Selon les sources, la chasse à la baleine par les Basques remonterait au , voire au . Les Basques furent parmi les premiers groupes qui chassaient la baleine dans un but commercial (contrairement à la pêche à la baleine par des peuples indigènes qui en dépendent pour leur subsistance), et ils en dominèrent le commerce pendant cinq siècles, avec un réseau s'étendant jusqu'aux confins de l'Atlantique Nord et même jusqu'à l'Atlantique Sud. L'explorateur français Samuel de Champlain, écrivit au sujet des pêcheurs basques de baleines à Terranova (Terre-Neuve), qu'ils étaient Martijn, C.J., S. Barkham, and M.M. Barkham. 2003. Basques? Beothuk? Innu? Inuit? or St. Lawrence Iroquoians? The Whalers on the 1546 Desceliers Map, Seen Through the Eyes of Different Beholders. Newfoundland and Labrador Studies, Vol. 19, No. 1: The New Early Modern Newfoundland: Part 2.. Au début du , d'autres nations s'intéressèrent plus sérieusement à ce type de pêche et prirent des Basques comme tuteurs, , comme l'écrivit laconiquement l'explorateur anglais Jonas Poole.
Après avoir appris ce savoir-faire, d'autres nations adoptèrent ces techniques et dominèrent alors cette industrie naissante — souvent aux dépens de leurs anciens mentors. La pêche à la baleine par les Basques atteint son apogée à la fin du ou au début du , puis déclina un siècle plus tard. Au , l'industrie était moribonde car la baleine franche était en état de quasi-extinction et la baleine boréale était décimée.
Golfe de Gascogne droite|vignette|Principales stations baleinières des Basques à la fin du Moyen Âge.
Débuts Il existe un document, une facture, de l'an 670 pour la livraison de 40 « moyos » (fûts de 250 litres) de "aceite de ballena" (huile de baleine) et "grasa de ballena" (graisse de baleine) depuis Bayonne jusqu'à l'abbaye de Jumièges, entre Le Havre et Rouen, pour utilisation dans des enluminures. Les historiens ayant étudié ce document ont suggéré que, puisque cette demande venait d'un monastère si éloigné, les baleiniers basques avaient sans doute une certaine notoriété - même s'il est possible que l'huile et la graisse venaient en réalité d'une baleine échouée que l'Église aurait exploitée sans autorisationUrzainqui, T. and J. M. de Olaizola (1998). La Navarra Maritima. Pamiela..
Expansion droite|vignette|Le jet d'eau d'une baleine franche de l'Atlantique Nord, l'espèce la plus chassée par les Basques dans le golfe de Gascogne, a une forme très particulière, en forme de V Un autre auteur avance que la première mention de l'utilisation de baleines par les Basques date de 1059, année où fut passée une mesure pour concentrer la viande de baleine au marché de BayonneAguilar, A. 1986. A Review of Old Basque Whaling and its Effect on the Right Whales (Eubalaena glacialis) of the North Atlantic. Reports of the International Whaling Commission (special issue) 10: 191-199.. Vers 1150 la pêche à la baleine s'était répandue dans les provinces basques situées maintenant en Espagne. Cette année-là le roi Sanche VI de Navarre (qui régna sur la Navarre entre 1150 et 1194) accorda à la ville de Saint-Sébastien certains privilèges. L'octroi liste des produits donnant lieu à des taxes pour l'entreposage, et en premier lieu les "boquinas-barbas de ballenas", faisant référence aux fanons de baleine.. En 1190, la pêche à la baleine était pratiquée à Santander En 1203, Alphonse VIII de Castille octroya à Fontarrabie les mêmes privilèges que ceux qui avaient été octroyés à Saint Sébastien. En 1204, ces privilèges furent étendus à Mutriku et Getaria. Des privilèges similaires furent donnés à Zarautz par Ferdinand III de Castille via un décret royal daté à Burgos le . Ce document déclare également que "conformément à la coutume, le Roi doit obtenir une tranche de chaque baleine, ainsi que la colonne vertébrale, de la tête à la queue". La pêche à la baleine se répandit également dans les Asturies (1232) et enfin en Galicee (1371).
Jusqu'à 49 ports avaient des structures pour la pêche à la baleine sur la côte atlantique entre le Pays Basque français et le Cape Finisterre. La cible principale des baleiniers était ce que les Basques français appelaient "sardes", plus tard appelé la baleine de Biscaye ou baleine des Basques (Balaena biscayensis), et porte maintenant le nom de baleine franche de l'Atlantique Nord (Eubalaena glacialis). Elle était attrapée pendant sa migration entre octobre-novembre et février-mars, avec un pic de captures probablement en janvier. Ils chassèrent peut-être également la baleine grise (Eschrichtius robustus), qui vivait dans l'Atlantique Nord au moins jusqu'au début du XVIIIe siècle... Bryant a émis l'hypothèse que si les baleines grises vivaient dans les eaux côtières, comme elles le font de nos jours dans le Pacifique Nord elles auraient été de bonnes proies pour les baleiniers basques, peut-être même plus que les baleines franches -- cela étant, la plupart des illustrations de l'époque et les squelettes restants de ces prises sont bien des baleines franches Ils auraient également pu parfois pêcher des grands cachalots (Physeter macrocephalus), puisqu'on a trouvé des restes de ces espèces dans les vieux bâtiments utilisés pour transformer la graisse en huile..
Méthodes de chasse Les baleines étaient repérées par des vigies à temps plein depuis leurs tours de pierre (portant le nom de vigías), situées sur des caps ou en hauteur dans la montagne surplombant la baie, ce qui limitait la zone de pêche aux quelques milles entourant le port. Les vestiges de ces vigías existent apparemment sur Talaya mendi (« la montagne d'observation ») au-dessus de Zarautz et au sommet du mont Ulia à Saint-Sébastien, tandis que l'endroit où se situait une vigía à Biarritz est maintenant le site d'un phare, le phare de la Pointe Saint-Martin, construit vers 1832Jenkins, J. T. 1921. A History of the Whale Fisheries. Reissued 1971, Kennikat Press.Jones, R. 2007. The Lighthouse Encyclopedia: The Definitive Reference. Globe Pequot Pr..
Lorsque l'évent d'une baleine était repéré, les vigies alertaient les pêcheurs en brûlant de la paille, tapant sur un tambour, sonnant une cloche, ou agitant un drapeau. Une fois alertés, les pêcheurs lançaient des petites chaloupes depuis la plage ou, si la côte était trop raide, en relâchant la corde qui attachait les bateaux à un cabestan. La baleine était attaquée à coup de harpon à deux barbelures, transpercée, et tuée. Ce processus est mis à l'honneur sur le blason de la ville de Guéthary (avec un guetteur et un pêcheur sur une chaloupe harponnant une baleine), ainsi que sur le sceau de Fontarrabie, daté de 1297 et représentant un harpon à deux barbelures.
Ensuite, un bateau plus gros avec un équipage de 10 hommes remorquait la carcasse sur le rivage, attendant la marée haute pour échouer la baleine, où elle était ensuite dépecée. La graisse était ensuite transportée dans une fabrique d'huile de baleine, où on la bouillait pour faire de l'huileFrancis, D. 1990. A History of World Whaling. Viking..
Dîmes et taxes Selon les Jugements d'Oléron, les baleiniers de Biarritz, Saint-Jean-de-Luz, et le reste du Pays Basque français étaient exempts de taxes, bien qu'ils fissent tout de même cadeau des langues de baleine à l'Église.. Les premiers à instaurer des taxes furent les rois d'Angleterre, en leur qualité de Ducs de Guyenne. En 1197, le futur roi Jean (dit Jean sans Terre, qui régna entre 1199 et 1216Saul, N. 1997. The Oxford Illustrated History of Medieval England. Oxford University Press.) donna à Vital de Biole et ses héritiers et successeurs le droit de lever une taxe de 50 livres angevines sur les deux premières baleines capturées chaque année à Biarritz, en échange de l'utilisation de la pêcherie de Guernesey. En 1257, Willial Lavielle donna à l'évêché de Bayonne une dîme sur les baleines pêchées par les baleiniers bayonnais. Cette taxe fut payée jusqu'en 1498. En 1261, un acte de l'Abbaye de Honce annonça, pour continuer la tradition du don de la langue en cadeau à l'Église, qu'une dîme devrait être payée sur les baleines passant par Bayonne. Selon un édit de 1324, connu sous le nom de De Praerogativa Regis (La prérogative royale), le roi Édouard II (qui régna entre 1307 et 1327) collecta une taxe sur les baleines des eaux anglaises, ce qui incluait la côte basque françaiseEllis, R. 1991. Men & Whales. Alfred A. Knopf.. Son successeur, Édouard III (qui régna entre 1327 et 1377) continua cette tradition en collectant une taxe de 6 livres sur chaque baleine capturée et échouée à Biarritz. En 1338, cette taxe fut cédée à Pierre de Puyanne, amiral de la flotte anglaise stationnée à BayonneScoresby, W. 1820. An Account of the Arctic Regions with a History and a Description of the Northern Whale-Fishery. Edinburgh..
À Lekeitio, le premier document de leurs archives mentionnant des baleines est daté du , et déclare que les fanons récupérés dans le port seraient divisés en trois parties, avec "deux pour réparer le port pour bateaux, et le troisième pour matériaux pour l'église". Un document de 1608 répète cet ordre. Un ordre similaire, daté du , déclarait que la moitié de la valeur de chaque baleine pêchée à Getaria devait être donné pour servir aux réparations de l'église et du port à bateaux. Il était aussi coutume à Getaria de donner la première baleine de la saison au Roi, qui en retournait la moitié. Saint-Sébastien, continuant une ancienne tradition, donnait les fanons à la Cofradia (confrérie) de San Pedro.
Importance culturelle La pêche à la baleine avait une importance si forte dans les provinces basques de l'époque que plusieurs villes et villages représentaient des baleines ou des scènes de pêche à la baleine sur leurs sceaux ou leurs blasons. Cette pratique se retrouve à Bermeo (en 1351), Castro Urdiales (actuellement considéré comme en dehors du Pays Basque), Fontarrabie (1297), Getaria, Lekeitio, Mutriku (1507, 1562), et Ondarroa en Espagne ; et Biarritz, Guéthary, et Hendaye in France. La pêche à la baleine était assez importante pour que des lois furent promulguées en 1521 et 1530 pour empêcher les baleiniers étrangers (français) de pêcher en eaux espagnoles, tandis qu'entre 1619 et 1649 les produits issus de baleines venus de l'étranger ne pouvaient pas être vendus sur les marchés espagnols.
Pic et déclin L'industrie n'eut jamais autant d'importance au Pays Basque français que dans les provinces espagnoles. Peu de villes y participaient et un faible nombre de baleines étaient probablement pêchées. À partir des documents qui survécurent et les références écrites, Aguilar (1986) présume que l'apogée de la pêche à la baleine dans le Pays basque français se situe dans la deuxième moitié du XIIIe siècle, puis déclina après ça. Même si en 1567 il n'y avait plus d'industrie de la baleine, on trouve trace de captures de quelques baleines franches en 1688Reeves, R.R., T.D. Smith and E.A. Josephson. 2007. Near-Annihilation of a Species: Right Whaling in the North Atlantic. pp. 39–74. In S. D. Kraus and R. Rolland. The Urban Whale: North Atlantic Right Whales at the Crossroads. Harvard University Press..