L'opération Cockade (Cocarde en français) était une série d'opérations de diversion pour atténuer et distraire la pression allemande qui pesait sur les opérations alliées en Sicile et sur les opérations Soviétiques sur le front de l'Est en feignant diverses attaques en Europe occidentale pendant la Seconde Guerre mondiale. Les Alliés espéraient utiliser Cockade pour forcer la Luftwaffe à s'engager dans une bataille aérienne massive contre la Royal Air Force et l'US Eighth Air Force afin de donner aux Alliés la supériorité aérienne à l'Ouest. Conçue par la London Controlling Section, Cockade impliquait trois opérations de diversion : Starkey au Pas-de-Calais, Wadham en Bretagne et Tindall en Norvège. L'opération Starkey devait avoir lieu début , l'opération Tindall à la mi-septembre et l'opération Wadham à la fin .

Le plan Cockade n’a pas atteint son objectif de fixer les troupes allemandes. Les Allemands n’ont pas cru aux menaces. Entre avril et , sur les du commandement de l’Ouest, l’OKW en a même prélevé 27 (c’est-à-dire les trois-quarts) d’Europe du nord-ouest pour les envoyer en Russie, en Sicile, en Italie et dans les Balkans : blindées, motorisées, d’infanterie. Mais le plan a permis de mettre au point les techniques de diversion qui furent utilisées l’année suivante (1944) pour l'opération Fortitude, le plan de désinformation qui accompagna l’opération Overlord en Normandie.

Origine En , le général Frederick E. Morgan fut nommé chef d'état-major du Commandement suprême allié (COSSAC) et chargé de la planification opérationnelle en Europe du Nord-Ouest. Il reçut ses ordres opérationnels du haut commandement allié en avril, ordres qui faisaient référence à "un camouflage et une tromperie élaborés" dans le double objectif de maintenir les forces allemandes à l'ouest et d'entraîner la Luftwaffe dans une bataille aérienne. La stratégie de tromperie incombait à la London Controlling Section (LCS), un département de Whitehall créé en 1941 et alors dirigé par le colonel John Bevan. Le colonel Bevan convainquit Morgan d'établir une section spécialisée dans la tromperie au sein de son personnel, mais cette hiérarchie n'a pas été en mesure de s'adapter et il fut créé un département, l'Ops (B), au sein de la division des opérations "G-3".

Une opération de tromperie (déception) nécessitait au moins une invasion amphibie fictive de la côte française. La véritable invasion trans-Manche avait déjà été reportée à 1944 et la principale poussée alliée cette année-là était vers l'Europe du Sud. La tâche du général Morgan était d'aider à maintenir l'ennemi à l'ouest.

La tromperie militaire alliée tournait alors autour de la construction d'une histoire à vendre à l'ennemi. Pour 1943 l'Ops (B) et le LCS, sous la direction du général Morgan, ont créé trois plans (Tindall, Starkey et Wadham) qui ont reçu le nom de code global de Cockade. Les plans ont été soumis à l'approbation des chefs d'état-major le et approuvés vingt jours plus tard.

Cockade a commencé avec Tindall, une menace contre la Norvège des unités alliées basées en Ecosse. Cette invasion serait alors annulée pour permettre une double attaque amphibie sur la France (Starkey et Wadham) à partir de début septembre. L'assaut français serait également annulé et Tindall repoussé jusqu'à l'hiverSecretary, Chiefs of Staff Committee, Offices of the War Cabinet, Operation Cockade (Maxwell AFB, Ala.: AFHRA, USAF Collection, call no. 505.61-15, IRIS no. 00286425, 3 June 1943).. Les tromperies seraient réalisées via des agents doubles, des signaux, des leurres, de fausses concentrations de troupes, des raids commandos, des missions de reconnaissance et de bombardement accrues dans les régions de Boulogne-sur-Mer, Brest et la NorvègeCharles Cruickshank, Deception in World War II, 75.

Opération Starkey

droite|vignette| 54e LAA Bofors lors de l'exercice Harlequin, 11 septembre 1943 L'opération Starkey était une fausse invasion amphibie britannique et canadienne dans la région de Boulogne-sur-Mer. Pour les États-Unis, le plan initial impliquait 2 300 sorties de bombardiers lourds, 3 700 chasseurs et 400 bombardiers moyens contre des cibles près de Boulogne. Le but était de convaincre les Allemands que les préparatifs d'invasion britanniques et canadiens étaient authentiquesG-5 Section, ETOUSA, U.S. Commitments to Operation Cockade.. Les Britanniques de leur côté aussi devaient pratiquer 3 000 autres sorties de bombardiers lourds dans la même régionSecretary, Chiefs of Staff Committee, Offices of the War Cabinet, Operation Cockade.. L'opération devait culminer avec une grande feinte impliquant une force amphibie de 30 navires opérant au large des côtes de Boulogne, dans l'espoir d'attirer la Luftwaffe. La partie militaire de l'exercice fut nommée Exercice ou Opération Harlequin.

L'opération Starkey rencontre des difficultés dès le départ. Le général de division Ira C. Eaker, le commandant de la Huitième Air Force impliqué dans l'opération, critique le fait qu'elle forcerait les Américains à abandonner leur offensive de bombardement stratégique sur l'Allemagne. Dans une lettre au quartier général suprême, l'Allied Expeditionary Force (SHAEF), Eaker déclare que cette opération a mobilisé 2 300 sorties de bombardiers lourds sur 14 jours "alors que le commandement n'avait effectué que 5 356 sorties de combat au cours des 8 derniers mois"Ira C. Eaker to Lt Gen Jacob L. Devers, letter, subject: Operation Cockade, 7 June 1943, Maxwell AFB, Ala.: AFHRA, USAF Collection, call no. 505.61-15, IRIS no. 00286425.. Bien qu'il parvienne à convaincre le SHAEF de réduire l'engagement américain à trois cents sorties de bombardiers lourds (au lieu des 2300), il promet de fournir autant de sorties de bombardiers que possible à partir de nouvelles unités de bombardiers en formation. En fin de compte, la Huitième Air Force aura effectué malgré tout un total de 1 841 sorties de bombardiers.

D'autres problèmes surviennent. Le quartier général de la 8ème armée aérienne US (VIII Air Support Command), note que les planificateurs de l'opération Starkey ont du mal à s'entendre sur les règles d'engagement pour les cibles en France occupée. En effet, les Britanniques et les Américains ont, sans le savoir, dupliqué leurs efforts à plusieurs reprises en effectuant les mêmes missions à quelques jours d'intervalleHeadquarters, VIII Air Support Command, Starkey Summary (Maxwell AFB, Ala.: AFHRA, USAF Collection, call no. 532.5401B, IRIS no. 00232197, 30 September 1943).. La Royal Navy n'a pas non plus pleinement approuvé le plan de tromperie puisque les planificateurs de l'opération Starkey ont voulu que deux cuirassés pour la force amphibie agissent comme appât pour la Luftwaffe, mais la Marine n'était pas disposée à risquer ses navires de cette manièreHistorical Subsection, Office of Secretary, General Staff, Supreme Headquarters, Allied Expeditionary Force (SHAEF), The History of COSSAC (Maxwell AFB, Ala.: AFHRA, USAF Collection, call no. 506.01A, IRIS no. 00206749, 1945), 19.. En raison de ces difficultés, il fallut apporter plusieurs modifications au plan initial.

Malgré ces problèmes, l'opération a servi de leçon pratique utile sur la complexité et l'ampleur de la chaîne d'approvisionnement logistique qui sont nécessaires pour maintenir un soutien flexible à une force d'invasion. Elle contribua également à la perception allemande que le Pas-de-Calais était le principal lieu possible pour une invasion.

Opération Wadham Les planificateurs de l'opération Wadham voulaient que les Allemands croient que les Américains allaient envahir la région de Brest, port maritime de la péninsule bretonne à l'automne 1943. Le canular, la désinformation, impliquaient des forces "réelles" minimes, avec un groupe amphibie fictif venant directement des États-Unis et une autre force venant de Grande-Bretagne avec dix divisions en toutJonathan Terrell. pour mener une invasion à BrestArmy Operations Branch, Operation Wadham (Maxwell AFB, Ala.: AF-HRA, USAF Collection, call no. 502.451, IRIS no. 00205091, 15 June 1943).. Le plan d'intoxication prévoyait que les Américains envahiraient Brest après l'invasion réussie de Boulogne-sur-Mer. Cependant, l'engagement aérien pour l'opération Wadham était considérablement inférieur à celui de l'opération Starkey. Eaker critiqua aussi l'opération Wadham en disant que l'offensive combinée de bombardiers détruirait plus efficacement la Luftwaffe que les ressources de bombardiers détournées ne pourraient fournir à l'appui de Wadham. Outre les avions, les Américains n'ont dû fournir que 75 péniches de débarquement factices pour aider à l'effort de déception-intoxication.

La principale faiblesse de Wadham était que les forces terrestres américaines allaient débarquer hors de la portée de l'appui aérien tactique allié. Avant l'opération, la Branche des opérations de l'armée a qualifié l'opération Wadham de «plan très faible» mais a déclaré qu'il était «essentiel dans le cadre de Cockade de renforcer Starkey»Army Operations Branch, Operation Wadham..

L'ordre de bataille théorique pour l'opération Wadham comprenait :

Task Force "A" : Quartier général du V Corps, la 5e division d'infanterie, la 29e division d'infanterie, la 46e division d'infanterie, la 3e division blindée et la 101e division aéroportée. Task Force "B": quartier général du VIIe corps, la 2e division d'infanterie, la 4e division d'infanterie, la 8e division d'infanterie, la 31e division d'infanterie, la 4e division blindée et la 76e brigade d'artillerie.

Opération Tindall L'opération Tindall était une opération de désinformation-tromperie adoptée le selon laquelle les Britanniques et les Américains allaient attaquer la Norvège pour entre septembre et . L'objectif hypothétique était de capturer Stavanger et son aérodrome, qui étaient essentiels pour le succès de cette fausse opération. En effet, une fois de plus, les Alliés prévoyaient une opération d'intoxication-déception au-delà de la portée de l'appui aérien tactique et ils avaient donc besoin d'augmenter la plausibilité du planChiefs of Staff Committee, Offices of the War Cabinet, Operation Tindall (Maxwell AFB, Ala.: AFHRA, USAF Collection, call no. 505.61-45, IRIS no. 00206455, 1943).. Les cinq divisions qui devaient être utilisées dans la fausse invasion étaient de véritables divisions installées en Écosse, où les Alliés disposaient d'avions et de navires adéquats pour rendre le plan plausible. La seule lacune dans cette opération était leur manque de planeurs militairesHistorical Subsection, Office of Secretary, General Staff, SHAEF, The History of COSSAC, 19.. Les Alliés espéraient que Tindall inciterait les Allemands à conserver sur place les 12 divisions qui avaient été assignées à la Norvège. Ces actions comprenaient : reconnaissance aérienne sur Stavanger, en juillet et août. opération de leurre en Écosse du 15 au : faux avions, pistes, batteries de défense, etc. à Peterhead, Fraserburgh, Fordoun, Inverness, Perth. fausses communications radio faisant état de l’arrivée de troupes en Écosse et du renforcement des moyens aériens. fausse activité de troupes : tentes, empreintes de camions, exercices d’embarquement, etc. sabotages en Norvège et au Danemark par des groupes de résistance.

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