vignette|Robert F. Kennedy en mars 1968.
La campagne présidentielle de Robert F. Kennedy démarra le avec l'annonce faite par Robert Francis Kennedy, sénateur démocrate de l'État de New York, de se porter candidat à l'élection présidentielle américaine de 1968.
À la suite du retrait du président en fonction Lyndon B. Johnson le , les primaires du Parti démocrate ne mirent plus aux prises que trois individus : Kennedy, le sénateur du Minnesota Eugene McCarthy et le vice-président Hubert Humphrey. Kennedy, qui était, tout comme McCarthy, très critique des politiques de l'administration Johnson, fit campagne dans tout le pays afin de prendre l'avantage lors des primaires. Lui et ses équipes furent particulièrement actifs dans l'Indiana, le Nebraska, l'Oregon, le Dakota du Sud, la Californie et le district de Columbia.
La campagne de Kennedy se termina brutalement le lorsqu'il fut assassiné à l'hôtel Ambassador de Los Angeles, alors qu'il venait de remporter la primaire de Californie.
Déclaration de candidature
Kennedy avait tardé à se présenter comme candidat aux primaires du Parti démocrate en vue de l'élection présidentielle de 1968. Il se décida finalement sous la pression de ses conseillers politiques, qui craignaient qu'une annonce de candidature trop tardive ne compromît sa campagne. Même si Kennedy et son équipe savaient qu'il ne serait pas facile de l'emporter contre le président démocrate en exercice, Lyndon B. Johnson, le sénateur de New York n'avait jamais totalement exclu l'idée d'entrer dans la course. Le , le sénateur fédéral du Minnesota Eugene McCarthy se présenta officiellement contre Johnson dans la bataille pour l'investiture démocrate. À la suite de la déclaration de McCarthy, Kennedy confia au sénateur George McGovern, du Dakota du Sud, qu'il était « inquiet de voir [McGovern] et d'autres personnes s'engager précocement en faveur de [McCarthy] ».. Lors d'un déjeuner avec des journalistes au National Press Club le , il affirma de nouveau qu'il n'avait pas l'intention de se présenter mais sa réflexion sur l'opportunité d'une candidature évolua dans les semaines suivantes.
Au début du mois de , peu de temps après l'offensive du Têt au Viêt Nam, Robert Kennedy reçut une lettre angoissée de l'écrivain Pete Hamill dans lequel celui-ci remarquait que les habitants pauvres du quartier de Watts, à Los Angeles, avaient accroché des photos du frère de Robert, le président défunt John Fitzgerald Kennedy, sur les murs de leurs maisons. La lettre de Hamill persuada Kennedy qu'il avait « l'obligation de demeurer fidèle à ce qui a mis ces photos sur ces murs ». D'autres facteurs jouèrent un rôle dans la décision de Kennedy de se porter candidat aux primaires démocrates. Le , la commission Kerner publia un rapport sur les émeutes raciales qui avaient secoué la plupart des grandes villes américaines l'été précédent. La commission attribuait la responsabilité des violences au « racisme blanc » mais ses conclusions furent largement ignorées par l'administration Johnson. Préoccupé par les faits et gestes du président, Kennedy demanda à l'un de ses conseillers, l'historien Arthur Meier Schlesinger Jr. : « comment pouvons-nous survivre à cinq années supplémentaires de Lyndon Johnson ? » Son intention d'affronter Johnson lors des primaires se heurta cependant aux opinions contradictoires de son entourage (amis, conseillers politiques et membres de la famille) ; sa femme Ethel était pour, alors que son frère Ted était contre, ce qui n'empêcha pas ce dernier de soutenir, par la suite, la campagne de Robert.
Entre fin février et début mars, Kennedy prit la décision d'entrer dans la course à la présidence. Le , il se rendit en Californie pour rencontrer le militant des droits civiques César Chávez, qui menait alors une grève de la faim. Au cours du voyage, Kennedy déclara à son conseiller Peter Edelman qu'il était prêt à concourir à l'élection et devait « trouver le moyen d'en éjecter McCarthy ». Durant le week-end précédant la primaire du New Hampshire, le sénateur de New York informa une partie de son équipe qu'il serait candidat s'il parvenait à convaincre McCarthy de se retirer. Ce dernier demanda alors à son potentiel rival d'attendre les résultats de la primaire du New Hampshire pour faire part de ses intentions, ce que Kennedy accepta. Le , le président Johnson arriva en tête du scrutin, mais avec une avance étonnamment faible sur McCarthy qui était parvenu à rassembler des suffrages. Kennedy comprit, à la lumière de ce score, que l'éventualité d'un retrait de McCarthy n'était plus guère envisageable et qu'il lui fallait donc entrer à son tour dans l'arène.
Le , Kennedy fit la déclaration suivante : « j'annonce aujourd'hui ma candidature à la présidence des États-Unis. Je ne me présente pas à la présidence simplement pour m'opposer à un homme, mais pour proposer de nouvelles politiques. Je me présente parce que je suis convaincu que ce pays est sur une trajectoire périlleuse et parce que j'ai des sentiments si forts sur ce qui doit être fait, et que je me sens obligé de faire tout ce qui est en mon pouvoir ».. Kennedy prononça son discours depuis la Senate Caucus Room, à l'endroit même où son frère John avait annoncé sa propre candidature à la présidence en 1960. Furieux, les soutiens de McCarthy ne tardèrent pas à dénoncer l'opportunisme du sénateur de New York. Pour les démocrates progressistes, l'entrée en jeu de Kennedy faisait désormais craindre la division du mouvement anti-guerre entre les candidatures respectives de Kennedy et de McCarthy.
Le , Johnson stupéfia la nation en indiquant qu'il ne solliciterait pas un nouveau mandat présidentiel. Lors de cette même allocution télévisée, il annonça un arrêt partiel des bombardements au Viêt Nam et sa volonté d'ouvrir les négociations de paix avec les Nord-Vietnamiens. Le vice-président Hubert Humphrey, connu pour son engagement de longue date auprès des syndicats et du mouvement des droits civiques, se déclara candidat le , avec le soutien de l'establishment du parti : élus démocrates au Congrès, maires, gouverneurs, syndicats, … La candidature d'Humphrey intervint trop tard pour permettre à celui-ci de participer aux primaires, même s'il figura en tant que candidat hors-liste dans divers scrutins de la campagne ; toutefois, fort de l'appui du président et de nombreux militants démocrates, il était en bonne position pour rafler les délégués des États dans lesquels aucune primaire n'avait été organisée. À l'inverse, Kennedy, tout comme son frère avant lui, comptait se servir des primaires pour attester d'un soutien populaire en faveur de sa candidature et accroître ses chances en vue de la nomination. Étant donné que les « poids lourds » du parti jouaient un rôle crucial dans la sélection des délégués et le déroulement des votes lors de la convention nationale démocrate, la stratégie de Kennedy consistait à remporter plusieurs victoires décisives durant les primaires afin d'impressionner les « décideurs » ; un calcul semblable avait déjà permis à son frère de s'imposer en 1960 face à Humphrey lors de la primaire de Virginie-Occidentale.
Kennedy prononça son premier discours de campagne le à l'université d'État du Kansas. Il avait auparavant accepté de donner, en ce même lieu, une conférence en hommage à l'ancien gouverneur républicain du Kansas Alf Landon qui rassembla une audience record de étudiants. Dans cette allocution, Kennedy s'excusa pour les erreurs qu'il avait pu commettre par le passé et critiqua la politique de Johnson au Viêt Nam : « j'ai participé à bon nombre des premières décisions qui ont été prises au sujet du Viêt Nam, et celles-ci ont contribué à nous mettre dans la situation dans laquelle nous sommes aujourd'hui ». Il reconnut ensuite que « l'erreur passée n'excuse pas le fait qu'elle a été perpétrée ». Un peu plus tard dans la journée, il s'exprima à l'université du Kansas devant une foule de personnes — l'un des rassemblements les plus massifs de l'histoire de cet établissement. Lors de son discours, il affirma : « Je ne pense pas que nous devions nous tirer dessus, nous battre, nous maudire et nous critiquer mutuellement ; je pense que nous pouvons faire mieux dans ce pays. Et c'est pour cela que je suis candidat à la présidence des États-Unis ». Après le Kansas, Kennedy s'embarqua dans une tournée qui devait le conduire, selon le calendrier des primaires, en Indiana, à Washington, D.C., au Nebraska, en Oregon, dans le Dakota du Sud et enfin en Californie.
Positions politiques
Le programme politique de Kennedy mettait l'accent sur l'égalité raciale, la justice économique, le principe de non-agression en politique étrangère, la décentralisation du pouvoir et la mise en œuvre de réformes sociales. L'un des principaux moteurs de la campagne du sénateur fut l'engagement de la jeunesse que Kennedy considérait comme le futur d'une société américaine revigorée et plus soucieuse de coopération et d'égalité sociale..
Alors qu'il avait autrefois soutenu avec force l'engagement américain au Viêt Nam, Kennedy s'était peu à peu distancié de la politique menée sur place par l'administration Johnson, au point d'apparaître, dès 1967, comme un fervent opposant à la guerre.
Au moment de son entrée dans la course à l'investiture démocrate, Kennedy s'était fait connaître en tant que défenseur des plus pauvres et des minorités ainsi que pour son soutien à l'abolition de la peine de mort. Son biographe Guillaume Gonin écrit : . S'exprimant au sujet d'un discours de campagne de Kennedy sur le PIB, porteur selon lui d'une , le philosophe Jean-Claude Michéa note que mais qu'..
Lors d'une allocution à l'université de médecine de l'Indiana en , Kennedy plaida pour une démocratisation des soins de santé, dont il affirmait qu'ils ne devraient pas . Au cours d'un échange avec le public, composé d'étudiants en médecine issus de catégories aisées, le candidat se vit demander : , ce à quoi Kennedy répondit : .
Il prit également position en faveur d'une meilleure régulation des ventes d'armes à feu.
Déroulement de la campagne des primaires
vignette|Résultats des primaires démocrates de 1968 : en bleu, les États remportés par Kennedy ; en vert, les États remportés par McCarthy.
En 1968, Kennedy remporta quatre primaires étatiques (Indiana, Nebraska, Dakota du Sud et Californie) ainsi que celle du district de Columbia, tandis que son rival McCarthy fut déclaré vainqueur dans six (Wisconsin, Pennsylvanie, Massachusetts ― État natal de Kennedy ―, Oregon, New Jersey et Illinois). Des quatre primaires au cours desquelles les deux hommes furent directement opposés l'un à l'autre, Kennedy l'emporta cependant à trois reprises (Indiana, Nebraska et Californie) alors que McCarthy ne fut victorieux qu'une seule fois (Oregon).
Sondages
Un sondage Gallup réalisé à l'automne 1965 montra que des répondants pensaient que RFK voulait devenir président et que des indépendants et des démocrates se déclaraient favorables à une éventuelle candidature de sa part. En , des sondages Gallup et Harris révélèrent que seulement des démocrates et des indépendants préféraient RFK à Johnson pour être le candidat démocrate à la prochaine élection ; en , la tendance s'était cependant nettement inversée à en croire un sondage Gallup, mené peu avant l'entrée de RFK dans la primaire de l'Indiana, qui conférait à ce dernier une avance de trois points sur le président sortant ( contre ).
Un autre sondage publié début avril donnait quant à lui RFK en tête des intentions de vote dans l'Indiana avec d'électeurs potentiels contre pour McCarthy. Dans une enquête réalisée à la même époque, Kennedy l'emportait par une marge de trois contre un face à McCarthy et au gouverneur de l'État Roger D. Branigin ; l'historien Edward Schmitt souligne qu'une forte proportion des personnes interrogées rejetaient l'accusation selon laquelle RFK n'était pas digne de confiance ainsi que celle qui le présentait comme « trop dur et impitoyable »..