La stèle de Kervadol, dite aussi Pierre aux quatre Dieux de Kervadol, est une stèle gauloise de l'Âge du fer réemployée à l'époque romaine. Elle est aujourd'hui exposée au Musée départemental breton, à Quimper, dans le Finistère, en France.
Localisation La stèle est exposée depuis 1951 au Musée départemental breton de Quimper, dans le Finistère, dans la salle de la Préhistoire et de la Protohistoire.
Intérêt Dès sa découverte en 1878, Paul du Châtellier écrit : .
En 1911, l'archéologue Émile Espérandieu fait figurer cette stèle accompagnée de trois photographies dans le volume IV de son Recueil général des bas-reliefs, statues et bustes de la Gaule romaine.
Pour l'historien Pierre-Jean Berrou,
L'universitaire Jean-Yves Veillard indique que la stèle de Kervadol est considérée comme l'un des monuments finistériens
Historique Découverte de la stèle en 1878 Cette stèle est découverte par le préhistorien Paul du Châtellier en 1878, à proximité du village de Kervadol et à environ 100 m des dolmens de Kervadol, sur le territoire de la commune de Plobannalec (aujourd'hui Plobannalec-Lesconil) :
Déplacement vignette|redresse=1.25|Le menhir-autel au château de Kernuz
Pour préserver la stèle de la destruction, Paul du Châtellier la fait transporter dans son château de Kernuz, en Pont-l'Abbé :
Une photographie de 1910 environ montre cette stèle installée devant le château de Kernuz et protégée sous une espèce de tonnelle couverte en chaume. Cette carte postale présente la stèle comme un menhir-autel. Les appellations menhir de Kernuz et stèle de Kervedol sont aujourd'hui reconnues erronées.
Statut juridique et protection La collection du Châtellier est acquise par le Musée d'Archéologie nationale en , et transportée au musée de Saint-Germain-en-Laye au début de l'année suivanteInventaire n° 72 476. Cette acquisition suscite une vive émotion dans les milieux culturels bretons, notamment au sein de la jeune Société d'histoire et d'archéologie de Bretagne, fondée en 1920 et qui émet le vœu que soit conservée dans la région la plupart de la collection.
Le musée indique que cette stèle y est exposée depuis 1951.
Description Aspect général La stèle présente une forme tronconique. Elle pèse 4,5 tonnes et est haute de 2,85 m. Elle a un diamètre de 1,20 m à la base et de 0,40 m au sommet. Ce sommet présente une petite cavité de , à la fonction ignorée. L'hypothèse de l'encastrement d'une croix au moment de la christianisation de l'Armorique, comme cela est fréquent pour les stèles de la région, est évoquée.
Composition Cette stèle est constituée de leucogranite, dans un bloc homogène, roche qui affleure à l'endroit de sa découverte. Le grain est moyen et les cristaux de quartz et de feldspath atteignent 5 cm. Ce matériau subit une érosion granuleuse au contact des vents humides tels qu'on peut en rencontrer dans cet endroit.
Datation En lien avec les connaissances scientifiques de la fin du , du Châtellier qualifie sa trouvaille de menhir, même s'il indique qu'il est taillé et . Ce nom évoque donc le Néolithique, entre environ 4500 et en France.
Or, depuis les années 1950, cette référence est abandonnée et , par exemple Louis Pape ou Pierre-Roland Giot. Cela nous renvoie à une période plus récente, entre 450 et pour le second âge de fer, et le Haut-Empire romain, soit les trois premiers siècles de l'ère chrétienne pour l'époque romaine.
Les modifications de l'époque romaine vignette|Mercure et un petit personnage ; Hercule vignette|redresse=0.8|Figure de Mars sculptée sur la stèle
La stèle de Kervadol présente, sur quatre panneaux, six personnages en bas-relief, dont l'identification prête à discussion, en raison de l'ingratitude du matériau, des maladresses du sculpteur, mais aussi de l'exposition de la stèle aux intempéries et à la charrue, comme l'indique du Châtellier en 1878.
Les descriptions des personnages viennent de Jean-Yves Eveillard.
Mercure Le panneau présente deux personnages, un grand et un petit ; le grand, représenté nu, est identifiable à Mercure, dieu romain du commerce, grâce à son caducée qu'il tient de sa main gauche, appuyé contre son épaule. Son bras droit pend le long du corps, et tient quelque chose qui semble être une bourse, second attribut de Mercure. Le petit personnage qui se tient à sa gauche est plus petit (78 cm contre 1,35 m pour Mercure) chevelu et entièrement nu. Il est très difficile à identifier.
Hercule Hercule est représenté de trois quarts, en action, entièrement nu ; de son bras droit replié derrière la tête, il manie un objet qui paraît être une massue. Son bras gauche tient, en pendant jusqu'au pied, une draperie plissée, ce qui pourrait être la peau du lion de Némée, attribut qui montre que nous avons bien affaire à Hercule.
Apollon et Hygie-Sirona Le panneau le plus usé présente deux personnages, un personnage masculin avec un animal près de sa jambe gauche, à droite d'un personnage féminin drapé. Leur identification est incertaine. Ce que l'on peut dire, c'est que le bras droit du personnage masculin remonte jusqu'à la hauteur de l'épaule de sa compagne. Il masque partiellement sa compagne et saisit par le milieu un objet longiforme. Il s'agit probablement du carquois d'Apollon, porté en bandoulière, d'où le dieu extrait une flèche. Son bras gauche tombe le long du corps jusqu'à la tête de l'animal. Cet animal est probablement un griffon car dans l'entrejambe du personnage on distingue l'aile relevée du griffon, comme c'est l'habitude, qui passe derrière la cuisse de son maître. Nous avons donc affaire à un Apollon archer, dieu grec très vite adopté par le monde romain sans en changer le nom.
Le personnage féminin à gauche d'Apollon est plus difficile à identifier. Il est au second plan et vêtu d'un grand manteau qui lui recouvre la tête et retombe en plis sur le devant du corps. En dessous, les plis verticaux d'une tunique descendent jusqu'au pied. il est séparé d'Apollon par un gros bâton sur lequel des protubérances espacées régulièrement évoquent un serpent enroulé autour. Cela permet vraisemblablement de reconnaître la déesse de la santé Hygie, qui est ici représentée avec l'attribut de son père Esculape. Hygie, assimilée en Gaule à Sirona, est invariablement la parèdre d'Apollon, justement présent à ses côtés.
Mars Ce personnage masculin est entièrement nu, porte une coiffure plutôt plate que l'on distingue mal et d'où pend sur la droite un panache caractéristique ressemblant à une grande plume qui se redresse. Le bras droit s'appuie sur une lance dont la pointe à la grosseur disproportionnée est dirigée vers le sol. Le bras gauche repose sur un bouclier ovale dont une moitié est représentée. Il s'agit des attributs du dieu Mars, dieu romain de la guerre et père de Romulus, créateur légendaire de Rome.
Interprétation La présence de cette stèle à Plobannalec ne cesse d'interpeler, puisque le chef des dieux du panthéon romain, Jupiter, n'y est pas représenté. Pourtant, à proximité du lieu de sa découverte ont été également mises au jour des haches en pierre polie, telles des offrandes que les Romains faisaient à un endroit qui avait été frappé par la foudre (attribut de Jupiter). Ainsi, pour Jean-Yves Eveillard, .
Les recherches les plus récentes sur cette stèle de Kervadol conduisent donc à avancer qu'elle serait le reste d'un ensemble cultuel plus vaste sur lequel nous n'en savons pas davantage. Apparait néanmoins ici la volonté du clergé de romaniser un culte gaulois, comme le montre Apollon associé à la déesse gauloise Sirona.
Références
Bibliographie . . .
Voir aussi Articles connexes Stèle de l’âge du fer Dolmens de Kervadol
Kervadol Catégorie:Préhistoire de la Bretagne