La corruption en Irak est un phénomène économique et social important, inhérent au système ethnique et confessionnel qui régit la société et la politique irakienne. En 2025, l'Irak était à la place du classement « indice de perception de la corruption » de l'ONG Transparency International, devantses voisins Iraniens () et Syriens () mais loin derrière ses voisins Saoudiens () et Turcs ().
La guerre d'Irak (2003 à 2011), lancée alors que l'économie irakienne est déjà très affaiblie par les sanctions internationales, a aggravé les pratiques de corruption du fait du délitement des structures socioéconomiques et du renforcement des clivages confessionnels et religieux. La corruption en Irak a un impact fort sur la liberté individuelle, notamment la liberté d'expression ; en conséquence, en 2026 l'Irak est à la place du classement de la liberté de la presse de Reporters sans frontières.
Selon le chercheur Adel Bakawan, les opérations anti-corruption qui se multiplient à chaque changement de gouvernement sont condamnées à l'insuffisance, tant il est difficile d'envisager la remise en cause d'.
Historique
Le royaume d'Irak de 1932 à 1958
En 1921, les Britanniques, vainqueurs de la Campagne de Mésopotamie (théâtre irakien de la Première Guerre mondiale), établissent un protectorat sur l'Irak qu'ils transforment en monarchie constitutionnelle et installent au pouvoir la dynastie des Hachémites.. Malgré son indépendance officiellement obtenue en 1932, l'Irak reste un État satellite du Royaume-Uni qui continue d'exercer son influence via la famille royale qui lui est favorable.
Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, de violentes grèves secouent Kirkouk, dont les protestataires dénoncent les conditions de travail, ainsi que la domination britannique sur l'exploitation pétrolière. L' est marquée par la crise du canal de Suez en Égypte, une intervention militaire franco-britannique qui a pour but de reprendre le contrôle de canal de Suez nationalisé par le président égyptien Gamal Abdel Nasser. Cette crise provoque une forte hostilité des populations locales envers les anciennes puissances coloniales de la région, tandis que le succès remporté par Nasser contre cette ingérence occidentale inspire les nationalistes arabes.
La république d'Irak de 1958 à 1968
En , une crise politique éclate au Liban résultant de tensions entre le gouvernement pro-occidental et ses opposants politiques inspirés par Nasser. La Jordanie voisine du Liban se sentant menacée, sollicite un appui militaire au gouvernement irakien, qui envoie en direction d'Amman la blindée de Diwaniyya. Mais l'officier nasseriste Abdel Salam Aref qui commande cette division décide de faire demi-tour dans la nuit du , et de retour à Bagdad, attaque le palais royal, et renverse la famille régnante avec l'aide d'Abdel Karim Kassem, co-organisateur du coup d'État.
Les années suivantes, la République nouvellement proclamée fonde son régime sur le socialisme arabe et réoriente sa politique étrangère vers le bloc de l'Est.. Abd al-Karim Kassem et Abdel Salam Aref se partagent le pouvoir et les principaux ministères, mais rapidement, des tensions apparaissent dans le nouveau gouvernement irakien, entre les nationalistes favorables à l'indépendance de l'Irak, et les nasséristes favorables à son rattachement à la République arabe unie. En , Abdel Salam Aref (nassériste) est arrêté et emprisonné sur ordre du Premier ministre, son ancien frère d'armes Abd al-Karim Kassem (indépendantiste). En , Abd al-Karim Kassem est à son tour arrêté, puis exécuté à la suite d'un coup d'État du parti Baas, qui place son rival Abdel Salam Aref à la présidence, poste qu'il occupe jusqu'à sa mort accidentelle trois ans plus tard. Son frère Abdel Rahmane Aref lui succède, mais ne reste au pouvoir que pendant deux ans.
La république d'Irak de 1968 à 2003
L' est marquée un nouveau coup d'État du Parti Baas, mené par Ahmed Hassan al-Bakr, ancien Premier ministre d'Abdel Salam Aref (de février à ) et Saddam Hussein, qui se partagent à leur tour le pouvoir, le premier à la présidence, le second à la vice-présidence. Depuis lors, Saddam Hussein reste à la tête de l'Irak (dont il devient Président en 1979) pendant jusqu'à son renversement par l'invasion américaine en 2003.
En , bénéficiant d'un important appui financier et matériel arabe et occidental, Saddam Hussein attaque l'Iran pour annexer une partie de son territoire et de ses ressources pétrolières.. Durant cette guerre, le régime islamique iranien soutient les milices chiites irakiennes opposées au gouvernement, préfigurant la fragmentation de la classe politique de l'Irak en groupes indépendants, parfois armés, dans les années 2000. Bien qu'approvisionnée en grande quantité en armes et en technologies, l'armée irakienne s'enlise et la guerre Iran-Irak prend fin au bout de huit ans en , sans faire de vainqueur, mais avec un bilan humain de plusieurs centaines de milliers de victimes. Deux ans plus tard, ruinée par ses dépenses militaires et accusant le Koweït, l'un de ses principaux créanciers de lui avoir volé du pétrole par un forage horizontal, Saddam Hussein décide, à l'instar de son prédécesseur Abd al-Karim Kassem 30 ans plus tôt, d'envahir le petit Émirat.. De nouveau défaite militairement et isolée diplomatiquement, l'Irak se voit imposer par l'ONU des sanctions économiques qui détériorent gravement les conditions de vie de sa population..
Pour éviter une crise humanitaire en Irak, l'ONU vote la résolution 986, « Pétrole contre nourriture », qui autorise le régime irakien à vendre son pétrole en échange de nourriture et de médicaments. Les opérations sont opérées sur un compte séquestre ouvert par l’ONU. Saddam Hussein ne refusant toute banque américaine, c’est le bureau de New York de la BNP Paribas qui est choisi. Rapidement, le compte voit passer des opérations frauduleuses le régime irakien imposant à ses clients et fournisseurs de lui verser des surcharges – jusqu’à 30 cents par baril – sur les ventes de brut, et des rétrocommissions illégales de 10 % sur le volet humanitaire. Cette « Affaire Pétrole contre nourriture », est considérée comme la première étape vers la généralisation de la corruption en Irak. Cela s'explique entre autres par la forte détérioration du niveau de vie de la population irakienne pendant cette période, qui pousse les travailleurs, notamment les fonctionnaires, à chercher des sources de revenus complémentaires même illégaux. Tandis que les pots de vin, rares dans les années 1980 deviennent monnaie courante, le régime, il s’enrichit, 11 milliards de dollars détourné du programme Pétrole contre nourriture allant directement dans les poches de Saddam Hussein.
La république d'Irak depuis 2003 En 2003, une offensive conjointe des États-Unis et de la Grande-Bretagne en Irak provoque le renversement de Saddam Hussein (exécuté en 2006), remplacé par un gouvernement chiite favorable à l'Iran et allié stratégique des États-Unis.
Ainsi, au lendemain de la chute de Saddam Hussein, un système de partage de pouvoir ethnique et confessionnel est instauré, la mouhassassa, qui répartit les portefeuilles ministériels : douze ministères pour les chiites, six pour les sunnites, quatre pour les Kurdes, le reste étant distribué aux autres groupes religieux et ethniques. Ce système confessionnel et communautariste de répartition du pouvoir est inspiré du système libanais dans les principes sont repris dans la Constitution irakienne de 2005.
Au fil du temps, cet arrangement devient et de , selon la chercheuse Jeanine Hennis-Plasschaert. La division ethnique et confessionnelle de la société irakienne et l'absence d'un état fort et fédérateur contribue au déclenchement de deux nouvelles guerres civiles entre 2006 et 2009, puis en 2013 et 2017, la deuxième étant marquée de l'organisation extrémiste sunnite « État islamique », qui s'empare d'une grande partie du territoire irakien avant d'être repoussé.
Outre la division ethnique et confessionnelle de la population et de la classe politique irakienne, la reconstruction de l'Irak, qui voit passer de nombreux contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars, est une autre cause majeure de la généralisation de la corruption après la guerre d'Irak.
Entre 2003 et 2020, on estime à plus de 400 milliards d'euros, le montant d'investissements publiques ayant disparu dans les méandre de la corruption dans des contrats fictifs ou dans les poches de politiciens cupides. En 2008, l'Irak chute à la place du classement « indice de perception de la corruption » de l'ONG Transparency International, ne devançant que la Birmanie et la Somalie occupant l'avant-dernière et la dernière place.
Entre et , une enquête du ministère des Finances irakien révèle le vol d'environ 3 700 milliards de dinars irakiens de recettes fiscales, soit l’équivalent de 2,5 milliards de dollars, une affaire considérée comme le « casse du siècle irakien ».
Analyse de la corruption en Irak
Impact de la guerre d'Irak En , à la suite du renversement du régime de Saddam Hussein par l'armée américain en 2003, le diplomate américain Paul Bremer est nommé « directeur de la reconstruction et de l'assistance humanitaire » en Irak. Ce dernier, chargé d'administrer le pays dans l'attente de la formation d'un nouveau gouvernement, décide de dissoudre les ministères et les forces de sécurité affiliées au régime et au parti Baas. Au total, près d'un million de fonctionnaires qui travaillaient pour « l’ancien régime », dont sont obligés de quitter leurs postes sans indemnisation. Certains d'entre eux alimenteront les rangs des groupes insurgés comme l'Armée du Mahdi ou l'État islamique en Irak, qui affronteront l'armée américaine, puis le gouvernement irakien pendant les deux guerre civiles irakienne. La transition vers le pluralisme politique s’accompagne de la mise en place de la mouhassassa, un système de répartition des postes politiques et des emplois publics en fonction de quotas ethniques et confessionnels, ce qui aboutie à un État faible et ingouvernable, paralysé par les intérêts partisans et terreau d’une corruption endémique.
Pour reconstituer la fonction publique irakienne et pour reconstruire le pays Paul Bremer fait rapatrier dans le pays des milliards de dollars issus de la vente du pétrole irakien dans le cadre du programme « Pétrole contre nourriture » stockés dans la Réserve fédérale. Il s'emploie à relancer et libéraliser l'économie, selon lui trop centré autour de l’État, forgé d’une main de fer durant trente-cinq ans part un régime autoritaire à parti unique. Des appels d'offres sont lancés et l’administration américaine invite les sociétés à s’implanter en Irak, provoquant une nouvelle « ruée vers l'or » dans ce contexte de « Far West irakien », d'entrepreneurs cherchant à profiter de cette manne financière. Ces sociétés privées dite « contractors » répondent à des milliers d'appels d'offre de reconstruction, et facturent pour des montants anormalement élevés, souvent gonflés au motif de risques sécuritaires, des prestations dont l'exécution n'est que très rarement contrôlée. Ces travaux de reconstruction concernent notamment les infrastructures énergétiques comme les exploitations pétrolières et les barrages,et de transport comme les ponts et les routes. L'argent est également utilisé l'armée américaine pour obtenir des informations des populations locales, et nouer des alliances avec des chefs ethniques ou religieux. À mesure que l’insécurité s'étend en Irak, le budget alloué par le Congrès des États-Unis à la reconstruction et à l’aide humanitaire augmente, mais la destination de cet argent étant très peu contrôlée, une vaste « économie de corruption » se met en place.
La corruption inhérente au système ethnique et confessionnel