L'Affiche rouge est une chanson française reprenant le poème Strophes pour se souvenir écrit en 1955 par Louis Aragonwww.poésie-française Louis Aragon / L'affiche rouge., mis en musique en 1961 par Léo FerréLéo Ferré. Amour, anarchie, par Dominique Mira-Milos, en 1989 . et chantée par lui, puis Monique Morelli, Catherine Sauvage, Isabelle Aubret, Leny Escudero, Manu Lann Huel, Marc Ogeret, Francesca Solleville, Monique Morelli, Didier Barbelivien, Bernard Lavilliers, Mama Béa (sur l'album Du côté de chez Léo), Catherine Ribeiro, Jacques Bertin, « HK et Les Déserteurs », Feu! Chatterton en concert. en a donné une version catalane, El cartell vermell.

Elle rend hommage aux « vingt-et-trois » immigrés (« étrangers, nos frères pourtant ») résistants FTP-MOI (Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée) fusillés au Mont-Valérien le durant l'Occupation, quelques mois avant la Libération de Paris.

Elle est interprétée par Feu! Chatterton le lors de la cérémonie d'entrée au Panthéon de Mélinée et Missak Manouchian, lequel faisait partie des « vingt-et-trois ».

Le texte publié en 1955 et édité en 1956, sous l'impulsion de Claude Lévy

Léo Ferré a fait le choix au début de 1961 de reprendre intégralement le poème publié en 1955 dans L'Humanité et édité en 1956 par Louis Aragon, dont la genèse remonte elle-même au début des années 1950. En paraît le livre Pages de gloire des 23, rappelant l'action des combattants des FTP-MOI de la région parisienne fusillés le « Retour sur l’Affiche rouge – Aimer la vie à en mourir », par Jean Pierre Debourdeau, 19 février 2004 , dont le tiers était polonais. Quelques jours après, le Table des débats. 1949-1959., , Hôtel de ville de Paris. le conseil municipal de Paris débat d'une proposition pour qu'une rue de Paris reçoive leur nom. Mais sans succès.

Louis Aragon, qui rédigera le texte en 1955, est en 1951 très absorbé par l'écriture du tome de sa grande fresque historique sur la seconde guerre mondiale, démarrée en 1949. qu'il récrira en 1966-1967, "Les Communistes", s'apparentant à celles d'Émile Zola avec Les Rougon-Macquart et de Victor Hugo avec La Légende des siècles. Jean Rogissart, militant du Syndicat national des instituteurs, guide ainsi son voyage dans les Ardennes, du 24 au , complétant ceux de 1946, 1947 et 1950 dans le Nord, visant à donner épaisseur et crédibilité historique à cette sagaBiographie Le Maitron de Jean Rogissart . Aux Archives départementales des Ardennes, Aragon trouve par exemple un récit d'officier lui permettant de corriger son manuscrit quant à l'obligation de laisser la porte ouverte des fortins en 1940 pour que les gaz s'échappent"Le rôle de la documentation dans Les Communistes de Louis Aragon", par Lucien Wasselin, le 20 février 2022 . Il réunit alors dans son moulin de Saint-Arnoult-en-Yvelines "une si vaste documentation qu'Elsa Triolet s’en épouvanta" et qu'il ne parviendra à recouper qu'en 1983–1986 avec les mémoires Léon DelfosseEntre-temps, Aragon a tiré du témoignage de Delfosse, rencontré en 1946, 1949 et 1950 des faits attribués à d’autres personnages et des points de vue narratifs anonymes ou collectifs .

Deux ans après, l'ex-résistant de de Francs-tireurs et partisans - Main-d'œuvre immigrée (FTP-MOI) de Toulouse, Claude Lévy, devenu un collaborateur du célèbre biologiste Frédéric Joliot-Curie, rédige avec son frère aîné, l'éditeur d'art Raymond Lévy , dix nouvelles reprenant des épisodes authentiques de la RésistanceR. & Levy , Une histoire vraie : nouvelles., Les Éditeurs français réunis, Paris, 1953.. La première raconte l'histoire des FTP-MOI de Paris. Communistes, les deux frères rejettent les offres de différents éditeurs et tentent de convaincre Louis Aragon, directeur des Éditeurs français réunis, car ce dernier avait en préfacé la réédition d'un livre de lettres de fusillés, déjà paru en 1946, mais prenant la décision d'expurger celles des combattants FTP-MOI.

Aragon leur répond : . Le livre obtient le Prix Fénéon 1953. Claude Lévy créé ensuite un comité de soutien à la proposition, qui réunit des conseillers municipaux du dont l'élu communiste Albert Ouzoulias, lui aussi ex-FTP-MOI, et Madeleine Marxin. Finalement, le Table des débats. 1952-1955, , Hôtel de ville de Paris., la mairie de Paris vote la réunion des impasses Fleury et du Progrès, dans le , en une unique rue du Groupe-Manouchian, même si Missak Manouchian ne fut jamais le « chef » de ce groupe de FTP-MOI parisiens n° 804 d'avril 2024, de l'Ami du 20è recension de Bertrand Loffreda de Mélinée et Missak Manouchian, une histoire française - La mémoire du groupe des 23 sous la direction de Sylvain Boulouque et Dominique Moncond'hui, éditions Atlande .

Louis Aragon est invité à l'inauguration mais, étant à Moscou, ne reçoit pas l'invitation à temps. À son retour, il écrit à Claude Lévy : , et ce dernier lui suggère d'écrire un poème. L'Humanité le publie à l'inauguration de la rue« Un "terroriste" arménien en France : Missak Manouchian », par Jacques Poitou, en 2018 ., le L. Aragon, « Groupe Manouchian », L'Humanité, , Paris, 6 mars 1955., en le titrant Strophes pour se souvenir. Puis Aragon l'inclut dans son recueil Le Roman inachevé paru en 1956 Le roman inachevé par Louis Aragon aux éditions Gallimard, en 1956..

Les quatre années de patience de Léo Ferré L'année 1957 est celle du centenaire de la parution du plus célèbre des recueils de poésie français, "Les Fleurs du mal" de Charles Baudelaire et Léo Ferré consacre cette année-là un album entier au poète, tout en décidant d'enchaîner par un autre consacré cette fois à Louis Aragon.

Léo Ferré s'est vraisemblablement attelé à la mise en musique de L'Affiche rouge dès l'année 1957, estime Robert Belleret, dans son "Dictionnaire Ferré""Dictionnaire Ferré" par Robert Belleret en 2013 et en neuf chansons étaient déjà déposées chez un éditeur, au moment où Ferré cède un total d'une centaine de titres à l'éditeur Méridian. Ce projet est évoqué dans l'émission radiophonique Avant-premières sur Paris-Inter en , mais il ne dévoile ce jour-là que trois chansons et L'Affiche rouge n'en fait pas partie.

Cependant, Ferré ne parvient à sortir finalement cette chanson que dans l'album Les Chansons d'Aragon, en , ayant choisi entre-temps le titre L'Affiche rouge. Après l'émission de radio, il a fallu encore treize mois pour y parvenir, malgré des négociations en 1960 avec la maison d'édition "Chant du Monde", proche du Parti communiste français, dirigée par Jean Roire, qui a été le secrétaire et l'ami proche d'Aragon, mais aussi journaliste à Ce Soir, le quotidien dirigé pendant 15 ans par Aragon.

En , c'est la fin du contrat de Léo Ferré avec la maison de disques Odéon. Son épouse Madeleine écrit "Chant du Monde", qui avait été la maison d'édition de Ferré jusqu'en 1953. Jean Roire, donne un accord de principe sur un programme de travail, prévoyant même budget et dates de sortie, mais, à la veille de signer, il dut annuler cet accord. Il s'en excusa par lettre, disant tout son regret, mais sans donner la raison"Léo Ferré, la voix sans maître" par Jacques Vassal en 2013 aux Éditions duCherche Midi . Au cours de cette même année 1960, le poète a donné plutôt sa bénédiction à la chanteuse Monique Morelli, pour son premier album consacré aux œuvres d'Aragon, sorti dès l'année suivante au Chant du monde"Le Monde" du 29 avril 1993 , avec douze de ses poèmes et une préface d'Aragon.

Barclays reprend l'idée début 1961 et tout va très vite: l'enregistrement a lieu du 10 au . Le , Ferré écrit à Aragon pour l'inviter à son récital du au théâtre du Vieux-Colombier où il interprètera la chanson pour la première fois, le disque devant sortir début février. Catherine Sauvage, désireuse de la chanter, établit un autre lien entre les deux artistes, via son copain Jean-Pierre Chabrol"Léo Ferré ni Dieu ni maître", par Sophie Girault, aux Éditions Hachette Book Group en 2013. Mis devant le fait accompli, Aragon décide d'écrire un article dans l'édition du de son journal les Lettres françaises, titré "Léo Ferré et la mise en chanson". L'article souligne qu'il voit les adaptations comme "une forme supérieure de la critique poétique avec laquelle je puis être d'accord ou non". Le texte souligne plusieurs fois qu'il a toujours tolérée cette critique les choix des nombreux artistes qui ont adapté ses poèmes"Les Matériaux de l'art", par Bernard Sève en 2023 aux Éditions du Seuil .

Mélinée Manouchian est parallèlement invitée à Paris fin janvier chez Léo Ferré et sa femme. Aragon et Elsa Triolet, invités le même soir, font leur connaissance, et donnent leur accord au disque, pour lequel des photos d'Aragon sont prises lors du repas. À son retour en Arménie , Mélinée Manouchian écrit pour remercier le poète et son épouse"Aragon, un destin français . 1939-1982" par Pierre Juquin en 2013. Ferré interprète admirablement" cette chanson, a écrit de son côté le Elsa Triolet à sa sœur. Ferré chante aussi ce jour-là et sur le disque "Tu n'en reviendras pas" extrait d'un autre poème d'Aragon beaucoup plus long et paru lui aussi en 1956 dans Le Roman inachevéAmis d'Aragon et d'Elsa Triolet (textes d'Aragon mis en musique).Tu n'en reviendras pas, Académie d'Aix-Marseille., intitulé : « Les ombres se mêlaient et battaient la semelle ». "Tu n'en reviendras pas" évoque l'expérience d'Aragon comme aide-médecin pendant la guerre de 14-18.

Ce sera effectivement de Léo FerréRino Della Negra, footballeur et partisan. Vie et mort d’un jeune footballeur des FTP-MOI du « groupe Manouchian » (1923-1944) par Jean Vigreux et Dimitri Manessis, chez Libertalia en 2022 ., qui fait décoller son succèsDictionnaire amoureux de la chanson française par Bertrand Dicale, en 2016 chez Place des éditeurs Jean Ferrat, le charme rebelle par Raoul Bellaïche, en 2013 chez L'Archipel . avec d'autres chansons comme Jolie Môme.

Léo Ferré est accompagné par un chœur mixte a cappella déclamant des onomatopées sous forme de simples voyelles, selon un effet purement vocal (mais homorythmique) et aucun instrument de musique ne vient s'ajouter. Il déclame le texte plus qu’il ne le chante et souligne certains mots (« hirsute », « menaçant », « sang »…). Un roulement de tambour rompt brutalement la continuité du chant, évoquant la condamnation à mort par fusillade des membres du groupeSite achaussy.fr, page « … pour se souvenir et pour dénoncer ».Site punsolamusique.centerblog.net, article sur la chanson.. Monique Morelli et Catherine Sauvage la chantent, y compris à l'antenne de l'ORTF pour la première, dès 1961, année où un attentat de l'OAS a visé Léo Ferré: "peu avant 20 heures", le , un engin a "fait explosion devant la façade du music-hall l'Alhambra, rue de Malte, où se produit actuellement Léo Ferré"Le Monde du 21 novembre 1961. Catherine Sauvage obtient cette année-là le Grand Prix de l'Académie Charles-Cros pour ses interprétations de Ferré.

Une chanson attendue, et propulsée par la RTF dès sa composition Contrairement à une légende entretenue pour des raisons commerciales et politiques, la chanson n'a pas été interdite dès sa parution en 1961 par Charles de Gaulle pour n'être autorisée qu'à l'arrivée de François Mitterrand à L'ÉlyséeBlog Médiapart Cuneod, « Manouchian au Panthéon : les dessous de « L’Affiche Rouge », 18 juin 2023..

La chanson est au contraire diffusée sur la RTF peu après la sortie du disque de Léo Ferré, qui avait annoncé deux ans avant à la radio son projet d'adapter des poèmes d'Aragon. Le , dans l’émission Discorama, présentée par Denise Glaser depuis le , Monique Morelli la chante, avec une forte audience qui contribue à son succès"La chanteuse Monique Morelli interprète le poème d’Aragon sur « l’Affiche rouge »" sur Lumni, image d'archives INA . Monique Morelli est ainsi la première à la chanterarchives INA et elle ouvre son cabaret Chez Ubu, l'année suivante à Montmartre.