Deux études ont apporté des preuves préliminaires suggérant qu'il pourrait y avoir des différences neurologiques mesurables entre les enfants diagnostiqués avec SPD et des enfants témoins classés comme neurotypiques ou les enfants déjà diagnostiqués autistes. Des recherches récentes ont trouvé une microstructure anormale de la substance blanche chez les enfants atteints de SPD, par rapport aux enfants typiques et à ceux souffrant d'autres troubles du développement tels que l'autisme et le TDAH. Malgré ces preuves, le fait que les chercheurs du SPD ne se soient pas encore mis d'accord sur un outil de diagnostic éprouvé et standardisé sape leur capacité à définir les limites du trouble et rend les études corrélationnelles, comme celles sur les anomalies structurelles du cerveau, moins convaincantes.
Causes Elles ne sont pas encore clairement connues mais on sait que les régions du mésencéphale et du tronc cérébral du système nerveux central sont des centres précoces dans la voie de traitement de l'intégration multisensorielle ; ces régions cérébrales sont impliquées dans des processus tels que la coordination, l'attention, l'éveil et la fonction autonome. Une fois les informations sensorielles pré-traitées par ces centres, elles sont ensuite acheminées vers les régions du cerveau responsables des émotions, de la mémoire et des fonctions cognitives "de niveau supérieur".
Des dommages ou changements dans n'importe quelle partie du cerveau impliquée dans le traitement multisensoriel semblent pouvoir entraîner des difficultés à traiter correctement les "stimuli" de manière fonctionnelle.
Mécanisme Au début du , la recherche sur les processus sensoriels se concentre sur l'étude des causes possiblement génétiques et neurologiques du SPD. L'électroencéphalographie (EEG) mesurant le potentiel lié à l'événement (ERP) et la magnétoencéphalographie (MEG) sont traditionnellement utilisées pour explorer les causes des comportements observés dans le SPD.
La sur-réactivité face aux "stimuli" tactiles et auditifs montrent des influences génétiques, mais modérées ; la sur-réactivité tactile semble la plus héritable.
Des différences de latence auditive (le temps qui sépare la réception de l'entrée du moment où la réaction est observée dans le cerveau), ainsi qu'une hypersensibilité aux vibrations dans les voies des récepteurs des corpuscules de Pacini, et d'autres altérations du traitement unimodal et multisensoriel ont été détectées dans les populations autistes.
Les personnes ayant des déficits de traitement sensoriel semblent avoir moins de synchronisation sensorielle que les sujets typiques et une intégration neuronale atypique de l'entrée sensorielle.
Chez les personnes présentant une sur-réactivité sensorielle, différents générateurs neuronaux s'activent, provoquant le dysfonctionnement de l'association automatique d'entrées sensorielles causalement liées qui se produit à ce stade précoce de perception sensorielle.
Les personnes présentant une hypersensibilité sensorielle pourraient avoir une augmentation du récepteur D2 dans le striatum, liée à une aversion pour les "stimuli" tactiles et à une accoutumance réduite.
Dans le modèle animal, un stress prénatal augmente significativement l'évitement tactile.
Une hypothèse est qu'une stimulation multisensorielle pourrait, dans le cortex frontal, activer un système de niveau supérieur qui implique l'attention et le traitement cognitif, plutôt que l'intégration automatique des "stimuli" multisensoriels (observés chez les adultes en développement typique dans le cortex auditif).
Classification médicale Le « trouble du traitement sensoriel » est accepté dans la Classification diagnostique des troubles de la santé mentale et du développement de la petite enfance et de la petite enfance (DC:0-3R). Mais il n'est pas reconnu comme un trouble mental par les référentiels médicaux tels que la CIM-10ICD 10 ou le DSM-5. Les critères diagnostiques du DSM-5, dans le Trouble du Spectre de l'Autisme (critère B.4) évoquent cependant une « hyper- ou hyporéactivité aux stimuli sensoriels ».
Le diagnostic est principalement obtenu par l'utilisation de tests standardisés, de questionnaires standardisés, d'échelles d'observation d'experts et d'observations libres dans un gymnase d'ergothérapie. L'observation des activités fonctionnelles peut également être effectuée à l'école et à la maison.
Diagnostic
Dans la plupart des pays, le diagnostic est effectué par un ergothérapeute, mais certains pays, il doit être fait par des professionnels certifiés, tels que des psychologues, des spécialistes de l'apprentissage, des physiothérapeutes et/ou des orthophonistes. Certains pays recommandent d'avoir une évaluation psychologique et neurologique complète si les symptômes sont trop graves.
Tests standardisés
Test d'intégration sensorielle et de praxis (SIPT) Évaluation de l'intégration sensorielle d'Ayres (EASI) - en développement Test DeGangi-Berk d'intégration sensorielle (TSI) Test des fonctions sensorielles chez les nourrissons (TSFI)
Questionnaires standardisés
Profil sensoriel (PS) Profil sensoriel du nourrisson/tout-petit Profil sensoriel adolescent/adulte Sensory Profile School Companion Indicateurs de signaux de risque développementaux (INDIPCD-R) Mesure de traitement sensoriel (SPM pour "Sensory Processing Measure") Mesure du traitement sensoriel préscolaire (SPM-P)
Types et sous-types de désordres neurologique et de conséquences
Intégration sensorielle et difficultés de traitement Les preuves de difficulté d'intégration et de traitement des informations sensoriellles viennent des premières recherches d'Ayres, issues de l'analyse factorielle du premier test SCISIT et du travail de Mulligan de 1998 "Patterns of Sensory Integration Dysfunctions: A Confirmatory Factor Analysis".
Les modèles d'intégration et de traitement de l'information sensorielle admis par la recherche appuient une classification des difficultés, qui seraient liée à 4 items :
Degré de difficulté d'enregistrement sensoriel et de la perception (= critère de discrimination) degré de réactivité sensorielle (= critère de modulation) Praxis (qui signifie "faire") degré d'intégration ; posturale, oculaire et bilatérale
Trouble du traitement sensoriel (ou SPD pour "Sensory processing disorder") Les partisans d'un nouveau SPD nosologique ont plutôt proposé trois catégories :
trouble de la modulation sensorielle ;
troubles moteurs sensoriels ;
troubles de la discrimination sensorielle (tels que définis dans la Classification diagnostique de la santé mentale et des troubles du développement de la petite enfance et de la petite enfance).
1. Trouble de la modulation sensorielle (SMD pour "Sensory modulation disorder")