L'Axe de la résistance (, romanisé : mehvar–e moqâvemat ; , romanisé : miḥwar al-muqāwamah) est une alliance militaire informelle entre l'Iran, la Syrie sous Bachar el-Assad, et divers mouvements armés en Palestine (Jihad islamique palestinien, Hamas, FPLP-CG), au Liban (Hezbollah, PSNS), en Irak (Hachd al-Chaabi), en Afghanistan (Division des Fatimides) et au Yémen (Houthis). La majorité de ces organisations sont chiites ou non-confessionnelles, mais certaines d'entre-elles sont sunnites ou chrétiennes.

L'Axe de la résistance se décrit comme une alliance anti-impérialiste visant à résister aux États-Unis et à Israël au Moyen-Orient. Elle s'est également opposée aux États arabes du Golfe, alliés des États-Unis, jusqu'à la normalisation des relations entre l'Arabie saoudite et l'Iran en 2023 et les négociations de paix entre les Houthis et les Saoudiens pour mettre un terme à la guerre au Yémen, ainsi qu'à l'organisation État islamique.

Dès la révolution islamique de 1979, l'Iran a commencé à soutenir des mouvements révolutionnaires chiites au Moyen-Orient, tout particulièrement le Hezbollah après l'invasion israélienne du Liban en 1982 et des milices irakiennes opposées au régime de Saddam Hussein durant la guerre Iran-Irak.

L'Axe de la résistance ne commence réellement à se structurer qu'après l'invasion de l'Irak par les États-Unis en 2003 et les menaces américaines de guerre contre l'Iran, présenté comme un maillon de « l'Axe du Mal ». Pour Téhéran, l'Axe de la résistance constitue une alliance dissuasive visant à éviter une attaque américaine ou israélienne contre le pays.

La puissance de l'Axe de la résistance réside dans le fait qu'il s'agit d'une alliance informelle, que les groupes paramilitaires non-gouvernementaux soient autonomes, souvent démultipliés (une cinquantaine de groupes existent seulement en Irak), assez entraînés au combat fantassin (parfois plus puissants que les armées nationales de leurs pays respectifs). Enfin, bien que soutenus par l'Iran, ces groupes armés sont largement autosuffisants.

Histoire Le terme est introduit en 2002 en réponse à l'affirmation du président américain, George W. Bush, selon laquelle l'Iran, l'Irak et la Corée du Nord formaient un « Axe du Mal ». Le journal libyen Al-Zahf Al-Akhdar publie alors un article intitulé , où il affirme que . Le journal iranien Jomhuri-ye Eslami adopte le terme en référence à l'insurrection chiite en Irak, écrivant en 2004 que .

En 2006, le ministre palestinien de l'Intérieur, Saïd Seyam, utilise l'expression lors d'une interview sur la chaîne de télévision Al-Alam pour désigner des objectifs politiques communs parmi les Arabes, par opposition à ceux d'Israël et des États-Unis. Soulignant le grand nombre de réfugiés palestiniens en Syrie, Saïd Seyam avance que .

En 2012, pour Ali Akbar Velayati, conseiller principal pour les affaires étrangères du chef suprême de l'Iran :

Le terme « axe de résistance » a été utilisé dès . En , lors d'une rencontre entre le président syrien, Bachar el-Assad, et le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, Saïd Jalili, concernant la guerre civile syrienne, ce dernier déclare :

Avec l'intensification de la participation du Hezbollah à la guerre civile syrienne après 2013, la coalition devient explicitement khomeiniste et baasiste, le régime d'Assad devenant redevable de l'Iran pour sa survie. Aliénés par des politiques sectaristes, les islamistes sunnites tels que les Frères musulmans et le Hamas commencent à s'opposer publiquement à l'Iran et au Hezbollah et s'alignent plus étroitement sur la Turquie et le Qatar, pays qui sont engagés dans une compétition géopolitique avec l'IranWieland, Carsten (2016). "10: Syrian-Lebanese relations". In Felsch, Wahlisch, Maximilian, Martin (ed.). Lebanon and the Arab Uprisings: In the eye of the Hurricane. 711 Third Avenue, New York, NY 10017: Routledge. . ...

La Russie et la Chine ont également été considérées par l'Iran comme faisant partie de l'alliance, en raison de leur position politique anti-occidentale et de leurs relations essentiellement positives avec l'Iran et la Syrie..

Les conflits qui engloutissent le Moyen-Orient en 2023-2024, à commencer par l'attaque du Hamas contre Israël d'octobre 2023, ont gravement affaibli l'Axe de la Résistance et la stratégie qui le sous-tend. Le réseau a subi des coups majeurs, notamment l'effondrement du Hamas en tant que force efficace. De plus, la chute du régime Assad a encore perturbé le réseau en rompant le croissant chiite. Toutefois, les Houthis et les milices irakiennes restent intacts en et les Houthis ont acquis une popularité mondiale, y compris parmi des opposants traditionnel de l'Iran dans le monde musulman.

Analyse Selon Marisa Sullivan, le programme de l'Axe repose sur trois piliers principaux ; objectif régional partagé de préserver le régime d'Assad, de maintenir l'accès aux approvisionnements en armes et en argent de l'Iran et d'empêcher un gouvernement à majorité sunnite d'arriver au pouvoir en SyrieSullivan, Marisa (April 2014), Hezbollah in Syria (PDF), Institute for the Study of War, "Hezbollah’s support for Assad seeks to achieve three broad objectives. First, Hezbollah seeks to preserve the Axis of Resistance by shoring up the military capabilities of the Assad regime. Second, Hezbollah also seeks to retain access to Iranian and Syrian material support by securing the lines of communication that run from Damascus to Lebanon from any rebel interference....Third, the group also seeks to prevent the emergence of a Sunni-dominated regime in Syria"https://www.maannews.net/news/2046837.html. Jusqu'en 2024, la minorité dirigeante de la Syrie était principalement composée d'alaouites, qui sont une branche de l'islam chiite, religion majoritaire de l'Iranhttps://www.jstor.org/stable/4283331. Ce parcours commun en fait des alliés stratégiques sur divers sujets, dont celui de la Défense. Le Front populaire de libération de la Palestine, bien que marxiste-léniniste, est généralement considéré comme faisant partie de l'Axe de la Résistance et reçoit le soutien de l'Iran.. Le mouvement islamiste sunnite palestinien Hamas est parfois aussi considéré comme faisant partie de l'axe en raison de son opposition à Israël et aux États-Unis. Cependant, en , le groupe retire son quartier général de Damas et apporte son soutien à l'opposition syrienne anti-Assad..

Membres, objectifs, courants idéologiques et alliés L'axe a été décrit comme modifiant « l'équilibre stratégique au Moyen-Orient », une partie aidant le gouvernement syrien de Bachar el-Assad à rester au pouvoir et en soutenant ses forces contre les rebelles syriens tandis que d'autres sympathisaient avec la rébellion syrienne. Les élites du parti Baas syrien anciennement au pouvoir étaient principalement composées d'alaouites, qui sont une branche du chiisme duodécimain, branche majoritaire en Iran sous la forme jafarite. Ce contexte commun en a fait des alliés stratégiques sur diverses questions, dont la Défense, contre Saddam Hussein à la base, puis contre les régimes arabes pro-saoudiens et pro-américain puis les salafistes djihadistes d'Al-Qaïda et de Daech.

Bien que l'Axe de la Résistance soit composé principalement de factions islamistes chiites et auparavant de baasistes laïcs affiliés à Damas (toutefois très critiqué en internes), le Front populaire de libération de la Palestine, une formation marxiste-léniniste laïque, est généralement considéré comme faisant partie de l'Axe de la Résistance et reçoit le soutien de l'Iran.

L'alliance irano-syrienne formée en 1979, à l'origine contre Saddam Hussein, est d'une grande importance pour l'émergence et la continuité de l'axe de résistance. Les deux pays se trouvent dans des endroits clés du Moyen-Orient et ont influencé la politique régionale au cours des trois dernières décennies. En outre, l'alliance était considérée comme durable, puisqu'elle a duré 34 ans "en dépit des nombreux défis auxquels elle a été confrontée et des tensions périodiques dans les relations" jusqu'à la chute du régime syrien et le dévoilement des tensions internes.

Dissensions internes Hostilité et critique envers le régime syrien Historiquement, la Syrie a contribué indirectement à l'Axe de la Résistance en tant que facilitateur, avec une intensité variable – par exemple, son rôle important en 2006 contraste avec son rôle réduit en 2023-2024. De plus, avec la campagne de bombardements israéliens et les explosions de bipeurs orchestrées contre le Hezbollah à l'automne 2024, ainsi que les bombardements massifs menés en Syrie contre les infrastructures militaires syro-iraniennes, notamment les voies de transport, l'utilité de la Syrie comme « pivot » ou « pont » vers l'Axe a été considérablement réduite.

L'utilité du régime pour la résistance a diminué de plus en plus au fil du temps. Divers rapports et signaux indiquent que ses propres partenaires, l'Iran et le Hezbollah, sont de plus en plus frustrés par Bachar el-Assad, qu'ils considèrent de plus en plus comme un fardeau et un poids mort.

Le régime syrien de Bachar el-Assad a été une source de tension interne. La plupart des factions chiites, surtout irakiennes, sont fondamentalement anti-baasistes car elles sont avant tout issues de l'opposition au parti Baas irakien et subissaient la répression féroce de Saddam Hussein. Ces groupes ne faisaient aucune différence entre le baasisme saddamiste et assadiste.

La majorité des groupes palestiniens sont restés neutres durant la guerre civile syrienne. Toutefois, le Hamas a soutenu l'opposition syrienne en 2012.

En 2017, Moqtada al-Sadr, allié de l'Iran tout en étant opposé à son hégémonie en Irak, a appelé au départ de Bachar el-Assad après l'utilisation d'armes chimiques : .

Après la chute du régime Assad en 2024, plusieurs groupes de l'Axe ont dévoilé le double jeu du régime baasiste. Les Houthis ont dévoilé que le régime syrien, alors en voie de normalisation avec les pays de la région, a expulsé leurs représentations diplomatiques en faveur de l'Arabie saoudite. Le Hezbollah et les Houthis ont essayé d'ouvrir un front pour attaquer le plateau du Golan, occupé par Israël depuis 1967, ce qui aurait été refusé par Assad. Le Hamas a salué les rebelles syriens après la chute de Bachar el-Assad..

Une chaîne d'information associée au mouvement chiite irakien Asaib Ahl al-Haq a publié un reportage dans lequel Assad était présenté aux côtés d'autres membres du « parti criminel Baas », dont l'ancien dirigeant irakien Saddam Hussein et Michel Aflak..

Première guerre civile libyenne Un autre point de discorde entre le régime syrien et les factions chiites soutenues par l'Iran est la question de la première guerre civile libyenne.

Le Hezbollah et son secrétaire général Hassan Nasrallah ainsi que son allié libanais du Mouvement Amal ont ouvertement soutenus les rebelles libyens, et le monde chiite en général qui n'a pas oublié la disparition du leader chiite libanais Moussa Sader en 1978 alors qu'il rendait visite à Khadafi. Position qui contraste fortement avec celle du régime d'Assad qui soutenait Mouammar Kadhafi en sous-main..

Le président iranien de l'époque, Mahmoud Ahmadinejad, a condamné les actions du gouvernement libyen contre la rébellion et a exprimé son soutien aux rebelles..

Hostilité envers la Russie Certains groupes de l'Axe de la résistance sont aussi hostile envers la Russie, mais pas autant qu'envers les États-Unis qui restent la principale puissance hégémonique extérieure à la région.

En , la Russie a arrêté un dissident azerbaïdjanais chiite appelé Faleq Valiyev, exilé en Russie et membre du Mouvement de résistance islamique d'Azerbaïdjan opposé au régime d'Ilham Aliyev, avant de le remettre aux autorités azerbaïdjanaise.