Le mot apraxie découle du terme praxie qui désigne les fonctions de coordination et d'adaptation des mouvements volontaires de base dans le but d'accomplir une tâche donnée. Praxie vient du mot grec praxis qui signifie « action ».
Une personne dont la praxie est normale est capable d'imiter des mouvements, d'appréhender des objets dans l'espace et de les manipuler, de reproduire des dessins de manière spontanée.
L'apraxie est un signe clinique décrivant une déficience de la programmation (organisation) permettant la réalisation d'un comportement moteur intentionnel, consécutif à une lésion cérébrale., un trouble de la représentation mentale des gestes. Ainsi, et notamment selon les écrits de Geschwind., une apraxie peut être diagnostiquée à trois conditions : Les mécanismes qui régulent l'activité motrice doivent être préservés (absence de paralysie, d'ataxie, de trouble du tonus — hypotonie, hypertonie... —, défaut de coordination) ; Les informations sensitivo-sensorielles sont indispensables pour que le mouvement réalisé soit adapté au but poursuivi ; La compréhension de la consigne donnée par l'examinateur doit être suffisante, ce qui élimine les déficiences intellectuelles (troubles de la mémoire, de l'attention, de la compréhension, du jugement) et sensorielles (surdité, cécité). Il existe en fait plus de 30 variétés d'apraxies.. Liepmann... relève qu'il existe trois principaux types d'apraxies : les apraxies gestuelles (idéatoire, idéomotrice et mélokinétique), les autres formes d'apraxie (constructive) et les apraxies spécialisées (apraxie de l'habillage, de la marche…).
Historique de l'apraxie L'un des premiers cas d'apraxie fut décrit en 1900 par , à la suite de l'observation d'un conseiller de Prusse, porteur d'une apraxie latérale droite, et présentant des déficits moteurs de la tête (rotation) et de la langue.. À sa suite, en 1905, Arnold Pick observe un trouble d'utilisation volontaire d'objet qu'il nomme, comme l'avait fait Liepmann, « apraxie motrice ». Entre 1908 et 1920 l'observation de atteints de lésions pariétales ou frontales mène Liepmann à supposer la dominance de l'hémisphère cérébral gauche, concernant les fonctions praxiques et gestuelles, et ce indépendamment des centres proches du langage..
Différents types d'apraxie Apraxie idéatoire L'apraxie idéatoire est considérée comme une désorganisation de la représentation mentale des gestes à effectuer dans un but précis....(Poeck, De Gall). Il est impossible pour le patient de réaliser un mouvement composé d'un ensemble de sous-mouvements élémentaires organisés. D'un point de vue moteur, les mouvements élémentaires sont bien effectués, mais l'idée du geste est incohérente. Si la personne manipule seulement de manière maladroite (absence d'anomalies dans la gestion des mouvements) alors ce n'est pas une apraxie.. Il est à relever qu'un problème survient généralement dès l'identification de l'objet (De Gall). Cette pathologie altère principalement les activités de manipulation d'objets et d'utilisation d'outils. C'est un trouble qui ne s'adresse pas à une partie musculaire en particulier mais à tout le corps.
Les erreurs reconnues dans cette apraxie peuvent survenir lors d'un « déficit total » : . Elles peuvent aussi survenir lors d'un « déficit partiel » : ..
Par opposition à l'apraxie idéomotrice, la personne éprouvera des difficultés à allumer une bougie (inversion des étapes de réalisation de la tâche : souffle l’allumette avant d'allumer la bougie, erreur dans la manière de faire : prend l'allumette du mauvais côté pour l'allumer), mais arrivera à faire le salut militaire (geste pris isolément)
Apraxie idéomotrice L'apraxie idéomotrice se caractérise par l'incapacité à exécuter un geste sur demande, geste symbolique ou action mimée (par ex. se peigner) tandis que l'exécution spontanée est possible (dissociation automatico-volontaire).
L'apraxie idéomotrice est parfois associée à une apraxie de la parole (jusqu'à l'aphasie) qui est une altération de la faculté à s'exprimer et/ou à comprendre le langage oral et/ou écrit alors que les organes de la parole et les systèmes sensoriels impliqués (ouïe, vue) sont intacts. L'apraxie idéomotrice est souvent associée à des lésions pariétales de l'hémisphère gauche.
L'apraxie idéomotrice se caractérise par l'incapacité à exécuter un geste simple (élémentaire) pris isolément sur demande.. Lorsque ce geste est ordonné ou imité, il devient un acte réfléchi et intentionnel que la personne n'arrive pas à produire. En revanche, pris dans une suite d'actions quotidiennes et fait de manière automatique, le sujet arrive à le produire. C'est pourquoi le sujet ne se plaint pas, car il peut rarement prendre conscience de son trouble dans sa vie quotidienne ; en effet tous les gestes sont la plupart du temps exécutés spontanément et non par réflexion au geste lui-même. Ce phénomène est appelé « dissociation automatico-volontaire ». Il reste que la reconnaissance et la représentation du geste sont possibles (Mozaz).
Ainsi cette apraxie peut affecter les pantomimes (art d’exprimer quelque chose par des gestes) d'utilisation (gestes transitifs : imiter quelqu'un qui se peigne, se brosser les dents…), les gestes symboliques (gestes intransitifs : salut militaire, signe de croix…), les gestes sans signification (imitation : papillon…) et les gestes expressifs (imiter le froid, la peur...). Ces mouvements peuvent être mis en échec par une orientation inadaptée du corps du sujet dans l'espace, une mauvaise estimation de la quantité de mouvements à réaliser, de la maladresse dans l'exécution d'un geste pourtant correctement conçu, un geste ne correspondant pas à la bonne utilisation de l'objet (Mozaz).
Apraxie motrice L'apraxie motrice est aussi dite mélokinétique. Elle se caractérise par l'incapacité à réaliser des mouvements précis, rapides, alternatifs ou en série.. La réalisation d'un mouvement fin est mise en difficulté, car la séquence motrice nécessaire est endommagée. En revanche, il n'a pas de difficultés à reconnaître des gestes incorrects. Il n'affecte qu'un secteur musculaire, le plus souvent supérieur et ses extrémités (difficulté à agir sur les postes de travail à commande ergomotrice précise)..
Apraxie constructive ou constitutive L'apraxie constructive ou constitutive est un trouble visuospatial qui se traduit par une difficulté à définir les relations des objets entre eux et dans le domaine graphique à dessiner des formes en 3D. Le sujet a des difficultés à réaliser, spontanément ou en copie, des dessins ou constructions (cubes, ronds, carrés… : ce sont des figures simples). Il a aussi tendance à les simplifier et ne prend pas facilement en compte les détails dans sa réalisation. Au rendu du dessin nous observons des traits entrecroisés, des inversions du dessin en miroir… Cette apraxie n'est pas facilement reconnaissable par le sujet, en effet il doit passer des tests pour la diagnostiquer.
C'est dans les lésions droites que les désordres constructifs et les désorganisations topographiques sont les plus courants et plus sévères. Le sujet dessine de droite à gauche. Les perturbations sont de type visuospatial (éclatement du dessin et des liens spatiaux), il y a une négligence gauche (amputation fréquente de la partie gauche du dessin), une orientation désordonnée (pas d'aide par les points de repère), et de nombreux détails sont en dehors de toute forme globale.
Dans les lésions gauches c'est la programmation de l'action qui est affectée. Le dessin tend à être simplifié, mais il est facilité si l'on donne des repères au patient pendant qu'il dessine (capacité d'amélioration par l'apprentissage). Les relations topographiques (forme, configuration d'un lieu) entre les différents éléments d'un dessin à copier sont désorganisées mais tout de même plus légèrement préservées. Il y a un phénomène d'accolement nommé « closing-in »..
Apraxie de la marche L'apraxie de la marche se traduit par une impossibilité du patient à disposer convenablement ses jambes pour marcher. Les effets sont par exemple : un élargissement du polygone, des petits pas avec ou sans destination ( tendance à marcher plus vite de façon à éviter la chute en avant), une diminution du balancement des bras, une démarche magnétique (comme si les pieds étaient collés au sol)...
Apraxie de l'habillage L'apraxie de l'habillage a été identifiée par Brain en 1941. Elle consiste en l'incapacité de se vêtir correctement. Il y a difficulté à orienter, agencer et mettre les vêtements sur le corps ; le patient regarde les vêtements, les manipule dans tous les sens sans résultat final ; il peut s'agir de mettre ses chaussettes, fermer des boutons, mettre une cravate…
Apraxie buccofaciale (ou « bucco-linguo-faciale ») L'apraxie buccofaciale (ou « buccolinguofaciale ») se traduit par une incapacité du patient à siffler, souffler ou réaliser tout autre type de mouvement impliquant la mobilisation de muscles situés au niveau du visage (au sens large du terme). Mais on peut noter une dissociation automatico-volontaire : les activités volontaires, comme tirer la langue, souffler, gonfler les joues... sont impossibles, tandis que les gestes automatiques et réflexes (mastication, déglutition, gestes d'urgence) sont préservés.
Apraxie réflexive L'apraxie réflexive se caractérise par l'impossibilité à imiter des mouvements bimanuels complètement abstraits (ni symboliques ni mimes d'une action réelle).
Elle se retrouve lors de syndromes frontaux et démences.
Apraxie dynamique L'apraxie dynamique se traduit par une perturbation de la séquence des gestes.
Apraxie frontale L'apraxie frontale se traduit par un déficit observé lors de l'utilisation des objets et de la réalisation d'actions familières dans la vie quotidienne.
Ce sont des erreurs de substitutions d'objets et d'organisation séquentielle.
Il ne faut pas la confondre avec l'apraxie idéatoire.
Apraxie graphique L'apraxie graphique ou agraphie est une atteinte de l'écriture au moyen de stylos (l'écriture par ordinateur est préservée).
C'est l'atteinte du savoir-faire gestuel pour la réalisation de lettres, l'ordonnancement spatial des mots, la manipulation du crayon.
La difficulté est la transformation en graphie : l'épellation du mot est donc préservée..
Relations entre lésion cérébrale et type d'apraxie Les centres praxiques sont situés dans le pli courbe et le gyrus supra-marginal du lobe pariétal de l'hémisphère dominant (Liepmann). Une lésion à ce niveau amène des perturbations lors d'activités comme le tapping.. Aussi, différentes parties du cerveau sont atteintes et le niveau d'affection de chacune varie selon l'étendue et la localisation de la lésion.. Ainsi l'apraxie peut être unilatérale ou bilatérale. Depuis Liepmann, d'autres recherches ont été faites et ont montré que 20 % des apraxiques ont des lésions à l'hémisphère droit, et 50 % des lésions sont à l'hémisphère gauche.. Les affections chez les personnes ayant des désordres des mouvements intentionnels non appris sont bilatérales.. Ensuite, les lésions pariétales gauches entraînent plus de perturbations dans la réalisation de mouvements sans signification qu'avec signification...
Concernant le lobe pariétal, selon les cas, l'apraxie va atteindre la région centrale gauche, la région pariétale ascendante, et/ou les fonctions visuospatiales. Ce lobe pariétal assure la gestion du geste (praxie), et la reconnaissance des objets. Le lobe frontal (qui est le plus volumineux du cerveau) à travers l'aire frontale ascendante et les aires motrices, a pour rôle la programmation motrice. Les autres aires du lobe frontal assurent le comportement, le langage, la planification et l'organisation intellectuelle.
L'apraxie arrive généralement après un AVC, une tumeur. 50 % des personnes répertoriées dont l'hémisphère gauche est touché ont eu un AVC.