Le blocus du Haut-Karabagh est le blocus complet de la république autoproclamée du Haut-Karabagh par les forces armées de l'Azerbaïdjan, de à , menant à une grave crise humanitaire. Le Haut-Karabagh, peuplé majoritairement d'Arméniens, est entièrement enclavée au sein de l'Azerbaïdjan qui lui est hostile. Depuis la fin de la seconde guerre du Haut-Karabagh en , la seule route pouvant approvisionner le Haut-Karabagh passe par le corridor de Latchine sous contrôle des forces de maintien de la paix russes. Le blocus commence le lorsque des Azerbaïdjanais bloquent la route dans la zone de l'intersection Chouchi-Dachalti. Le gouvernement azerbaïdjanais présente les bloqueurs comme des militants écologistes indépendants, mais la presse internationale révèle qu'ils sont pilotés en sous-main par les autorités. Les autorités azerbaïdjanaises violent ainsi les accords tripartites signés le et mettant fin à la seconde guerre du Haut-Karabagh.

Le , l'Azerbaïdjan interrompt également l'approvisionnement en gaz de l'Arménie vers le Haut-Karabagh. Il est rétabli le 16 du même mois, avant d'être définitivement coupé, le . À partir d', la circulation routière est entièrement bloquée le long du corridor de Latchine, interdisant toute importation de produits alimentaires ou de médicaments, y compris par des ONG humanitaires. Le blocus prend fin le avec l'invasion militaire du Haut-Karabagh et l'exode de la population vers l'Arménie par le corridor de Latchine sous le contrôle des forces azerbaïdjanaises. Des historiens et juristes internationaux spécialistes des génocides et relayés par des ONG estiment que ces évènements constituent un génocide.

Contexte Le , le siège de l'information du Haut-Karabagh signale qu'un groupe d'Azerbaïdjanais a bloqué l'autoroute Stepanakert-Goris à l'intersection Chouchi-Dachalti. Après que la route a été fermée pendant , elle est rouverte, mais l'Azerbaïdjan annonce envoyer des spécialistes sur les lieux où se trouvent les forces de maintien de la paix russes.

Le , les ministères de l'Économie et de la Protection de l'environnement et des ressources naturelles de l'Azerbaïdjan publient une déclaration conjointe, selon laquelle l'Azerbaïdjan commence des observations environnementales sur le territoire du Haut-Karabagh.. Le même jour, un groupe d'Azerbaïdjanais tente d'entrer dans la mine de Kashen, mais le personnel de sécurité de la mine l'en empêche.

Déroulement du blocus vignette|alt=Photographie d'un pont routier bloqué par une barrière gardée par des militaires. |Poste de contrôle azerbaïdjanais d'Hakari bloquant le corridor de Latchine. Le matin du , à , un groupe d'Azerbaïdjanais qui se présente comme militants écologistes bloque la seule route reliant l'Arménie au Haut-Karabagh dans le secteur de la ville de Chouchi. Au bout d'un certain temps, ces derniers installent des tentes au milieu de la route. Selon des sources azerbaïdjanaises, des organisations non gouvernementales environnementales sont à l'origine de cette action, dénonçant le fait de ne pas avoir pu se rendre dans les mines de Drombon et de Kashen au Haut-Karabagh la veille. Ils exigent une rencontre avec le commandant des forces de la paix russes, Andreï Volkov.

Le , le député azerbaïdjanais Rasim Musabayov annonce que, si les militants ne sont pas autorisés à entrer dans les mines du Haut-Karabagh, l'Azerbaïdjan pourrait détruire la mine de Kashen avec une frappe à la roquette.

Dans la soirée du , l'Azerbaïdjan déplace des troupes militaires et des forces de police vers le tronçon fermé de la route.

Le , soit la veille du jour où tous les Arméniens commémorent le génocide (souvenir des premières arrestations d'Arméniens ayant commencé à Constantinople le ) les forces armées de Bakou prennent le contrôle du pont de Hakari assurant la jonction physique entre l’Arménie et le corridor de Latchine, et y installe un poste de contrôle militaire. Ce verrouillage du corridor sur son côté Ouest complète le blocage dudit couloir déjà opéré côté Est au niveau de la ville de Chouchi. Bakou met en place ce poste de contrôle en prétextant que cette voie serait utilisée pour de la contrebande de marchandises et d'armes.

Avançant pas à pas, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev cherche à rendre la situation des Artsakhiotes de plus en plus intenable dans le but affiché qu'ils quittent ce territoire, ce qui lui permettrait d'en prendre totalement le contrôle. Le président Aliyev déclare dans plusieurs interviews que le corridor de Latchine est grand ouvert pour ceux qui souhaitent quitter le Haut-Karabagh.

Inaction des forces de maintien de la paix russes Lors de l'accord trilatéral qui met fin à la guerre de 2020, les forces russes sont mandatées pour le maintien de la paix, avec pour principales missions de s'interposer le long de la ligne de front et de garantir la libre circulation dans le corridor de Latchine, seul lien entre le Haut-Karabagh et le monde extérieur, via l'Arménie. Lors de l'installation du poste de contrôle militaire azerbaïdjanais bloquant le corridor de Latchine en , les forces russes ne réagissent pas. De fait, elles n'accomplissent pas la mission pour laquelle elles sont mandatées, ce qui attire des critiques à l'international. De même en , les forces russes refusent d'escorter le long du corridor les camions contenant 400 tonnes d'aide humanitaire d'urgence. La diplomatie russe semble se contenter d'appels à lever le blocus, par la voix de Sergueï Lavrov., ministre des Affaires étrangères, ou par celle de ses porte-paroles.

De nombreux gouvernements, organisations internationales et ONG critiquent l'inaction des forces de maintien de la paix russes, certains proposant de les remplacer par des casques bleus de l'ONU ou par des forces de l'OSCE.

D'après l'ONG International Crisis Group, le contingent de forces russes (2000 soldats) est insuffisant pour accomplir les missions qui lui sont assignées. Certains analystes font le lien avec l'enlisement russe en Ukraine, la Russie se trouvant affaiblie militairement, ou encore avec les intérêts économiques de la Russie en Azerbaïdjan, notamment dans le gaz naturel. D'après d'autres, le gouvernement azerbaïdjanais a refusé de clarifier dès le départ le rôle des forces russes, ce qui contribue à leur impuissance.

Enfin, certains y voient une conséquence du désengagement de plus en plus évident de la Russie vis à vis de l'Arménie. Malgré l'appartenance des deux pays à l'Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), la Russie n'est pas intervenue en 2021 lorsque l'Azerbaïdjan a poussé son avantage et occupé quelques kilomètres carrés du territoire arménien, ou en 2022 quand l'Azerbaïdjan a attaqué des postes frontières arméniens faisant plusieurs centaines de morts dans les deux camps. L'annonce en , d'exercices militaires conjoints entre l'Arménie et les États-Unis, une première entre ces 2 pays, semble marquer une étape décisive dans cet éloignement avec la Russie.

Crise humanitaire vignette|alt=Photographie de deux hommes au bord d'une falaise, observant en contre-bas des camions arrêtés sur une route de montagne.|Observateurs de l'Union Européenne surplombant depuis la frontière arménienne des camions d'aide humanitaire bloqués dans le corridor de Latchine. Le ministère de la Santé du Haut-Karabagh indique en qu'en raison du blocage de la route reliant le Haut-Karabagh à l'Arménie par l'Azerbaïdjan, le transfert des citoyens du Haut-Karabagh ayant de graves problèmes de santé vers Erevan est impossible. Selon le défenseur des droits humains du Haut-Karabagh, cette fermeture laisse sur les routes dans des conditions hivernales froides 1100 personnes, dont 270 enfants. Le siège de l'information du Haut-Karabagh rapporte quant à lui que les communautés de Mets Shen, Hinshen, Eghtsahogh et Lisagor de la province de Chouchi sont encerclées, et qu'il est impossible de les ravitailler en nourriture, notamment en pain et en farine, et en autres produits de première nécessité.

Dans la soirée du , le siège de l'information du Haut-Karabagh signale que l'Azerbaïdjan a interrompu l'approvisionnement en gaz du Haut-Karabagh depuis l'Arménie. Le ministre d'État du Haut-Karabagh annonce qu'à partir du , afin d'économiser du carburant, les établissements d'enseignement du Haut-Karabagh chauffés au gaz sont fermés. Le gaz est rétablie le .

Plus les mois défilent et plus l'approvisionnement en nourriture est difficile. Pendant l'été 2023, les habitants se nourrissent principalement avec les récoltes des potagers et vergers, tous les magasins étant vides. Ceci fait craindre une grave crise humanitaire à l'automne, lorsque cette nourriture d'origine locale ne sera plus disponible et que les températures baisseront jusqu'à l'arrivée de la neige.

À partir du mois de , plus aucun véhicule ne circule à cause de la pénurie d'essence. Toutes les écoles sont fermées. Les hôpitaux et maternités sont en rupture de médicaments et produits divers. Les malades chroniques ne peuvent plus se soigner et les fausses couches se multiplient.

Qualification de génocide Le , le Lemkin Institute émet une alerte de génocide pour la situation au Haut-Karabagh, 3 jours après qu'un premier habitant soit mort de faim. L'ONG Genocide Watch dénonce la perte de centaines de soldats dans des tirs et bombardements frontaliers depuis le début du blocus, et le déplacement forcé des populations civiles par l'armée azerbaïdjanaise. D'après elle le but de ces « agressions injustifiées » est « génocidaire ».

En , l'expert des Nations unies sur le génocide, Juan Méndez, alerte sur « les risques de génocide au Haut-Karabakh ».

L’ancien procureur général de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo qualifie les évènements en cours de génocide, dans un rapport détaillé publié à l'été 2023. L'historien spécialiste des génocides, Vincent Duclert, estime les faits recensés dans le rapport d'Ocampo de « indubitables ». Par ailleurs, il précise qu'au regard de l'article 2 de la convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de l'ONU le fait d'affamer volontairement une population est constitutif d'un crime de génocide. Enfin, Duclert estime que la seconde guerre du Haut-Karabagh en 2020 et le blocus de 2023 ne sont que le prolongement du génocide arménien de 1915, la négation du génocide étant une doctrine d'État en Azerbaïdjan comme en Turquie et la volonté de le parachever manifeste.

Réactions internationales États et institutions : Le ministère arménien des Affaires étrangères a déclaré que les actions provocatrices de l'Azerbaïdjan pourraient conduire à une catastrophe humanitaire à grande échelle. : Le porte-parole du département d'État des États-Unis, , déclare que la fermeture du corridor avait de graves conséquences humanitaires et appelle l'Azerbaïdjan à rétablir la libre circulation dans le corridor de Latchine. De son côté, l'administratrice de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), Samantha Power, appelle l'Azerbaïdjan à rouvrir le corridor de Lachine , considéré comme une . Le , Antony Blinken, ministre des Affaires étrangères, demande « un rétablissement immédiat de la libre circulation le long du corridor de Latchine ». : après le début du blocus, Emmanuel Macron, au cours d'un entretien téléphonique avec Ilham Aliyev, appelle son homologue à permettre la libre circulation le long du corridor de Latchine.. Le , Catherine Colonna, ministre des Affaires étrangères, demande la « levée immédiate » du blocus. Le , Laurence Boone, secrétaire d'État chargée de l'Europe, qualifie le blocus de « nettoyage ethnique » et de « crime ». : Appelle l'Azerbaïdjan à lever le blocus et à rétablir l'approvisionnement en gaz. : Le ministère des Affaires étrangères grec appelle les autorités azerbaïdjanaises à assurer la liberté de circulation dans les deux directions à travers le corridor sans aucune condition préalable.