Le nationalisme espagnol ou espagnolisme est le mouvement politique, social et idéologique définissant et revendiquant l'identité nationale de l’Espagne. Concrètement, il affirme l’existence d'une nation espagnole, identifiée avec l'État espagnol actuel et son territoire intégral , qu’il considère donc comme un État-nation.

Il existe un large consensus historiographique pour situer la naissance du nationalisme espagnol autour de 1808 dans la guerre d’indépendance espagnole . . . . .. L’historiographie libérale postérieure transforma cette guerre en un mythe fondateur de la nation espagnole.

Comme c’est couramment le cas, le nationalisme espagnol n’est pas monolithique et présente une hétérogénéité. Historiquement, la pensée nationaliste espagnole s'est structurée autour de deux pôles opposés et en conflit, mais non étanches pour autant : schématiquement, une conception de la nation et centraliste de l’État, ayant pour centre de gravité la Castille historique, défendant la langue castillane ou espagnol, le catholicisme et identifiant la nation à la Monarchie hispanique, et une conception ou de la nation, plus libérale, revendiquant une nation polycentrique et intégratrice des particularités régionales, défendant un républicanisme fédéraliste ..

À l'exception de deux courtes périodes très instables , c'est le modèle centraliste qui a été historiquement dominant dans les institutions.

À la fin du franquisme, la transition démocratique instaure un modèle d’État hybride, , reconnaissant à la fois l’ de la nation et le des régions d'Espagne . Bien que largement décentralisé dans les faits ., ce modèle a souvent été présenté comme un « habile compromis » entre les deux tendances contradictoires, et le processus de transition considéré comme exemplaire, par l'esprit de conciliation et d’apaisement qui l’aurait présidé . Toutefois, avec le temps l’historiographie a apporté une vision plus critique de cette étape , et depuis les années 2000 surtout, le modèle d'État est source de contestations politiques ouvertes, tant centrifuges (nationalismes périphériques) que centripètes (un certain courant , qui a trouvé une grande visibilité politique avec l’émergence récente du parti ultranationaliste Vox).

Dans l'historiographie, on a souvent insisté sur la défaillance de l’État espagnol dans le processus de nation building. C'est ainsi que l’on a pu expliquer l'émergence de forts nationalismes périphériques. Toutefois, si ces mouvements ont eu une importance fondamentale dans les représentations de la , le nationalisme espagnol s’étant en grandie partie construit contre ces derniers, l'historiographie récente apporte une vision critique sur cette conception , et tend à considérer le cas espagnol comme un exemple intégré dans un contexte européen plus large.

Historiographie

Jusque dans les années 1990, le nationalisme espagnol a fait l’objet de peu d’études dédiées, à la différence de nombre d’autres mouvements nationalistes .

Définition et problématique Comme l’a souligné Xosé Manoel Núñez Seixas , les personnes qui assument l'idée que l'Espagne est une nation, indépendamment de leur position sur l'échiquier politique, en général ne se définissent pas comme nationalistes et refusent cette étiquette, ce qui pose une difficulté lorsqu’il s'agit de déterminer quels mouvements, idéologies ou partis sont effectivement nationalistes. Ce problème n’est pas spécifique du nationalisme espagnol, mais se retrouve dans l'ensemble des autres nationalismes européens ou plus généralement dans les nationalismes des États-nations., et ne se produit généralement pas dans le cas des mouvements des nationalismes sans État . Ainsi, , particulièrement dans le contexte postérieur à l’adoption de la Constitution de 1978.

Pour surmonter ce problème, Núñez Seixas propose de considérer un parti, un mouvement ou une idéologie comme s’il assume les trois postulats suivants :

Avant lui, les historiens , et Pere Anguera avaient déjà identifié comme les options politiques .

Nationalisme espagnol « primordialiste »

La conception « primordialiste », aussi dite « essentialiste » ou « historiciste » du nationalisme espagnol est développée dans l’œuvre de penseurs comme Ramón Menéndez Pidal ou Américo Castro.

Nationalisme espagnol « moderniste »

Le nationalisme espagnol dans le panorama politique actuel À gauche

À droite

Histoire

Origines

Franquisme (1939-1975) Selon l’historien Jordi Bonells, le régime franquiste opère une identification totale entre l’État et une nation espagnole monolingue et catholique. Dès ses origines, le franquisme se caractérise par sa , l’absence de , sa et sa conception manichéenne d’une lutte entre la et ses . . Cette : elle limite les conflits internes au franquisme et . .

La politique de du régime eut un effet contraire à celui escompté à moyen et à long terme au sein des secteurs insatisfaits du régime : la délégitimation sociale du nationalisme espagnol tout entier, identifié avec le franquisme. Cela fut spécialement évident au sein de l'opposition au franquisme, qui en prenant ses distances avec l'espagnolisme, en vint à assumer une grande part des postulats et revendications des nationalismes sous-étatiques .

Transition démocratique

Après la fin du franquisme, pratiquement aucune des forces politiques démocratiques d’extension étatique n’accepta le qualificatif de , l’idée du nationalisme espagnol étant dans les esprits identifiée à l’ancien régime, largement délégitimé dans l'opinion, et sa propagande . L’Espagne sur ce point ne constitue néanmoins pas une exception : il est assez commun dans les nationalismes des États-nations de recourir à l’étiquette plus neutre et positive de . Au contraire de l’espagnolisme, au cours de la dictature les nationalismes périphériques acquirent une connotation positive au sein du mouvement d’opposition à la dictature. De plus, la transition se caractérise par l’absence d’, à la différence de ce qui s’était produit dans d'autres pays d’Europe après la fin du second conflit mondial , ce qui empêcha la formation d’un véritable espagnol basé sur la critique et le dépassement du passé récent.

Ainsi, le nationalisme espagnol dut affronter un quadruple défi durant la transition démocratique : , et , tout en le faisant sur un mode compatible avec l’intégration européenne.

Le résultat fut une profonde mutation du nationalisme espagnol dans son ensemble, qui . Toutefois, la question du apparu au début du reste en suspens et n’est toujours pas résolue.

Années 2000 En 2018, l'historien Núñez Seixas faisait le bilan suivant du nationalisme espagnol : .

L'année 2018 marque une forte ascension du parti politique Vox, qui remporte de députés au Congrès avec 15,09 % des voix. Ce parti défend un ultranationalisme espagnol (« ultraespagnolisme »), en lien avec les idéologies d'autres formations d'extrême droite espagnoles et européennes. Vox considère que l'unité nationale espagnole est menacée par les nationalismes périphériques ; il propose comme solution la fin à l'État des autonomies et la mise en place d'un « État fort » centralisé (« Un seul gouvernement pour toute l'Espagne »), et défend un modèle essentialiste de la nation espagnole, qu’il ne définit pas comme l'ensemble des citoyens mais sous une forme essentialiste, incluant les générations passées et celles à venir. Vox prétend défendre l'« Espagne vivante », qu'il oppose à l'« » (les « séparatistes », les « communistes »). Selon le politologue Carles Ferreira, son et pour ce faire il se propose de supprimer . Il défend l'interdiction des partis et organisations qui « cherchent la destruction de l'unité territoriales de la Nation et de sa souveraineté » et souhaite doter de la « protection légale maximale les symboles de la nation », spécialement l'hymne, le drapeau et la Couronne, soutenant qu'« aucune offense envers eux ne doit rester impunie ». Vox défend le monolinguisme castillan et s'oppose à la coofficialité des langues propres dans les régions où elles sont reconnues. Il propose un « plan intégral pour la connaissance, la diffusion et la protection » de l'identité nationale et de l'apport de l'Espagne à la civilisation et à l'histoire universelle, avec une attention spéciale accordée aux « gestes et exploits de nos héros nationaux ». Tout ceci correspond à une conception de l'espagnolité « fortement enracinée dans les mythes ethnonationaux » comme la colonisation de l'Amérique ou la Reconquista. La définition monoculturelle de la nation espagnole a également pour conséquence la rejet radical du multiculturalisme et la critique de la société ouverte. Concernant le contexte international et européen, le parti prétend donner la primauté à l'intérêt national et s'opposer aux lobbys et organisation supranationales, sa position s'identifiant ainsi avec l'euroscepticisme du groupe de Visegrád.

Mythes fondateurs et stéréotypes

Comme les autres mouvements nationalistes, le nationalisme espagnol se base sur un certain nombre de mythes fondateurs, issus d’une lecture révisionniste de l’histoire.

Parmi ceux revendiqués par les courants conservateurs , on peut citer les suivants : Numance, ville antique du nord de l'Hispanie (près de l'actuelle Soria), qui résista durant vingt ans à la conquête romaine, entre 153 et ; Le siège de Sagonte, à l’origine de la deuxième guerre punique, autour de ; Le royaume wisigoth de Tolède en tant que premier royaume espagnol ; La , la résistance chrétienne à Al-Andalus, avec des figures comme Don Pelayo, Le Cid ; La Reconquista contre l’ musulman ; La monarchie (la ) des rois catholiques ; La revendication du catholicisme, de l'Inquisition , de l’Unité catholique de l’Espagne ; Le et la Limpieza de sangre () ; La impériale de l'Espagne ; Le castillan comme et .

Un mythe fondateur revendiqué par le nationalisme libéral ou , est celui de la entre 1808 et 1814, notamment celui du soulèvement du Dos de Mayo. S’il existe un consensus dans l’historiographie pour la considérer comme la naissance du nationalisme moderne en Espagne , ce conflit, qui n’est qu’un épisode d’un conflit plus large, celui des guerres napoléoniennes, qui opposent en Europe la France et le Royaume-Uni, est relu par le nationalisme comme un acte de résistance de la nation et du peuple espagnols contre l’ françaisLe premier historien espagnol à avoir considéré la guerre « d'indépendance » comme un épisode des conflits révolutionnaires qui opposent le libéralisme à l'Ancien Régime déclinant est Miguel Artola Gallego dans Los orígenes de la España contemporánea (Madrid, , 1959) ; Voir à ce sujet .. Dans les faits pourtant, il ne s’agit pas d’une invasion : Napoléon ne prétend pas l'Espagne à la France, mais remplacer le monarque sur le trône par un autre qui lui est favorable, il s’agit donc d’un conflit qui se rapproche sur ce point de celui de la guerre de succession du début du . De plus, sur le plan intérieur, le conflit révèle une désunion, avec le parti des afrancesados, et peut donc être vu comme une guerre civile, loin derrière l’unanimité supposée des Cortes de Cadix.

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Le mouvement au tournant du se vit comme une réaction et une tentative de contrer une représentation extrêmement négative l'Espagne et de l’histoire , perçue comme une , et les clichés antiespagnols très diffusés en Europe et en Espagne ., dont la plus célèbre incarnation est la Légende noire.

La guerre civile renforce l’image d’un pays .

Notes et références

Annexes

Articles connexes Casticisme Carlisme (Espagne) Histoire du nationalisme espagnol Hispanité Ibérisme Irrédentisme espagnol Légende noire espagnole Loi sur la mémoire historique Panhispanisme Régénérationnisme Régionalisme et nationalisme en Espagne Regionalismo bien entendido Unionisme espagnol

Bibliographie

Liens externes