Le Gallia est un paquebot transatlantique français de la Compagnie de Navigation Sud-Atlantique lancé en 1913. C'était un des plus grands navires construits avant la Première Guerre mondiale, mesurant , jaugeant et ayant une vitesse de 18 nœuds. Transformé en transport de troupes pendant la Première Guerre mondiale, il fut torpillé et coulé en 1916 en Méditerranée par un sous-marin allemand, faisant environ victimesDaniel Hillion, Paquebots, éd. Ouest-France, 1992, .dont près de mille français marins et soldats.

Histoire

Construction et croisières thumb|left|Salon de musique du Gallia en 1913. Faisant partie d'un trio de navires transatlantiques, les premiers commandés neufs par la toute jeune Compagnie de Navigation Sud-Atlantique, sa construction a débuté en 1912 pour la Sud-Atlantique au chantier naval de la Seyne-sur-Mer. Il est lancé le . Les décorations du Salon de musique sont de Georges CapgrasRené Édouard-Joseph, Dictionnaire biographique des artistes contemporains, tome 1, A-E, Art & Édition, 1930, .

Le navire a six ponts et a une capacité de 300 passagers de première classe, 106 de deuxième et 80 de troisième. L'entrepont accueillait 600 émigrants. Comme son sister-ship le qui assurait la même ligne, il se caractérise par ses trois cheminées jaunes sur lesquelles est peint un coq rouge (coq qui est par la suite retiré à la suite des railleries de marins et du surnom donné à la ligne de « Cocorico Line »). Son troisième sister-ship, le Massilia n'entrera en service qu'en 1920 à cause de la guerre.

Il est destiné à desservir l'Amérique du Sud. Il assure le trajet Bordeaux—Rio de Janeiro en 10 jours et Bordeaux—Buenos Aires en 13 jours. vignette|gauche|Le Gallia à Pauillac en janvier 1914. 8 mois plus tard, le , il quitte Bordeaux pour son voyage inaugural vers le Río de la Plata (Argentine).

Transport de troupe et torpillage

En 1915, comme beaucoup d'autres bâtiments, il est réquisitionné pour assurer le transport de troupes. Il est transformé en croiseur auxiliaire, et navigue pour l'armée d'Orient en Méditerranée.

Le , le convoyeur le Guichen n'ayant pu l'attendre à la suite d'un incident, il part seul de Toulon vers Salonique (Grèce), avec à son bord environ 2050 personnes (Près de 1500 soldats français des 235ème régiment d'infanterie, 55, 59, 113e régiments d'infanterie territoriale, 15ème escadron du train des équipages militaires, permissionnaires au retour Étude sur le torpillage du Gallia et liste provisoire des disparus sur le site chtimiste.com, environ 400 soldats serbes et 50 marins) et 180 mulets.

Le , un message parvient au Gallia, le prévenant de la présence d'un sous-marin ennemi venant des Baléares et se dirigeant vers la mer Adriatique. Le lieutenant de vaisseau Kerboul, commandant du navire, fait aussitôt modifier la route pour éviter la rencontre. Le Gallia se trouve entre les côtes de Sardaigne et la Tunisie, lorsqu'une torpille vient le toucher par le travers de la cale avant, chargée de munitions. L'explosion est considérable et le navire coule en moins de quinze minutes. La torpille avait été lancée par le sous-marin allemand U-35, commandé par le Kapitän-Leutnant Lothar von Arnauld de La Perière.

Le vers midi le Châteaurenault aperçoit des rescapés ; il réussit à recueillir près de 600 personnes pour les transporter à Bizerte (Tunisie). Le Châteaurenault transportait des Russes et des Serbes.

Quelques chaloupes conduites par l'enseigne de vaisseau Le Courtois du Manoir, officier en second du Gallia ont pu regagner la côte italienne sur l'île d'Antiocco le , Emmenés sur la "Normandie", ces rescapés ont aussi rejoint Bizerte, le .

Parti de Villers-Cotterets le dimanche , notre détachement arriva à Toulon le mardi 3. Il embarqua aussitôt sur le Gallia qui, à 6 heures du soir, levait l'ancre avec plus de 2000 hommes de troupe...

La journée du 4 s'annonce belle... Vers 3 heures de l'après-midi, le bruit court que le navire a dû modifier sa route, qu'un sous-marin allemand a été signalé par le Guichen qui navigue de conserve avec nous...

L'inquiétude disparaît. Nous mangeons la soupe quand, vers 5h30, une brusque détonation ébranle le navire. La torpille a touché l'arrière, trouant la coque vers les cuisines et faisant exploser les munitions du bord. L'équipage cherche à calmer les esprits, mais le danger presse, tout le monde se précipite sur le pont, chacun gonfle en hâte sa ceinture de sauvetage. Aucun bruit, tout bas les soldats se disent adieu. Quelques-uns atterrés, restent assis dans un coin sans bouger, d'autres se débarrassent de leurs habits pour sauter à la mer; certains, par contre, éperdus, s'élancent avec leur sac et leur fusil. Les matelots coupent les cordages qui suspendent au-dessus de la mer les barques et les radeaux. On se précipite pour y prendre place, mais les échelles manquent ou se rompent. Il faut sauter. Par vingt ou trente à la fois, les soldats s'élancent sur les barques qui, brusquement surchargées, chavirent. Tout autour du Gallia des hommes se noient ou se débattent en appelant au secours.

La sirène, actionnée par le commandant du bord, hurle sans arrêt, couvrant les appels, les cris des naufragés.

Les hommes continuent à sauter, de 20 ou 30 mètres de hauteur, sur les radeaux qui n'ont pu s'éloigner. Ils écrasent les occupants ou se tuent dans leur chute.

Notre barque est pleine à sombrer. Il faut nous éloigner au plus vite car, de plus ne plus, le navire s'enfonce et il va nous engloutir dans son remous. D'un effort surhumain nous arrivons à nous écarter. L'arrière du Gallia s'enfonce, les mâts tombent, des craquements sinistres se font entendre. Un immense tourbillon, une vague énorme qui nous recouvre et puis plus rien que de l'écume blanche, des épaves, des noyés, le grand silence. Nous sommes seuls. Quelques mulets sont remontés à la surface de l'eau. Ils nagent à côté de notre barque. Ils tentent de grimper et risquent de nous faire chavirer. Avec les débris que nous ramassons dans la mer, nous les assommons. Nous apercevons des radeaux, d'autres barques, puis la nuit arrive. Au jour, le matin du 5, nous voyons tout le tragique de notre situation. Ballottés au gré des flots, nous espérons en un secours qui ne vient pas. Vers une heure de l'après midi, un croiseur paraît à l'horizon. Il ne voit pas nos signaux, il disparaît, et, à l'espoir d'un instant succède le découragement le plus profond.

La nuit du 5 au 6 se passe dans l'attente. Le 7 au matin, nous souffrons de la soif et la fatigue engourdit nos membres quand, vers 8 heurs, on signale des rochers. Nous reprenons courage. Nous essayons de nous diriger vers la terre. À 8 heures du soir, enfin, un chalutier vient à notre rencontre et nous abordons sur la côte italienne.

Les Italiens nous reçoivent à bras ouverts. Il crient: « Vive la France ! ». Ils nous font manger et boire, ils nous habillent. La journée du 8 est pour nous un enchantement.

Mais, à 8 heures du soir, il faut nous rembarquer pour Bizerte. Là, le 10, nous retrouvons des camarades. Beaucoup manquent à l'appel : les télégrammes arrivent de France, réclamant des nouvelles. À la joie de ceux qui sont sauvés se mêle la tristesse des familles qui déjà pleurent les disparus.

Le , le Gallia a embarqué à Toulon environ passagers à destination de Salonique. Il y avait soldats français, 350 Serbes et à peu près 50 marins.

Il faisait complètement nuit quand nous sommes sortis des passes et nous avons aussitôt pris l'allure de nuit à 75 tours, soit 15 nœuds, en suivant les routes prescrites. Je me suis assuré alors que tous les passagers avaient reçu une ceinture de sauvetage. Le lendemain matin à 4 heures, j'ai pris le quart jusqu'à 8 heures. Au jour vers , j'ai mis les machines à 85 tours, soit 17 nœuds et j'ai commencé à faire des embardées de 50° tous les d'heure autour de la route moyenne le 5.8 E., ce qui donnait une vitesse de 15 nœuds sur le fond. Je n'ai rien vu pendant ce quart. À 8 heures, le Commandant m'a dit : « Pour le passage de San Pietro, vous ferez doubler les quarts, c'est un passage dangereux. » Je suis descendu de la passerelle et j'ai été parler au Capitaine (Hyacinthe de Couessin) qui était le plus ancien officier de l'armée présent à bord et je lui ai indiqué les endroits où il devait faire réunir les troupes en cas d'évacuation du bâtiment. Puis je l'ai prié de donner l'ordre à ses hommes de s'y rendre à titre d'exercice. Quand il me fut rendu compte que les hommes étaient réunis, je suis passé partout moi-même, faisant à chaque groupe les recommandations qui me paraissaient les plus indispensables. J'ai constaté que la plupart des hommes n'avaient pas leur ceinture de sauvetage sur eux. J'ai alors donné l'ordre formel d'avoir sur eux leur ceinture jour et nuit et attachée comme elle doit l'être. Rien de particulier ne s'est passé jusqu'à , heure de l'appel du Guichen signalant un sous-marin sur notre route à 15 milles en avant de nous. J'étais à ce moment sur la passerelle et nous étions dans le Sud de San Pietro, dont nous étions passés à dans l'Ouest vers . Le Commandant m'a dit alors : « C'est un sous-marin qui vient de l'ouest et qui rentre ; nous allons venir à l'ouest. » Puis, à la réflexion, le Commandant a pensé que ce sous-marin devait voir nos cheminées au-dessus de l'horizon, le temps était remarquablement clair, et qu'ainsi il nous voyait venir à droite. Il m'a dit alors : « Assurez-vous que nos hommes veillent bien. Il y aura un passage dangereux entre et . Vous monterez sur la passerelle. » Je suis alors descendu de la passerelle et j'ai fait des rondes recommandant aux hommes de veille de faire la plus grande attention. Je me suis assuré plusieurs fois que mes ordres étaient exécutés.