Maata Horomona, connue aussi sous son nom d'épouse, Maata Gillies, est une danseuse de haka et actrice de cinéma néo-zélandaise, née en 1893 à Ohinemutu et morte en 1939 à Rotorua.

En 1909, elle fait partie d'une troupe de danseurs traditionnels maoris qui se produit pendant plusieurs mois à New York et y crée un intérêt pour leur culture. Elle est ensuite en 1912 la vedette de trois films tournés par Gaston Méliès en Nouvelle-Zélande, , Hinemoa et . Ces films, tous sortis en 1913 et seulement aux États-Unis, considérés comme perdus, sont les premiers films de fiction tournés en Nouvelle-Zélande. Maata Horomona est aussi la première actrice non caucasienne à avoir eu, en 1913, son portrait publié dans la galerie des acteurs célèbres du journal , onze ans avant la seconde, Anna May Wong.

La brève carrière de Maata Horomona illustre plusieurs aspects liés à la perception néo-zélandaise et internationale de la culture maorie : la tension entre le stéréotype tenace de la belle, humble et facile vahiné, d'une part, et d'autre part l'assimilation des Maoris et la disparition de leur culture traditionnelle. Elle témoigne aussi de la naissance de thématiques sous-jacentes à la représentation des Maoris au cinéma, partagée entre la représentation légendaire d'un éden anhistorique, les problématiques liées à l'intégration entre descendants des colons et des autochtones en Nouvelle-Zélande et l'exploitation touristique de l'exotisme maori pour la promotion du pays.

Danseuse de haka Maata Horonoma naît en 1893 à Ohinemutu.., un village situé dans la vallée géothermale de l'île du Nord surnommée (le pays des geysers), habité par les Maoris dès avant les sites proches de Rotorua, une ville thermale développée à partir de 1880 où logera Gaston Méliès durant son séjour dans la région, et de Whakarewarewa, un village fortifié (pa) reconstitué à l'initiative du gouvernement néo-zélandais pour la promotion du tourisme entre 1907 et 1909, où Méliès tournera ses fictions. En 1912, lorsqu'elle entame une très brève carrière cinématographique, elle est vraisemblablement employée dans le village de Whakarewarewa, où elle exécute pour les touristes des danses traditionnelles maories et connaît probablement depuis plusieurs années Frederick Bennett, qui la recommande en tant qu'actrice.

Bennett est un prêtre anglican néo-zélandais originaire du même village qu'Horomana, fils d'un père irlandais et d'une mère maorie, futur évêque du diocèse anglican de Waiapu.. Dès la fin du , Bennett joue un rôle déterminant dans la création de spectacles mettant en valeur la culture maorie, sous forme d'interprétations destinées aux pakehas de la culture traditionnelle et populaire maorie, en particulier la légende d'Hinemoa, par le truchement de chœurs, de tableaux vivants et de spectacles de danse, interprétés par des troupes maories qu'il anime, notamment les Rotorua Maori Entertainers.. Comme l'observe Marianne Schultz, ces formes de théâtralisation selon des modes de représentation occidentaux de coutumes et d'histoires maories constituaient des processus de convergence entre l'assimilation politique des Maoris défendue par Bennett, la mise en valeur touristique de la région de Rotorua faisant l'objet d'une politique délibérée du gouvernement néo-zélandais, et l'évolution de la société néo-zélandaise marquée par l'accroissement des mariages interraciaux et de l'installation de pakehas dans les zones traditionnellement habitées par les Maoris, et par voie de conséquence du brouillage des différences entre coutumes maories et coutumes européennes, conduisant à faire de l'histoire et des coutumes maories, réputées en voie d'extinction, un élément constitutif de l'histoire nationale..

Cette convergence se traduit notamment au moment de la visite en 1908 d'une flotte militaire américaine dirigée par l'amiral Sperry et de sa visite officielle à Rotorua pour assister à l'inauguration des bains thermaux dirigés par Arthur Stanley Wohlmann. À cette occasion, l'agence gouvernementale de promotion du tourisme créée en 1901 organise, avec le concours de Bennett, une réception maorie pour l'amiral américain et les deux cents officiers qui l'accompagnent, marquée notamment par des spectacles de haka et de poï, dont la couverture par la presse américaine a pour effet de conduire les dirigeants du théâtre de l'Hippodrome, la plus grande scène de New York, à inviter une troupe de danseurs maoris pour s'y produire l'année suivante...

Maata Horomona fait partie de la troupe de et qui s'embarque en pour une tournée de . Le choix des membres a fait l'objet de considérations contradictoires entre les intermédiaires néo-zélandais, dont Bennett, et les organisateurs américains : si les Néo-zélandais privilégient la légitimité et les compétences techniques, les Américains ont en tête des stéréotypes raciaux, notamment celui de la vahiné., souhaitent la venue de pour les spectateurs new-yorkais et se montrent finalement déçus que la troupe ne comporte que jeunes filles., parmi lesquelles Maata Horonoma.

Le spectacle organisé à l'Hippodrome rencontre un grand succès, quand bien même il repose sur un malentendu, les Néo-Zélandais croyant être appréciés par intérêt pour leur culture, quand le public américain vient voir une variante d'un type de divertissement populaire depuis le , la représentation d'une forme exotique de sauvagerie, à laquelle viennent notamment assister les anthropologues du musée américain d'histoire naturelle.. Cette idée préconçue est toutefois contredite par le niveau culturel des Maoris : non seulement ils s'expriment parfaitement en anglais et font preuve d'une maîtrise des manières occidentales, mais les femmes de la troupe votent dans leurs pays, alors que les suffragettes américaines se battent encore pour obtenir un droit similaire. La presse américaine brode sur ces paradoxes sans modifier les stéréotypes du cannibale et de la vahiné. :

Actrice de Méliès Gaston, le frère aîné de Georges Méliès, que rien ne prédisposait particulièrement à une carrière cinématographique, se retrouve en 1901 veuf et sans emploi ; dans le même temps, son frère a besoin de quelqu'un à New York pour promouvoir ses films sur le marché américain et y lutter contre la contrefaçon ; Gaston, âgé de , décide alors de partir à New York et d'y créer une agence américaine de la Star Film, destinée à remplir ces deux missions... Jusqu'en 1908, son activité est essentiellement administrative, mais en 1909 il rejoint la Motion Picture Patents Company, un cartel dirigé par Thomas Edison, qui contrôle la distribution de films mais demande à ses membres, pour alimenter les exploitants, de produire au moins un film d'une bobine (soit une dizaine de minutes).. La production de son frère Georges se réduisant dans le même temps, Gaston Méliès se voit donc contraint de se lancer lui-même à partir de 1909 dans la production de films. Ayant pris le parti de se spécialiser dans les westerns, pour lesquels l'appétence du public américain de l'époque est élevée, Gaston Méliès prend le parti, alors très novateur, d'installer un studio à San Antonio, tant pour le climat et l'ensoleillement que pour la disponibilité de véritables cow-boys. Il y tourne une soixantaine de films d'une bobine, au rythme moyen de deux par semaine, caractérisés, selon Frank Thomson, par . En 1911, après avoir déménagé son studio en Californie, lassé de tourner des westerns et anticipant un désir de nouveauté du public, Gaston Méliès se lance dans un projet original : ayant accumulé suffisamment de films pour alimenter les distributeurs pendant quelques mois, il organise une expédition dans l'hémisphère austral, avec une équipe d'une quinzaine d'acteurs et de techniciens, envisageant de tourner aussi bien des fictions exotiques que des travelogues documentaires. Méliès explique à la presse qu'il estime que le public est lassé des cowboys et de la vie de la prairie américaine et qu'il souhaite innover en présentant en films les coutumes des habitants des mers du Sud, sous forme dramatique ou éducative, ses acteurs jouant les rôles principaux et des autochtones, les rôles secondaires. Il insiste sur le fait qu'il souhaite éviter de tourner en studio mais plutôt en décors naturels, pour que tous les détails soient véridiques..

Parti en de San Francisco, il fait une première étape en août à Tahiti où il reste une dizaine de jours et tourne plusieurs films. Il se montre et frappé tant par les mœurs des femmes, qu'il trouve , que par l'enthousiasme des Tahitiens pour les westerns.. Méliès et son équipe arrivent en Nouvelle-Zélande le ; ils y restent un mois avant de partir pour l'Australie.. Dès avant leur arrivée, la presse néo-zélandaise anticipe qu'il fera filmer des danses indigènes .., voire, encore plus précisément, qu'après une semaine à Wellington il se rendra à Rotorua, ., pour y tourner des scènes inspirées de la légende de Hinemoa et des hakas., avec la participation de Maoris et sur fond de geysers..

Le gouvernement néo-zélandais, désireux de développer le tourisme étranger et conscient des retombées potentielles du projet, lui apporte son soutien.. Walter Blow, responsable de l'agence gouvernementale du tourisme à Rotorua., que Méliès trouve ., le met en rapport avec un spécialiste local de la culture maorie, James Cowan, qui joue le rôle de . et contribue également aux scénarios.. Cowan recommande à Méliès de tourner à Whakarewarewa, un village maori reconstitué, situé dans la vallée du même nom et proche d'Ohinemutu., et le met en contact avec le révérend Bennett, que Méliès décrit comme . Encouragé par l'efficacité de Bennett et l'intelligence des acteurs maoris que ce dernier l'aide à diriger, Méliès, qui vient de congédier son metteur en scène, Bertram Bracken et l'épouse de celui-ci, l'actrice Mildred Bracken, ainsi que l'actrice Betty-Irène Tracy et les acteurs William Ehfe, Sam Weil et Henry Stanley, s'adapte volontiers à cette nouvelle situation et décide de donner une place prépondérante aux acteurs locaux..

Il semble toutefois que cette décision est en partie le résultat d'un premier essai avec des acteurs occidentaux grimés en Maoris. Méliès écrit plus tard de Java à son fils :

Le cinéaste néo-zélandais Rudall Hayward, dont l'oncle avait négocié avec Méliès un projet inabouti de distribution des films de ce dernier en Nouvelle-Zélande., soutient à ce sujet qu'avant de faire de Maata Horonoma la vedette de ses fictions néo-zélandaises, Méliès a d'abord fait un essai avec sa jeune épouse Hortense, préalablement brunie avec du cacao..

Méliès, qui assume désormais le rôle de metteur en scène de facto., est au contraire enchanté de ses acteurs maoris, en particulier de Maata Horomona, qui est sa , écrivant :

Edmund Mitchell, le scénariste de Méliès, porte un jugement similaire. Il trouve les jeunes Maoris qui participent au tournage brillants, intelligents et bien éduqués et note dans leur jeu un enthousiasme sincère, une appréhension rapide des détails et la capacité de s'investir dans l'intrigue sans se laisser distraire par la caméra ni les spectateurs. Il remarque aussi que la participation des Maoris au tournage donne aux films une , car bientôt, considère-t-il, , tant l'assimilation de la jeune génération maorie est . Déjà, ajoute-t-il, les jeunes Maoris qui participent au tournage voient celui-ci comme une .

À la fin du tournage, Maata et le font à Méliès quelques cadeaux : une gourde sculptée, un tapis, une lance et une . De son côté, Méliès offre à sa vedette son portrait photographique et la somme de (soit un peu moins de de 2022.). Il note :

Après le départ de Méliès, Maata Horomona ne tourne plus de film. Elle épouse un Maori, Tureriao Gillies, lui donne plusieurs enfants et meurt en 1939 à Rotorua.

Star improbable