L’ispaghul ou psyllium blond (Plantago ovata), est une espèce de plantains, de la famille des Plantaginaceae. S'il est communément admis qu'elle est originaire des régions désertiques d'Afrique du Nord, de l'Asie du Sud-Ouest et des États-Unis du Sud-Ouest, aucune source scientifique ne semble le corroborer.

Aujourd'hui, cette plante annuelle est principalement cultivée en Inde et un tout petit peu au Pakistan, pour sa graine et le tégument de sa graine, aux propriétés laxatives et émollientes.

Conformément à l'étymologie donnée dans la première section, la pharmacopée française distingue nettement l’« ispaghul » (Plantago ovata Forssk.) du « psyllium » (Plantago afra L.).

Malheureusement, le terme psyllium est utilisé en anglais pour le P. ovata et cet usage tend à se répandre en français en raison de la libre circulation des marchandises et de l’usage de l’anglais comme langue du commerce international.

Pour lever toute ambiguïté, il est d’usage de distinguer :

le psyllium blond, le Plantago ovata (synonyme P. ispaghul), ou ispaghul, ou plantain des Indes, aux graines brunes, non décrit par Linné ; le psyllium de Provence, Plantago afra L. (ancien synonyme P. psyllium), plantain noir de Provence, aux graines allant du brun clair au brun-noir, décrit initialement par Linné sous plusieurs noms : Plantago psyllium et Plantago cynops. Mais P. psyllium est maintenant rejeté, à la suite de la proposition Applequist, 2006.

L’« ispaghul » de la pharmacopée française désigne la graine ou le tégument de la graine. C'est-à-dire qu'en français, le terme ispaghul, a trois acceptions : il peut désigner suivant le contexte, la plante, la graine ou le tégument de la graine.

Le terme « psyllium », à l'origine, concerne trois espèces distinctes : Plantago afra, Plantago indica (synonyme Plantago arenaria) et Plantago ovata.. Étymologie thumb|upright=0.5|Tégument d'ispaghul (hindi: sat isabgol, traduit malencontreusement en anglais par psyllium husk) Le nom de genre Plantago vient du latin planta, « plante des pieds » et ago « je pousse », en raison de la forme des feuilles de certaines espèces qui évoquent la plante des pieds. L'épithète spécifique ovata est une forme fléchie du latin ovatus « ovale, qui a la forme d'un œuf ».

Le terme français ispaghul est un emprunt à l'hindi isabgol (), pour désigner P. ovata qui fut aussi nommé P. ispaghul par le naturaliste écossais William Roxburgh (1751-1815), établi en Inde.

Le terme français psyllium est un emprunt au grec ancien ψυλλιον psyllion, « pucier, herbe aux puces » (du grec psylla « puce »), car les graines ressemblent à des puces. Au , le pharmacologue grec Dioscoride (Materia medica, IV, 69) a décrit Plantago afra (=P. psyllium) sous ce nom de psyllion. L'encyclopédiste romain Pline (23-79) en donne une description proche sous le nom de psyllion (ou cynoïs, ou crystallion, ou cynomia) (Hist. Nat., XXV, 140). Pendant tout le Moyen Âge, l'Europe occidentale a eu accès au texte de la grande encyclopédie pharmaceutique de Dioscoride, , Peri hulês iatrikês, à travers les copies manuscrites de sa traduction latine : De materia medica, à l'exception de l'Italie du Sud, hellénophone, et de l'Espagne musulmane, arabophone. Au , le plantain psyllium, fait partie des plantes utilisées par Hildegarde de Bingen. Le nom de psyllium, renvoyant à Plantago afra, s'est donc transmis jusqu'à l'époque moderne.

Nomenclature La première description botanique de Plantago ovata est l’œuvre d'un naturaliste suédois, élève de Linné, Pehr Forsskål, en 1775 dans Flora Aegyptiaco-Arabica. Pehr Forsskål a participé à une expédition scientifique (de 1761 à 1763) en Égypte, Arabie et Yémen sous la conduite de Carsten Niebuhr, orientaliste et mathématicien. Il décrivit Plantago ovata sur un spécimen trouvé à Alexandrie. Mais il meurt au Yémen en , du paludisme. Niebuhr, seul survivant de l'expédition, se chargea de la publication des manuscrits de Forsskål en 1775.

Synonyme

Plantago ispaghula Roxb. ex Fleming.

Une seconde description de l'espèce sous le nom de Plantago ispaghula fut publiée indépendamment, en 1820, par Roxburg. Cette publication qui sortit après celle de Forsskal, n'a pas été retenue, en raison de la règle d'antériorité. Le naturaliste écossais William Roxburgh (1715-1815) et John Fleming, étaient collègues en Inde. Roxburg est connu pour sa contribution majeure à la botanique indienne. Il reprit le nom de taxon Plantago ispaghul, donné par Fleming, d'après les dénominations locales en hindi et bengaliRoxburg écrit . Mais il n'y a pas de matériel type. Le nom de « plantain des Indes » vient aussi de cette source.

Description thumb|Feuilles en rosette basale du Plantago ovata (USA)

Plante herbacée annuelle, à tige courte (subcaulescente), à racine pivotante rigide. La tige est courte et couverte de poils doux.

Les feuilles, en rosette, étroitement linéaires, de 3 à de long, de 1 à de large, obtuses à aiguës, à 3 nervures, sont densément couvertes de poils laineux.

Hampe florale de de long, portant un épi cylindrique court, puis ovoïde à maturité, densément fleurie. La corolle blanche est lobée. La floraison a lieu en mai-juin.

Le fruit est une pyxide (une capsule, à déhiscence transversale) de , s'ouvrant par le milieu et contenant deux graines.

La graine ovale, lisse, est brun jaunâtre à beige rosé. Sa face convexe possède une tache brun clair. La fructification a lieu en juin-juillet.

Écologie thumb|Plantago ovata, feuilles densément couvertes de poils laineux (Lanzarote)

Plantago ovata croît dans les régions désertiques de l'hémisphère nord. Il possède deux grandes aires de distribution : en Afrique du Nord et Eurasie, il est trouvé dans les régions sèches du sud du bassin méditerranéen (Afrique du Nord : îles Canaries, Maroc, Algérie, Libye, Égypte) et en Asie du sud-ouest (de l'Égypte à l'Inde de l'Ouest) ; en Amérique, on le trouve dans les régions sèches du sud-ouest des États-Unis et le maquis côtier de Californie. Différentes hypothèses ont été avancées pour expliquer la profonde disjonction entre ces deux aires. Il a d'abord été supposé que le plantain d'Amérique appartenait à un taxon différent qui fut nommé Plantago fastigiata. Mais l'examen de la morphologie des grains de pollen, a amené Bassett et Baum, à considérer P. ovata et P. fastigiata comme conspécifique. Ils proposèrent que P. ovata fut introduit en Amérique par les colons espagnols.

L'examen de séquences génétiques du chloroplaste de P. ovata, effectuée sur 585 spécimens de toute la distribution mondiale par Meyers et Liston a permis de reconnaître quatre taxons sous-spécifiques et de considérer que P. ovata d'Amérique du Nord résulte de l'hybridation de variétés de l'Ancien Monde. En utilisant des horloges moléculaires, ils ont daté l'introduction de P. ovata de l'Ancien Monde dans l'Amérique, à une époque remontant à .

Plantago ovata peut aussi s'acclimater aux régions tempérées. Il a été introduit en France où il n'est pas indigène. De même en Chine où il s'est naturalisé.

L'Inde est aujourd'hui le seul pays au monde exportateur de graines d'ispaghul médicinales, depuis les États du Gujarat, Maharashtra et Rajasthan. Au Pakistan, on trouve une production minime, non exportée, dans la province frontalière du Sindh. Partout ailleurs, en Égypte, Afghanistan, États-Unis, la plante pousse naturellement par endroits, mais aucune culture intensive n'y a lieu.

Usages Composants Le tégument de la graine d'ispaghul est particulièrement riche en fibres et en particulier en mucilages. La fraction polysaccharide active comporte 65 % de D-xylose, 20 % de L-arabinose, 6 % de rhamnose et 9 % de D-acide galacturonique. Les polysaccharides sont formés d'une ossature d'arabinoxylane très branchue, liée aux monosaccharides ci-dessus indiqués. Cette structure est difficilement hydrolysable dans le tube digestif supérieur, ce qui implique qu'elle n'est pas absorbée (car seuls les monosaccharides peuvent être absorbés).

Parmi les espèces de plantain, Plantago ovata est le plus riche en mucilage ; il en contient de 25 à 30 % de la graine sèche alors que Plantago afra en contient .

Dans le tégument de la graine d'ispaghul, les macromolécules de polysaccharides lui confèrent ses propriétés médicinales, et c'est d'ailleurs le plus souvent le tégument seul qui est commercialisé. Le mucilage très peu fermentescible, peut absorber un grand volume d'eau (jusqu'à son poids) et former au niveau du côlon, un gel volumineux.

Boulangerie

Sous forme de poudre et incorporée à la pâte, elle permet de garder l'humidité du pain plusieurs semaines.

Pharmacopée On trouve de l'ispaghul pur (autrement dit du tégument de graines de Plantago ovata Forssk.), souvent sous le nom de psyllium blond, dans les pharmacies et les magasins diététiques. Un surdosage est considéré par les autorités médicales comme « improbable ». La toxicité est négligeable.

L'ingestion d'ispaghul pur doit être accompagnée d'une ingestion d'un volume d'eau adéquat ( pour selon la Commission E allemande).

Activité laxative Propriétés : laxatif de lest, coupe faim, régulateur du transit intestinal.

Comme tous les plantains, c'est un laxatif purement mécanique, ou laxatif de lest. Il n'est donc pas absorbé par les intestins. Ses mucilages peuvent retenir l'eau en excès pour redonner de la consistance à des selles liquides ou hydrater un bol fécal trop sec en cas de constipation. Ils favorisent le péristaltisme et l'élimination par défécation.

Par une étude in vivo sur les souris et in vitro sur des jéjunums et ileums isolés, il a été montré que l'ispaghul exerce un effet stimulant sur les intestins, partiellement induit par l'activation des récepteurs muscariniques et 5-HT, venant compléter l'effet laxatif de son contenu en fibres.

Dans une étude randomisée en double aveugle, McRorie et al. se sont proposé de comparer l'amollissement des selles et l'effet laxatif du mucilloïde hydrophile de l'ispaghul vs. le docusate de sodium sur 170 sujets souffrant de constipation chronique. La phase de traitement comparait l'ispaghul () plus placebo de docusate au docusate de sodium () plus placebo d'ispaghul. L'ispagul augmente la teneur en eau des selles par rapport au docusate. Il augmente aussi la production totale de selles (ispaghul de selles, docusate ). Il est donc supérieur au docusate pour ramollir les selles en augmentant leur teneur en eau et a une plus grande efficacité laxative globale.

Contrairement à d'autres laxatifs végétaux, comme le séné et la bourdaine, l'ispaghul ne provoque pas d'irritation de la muqueuse. On peut donc l'utiliser sur des périodes plus longues, et on ne connaît pas d'inconvénient à une prise permanente tout au long d'une vie.

En outre, il forme dans l'estomac un gel mucilagineux qui donne une sensation de satiété naturelle ; il est donc avantageux comme coupe-faim. Cet effet est potentialisé par une absorption réduite des aliments au niveau intestinal, ces deux actions conjuguées sont intéressantes dans le cadre d'un régime amincissant.

Le rapport d'évaluation de l' conclut que . Activité hypoglycémiante

La capacité à atténuer l’élévation de la glycémie consécutive à la prise d’un repas (glycémie postprandiale) a été observée par plusieurs études. Dans une étude randomisée portant sur 34 sujets souffrant d’un diabète de type 2 et d’une hypercholestérolémie légère à modérée, Anderson et al. ont montré que le groupe prenant des téguments d’ispaghul voyait leur concentration de glucose diminuer de 19 % après un repas (ainsi que le cholestérol total diminuer de 10 % et le cholestérol-LDL de 13 %).