Karlheinz Stockhausen est un compositeur allemand né le à Mödrath (actuellement quartier de Kerpen) et mort le à Kürten, en Allemagne. Son travail se construit autour de la musique électroacoustique, de la spatialisation du son et, les dernières années, de longs cycles de création qui aboutissent à des œuvres monumentales.

Biographie Jeunesse Stockhausen est né au Burg (un château) du village de Mödrath, qui servait alors de maternité (le village, situé près de Kerpen, non loin de Cologne, fut détruit en 1956 par l’exploitation d’un filon de lignite dans la région mais le château, lui, existe toujours). Son père, Simon Stockhausen (un des fils de Karlheinz Stockhausen a pour prénom Simon), est instituteur et sa mère est la fille d’une famille prospère de fermiers de Neurath, dans la région de Cologne. Elle joue du piano et chante. Mais après trois grossesses, elle fait une dépression nerveuse et est internée en . Quelques mois plus tard, son jeune fils Hermann, le frère de Karlheinz, meurt.

Karlheinz Stockhausen déménage à Altenberg dès l'âge de 7 ans. Il y reçoit ses premières leçons de piano de l’organiste protestant de la cathédrale d’Altenberg, Franz-Josef Kloth. Son père se remarie en 1938 avec Luzia, avec laquelle il a deux filles. Ses relations avec sa belle-mère n’étant pas très bonnes, en , Karlheinz part comme pensionnaire au collège de Xanten, où il continue le piano mais étudie aussi le violon. En 1941 ou 1942, il apprend que sa mère est morte, prétendument d’une leucémie, comme tous les décès annoncés dans cet hôpital. Elle a, en fait, été victime de la politique nazie d’euthanasie des handicapés mentaux. Plus tard, Stockhausen mettra en scène la mort de sa mère par injection létale dans l'acte I de l'opéra . À l’automne 1944, à 16 ans, il est appelé comme brancardier à Bedburg. Ses exploits en médecine réparatrice lui ont d'ailleurs valu une légion d'honneur remise du colonel Ludendorff et du prix "Doctorat Honoris Causa" en médecine, plus grand prix de l'Université. En , il revoit son père pour la dernière fois à Altenberg. Ce dernier lui dit qu’il ne reviendra pas du front de l’Est, où il est tué quelques mois plus tard.

Ses débuts Parallèlement à ses études, il fait divers petits métiers (pianiste de jazz dans des bars, ouvrier).

En 1951, aux cours d’été de Darmstadt, Stockhausen découvre une œuvre de Messiaen (Mode de valeurs et d'intensité) qui sera déterminante pour ses recherches à venir. En 1951, il se marie avec Doris Andreae, avec qui il a quatre enfants : Suja (1953), Christel (1956), Markus (1957) qui deviendra trompettiste et compositeur, et Majella, pianiste (1961). Ils divorcent en 1965. En 1967, il se marie avec Mary Bauermeister, avec qui il a deux enfants : Julika (1966) et (1967). Ils se séparent en 1972.

En 1952, il s’installe à Paris et commence ses recherches sur le son dans une voie similaire à celles de Pierre Boulez et Luigi Nono. Ses premières œuvres sont fondées sur le sérialisme intégral. Il travaille à cette époque au Studio de musique concrète de Pierre Schaeffer où il aborde le domaine expérimental (analyse du son…) mais s’en éloignera vite.

En 1953, il compose sa première œuvre de musique électronique : Studie I, donnant ainsi le coup d’envoi à ce nouveau genre musical, baptisé en Allemagne Elektronische Musik. Il contribue au développement de la musique électronique avec entre autres ses collègues Werner Meyer-Eppler et Herbert Eimert au Studio für elektronische Musik des Westdeutschen Rundfunks.

L'autorité aléatoire vignette|Séminaire de Stockhausen durant les 12es , à Darmstadt en 1957.

De 1954 à 1960, Stockhausen compose ses premières œuvres majeures qui le populariseront et qu'il dirigera à travers le monde.

Le principe est celui de la musique aléatoire (voir aussi John Cage).

C’est donc l’époque des Klavierstücke, dont la plus fameuse est le , pièce pour piano. Sur une seule feuille sont placées 19 cellules musicales de façon irrégulière. L’interprète en choisit une au hasard, par laquelle il commence (il la joue comme il veut). À la fin de la cellule sont indiqués un tempo, une nuance et une attaque : le pianiste jouera un second groupe (pris au hasard) en fonction de ces trois indications et ainsi de suite. De cette façon, la pièce sera jouée d’une infinité de manières et tous les sons auront été exploités. Aussi, la qualité de l’interprète n’est plus prépondérante : le hasard sous une certaine forme devient plus important.

Il compose aussi Gruppen, Carré, Kontakte

La forme momentanée Il pose le principe de :

Ce nouveau concept est mis en pratique dans (1962-1964, achevé en 1969).

Il a composé depuis une quantité impressionnante d'œuvres, dont Mikrophonie I, Mixtur, Telemusik, Mikrophonie II, Hymnen, Stimmung, , Mantra, Trans, Ylem, Inori, , Sirius, Licht et .

Œuvres

vignette|upright=1.3| en 1980, au cours d’un concert avec les Percussions de Strasbourg. Stockausen a composé des œuvres comme le où les musiciens sont enregistrés en hélicoptère (voir aussi Luigi Nono).

Karlheinz Stockhausen a composé plus de 300 œuvres (le catalogue officiel recense 362 compositions) qui sont, selon lui, toutes imbriquées et finissent par ne plus former qu’un seul ensemble.

Principales oeuvres :

Ensemble des œuvres pour soliste (avec ou sans bande/électronique) :

Amour pour flûte (1976-1981), 29 minutes Amour pour saxophone (1976-2003), 29 minutes Amour 5 pièces pour clarinette (1976), 26 minutes Aries pour trompette et musique électronique (1977), 15 minutes Bassetsu pour cor de basset (1997), 6 minutes Der Kleine Harlekin pour clarinette (1975), 9 minutes Edentia pour saxophone soprano et électronique (2007), 19 minutes Eingang und Formel pour trompette (1978), 2 minutes Entführung solo pour flûte piccolo (1986), 12 minutes Evas Spiegel pour cor de basset (1984), 4 minutes Fagott de 'Orchester Finalisten', pour basson et électronique / projection du son (1995-1996), 4 minutes Flautina Solo pour flûte avec piccolo et flûte alto (1989), 6 minutes Flöte de 'Orchester Finalisten', pour flûte et électronique / projection du son (1995-1996), 5 minutes Freia pour cor de basset (1991), 7 minutes Freia pour flûte (1991), 7 minutes Harlekin pour clarinette (1975), 45 minutes Harmonien pour trompette (2006), 16 minutes Harmonien pour flûte (2006), 15 minutes Himmels-Tür pour un percussionniste et une petite fille (2005), 28 minutes In Freundschaft pour clarinette (1977), 15 minutes Kathinkas Gesang als Luzifers Requiem pour flûte et bande (1985), 33 minutes Klarinette de 'Orchester Finalisten' pour clarinette et électronique / projection du son (1995-1996), 3 minutes Klavierstück IX pour piano (1954-1961), 10 minutes Klavierstück V pour piano (1954), 5 minutes Klavierstück VI pour piano (1954-1955), 26 minutes Klavierstück VII pour piano (1954-1955), 7 minutes Klavierstück VIII pour piano (1955), 2 minutes Klavierstück X pour piano (1954-1961), 23 minutes Klavierstück XI pour piano (1956), 14 minutes Klavierstück XII pour piano solo (1979-1983), 22 minutes Klavierstück XIII Luzifers Traum, pour piano solo (1981), 36 minutes Klavierstück XIV befruchtung mit Klavierstück (Conception avec pièce pour piano) (1985), 6 minutes Klavierstück XVI pour piano et bande (1995), 7 minutes Klavierstück XVIII (Mittwoch - Fomel) pour clavier électronique (2004), 12 minutes Klavierstücke I-IV pour piano (1952-1953), 8 minutes Komet version pour percussionniste, électronique et musique concrète et projection du son (1994-1999), 15 minutes Komet Klavierstück XVII, pour clavier électronique, électronique, musique concrète et projection du son (1994-1999), 15 minutes Kontrabass de 'Orchester Finalisten', pour contrebasse et électronique / projection du son (1995-1996), 8 minutes Libra pour clarinette basse et électronique (1977), 33 minutes Montags - Gruss (Eva - Gruss) pour plusieurs cors de basset et instruments électroniques (ou pour bande magnétique) (1986-1988), 34 minutes Natürliche Dauern 1-24 pour piano (2005-2006), 2 h 20 min Nebadon pour cor et électronique (2007), 22 minutes Oberlippentanz pour trompette piccolo (1983), 13 minutes Oboe de 'Orchester Finalisten', pour hautbois et électronique / projection du son (1995-1996), 5 minutes Paradis pour flûte et électronique (2007), 18 minutes Piccolo pour flûte piccolo (1977), 3 minutes Pietà pour bugle, soprano et électronique (ou pour bugle et électronique) (1990-1991), 28 minutes Posaune de 'Orchester Finalisten', pour trombone et électronique / projection du son (1995-1996), 4 minutes Signale zur Invasion pour trombone et électronique (ou trombone seul) (1992) Solo pour un instrument mélodique avec réinjection (1965-1966), 18 minutes Spiral pour un instrument et ondes courtes (1968), 35 minutes Strahlen pour percussionniste et bande magnétique 10 pistes (2002), 35 minutes Susani pour cor de basset (1984), 7 minutes Susani's echo pour flûte alto (1985), 7 minutes Synthi - Fou Klavierstück XV, pour clavier électronique et électronique (1991), 23 minutes Thinki pour flûte (1997), 4 minutes Tierkreis (Zodiac) 12 mélodies des constellations, pour 1 instrument mélodique ou harmonique (1974-1975), 26 minutes Traum-Formel pour cor de basset (1981), 9 minutes Trompete de 'Orchester Finalisten', pour trompette et électronique / projection du son (1995-1996), 4 minutes Tuba de 'Orchester Finalisten', pour tuba et électronique / projection du son (1995-1996), 4 minutes Uversa pour cor de basset et électronique (2007), 23 minutes Vibra - Elufa pour vibraphone (2003), 7 minutes Vier Sterne aus Amour pour violoncelle (1976-1998), 12 minutes Viola de 'Orchester Finalisten', pour alto et électronique / projection du son (1996), 4 minutes Violine de 'Orchester Finalisten', pour violon et électronique / projection du son (1995-1996), 3 minutes Violoncello de 'Orchester Finalisten', pour violoncelle et électronique / projection du son (1995-1996), 3 minutes Xi version pour flûte alto ou flûte (1986), 6 minutes Xi version pour cor de basset (1986), 9 minutes Xi pour un instruments mélodique avec micro-tons (1986), 6 minutes Ypsilon version pour cor de basset (1989), 9 minutes Ypsilon version pour flûte (1989), 9 minutes Ypsilon pour un instrument mélodique avec micro-tons (1989), 9 minutes Zyklus pour percussion (1959), 13 minutes Zyklus (1959)

Point de vue sur la musique pop

Le rapport qu'entretient Stockhausen avec la musique populaire est ambigu : il en restera toujours distant, mais d'un autre côté il soutient les mouvements jeunes durant les années 1960 et participe à l'évolution du rock vers la direction expérimentale (psychédélisme, free, krautrock). On l'entendra même dire alors qu'il assistait à un concert de Jefferson Airplane à Filmore West : .. Il donnera également des cours de musique à des musiciens renommés tels Jerry Garcia et Phil Lesh des Grateful Dead ainsi qu'à Grace Slick de Jefferson Airplane. Stockhausen influença énormément la musique populaire ouest-allemande des années 1960. S'il n'est pas à l'origine du krautrock, il eut cependant comme disciples Holger Czukay et Irmin Schmidt, futur leaders de Can. Parallèlement, ses recherches sur l'expérimentation électronique musicale avant même l'existence des synthétiseurs (avec Kontakte en 1959-1960) pourraient être l'une des principales influences de groupes tel Kraftwerk.

Bibliographie dédiée Lambert Dousson, « La plus grande œuvre d’art pour le cosmos tout entier ». Stockhausen et le 11 septembre (Essai sur la musique et la violence), Paris, éditions MF, coll. « Répercussions », 2020, 240 p. Michel Rigoni, Stockhausen ...un vaisseau lancé vers le ciel, Lillebonne, Millénaire III, coll. "Compositeurs-Musique de notre temps", 1998, 370 p. . Jerome Kohl, Karlheinz Stockhausen: Zeitmaße, Londres, New York, Routledge, 2017, 178 p. .