Severiano Martínez Anido (Ferrol, 1862 - Valladolid, 1938) est un militaire et homme politique espagnol.
Après une carrière militaire dans des unités combattantes (aux Philippines, dans le cadre de la guerre hispano-américaine de 1898, puis dans le Maroc espagnol), il exerça en métropole une série de hautes fonctions d’abord militaires, puis aussi civiles. En particulier, il fut nommé en 1920 gouverneur civil de Barcelone, auquel titre il joua un rôle de premier plan dans la dure répression contre l’agitation sociale à Barcelone au début de la décennie 1920 ; usant de méthodes tant légales (arrestations massives de syndicalistes CNT, déportations, et application abusive de la loi des fuites, laquelle autorisait à abattre tout détenu tentant de s’échapper) qu’illégales (mise à contribution des hommes de main du syndicat carliste rival de la CNT, attentats ciblés), il devint l’objet de controverses de plus en plus vives, avant d’être finalement limogé en 1922. Nommé ensuite commandant général à Melilla, il démissionna deux mois après, quand il se sentit condamné à l’inaction après que son projet d’occupation du Rif (comportant un plan de débarquement) eut été rejeté. Sous la dictature de Primo de Rivera, il figura comme l’un des hommes forts du régime, en sa qualité de ministre responsable de l’Ordre public, mais aussi comme confident du dictateur. Après l’éclatement de la Guerre civile en 1936, il mit fin à son exil en France, auquel l’avait contraint la proclamation de la République en 1931, et, ayant offert ses services au camp nationaliste, se signala à nouveau par ses actions répressives et fut l’artisan d’une politique de collaboration policière avec l’Allemagne nazie (mise en place d’une police secrète, accord d’extradition d’opposants politiques).
Biographie Formation et carrière militaire vignette|120px|Martínez Anido vers 1912, avec le grade de colonel. Né le à Ferrol, dans la province de La Corogne., Martínez Anido s’inscrivit en 1880 à l’Académie générale militaire, d’où il sortit diplômé quatre ans plus tard avec le rang d’enseigne d’infanterie. Il participa ensuite, dans le cadre de la guerre hispano-américaine, aux campagnes des Philippines, puis, dans le cadre de la guerre du Rif, aux opérations militaires dans le Maroc espagnol, où il monta au grade de colonel en 1909. En 1911, il fut nommé assistant personnel du roi Alphonse XIII, et occupa dans la suite plusieurs hautes fonctions militaires, à savoir celles de directeur de l’, de commandant de la brigade de Chasseurs, et de gouverneur militaire de Guipuscoa. Il avait acquis une maîtrise moyenne des langues anglaise, française et italienne, et fut promu général de brigade en 1914, général de division en 1918, et enfin lieutenant général.
Gouverneur militaire et civil de Barcelone (1920-1922) Après avoir d’abord exercé comme gouverneur militaire de Barcelone de à , Martínez Anido occupa à partir de cette dernière date et dans la même province le poste de gouverneur civil, demeurant à ce titre à la tête du gouvernement civil de Barcelone de à . Cette nomination, survenue le , s’explique par le basculement de la politique du gouvernement d’Eduardo Dato vers une attitude plus répressive.. En effet, c’est dans le but d’en finir avec les conflits sociaux qui faisaient alors rage à Barcelone que le président du Conseil des ministres avait choisi Martínez Anido, raison aussi pour laquelle celui-ci reçut largement l’appui de la presse catalane d’idéologie conservatrice, ainsi que de l’armée et même du monarque ; il n’était jusqu’à Francesc Cambó, homme politique catalaniste, qui n’ait recommandé aux autorités de Madrid la désignation de Martínez Anido pour la charge de gouverneur.
L’entrée en fonction de Martínez Anido en remplacement de Vassallo Bas fut le point de départ de la phase la plus brutale de la répression d’État en Catalogne, où le pouvoir militaire se substitua entièrement au pouvoir civil dans l’administration de Barcelone. Appuyé par le préfet de police Miguel Arlegui, l’un des principaux collaborateurs de Martínez Anido à Barcelone, par le patronat catalan et par les Juntas de Defensa, Martínez Anido se proposait de résoudre de façon définitive le problème du terrorisme, et dressa à cet effet une liste noire des dirigeants du syndicat anarchiste CNT. L’assassinat le d’un chauffeur nommé Valentín Otero, membre du dénommé Syndicat libre, d’obédience carliste, lui fournit l’occasion de déclencher une vague de répression. Sous la couverture de la suspension des garanties constitutionnelles, Martínez Anido, homme cruel et violent, allait diriger la répression contre les organisations ouvrières, mais plus particulièrement contre la CNT, en vue de quoi il favorisa les Syndicats libres, rivaux de la CNT, et alla jusqu’à mettre à contribution dans le même dessein l’organisation paramilitaire Somatén. Outre la dissolution des syndicats, il ordonna des centaines de détentions, qui frappèrent tous les hauts responsables de la CNT. Plusieurs des détenus furent transférés à la forteresse de la Mola (dite aussi Isabel II), près de Port Mahon, dans les Baléares, y compris même quelques personnalités sans lien avec le syndicat, comme Lluís Companys. La répression frappa également les simples affiliés et les percepteurs de fonds, tandis que les avocats proches de la CNT étaient victimes d’attentats, dont notamment Francesc Layret, assassiné le . D’autre part, Martínez Anido commandita, par le biais de la Garde civile et en faisant appel aux hommes de main (pistoleros) du Syndicat libre, quelque , à l’origine de de morts dans les rangs anarcho-syndicalistes de la CNT (parmi lesquels plusieurs figures en vue, telles que Salvador Seguí et Evelio Boal), d’après les chiffres, probablemente sous-évalués, donnés par Martínez Anido lui-même..
vignette|Martínez Anido lors d’une visite d’Alphonse XIII au campement Los Alijares de l’, dont Martínez Anido était alors directeur (1914). La CNT tenta en de riposter par une grève générale, mais en vain, le syndicat socialiste UGT, qui en redoutait les conséquences, s’étant abstenue de l’appuyer. L’action de grève entraîna de nouvelles détentions et déportations, tandis que parallèlement Martínez Anido couvrait l’action des pistoleros du Syndicat libre, qui purent agir à leur guise, par suite de quoi ce fut la CNT qui eut à subir les plus grands dommages de la lutte entre syndicats. Les premiers mois du mandat Martínez Anido se caractérisent donc par une forte occurrence d’actes de violence, avec un nombre mensuel moyen de victimes non inférieur à celui de la période de Bas Vassallo. La politique répressive de Martínez Anido atteignit son apogée avec la mise en œuvre de la dénommée et tristement célèbre loi des fuites (en esp. Ley de Fugas), qui permettait l’exécution de détenus (par une balle dans le dos) au motif d’une présumée tentative de fuite, et sous l’égide de laquelle une dizaine de dirigeants de la CNT avaient été assassinés (selon le bilan de fin )..
L’attentat meurtrier à Madrid le contre le président du conseil Eduardo Dato, jugé responsable de l’application dans Barcelone de la loi des fuites, attentat qui fut perpétré par un commando de trois anarchistes faisant feu sur Dato à partir d’un side-carSelon plusieurs auteurs, c’est devant l’impossibilité de commettre un attentat contre Martínez Anido que Dato aurait été assassiné à sa place. Cf. & ., eut pour effet d’intensifier encore la répression contre la CNT, sans infléchir la politique gouvernementale ; au contraire même, la position de Martínez Anido à Barcelone s’en trouva consolidée, car confirmée par le nouveau gouvernement Allendesalazar.
À l’été 1921, la répression gouvernementale à l’encontre de la CNT commençait à porter ses fruits, encore qu’en réalité l’action de Martínez Anido se soit ouvertement soustraite au contrôle du gouvernement.
Sur son action à Barcelone, l’historien britannique Hugh Thomas a formulé le jugement suivant :
L’action de Martínez Anido et d’Arlegui, caractérisée par la brutalité et l’usage de méthodes violentes (avec en particulier la mise en application de la loi des fuites), fit l’objet de vives discussions dans certains secteurs politiques.. Les protestations que suscita l’état d’exception prolongé à Barcelone finirent par provoquer la chute du gouvernement le . Le nouveau président du conseil, José Sánchez Guerra, misant sur un retour à des attitudes plus modérées, rétablit le , après trois ans, les garanties constitutionnelles. La remise en liberté des dirigeants de la CNT permit à la faction autour de Salvador Seguí de reprendre la direction de la CNT et de regagner le soutien des classes laborieuses barcelonaises. À l’inverse, le rétablissement des garanties rétrécit la marge de manœuvre de Martínez Anido, lequel commençait à devenir un problème pour le gouvernement. L’attentat (manqué) contre Ángel Pestaña en , la réintroduction de la loi des fuites, et le simulacre d’attentat monté par Martínez Anido contre lui-même fin octobre allaient conduire à son évincement définitif, et à son remplacement au poste de gouverneur civil de Barcelone par le général Julio Ardanaz Crespo.
Le , et tandis que Francisco Cambó manœuvrait vainement pour qu’il soit maintenu dans ses fonctions de gouverneur civil, Martínez Anido quitta donc son poste (ouvrage collectif, sous la direction de Francisco J. Romero Salvadó & Angel Smith)., après avoir été destitué par le président du conseil Sánchez Guerra, opposé à ses méthodesSánchez Guerra n’avait pas de bonne opinion de Martínez Anido, qu’il avait connu en 1921 à l’occasion d’une rencontre avec lui au Congrès des députés. Cf. . ; au même moment, le préfet de police de Barcelone, le général Arlegui, était également limogé, décision qui se heurta toutefois à quelque résistance, le roi Alfonso XIII faisant mine de refuser de signer le décret de destitution. Le travail de Martínez Anido avait pourtant été apprécié par l’organisation patronale catalane Foment del Treball Nacional (ou Fomento del Trabajo Nacional, dans sa version castillane, soit littér. Stimulation du travail national) et par les industriels catalans, à telle enseigne qu’en plus d’une cérémonie d’adieu en son honneur à l’hôtel Ritz après sa destitution, il fut même envisagé d’organiser une pétition pour sa nomination comme fils adoptif de Barcelone (ouvrage collectif, sous la direction de Francisco J. Romero Salvadó & Angel Smith)..
Commandant général de Melilla (1923)