Alain Bizard, né le à Saint-Nazaire et mort le à Paris, est un officier français de cavalerie puis parachutiste, général de corps d’armée. Il participe à la guerre d'Indochine (1945-1954) et à la guerre d'Algérie (1954-1962). Grand-croix de la Légion d'honneur et Grand-croix de l'ordre du Mérite, il est l’un des officiers généraux les plus décorés de l’armée française et a reçu 18 citations, dont 7 à l'ordre de l'armée.
Il est décédé le , à l'âge de à l'Institution nationale des Invalides de Paris qu'il avait décidé de rejoindre lorsque ses forces ont décliné. Il a été enterré avec les honneurs à l’église des Invalides à Paris.
Volontaire pour rejoindre le champ de bataille de Diên Biên Phu, il s'est notamment illustré en tant que commandant adjoint du bataillon de parachutistes vietnamiens à la tête des points d’appui Huguette 7 puis Huguette 6 qu'il a su défendre avec ténacité face à un ennemi très supérieur en nombre. Il est considéré comme un officier dont l’allant, l’ardeur et la bravoure sont cités en exemple.
Dans le film Dien Bien Phu de Pierre Schoendoerffer, le personnage principal du capitaine Jegu de Kerveguen campe un ensemble de figures s'étant illustrées au cours de la bataille, en particulier celle du capitaine Alain Bizard, du qui tenait Huguette 7.
Carrière Militaire Après un baccalauréat «Mathématiques élémentaires» au lycée Saint-Yves à Quimper, il est admis à Saint-Cyr après une «prépa HEC» à Paris de 1943 à 1944. Il rejoint alors Saint-Nazaire d'où, en juillet, il s'exfiltre avec les siens en remontant la Loire jusqu'à Nantes déjà libérée, et s'engage au 3ème bataillon FFI de Loire-Atlantique.
Engagé volontaire, il incorpore le de Marche en et participe à la libération de la France. En , nommé aspirant après une formation de deux mois, son unité est amalgamée au 1er régiment de hussards ainsi recréé pour être engagé sur Saint-Nazaire. Il intègre quelques mois plus tard l’armée d’active au sein du régiment de hussards.
Chef de peloton, il tient la Pointe de Saint-Gildas au moment de la reddition de la poche de St Nazaire, le .
Quand il est admis à l’ESM en promotion "Victoire", comme nombre de ses 3 000 camarades il a déjà connu le feu. Il choisit l’Arme Blindée Cavalerie et rejoint l’école d’application de Saumur.
En , après un cours d’application de quelques mois, il est affecté au 8ème régiment de dragons à Poitiers le et détaché au camp de Souge près de Bordeaux où se trouve le groupement d’instruction. Il se porte volontaire pour un premier séjour en Indochine dès .
Guerre d’Indochine Au cours de trois séjours, l'Indochine lui donne l'occasion de s'illustrer. Il débarque au Tonkin pour servir au chasseur (-1949) avec lequel il combat à Hanoï, Haïphong et Langson et douze mois à la frontière chinoise sur la R.C.4. Il est cité quatre fois: une fois à l’ordre de l’armée, une fois à l’ordre du corps d’armée et deux fois à l’ordre de la division. Il est fait chevalier de la Légion d’honneur par le général de Lattre. Il rentre en après plus de trente mois d’opérations.
Après un stage de cinq mois à Alger, il repart le sur sa demande au sein du Chasseur. Il est basé à Nam Dinh dans l'unité des "Crabes" ou il est un chef reconnu. Il prend la tête du commando 24 Vandenbergue à la suite de l'assassinat de ce dernier en . Le , lors d'une opération, il échappe à la destruction complète de son commando vietnamien avec de nombreuses pertes. Tous ses chefs de sections, les MdL Chef Jean Brefort et MdL Schaeffer, sont tués. Quand il rentre le , il aura à nouveau été cité quatre fois: une fois à l’ordre de l’armée, une fois à l’ordre du corps d’armée et deux fois à l’ordre de la division.
Il suit le cours des Capitaines à Saumur et est affecté quelques mois en Autriche comme aide de camp du général de Latour.
Lors de son troisième séjour en 1953, il se porte volontaire le pour rejoindre la bataille de Diên Biên Phu alors que le sort est déjà scellé. Sa hiérarchie lui impose de passer son brevet de parachutiste avec ses 5 sauts réglementaires avant de pouvoir sauter sur le camp retranché.
13 mars - 7 mai 1954: bataille de Điện Biên Phủ
Il est parachuté le . À son arrivée, considéré comme officier cavalier, il commence son séjour et est précédé d'une solide réputation de guerrier confirmée par plusieurs citations et le grade de chevalier de la Légion d'honneur. Les anciens l'estiment et le reconnaissent d'emblée comme l'un des leurs. Il est affecté au 5e bataillon de parachutistes vietnamiens (BPVN, les Bavouans) du capitaine André Botella. Il remplace alors comme commandant adjoint le lieutenant Rondeau qui a été blessé.
La bataille des Huguettes : 31 mars-5 mai 1954
Défense d'Huguette 7 Le , avec la compagnie du BPVN, il rejoint Huguette 7 et les légionnaires du BEP. Le 30, il lance une opération pour des-encercler Huguette 7. Dès le , le PA Huguette 7, au Nord-Ouest de la piste d’aviation, est investi par la Division 308. Le , la division Viet-Minh 308 renouvelle son attaque, le capitaine Bizard la repousse après un repli stratégique. Le lieutenant-colonel Langlais, pris dans la défense des Elianes, ne répond pas aux demandes de Bizard d'envoyer des renforts. Le capitaine doit se défendre seul.
La compagnie du BPVN résiste à une autre attaque du Régiment 36. Pilonné par les mortiers de la division 308, les hommes du sergent Tournaye reçurent l’ordre de se retirer discrètement dans la nuit du secteur Nord-Ouest. Quand le bataillon d’assaut ennemi avança, ils trouvèrent les tranchées et les blockhaus vides et avancèrent vers le complexe central. Le capitaine Bizard avait retiré ses vers les positions Sud-Ouest et Sud-Est, abandonnant le reste du point d’appui. Avant minuit, il appela l’artillerie pour un tir pré-arrangé au canon de 155 sur les anciennes positions prises par l'ennemi, sachant que le point d’appui mesurait seulement de large. Les pertes ennemies furent lourdes et ses Vietnamiens du Bawouan purent reprendre la totalité du point d’appui à 10h le matin du . Dans la nuit du au , Bizard effectue un commando réussi sur des mortiers de 81 Viets. Le Lt-colonel Langlais admit qu’il avait mal jugé le BPVN, et ils furent relevés à par une compagnie composée de Légionnaires et d’auxiliaires dirigés par le Lt Spozio du 1/2 REI.
Défense d'Huguette 6 Le , la compagnie de Bizard relève de Minaud sur Huguette 6. Il prend le commandement du PA. Le 7 au , le PA est complètement encerclé par les tranchées ennemies, il tient au prix de combats intenses. Huguette 6 est la cible de toutes les attaques. Le , les paras du et les légionnaires dirigés par le capitaine Bizard, les lieutenants Jacques Rastouil et François, se battent. La division 308 compte de nombreuses pertes sur Huguette 6. Le PA est complètement assiégé et isolé, coupé de tout. Il reste à peine 180 combattants.
Le , le capitaine Bizard lance devant Huguette 6, dans les brumes du petit matin, une opération pour miner et reboucher les tranchées Viêt-minh. Le 14, lors du briefing quotidien du soir, autour d'une boite de ration, un obus de mortier de 57 tombe sur l'abri des officiers rassemblés autour de Bizard : il est blessé par un éclat, le lieutenant Rastouil est tué, le lieutenant Meric grièvement blessé. Le soir même, le colonel de Castries décide l’évacuation de ce P.A.
Le , une série d'officiers reçoivent un avancement. Le capitaine Bizard n'en fait pas partie malgré ses actions car il est jugé trop jeune dans son grade de capitaine par la hiérarchie de Hanoï. Il est donc fait officier de la Légion d'Honneur à l'âge de . Le colonel Christian de la Croix de Castries est nommé général; d’autres officiers reçoivent un avancement: le lieutenant-colonel Jean Langlais nommé colonel, le chef de bataillon Marcel Bigeard du B.P.C. nommé lieutenant-colonel, le capitaine André Botella du B.P.V.N. nommé chef de bataillon, le capitaine Pierre Tourret du Choc nommé chef de bataillon, le lieutenant Hervé Trapp du B.P.C. nommé capitaine, le lieutenant Pham Van Phu du B.P.V.N. nommé capitaine, et le lieutenant Michel Brandon du B.E.P. nommé capitaine.
Le est le de la résistance. Dans la nuit, pour tenter de rejoindre Bizard sur Huguette 6, deux compagnies du BEP et du BPC de Tourret, appuyées par 2 chars, tentent, pendant 4 à , de passer les tranchées Viet-Minh creusées autour de Huguette 1, à travers celles du Régiment Viet-Minh no 88. Vers du matin, elles sont rentrées dans le système ennemi, qui a été élargi et renforcé pour faire face aux positions françaises au nord et au sud ; mais elles n’ont pas pu progresser davantage sous le feu intense de mortiers, canon sans recul et fusils mitrailleurs ennemis. Une seconde tentative forte coordonnée par le lieutenant-colonel Bigeard est tentée au matin du . Mais le BEP bute sur un bataillon au complet. Les 250 légionnaires doivent déloger les 1000 Viet-Minh un par un. Les pertes sont trop élevées. « Bruno » demande aux paras de revenir vers le point de départ.
À 7 h 30 au matin, le , Castries et Langlais ont compris qu’il n’était pas possible de persister dans cette opération, et d'envoyer une force de secours vers Huguette 6. Le coût humain devenait inacceptable sans garantie de succès.
Le commandant Clémencon du I/2 RIE appelle par radio le capitaine Bizard et lui annonce qu'il est livré à lui-même. Parlant en anglais pour des raisons de sécurité, il laisse au chef du point d’appui le choix entre se rendre, ou laisser les blessés sur place et tenter de forcer le blocus Viet-Minh pour rallier les positions françaises avec ses derniers hommes en état. C’est le dimanche de Pâques au matin, Alain Bizard a ce jour même. Il répond qu’il essayera de passer en force à , profitant du brouillard du matin.
Les légionnaires du lieutenant François et les parachutistes vietnamiens de Bizard installent les blessés au mieux, et détruisent les armes lourdes ainsi que les radios. Le sergent Horst Ganzer, grièvement blessé et le liaison de mortier du CEPML, se portent volontaires pour rester et couvrir les arrières du raid avec le dernier fusil mitrailleur en état. Les hommes se fabriquent des gilets par balles de fortune avec des sacs de terre sur la poitrine et le dos, et remplissent leurs poches de grenades. Ils s’alignent dans la tranchée sud. À du matin exactement, le capitaine Bizard donne l’ordre et s’élance en tête. La compagnie jaillit hors des tranchées, saute les barbelés et s’élance à découvert pour une course dans le brouillard matinal à travers les positions ennemies. Ils ont trois cents mètres à couvrir sur un glacis sans le moindre abri, en plein dans le champ des mitrailleuses ennemies.
Le Viet-Minh dans les tranchées les plus proches faisaient face au sud, s’attendant à une nouvelle tentative de secours. Comme ils prévoyaient d’avancer à l’assaut de Huguette 6, ils n’avaient pas posé de mines entre eux et le PA. Les hommes de Bizard ont parcouru les 100 premiers mètres sans être vu, sautant ou grimpant à travers les tranchées ennemies, lançant des grenades dans toutes les directions, puis ils se précipitent vers la piste d’aviation. Un groupe à l’ouest de la ligne tomba par surprise sur une compagnie ennemie, mais après une seconde d’hésitation commune, ils passèrent à travers en ouvrant le feu.
Derrière eux, le sergent Ganzer fut tué à son poste, après avoir tenu le plus de temps possible, tandis que des mortiers français tombaient pour protéger aussi les arrières de la ligne en progression. Il restait encore à parcourir à découvert sur la piste d’aviation, sous un feu nourri. Le lieutenant Bergot entendit des encouragements en espagnol alors qu’ils couraient.
À , ayant mis pour parcourir les qui le séparent de Huguette 6, il arrive à Huguette 1, encerclée et qui doit être évacuée dans la foulée, après la chute d'Huguette 6.