Le Portrait de Geneviève Blanchot (?), ou Allégorie de la peinture, est une huile sur toile exécutée en 1704 par Jean-Baptiste Santerre (1651-1717) et aujourd’hui conservée au musée Sainte-Croix de Poitiers.

Description Cette huile sur toile représente une jeune femme assise de trois-quarts, vêtue d’une élégante robe rouge aux manches bouffantes.

Son visage, présenté de face, est de forme ovale : elle possède de grands yeux marron légèrement tombants et aborde un léger sourire aux commissures des lèvres. Le rose de ses joues rehausse son teint porcelaine, tandis que ses cheveux noirs sont relevés, laissant une boucle retomber sur son épaule.

Sa main droite repose sur la toile posée sur un chevalet. Dans sa main gauche, elle tient un faisceau de pinceaux, un bâton de peinture ainsi qu'une palette où sont disposées avec soin des couleurs chaudes et terreuses.

La scène suggère qu'elle vient d'être interrompue ou qu'elle s'apprête à commencer son travail : les teintes présentes sur la palette n’ont pas été utilisées, à l'exception du blanc.

Historique Jean-Baptiste Santerre est agréé le à l’Académie royale de peinture et de sculpture en tant que portraitiste, à charge d'exécuter comme morceau de réception un Portrait de Noël Coypel, alors directeur de l’institution. Ce tableau ne semble toutefois jamais avoir été réalisé, malgré deux prolongations du délai d'exécutionDossier d'oeuvre, centre de documentation du musée Sainte-Croix..

Santerre n'entre donc à l’Académie qu'à un stade avancé de sa carrière, à l’âge de 53 ans. Cette admission tardive joue d'ailleurs un rôle limité dans son parcours, l'artiste ayant réussi à se constituer un réseau de commanditaires fidèles. vignette|224x224px|Jean-Baptiste Santerre, Suzanne au bain, 1704, musée du Louvre. Le , Jean-Baptiste Santerre est reçu comme peintre d’histoire à l’Académie, présentant à cette occasion l'une de ses œuvres les plus célèbres : Suzanne au bain (1704, musée du Louvre).

Lors du Salon de la même année, il expose douze toiles : Portrait de deux actrices, La Fille voilée, La Curiosité, La Géométrie, Une Fille qui menace, Une Pèlerine, Une Musicienne, Une Coupeuse de chou, Une Espagnolette, Une Fille qui lit une lettre et une paire d’œuvres qu’il intitule La Peinture en deux différentes attitudes.

Ce duo d’œuvres est constitué du Portrait de Geneviève Blanchot ou l’Allégorie de la peinture, conservé au musée Sainte-Croix, et d’un pendant identifié comme le Portrait de Geneviève Blanchot, dit aussi Allégorie de la peinture, une toile au format plus réduit conservée au musée des Beaux-Arts de Bâle.

Ces deux peintures présentent un sujet similaire : le même modèle y est représenté en miroir, vu de trois-quarts, coupé aux genoux, sur un fond neutre, et accompagné des mêmes attributs. Elles se distinguent toutefois par la variation d'attitude annoncée dans le titre donné par Santerre.

Aucune information n'est disponible concernant le devenir de la toile de Poitiers après son présentation au Salon de 1704. Sa réception demeure également peu connue ; tandis que la toile de Bâle a été reproduite au musée des Beaux-Arts d'Orléans et gravée par Catherine Duchesne, le Portrait de Geneviève Blanchot (?), ou Allégorie de la peinture du musée de Poitiers, a été reproduit dans une toile conservée au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. vignette|212x212px|Portrait de Geneviève Blanchot avant sa restauration en 1950 au musée Sainte-Croix de Poitiers. Le , l'œuvre est acquise par le musée Sainte-Croix de Poitiers dans un état dégradé : la peinture est très écaillée et la toile, à l'origine rectangulaire, avait été pliée afin d'adopter un format ovale. Longtemps conservée dans les réserves du musée, elle fait l'objet en 1950 d'une grande campagne de restauration au cours de laquelle elle est nettoyée, consolidée et rétablie dans son format rectangulaire.

Depuis sa remise en état, la toile est exposée au cœur du musée Sainte-Croix, dans le département des beaux-arts.

Analyse de l'œuvre L'interprétation iconographique du tableau demeure ambiguë. Présentée au Salon comme une Allégorie de la Peinture, l'œuvre est aujourd'hui exposée par le musée de Poitiers sous le titre Portrait de Geneviève Blanchot, ou Allégorie de la peinture.

Geneviève Blanchot (1673-1740) vignette|155x155px|Jean-Baptiste Santerre, Portrait de jeune fille, musée Toulouse-Lautrec, début XVIIème siècle. Une seule collaboratrice est attestée dans les archives de Jean-Baptiste Santerre, mentionnée à la fois comme élève et comme modèle dans son atelier. Son identité reste difficile à établir : les différentes sources citent tantôt les prénoms de Geneviève ou Marguerite, tantôt les noms Blanchot et Blancheau, et parfois le diminutif de "Mademoiselle Godon".

Son statut au sein de l'atelier n'est pas mieux défini. Elle est tour à tour décrite comme l'élève — voire la maîtresse — de Santerre, réalisant des copies de son maître et parfois des compositions originales, ou encore comme une amie proche et assistante chargée de préparer les couleurs. Les sources s'accordent néanmoins sur un point : son arrivée chez Santerre en 1692, où elle demeure jusqu'à la mort du peintre en 1717. Célibataire toute sa vie, Santerre la désigne alors comme sa légataire universelle.

Il est généralement admis que Geneviève Blanchot, quel que soit son rôle exact auprès de Santerre, aurait servi de modèle pour les deux pendants intitulés La Peinture en deux différentes attitudes.

Un sujet et un genre ambigus vignette|Portrait de Cesare Ripa|170x170pxLe genre du tableau de Poitiers est difficile à définir. Il pourrait s'agir d'un portrait d’artiste — un genre qui se développe au , à mesure que les artistes cherchent à affirmer leur statut social — représentant Geneviève Blanchot, en tant que peintre, interrompant son action et levant les yeux vers Santerre.

Cependant, la composition reprend également les codes d'une allégorie de la Peinture, tels qu'ils apparaissent dans les traités iconographiques, notamment ceux de Cesare Ripa : une figure féminine aux cheveux noirs et abondants, aux yeux largement ouverts, munie d'attributs picturaux tels que des pinceaux. Cette proximité contribue à entretenir l'ambiguïté du sujet, associant portrait d'atelier et représentation allégorique.

Notes et références

Bibliographie

Sources primaires

Dossier d'œuvre, centre de documentation du musée Sainte-Croix. Anatole de Montaiglon, Société de l'histoire de l'art français, Procès-verbaux de l'Académie Royale de peinture et de sculpture, 1689-1704, Paris, Librairie de la Société, tome 3, 1880, p. 236. Anatole de Montaiglon, Société de l'histoire de l'art français, Procès-verbaux de l'Académie Royale de peinture et de sculpture, 1689-1704, Paris, Librairie de la Société, tome 3, 1880, p. 404.

Sources secondaires

Ouvrages de référence

Neil Jeffares, Dictionary of pastellists before 1800, Londres, Unicorn press, 2006.

Articles Bruno Hérody, « Un tableau de Jean-Baptiste Santerre au musée de Poitiers », Dossier d’art moderne, 1995. Claude Lesné, « Jean-Baptiste Santerre : 1651-1717 », Bulletin de la Société de l'histoire de l'art français, n°28, 1988, p. Boris Lossky, « Un tableau de J.-B. Santerre identifié au Musée de Bâle », Beaux-arts. Chronique des arts et des curiosités. Le Journal des Arts, n°319, , p. 2.

Sources tertiaires

Musée Sainte-Croix de Poitiers, portail des collections : « Portrait de l'artiste Geneviève Blanchot ». Musée des Beaux-Arts de Bâle, portail des collections : « Bildnis von Geneviève Blanchot als Allegorie der Malerei ». Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, portail des collections : « Portrait of the Woman Artist Geneviève Blanchot ». Metropolitan Museum of Art de New-York, portail des collections : « Portrait of Geneviève Blanchot as Allegory of Painting ». Société Internationale pour l'Étude des Femmes de l'Ancien Régime (SIEFAR), Marguerite ou Geneviève Blanchot, notice de Daniel Clauzier (2020).

Catégorie:Tableau d'un peintre français Catégorie:Tableau des années 1700 Catégorie:Portrait de femme du XVIIIe siècle Catégorie:Œuvre conservée au musée Sainte-Croix