vignette|Blaise Pascal (1623-1662) sur la façade du palais du Louvre de Paris.
Le pari de Pascal est une argumentation philosophique de Blaise Pascal, philosophe, mathématicien et physicien français du . Pascal tente de persuader, qu'à défaut de pouvoir démontrer l'existence ou la non existence de Dieu (le Dieu chrétien), une personne rationnelle a tout intérêt à croire en Dieu, qu'il existe ou non. En effet, dans la probabilité que Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent rien ou presque. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne l'immortalité et le paradis, tandis que le non-croyant athéiste prend le risque d'une condamnation à l'enfer pour l'éternité.
Le texte original du pari se trouve dans un fragment (Lafuma 418 - Brunschvicg 233) de ses Pensées, un ouvrage posthume inachevé consacré à la défense de la religion chrétienne contre les sceptiques et les libres-penseurs.
Extrait des Pensées
Explications Selon Pascal, même dans l’hypothèse où nous n’aurions pas de raisons de croire que Dieu existe vraiment, nous aurions intérêt à y croire. En effet, si Dieu n’existe pas, le croyant et le non-croyant ne perdent presque rien. Par contre, si Dieu existe, le croyant gagne tout, c'est-à-dire le paradis tandis que le non-croyant va en enfer pour l'éternité. Il est donc plus avantageux de croire en Dieu.
Présentation sous forme d'un tableau Les gains et les pertes possibles peuvent aussi se représenter sous forme d'un tableaub. The Expectations Argument2. The Argument from Superdominance: Si vous pariez sur l'existence de Dieu et que Dieu n'existe pas, vous expérimentez une perte (pour les athées, contraints de respecter une morale religieuse) ou un gain (pour les théistes, trouvant un réconfort dans la religion), dans les deux cas finis. Si vous pariez sur l'existence de Dieu et que Dieu existe, votre gain est infini. Vous vivez un bonheur éternel au paradis. Si vous pariez contre l'existence de Dieu et que Dieu n'existe pas vous obtenez une perte ou un gain fini inverse de celui du 1, selon qu'on est athée ou théiste. Si vous pariez contre l'existence de Dieu et que Dieu existe, votre perte est infinie. Vous êtes enfermé pour l'éternité en enfer. Dieu existeDieu n'existe pasVous pariez sur l'existence de DieuVous allez au paradis = vous gagnez indéfiniment (+∞)Vous retournez au néant = vous subissez une perte ou un gain fini (f1)Vous pariez sur l'inexistence de DieuVous brûlez en enfer = vous perdez indéfiniment (−∞)Vous retournez au néant = vous obtenez un gain ou une perte finie (f2)
Critiques du pari
Le pari peut déplaire à Dieu Il faut aussi considérer que l'avantage personnel est une raison de croire en Dieu qui peut se retourner contre le parieur. En effet, Dieu, étant par hypothèse omniscient, saura si le parieur a mené la vie d'un croyant par intérêt. Il est alors possible qu'il considère la motivation du parieur comme inadaptée et qu'il décide de le punir par la damnation éternelle plutôt que de le récompenser par la béatitude éternelle. Cependant Pascal avait conscience du problème et considérait son pari comme permettant de réaliser un premier pas vers une foi plus authentique. L'argument du pari avait pour but, non pas de convaincre le lecteur d'opter pour la religion chrétienne, mais plutôt d'occasionner en lui une prise de conscience afin qu'il se libère de l'emprise qu'ont sur lui ses habitudes terrestres.
Comme l’indique Laurent Thirouin, professeur émérite de littérature française du , dans un article de la revue Ornicar?, : « Le rappel insistant de la mort ne doit pas être interprété selon des accents stoïciens. Il ne s’agit pas « d’apprendre à mourir » tout au long de son existence, comme nous y invite l’essai de Montaigne, mais de tenir compte des certitudes et des incertitudes. C’est chez Pascal une pensée de mathématicien bien autant que de philosophe. »
Objection des dieux multiples Pascal semble supposer qu'il n'existe qu'un seul Dieu, le Dieu catholique. Le problème semble être qu'il existe ou qu'il a existé de multiples conceptions de Dieu et que la probabilité de leur existence ne peut pas être négligée dans le cadre du pari. La question se pose alors de savoir comment on doit parier. Il semble à première vue rationnel de croire en tous les dieux. Mais cela est impossible car de nombreuses religions exigent justement de ne pas croire en d'autres dieux. Diderot exprime succinctement l'argument en écrivant : « Pascal a dit: " Si votre religion est fausse, vous ne risquez rien à la croire vraie ; si elle est vraie, vous risquez tout à la croire fausse". Donc, si vous croyez vraie une religion qui est fausse, vous croyez fausses les autres dont une pourrait être vraie, le pari est donc toujours perdant et Pascal avait tort. »
La croyance n'est pas un acte volontaire Il peut être argumenté que croire ou ne pas croire ne sont pas des choix qui nous appartiennent. Il n'est pas certain qu'il soit possible d'adopter une croyance simplement parce que nous décidons de l'adopter. Si l'on nous offre pour croire que le ciel est vert, il semble peu probable que nous puissions adopter cette croyance simplement car c'est dans notre intérêt. En conséquence, on pourrait argumenter que le pari de Pascal ne permet pas de nous motiver à croire en Dieu, car croire en Dieu n'est pas un acte volontaire.
Inversion du pari Le marquis de Sade suggère d’inverser le pari. Dans le roman Eugénie de Franval, Franval préconise de ne pas faire l’éducation religieuse de sa fille :
Dans la littérature Jacques Prévert, Les paris stupides (poème) : « Les paris stupides - Un certain Blaise Pascal, etc, etc… »
Télévision 1971 : Blaise Pascal (téléfilm), de Roberto Rossellini, avec Pierre Arditi dans le rôle de Blaise Pascal.
Bibliographie
Pierre Cariou, Pascal et la casuistique, Paris, PUF, 1993. Vincent Carraud, Pascal et la philosophie, Paris, PUF, 1992. Benoît Chantre et Jacques Julliard, Le Choix de Pascal, Paris, Desclée de Brouwer, 2003. Jules Lachelier, « Notes sur le pari de Pascal » dans Du fondement de l'induction, Paris, Alcan, 1924, p. 175-208. Jean Laporte, Le Cœur et la Raison chez Pascal, Paris, Elzévir, 1950. Pierre Magnard, « Le Principe de similitude » dans Méthodes chez Pascal, actes du colloque tenu à Clermont-Ferrand, les 10-, Paris, PUF, 1979, p. 401-408. Pierre Magnard, Pascal. La clé du chiffre, Mames, Presses universitaires, 1991. Jean Mesnard, Blaise Pascal, l'homme et l'œuvre, Cahier de Royaumont, Philosophie n°1, Paris, Minuit, 1956. Jean Orcibal, « Le fragment Infini-rien et ses sources », Études d'histoire et de littérature religieuse, Paris, Klincksieck, 1997, p. 357-383. Martine Pécharmant, « Il faut parier, Locke ou Pascal », Les Études philosophiques, 2010, p. 479-516. Guillaume de Tanoüarn, Parier avec Pascal, Paris, Cerf, coll. « Théologies », 2012. Guillaume de Tanoüarn, L'Évidence chrétienne, Paris, Servir, 2005.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Principe de Pascal Problème des partis Philosophie de la religion Bibliographie sur Blaise Pascal Arguments sur l'existence de Dieu Théorie des probabilités
Liens externes Analyse du pari de Pascal Présentation du pari de Pascal (vidéo)
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