Aimé-Charles His de La Salle, dit Horace His de La Salle, né le et mort le à Paris, est un érudit et collectionneur d'art français.
Sa collection, constituée à partir de 1822, rassemble plusieurs centaines d'œuvres graphiques, de peintures, de sculptures et de monnaies, de l'Antiquité au XIXe siècle. Une place significative y est donnée aux œuvres de Nicolas Poussin, de Théodore Géricault ou encore de Pierre-Paul Prud'hon. Réunissant notablement d'importants ensembles de dessins et de gravures, en particulier d'artistes italiens, français ou hollandais, sa collection est aujourd'hui dispersée.
Proche de plusieurs hommes de l'administration des musées français, il a contribué à l'enrichissement des collections de nombreuses institutions nationales, à l'instar du musée du Louvre, du musée d'Alençon, du musée de Dijon, du musée d'Orléans ou encore de l'École des Beaux-Arts de Paris. Il n'a eu de cesse de penser le rayonnement de sa collection, par des donations de son vivant ou par des legs.
L'exposition « Officier et gentleman au XIXe siècle. La collection Horace His de la Salle » tenue au musée du Louvre en 2019, a mis en valeur sa contribution à l'histoire des collections françaises.
Biographie
Enfance et éducation gauche|vignette|165x165px|Richard Cosway, Portrait de Madame Hélène de Montgeroult Aimé Charles His naît le (23 pluviôse an III) rue des Petit-Champs à ParisAimé Charles His de La Salle notice sur le site Data.bnf.fr..
Sa mère, Hélène de Montgeroult, née Hélène Antoinette Marie de Nervo, est une musicienne de talent renommée. Veuve du marquis de Montgeroult, elle épouse en deuxièmes noces Charles Antoine Hyacinthe His, rédacteur au MoniteurLa 12 Prairial an V, Archives Nationales, minutier central, Lefebvre, notaire XIX, liasse 913. Cité par Dorival 2006, .. Par ce mariage, le (12 Prairial an V), ce dernier reconnaît l'enfant comme le sien. Leur mariage est cependant de courte durée puisque le divorce est prononcé en 1802. Charles His se remarie et a un second fils en 1809, Charles Adrien His de Butenval.
Aimé Charles, surnommé Horace par sa mère, grandit dans un milieu artistique foisonnant. Il reçoit une éducation classique tournée vers les arts. Carrière militaire Il a 19 ans lorsqu'en 1814, durant la Première Restauration, il s’engage dans les gardes du corps de la Compagnie de Raguse. Il obtient le grade de lieutenant de cavalerie.
Royaliste et légitimiste, il suit le roi Louis XVIII en exil à Gand en 1815 lors du retour de Napoléon. Après les Cent-jours et la défaite de Waterloo, il peut rentrer à Paris avec le roi. Il est nommé sous-lieutenant au régiment des Cuirassiers de la Garde royale et chevalier de la Légion d’honneur le .
En 1822, il passe lieutenant en second du régiment des Cuirassiers de la Garde royale, avec rang de capitaine. C’est à cette époque qu’il achète sa première gravure et ses premières lithographies.
En 1825, il est envoyé à Caen, au service de la remonte. Il y reste un an. C’est à cette époque qu’il ajoute officiellement le nom « de la Salle » à celui de son père. Ce nom provient d’un domaine en Eure-et-Loir, près de Senonches, acheté par sa mère en 1795 et qu’il complétera par des acquisitions ultérieures.
En 1826, sa mère, qui a épousé en troisièmes noces en 1820, le comte Edouard Dunod de Charnage, ancien préfet de l’Empire, est de nouveau veuve. Le , Horace His de la Salle quitte le service militaire pour se consacrer à sa mère dont la santé décline. Il est alors lieutenant dans le régiment des Cuirassiers de la Garde Royale, et croix de la Légion d’honneur.
Voyage en Italie His de la Salle décide d’accompagner sa mère en Italie en 1834. Tous deux découvrent les œuvres des maîtres de la peinture et de la sculpture. Ils s’installent à Padoue, puis à Pise avant de s’établir à Florence. Horace visite Venise puis Rome. Son goût se développe, s’affirme, et il débute sa collection de bronzes de la Renaissance, en même temps qu'il confirme son intérêt pour les dessins.
Hélène de Montgeroult meurt à Florence le . Elle est inhumée dans le cloître de l’église Santa Croce.
Retour à Paris Horace His de la Salle rentre en France et s’installe à Paris, rue de Clichy, dans une maison achetée par sa mère en 1817. Il occupe plusieurs adresses successives à Paris au fil des ans, tout en conservant cette maison jusqu’en 1868. En parallèle, il cultive une passion pour le voyage, visitant Marseille, la Belgique, la Hollande et l’Allemagne. Il organise sa vie comme collectionneur en fréquentant assidûment musées et bibliothèques, ventes et expositions, collectionneurs et artistes. Tous les ans il passe quelques mois dans son domaine de La Salle.
His de la Salle déménage place de la Belle Chasse en 1841, puis place Bourbon en 1842. Son appartement modeste est trop petit pour ses collections. Il les installe donc rue de Clichy, dans la maison qu’il a conservée.
Son père Charles Hyacinthe His meurt en 1851.
Il commence à fréquenter Madame White, née Catherine Chamaillau, en 1855. Elle reste sa maîtresse jusqu’à la fin de sa vie. His de la Salle lui achète une maison près de la Porte Maillot.
Fin de vie et succession Souffrant de névralgie à partir de 1873 il ne sort plus de chez lui. Il continue malgré tout de recevoir ses amis et de donner des œuvres de sa collection à différents musées. Resté sans descendance, Horace His de la Salle meurt chez lui au 85 rue d'Amsterdam le . Il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise.
Sa cousine germaine, la marquise de Perrigny, est désignée sa légataire universelle par son testament du . Toutefois, le , son demi-frère Charles Adrien His de Butenval conteste le testament et se déclare son unique héritier. L’inventaire des biens d’Horace His de la Salle, et en particulier de sa collection, est dressé en présence des deux parties. Le , His de Boutenval est débouté de ses demandes. Madame de Perrigny hérite du domaine de La Salle et de tous les biens.
Madame White, la maîtresse d’His de la Salle, conserve les œuvres de la collection qui se trouvent dans la maison de Neuilly qu’il lui a achetée. Elle meurt à son tour en 1883.
Démarche, genèse et constitution de sa collection
Processus de collectionnement et méthodes d'acquisition gauche|vignette|200x200px|Pierre-Imbert Drevet d'après Hyacinthe Rigaud, Portrait de Jacques Bénigne Bossuet, estampe, 1723. Horace His de La Salle constitue progressivement une collection variée traduisant l’évolution de ses centres d’intérêt. En 1822, alors qu’il est encore engagé dans son service militaire, il réalise sa toute première acquisition, le Portrait de Bossuet, une estampe gravée par Drevet d’après Rigaud, achetée pour 300 francs.
Par la suite, sa collection s’enrichit de dessins, de peintures, de sculptures, de bronzes et de médailles. Amateur d’art averti, His de La Salle recherche exclusivement des « pièces rares », qu’il repère dans des maisons de vente ou chez des marchands spécialisés. Parmi ces marchands de dessins et d’estampes figurent Guichardot, Defer et Blaisot.
Les ventes aux enchères, qu'il fréquente assidûment, jouent également un rôle privilégié dans l'enrichissement et l'accroissement de sa collection. Horace His de La Salle participe notamment à des ventes aux enchères après décès. L'une des plus marquantes est la vente du baron Salomon Louis Roger, du 23 au , au cours de laquelle il acquiert plusieurs dessins de Del Sarto et de Romano. En 1851, lors de la vente après décès du comte Narcisse Adolphe Thibaudeau, il est adjudicataire d'un important ensemble de dessins de Poussin, de Mantegna et de Pérugin.
Projet de collection : l'ambition de la transmission La collection constituée par Horace His de La Salle, aujourd'hui dispersée à travers le monde, se caractérise par son ampleur, notamment en ce qui concerne le nombre d'œuvres signées de la main d'artistes passés à la postérité qui en font partie. Son importance tient en particulier à son éclectisme, déjà reconnu et célébré par les contemporains du collectionneurFrançois Anatole Gruyer relève à propos d'Horace His de La Salle «un éclectisme qui ne l'abandonna jamais». Voir «M. His de la Salle, lu dans la séance publique annuelle des cinq académies, le 25 octobre 1881», Journal officiel de la République française, 3e année, 296, 29 octobre 1881. Majoritairement constituée de dessins, pour beaucoup donnés à des musées français peu avant sa mort, elle vaut à Horace His de La Salle l'hommage de voir son nom de donateur figurer en lettre d'or dans la Galerie d'Apollon du Musée du Louvre, dès 1878.
A posteriori, elle reflète effectivement l'ambition, de la part d'un homme proche des institutions, de réunir des chefs-d'œuvre des Beaux-Arts, de médiums, de périodes et d'écoles différentes. Il entreprend alors son collectionnement autour d'un projet pensé sur le long terme d'enrichissement des collections des « propriétés nationales ». Dans une lettre à Benjamin Simon, il déclare : « Vous n’ignorez pas, Monsieur, que dans ma collection de dessins, commencée il y a plus de trente ans, j’ai tâché de faire entrer toutes les illustrations des plus célèbres écoles » vignette|137x137px|Marque de collection d'Horace His de La Salle Bien qu’il n’ait livré ni mémoire ni journal, il démontre une conscience de sa démarche de collectionnement. Soucieux de marquer sa propriété, en même temps que de rentrer dans l'histoire en faisant reconnaître sa contribution à celle des œuvres qu'il a tenu entre ses mains, il appose sur certains des dessins qu’il acquiert une « marque de collection ». Elle prend la forme des initiales H et L contenues dans un cercle. De deux tailles différentes, ces marques de propriété ne sont cependant pas présentes sur toutes ses œuvres graphiques. Faute de journaux, il reste impossible d'identifier la première occurrence de leur emploi et de pleinement saisir la raison de leur absence sur certaines pièces de sa collection.
Aucun inventaire exhaustif de sa collection n'a été réalisé de son vivant. Cependant, l'inventaire de ses donations au musée du Louvre, intitulé État des dessins et tableaux légués par monsieur His de la Salle au musée du Louvre, permet d'identifier quatre cent dix-neuf dessins et douze tableaux de sa collection. Cet inventaire partiel est daté du et est entrepris par Philippe de Chennevières, Frédéric Reiset et Léonce Both de Tauzia.
La démarche d'Horace His de La Salle est celle d'un collectionneur savant, investi intellectuellement - au point d'apprendre l'italien, entre autres pour lire Vasari - et à l'œil exercé. Amateur reconnu de son temps, il fait preuve d'un véritable connoisseurship.
Un collectionneur de son temps : les relations d'Horace His de La Salle
Des amitiés érudites : les relations d'His de La Salle avec des collectionneurs et des conservateurs Horace His de la Salle poursuit son érudition artistique en côtoyant un réseau d’autres collectionneurs. Régulièrement, le dimanche, il invite chez lui, comme s'il s'agissait d'un musée, des amateurs d'art tel que Léonce Both de Tauzia, le marquis de Chennevières, Henry Barbet de Jouy ou encore le vicomte Delaborde.
Ces amitiés avec des professionnels de l'histoire de l'art, en particulier des conservateurs de musées, sont l'occasion de relations d'expertise. Par cette sociabilité savante, il étend ses connaissances dans ses domaines de prédilection.