Jacques Weil, né le à Vesoul et mort à Bernay le , est un colonel de l’armée française qui rejoint la résistance dès 1941 et la France Libre dès 1942. Il suit le Général Leclerc pendant toute la Bataille de France, puis la campagne d’Allemagne et enfin l’Indochine. En tant qu’officier de Liaison, il influence la décision d’envoyer la 2e DB participer à la libération de Paris le .

Biographie

Premières années Jacques Weil est né au 2-3 rue Gérôme, le , à Vesoul, en Haute-Saône de l'union de René Weil (1884 -1955) et Marguerite Ignace(1889 - 1984), dont les familles juives sont implantées depuis longtemps dans le département. Ses parents ont perdu un premier bébé prénommé Jacques en 1910. Ils reprennent ce prénom pour leur deuxième enfant. Jacques est l'ainé de deux frères, Roland Mirthil et Lionel, ce dernier meurt à l'âge de 31 ans en 1949. Son frère Roland (1913 - 2010) deviendra sous-préfet puis industriel.

Jacques est un élève doué, il quitte la Haute-Saône pour devenir pensionnaire boursier au Lycée Louis-le-Grand à Paris. Il obtient les deux baccalauréats en lettres et en sciences et prépare l'Ecole Polytechnique : il ne rentrera chez lui que pour les grandes vacances. Son père est agent d'affaires et maire de Vesoul entre 1934 et 1940, obligé de démissionner, il sera protégé par la population locale et redeviendra brièvement maire en 1945.

Jacques parle couramment le français, l'allemand, l'anglais (appris pendant la guerre) et a des notions d'arabe.

Carrière militaire Après son entrée à l'Ecole Polytechnique, promotion X 1930, Jacques Weil choisit l'armée comme corps de sortie, intégrant l'artillerie. Il effectue ses classes militaires à Fontainebleau, où il est connu pour lire à cheval. C’est un cavalier émérite et sa passion des chevaux restera vivace toute sa vie. Sa carrière militaire prometteuse est interrompue en lorsqu'il est évincé de l'armée en raison de ses origines juives, par les lois racistes de Vichy.

Seconde Guerre mondiale

Au début de la Seconde Guerre mondiale, Jacques Weil est capitaine et affecté au groupe d'aviation GR I/35 dans le Nord de la France, spécialisé dans des missions de reconnaissance et d'observation. À la défaite en , son groupe est à Perpignan et il reçoit l'ordre de gagner Alger, où il restera deux mois. Il demande à son état-major de retourner dans son arme d'origine, l'artillerie, au Maroc, avec déjà l’idée de rejoindre l’Angleterre. En août/, il est stationné au Maroc avec le 64ème régiment d'Artillerie à Meknès. Il est affecté au commandement d'une batterie de défense côtière à Fès.

Ulcéré par le message du Maréchal Pétain qu'il entend à la radio, il veut continuer la guerre en tant qu'officier de l'Armée. Il n'a jamais entendu l'appel du , mais il connaît le général De Gaulle, ayant été en garnison avec lui à Metz, où il était curateur de la bibliothèque de la garnison et a fait acheter les ouvrages de De Gaulle, dont il connait le contenu et les théories exposées.

C'est au Maroc qu'il est frappé par les lois raciales de Vichy qui l'excluent de l'Armée Française. Il retourne à la vie civile et commence déjà à renseigner le consulat américain sur les mouvements de bateaux : ce sera son premier acte de résistance de 1941. Ce réseau de résistance comprenait le Directeur Général de la Shell au Maroc, Oneil, qui en était le chef, et André Pélabon. Presque tous les membres du réseau seront arrêtés par la police française. Jacques sera arrêté mais pas inquiété.

Il entre dans la clandestinité et rejoint la France libre via Gibraltar en Espagne caché dans la soute d'un minéralier portugais, dans une cargaison de phosphate, grâce au consul de Grèce à Casablanca. Il est accompagné de 5 ou 6 autres Français. Ils sont accueillis par la mission française de la France Libre à Gibraltar, qui organise son départ pour Londres en avion (Dakota) avec 14 autres personnes. Il arrive à Londres le , où il rencontre De Gaulle qui l'interroge sur les ambitions politiques de Giraud, auprès duquel Jacques avait été brièvement affecté à son état-major avant la guerre.

Il est ensuite affecté au commandement du 4ème bureau de l'état-major chargé de la logistique.

Après Londres, il rejoint Alger où il rencontre le Général Leclerc pour la première fois. Il est affecté au commandement d'un centre de formation de matériel militaire, puis il intègre la 2e DB de Leclerc avec laquelle il participe aux principales batailles de chars en Afrique du Nord contre l'armée de Rommel. Il devient l'officier de liaison privilégié de Leclerc. Sa connaissance de l'anglais et de l'allemand est essentielle dans son rôle d'officier de liaison. Il rencontrera le Général Eisenhower avant le débarquement lorsque la 2e DB est relocalisée en Angleterre. Il rejoint donc Londres avec la 2e DB, participant à toutes les batailles de libération de la France, dont il foule à nouveau le sol le à Utah Beach.

C'est lors d'une rencontre avec le Général Bradley le 18 aout 1944, que Jacques Weil soumet l'idée que la 2e DB pourrait libérer Paris. La stratégie américaine étant de ne pas se battre dans Paris mais de l'encercler pour éviter les combats de rue et la destruction des monuments parisiens. Cette idée est reprise par le Général Leclerc et soumise au Général Eisenhower. vignette|Jacques Weil comme Directeur du Centre d'Instruction Cet épisode est repris en bande dessinée par l'historien Patrick de Gmeline.

Après les premiers combats à Alençon, la 2e DB est la première troupe à libérer Paris. Jacques Weil est l'un des premiers à pénétrer dans la ville avec l'accord de Leclerc, contre les ordres de l'état-major interallié, sur la demande expresse de De Gaulle. Jacques Weil fait personnellement la liaison avec Jacques Chaban-Delmas à l'entrée de Paris, à la préfecture de Police de Paris le . Il l'amènera dans la même journée rencontrer Leclerc. En tant qu'officier parlant couramment l'allemand, il reçoit personnellement la reddition et la garde de l'Amiral Dietrich von Choltitz, gouverneur militaire de Paris, qui lui conseillera de marcher sur Moscou. vignette|Jacques Weil et le Maréchal Leclerc On le découvre en photo auprès du Général Leclerc le à Rambouillet.

Après la libération de Paris, Jacques Weil prend le commandement du 40e Régiment d'Artillerie d'Afrique du Nord (RANA) de la 2e DB. Il participe à la Libération de Strasbourg, où il est blessé par un éclat d'obus au pont de Kehl, et après quelques jours à l'hôpital de Strasbourg soigné par des médecins civils allemands, il reprend son poste et participe à la bataille d'AllemagneCote au SHD Vincennes : 34 N 569 -- Journal de Marche et des Opérations (JMO) du 40 ieme RANA (Régiment d'Artillerie Nord Africain), où il participe à la libération du camp de Buchenwald.

Il est connu pour insister sur le moral des troupes et l'hygiène corporelle, transportant une baignoire pour son bain quotidien. Il capture personnellement un soldat allemand en utilisant sa canne pour lui faire croire qu'il s'agissait d'un fusil.

Le point culminant de sa carrière est lorsqu'il est l'un des premiers soldats français à investir le nid d'aigle de Berchtesgaden en Allemagne. Il emporte, avec l'accord de Leclerc, un coffret en vermeil et un album de photos personnelles d'Hitler, qu'il donne plus tard au Musée de la Libération de Paris.

Après-guerre vignette|Bon au porteur : les Huileries Marocaines Après la libération, Jacques Weil est officiellement réintégré dans l'Armée Française et suit Leclerc en Indochine, où il présente son analyse à Leclerc sur la situation, prônant la décolonisation. À la suite de la mort de Leclerc le , il démissionne de l'armée avec le grade de Colonel et rejoint le secteur privé, s'installant au Maroc comme directeur des Huileries Marocaines.

De retour en France, il épouse Jacqueline Santi, veuve de son ami proche Jacques Santi, également résistant militaire, aviateur, décédé en 1951 dans un crash d'avion au CamerounL'un des tout premiers accidents d'Air France au Cameroun a eu lieu le 3 février 1951. Un Douglas DC-4, immatriculé F-BBDO, s'est écrasé entre Douala et Niamey, au Mont Cameroun. Malheureusement, cet accident a causé la mort de 29 personnes.. Jacques Weil adopte ses quatre enfants.

Il devient en 1953, directeur et administrateur de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild jusqu'en 1966, puis directeur financier des Éditions Robert Laffont jusqu'à sa retraite. Cavalier émérite, il revient également à ses premières passions en s'occupant de chevaux au haras de Chantilly.

Il s'installe à Saint-Éloi-de-Fourques dans l'Eure et préside à partir de 1978 l'association locale des Anciens Combattants.

Jacques Weil meurt dans son sommeil, à Bernay, le .

Distinctions et citations Décorations , par décret du , officier du , chevalier par décret du , avec palmes et citation à l'ordre du Corps d'Armée, suivant l'Ordre Général n° 75 du , par décret du , publié au JO du

Citations Officier observateur de grande valeur, a effectué avec beaucoup de sang-froid plusieurs reconnaissances périlleuses au-dessus des lignes ennemies le 10 mai 1940. Portant son avion à très basse altitude, par des mitraillages à terre et une mission de nuit particulièrement difficile, a rapporté des renseignements d'une importance capitale.

Officier observateur de tout premier ordre. Au cours des batailles aériennes des journées des 10 et en particulier les 11,12 et 13 mai, a fait preuve d'un courage exceptionnel en pénétrant profondément à l'intérieur des lignes ennemies pour y effectuer plusieurs missions de reconnaissance particulièrement délicates et rapporter des renseignements extrêmement précieux.

alt=Mention pour la Croix de Guerre attribuée à Jacques Weil|vignette|422x422px|Mention pour la Croix de Guerre attribuée à Jacques Weil Chargé de la liaison de la 2ème Division Blindée auprès du 3ème Corps d'Armée Américain, a exécuté de nombreuses missions dans des zones particulièrement dangereuses, en raison de la situation très mouvante. A rendu de signalés services par les résultats obtenus.A en outre, exécuté plusieurs vols en piper-cub, au cours desquels son avion est rentré avec des traces de balles dans ses plans.

Chef d'escadron au N° Groupe d'Artillerie Nord-africaine. Commandant de Groupe plein d'allant. Poussant spontanément en permanence ces feux en avant, a pris une part importante au succès du passage des Vosges et à la traversée de la plaine d'Alsace.Le 23 Novembre, a demandé à se porter avec son groupe en renfort à un sous-groupement isolé dans STRASBOURG. A été blessé alors qu'il essayait de prendre contact avec le commandement du sous-groupement, A, par l'intervention rapide de ses feux, permis a ce détachement de conserver la tête de pont qu'il avait conquise sur le vieux RHIN.