L'histoire des Juifs à Szczecin ou Stettin débute dès le haut Moyen Âge, mais la constitution d'une véritable communauté n'intervient qu'après les lois d'émancipation en Prusse au début du . Forte au maximum d'environ , elle est très active sur le plan social, culturel et politique, tout en ne représentant cependant qu'un très faible pourcentage de la population de la ville. La communauté est exterminée pendant la Shoah. Après la Seconde Guerre mondiale, Szczecin devient la plaque tournante des Juifs de l'Est désirant émigré soit vers l'Europe de l'Ouest ou les Amériques, soit vers le futur état d'Israël.

Szczecin est la septième plus grande ville polonaise, chef-lieu de la Voïvodie de Poméranie-Occidentale et l'un des principaux ports de Pologne. La ville compte actuellement environ .

La ville est allemande sous le nom de Stettin jusqu'en 1945 (province de Poméranie de l'État libre de Prusse), et polonaise sous le nom de Szczecin depuis la conférence de Potsdam (1945). Les Allemands qui composaient la majorité de la population de la ville sont alors expulsés et remplacés par des Polonais.

Histoire des Juifs à Szczecin Du Moyen Âge aux édits d'émancipation L'installation des juifs à Stettin remonte au haut Moyen Âge. Les premiers commerçants juifs apparaissent en Poméranie dès le . Le duc Barnim accorde un privilège spécial aux Juifs en 1261, qui leur accorde l'égalité des droits avec les citoyens du duché de Poméranie. Ils ont aussi accès aux services publics. Ces droits sont accordés car la ville est soumise au droit de Magdebourg: Janusz Mieczkowski: W poszukiwaniu miejsca – historia Żydów w Szczecinie (À la recherche d'un lieu - l'histoire des Juifs à Szczecin); in: Pogranicza; 2003; numéro: 4; page: 75. Le privilège accordé par Barnim est confirmé par les ducs suivants: Othon le , par Casimir IV et par Świętobór en 1371.

Au , les Juifs commencent à s'installer dans les villes de Poméranie en obtenant des permissions individuelles. La majorité sont de riches marchands. En 1325, grâce à l'intervention de deux ducs poméraniens Barnim III et Othon et le paiement d'une importante somme, un commerçant fortuné obtient le privilège de s'installer à Stettin avec sa famille. Malgré cela, il n'a pas l'autorisation d'acheter des biens immobiliers. En 1481, le duc Bogusław X émet une directive limitant l'installation des Juifs en Poméranie, conduisant à une persécution de Juifs.

En 1492-1493, les Juifs doivent quitter le duché de Poméranie. Ils ne pourront y retourner qu'au : B. Brilling: Stettin (Szczecin); in: Encylopaedia Judaica; rédacteurs: Michael Berenbaum et Fred Skolnik; volume: 19; 2007; page: 223; , mais on ignore si cela concerne toutes les villes de Poméranie: K. Kozłowski: Informacja o losach Żydów na Pomorzu Zachodnim od XIII w. Kilka słów o celach i uczestnikach sesji (Informations sur le sort des Juifs en Poméranie occidentale depuis le . Quelques mots sur les objectifs et les participants de la session); in: Żydzi szczecińscy tradycja i współczesność. Materiały z sesji naukowej 27.06.2003 (Les Juifs de Szczecin, tradition et présent. Documents de la session scientifique du 27 juin 2003); rédacteurs: Kazimierz Kozłowski et Janusz Mieczkowski; 2004; page: 20 dont Stettin.

Après la conquête de Stettin par les Suédois en 1630, lors de la guerre de Trente Ans, la ville est donnée à la couronne suédoise par le traité de Westphalie signé à Osnabrück en 1648. Les Juifs ont alors interdiction de rester en ville, et ne peuvent y entrer que sous certaines conditions. Ils s'installent donc dans des villages en périphérie de la ville<ref>: K. Kozłowski: Informacja o losach Żydów… page: 21</ref>. Pendant la guerre avec la France, les troupes du Brandebourg conquièrent Stettin le . Stettin reste sous gouvernance brandebourgeoise jusqu'au traité de paix signé à Saint-Germain-en-Laye en entre le Brandebourg et la Suède, dans lequel l'électeur du Brandebourg renonce aux territoires conquis, dont Stettin, au profit de la Suède. La situation de la communauté juive ne change pas. Les Juifs n'ont l'autorisation d'entrer dans la ville que dans des cas bien précis, après avoir obtenu un permis spécial, souvent valable pour un ou deux jours, comme pour une convocation à un procès. Selon un document daté du , le major général Schwerin expulse de la ville le Juif Moses Helmsted, qui y séjournait illégalement: Gerhard Salinger: Zur Erinnerung und zum Gedenken. Die einstigen jüdischen Gemeinden Pommerns; volume 1; 2006; page: 223; . Selon une réglementation de 1683, un Juif seulement est autorisé à s'installer à Stettin, pour superviser la commercialisation du vin cacher pour le compte du rabbinat de Berlin: Janusz Mieczkowski: Z dziejów Żydów na Pomorzu Zachodnim (l'histoire des Juifs en Poméranie occidentale); site: Transodra; consulté le .

Lors de la grande guerre du Nord, la Prusse conquiert Stettin en 1713, qui lui est accordé par le traité de Stockholm de 1720. Dans un premier temps, le pouvoir prussien ne change pas la situation des Juifs. En 1721, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume interdit aux Juifs de s'installer dans les villes servant de place forte, dont Stettin: L. Turek-Kwiatkowska: Przyczynek do dziejów społeczności żydowskiej w Szczecinie w XIX w i na początku XX w (Contribution à l'histoire de la communauté juive de Szczecin au XIXe et au début du XXe siècle); in: Żydzi szczecińscy tradycja i współczesność. Materiały z sesji naukowej 27.06.2003 (Les Juifs de Szczecin, tradition et présent. Documents de la session scientifique du 27 juin 2003); rédacteurs: K. Kozłowski, J. Mieczkowski; 2004; page: 21.

En 1761, Frédéric-Guillaume confirme le privilège de Stettin qui interdit aux Juifs de participer aux foires locales. Seuls les Juifs se livrant à des opérations de change ou au commerce de métaux précieux sont autorisés à rester en ville pendant un ou deux jours: S. Kryciński, A. Olej-Kobus et K. Kobus: Przewodnik. Zabytki kultury żydowskiej w Polsce (Guide. Monuments culturels juifs en Pologne); 2011; page: 36; . L'année suivante la limitation en durée est abolie et ceux-ci peuvent dès lors rester plus longtemps sous condition de l'obtention d'un permis à leur nom.

Au , les Juifs sont occasionnellement employés à l'atelier monétaire de Stettin. En 1753, le médailleur Jakob Abraham de Strelitz, qui frappe monnaie et médailles, travaille à Stettin où à la même époque Moses Isaak et Daniel Itzig fournissent argent et or à l'atelier monétaire.

Entre 1772 et 1774, les livres municipaux mentionnent la présence de trois habitants juifs. D'autres Juifs sont autorisés à rester en ville jusqu'à la tombée de la nuit en présentant un permis spécial. Un autre décret de 1784 confirme que les Juifs ne sont pas les bienvenus dans les villes de Elbing (Elbląg), Magdebourg et Stettin.

Des décrets d'émancipation à l'arrivée au pouvoir des nazis en 1933 La situation des juifs prussiens change au début du . Après les guerres napoléoniennes, les autorités prussiennes promulguent un premier édit en 1808 faisant des Juifs des habitants légitimes de la ville et en 1812 un édit d'émancipation rédigé par le duc Karl August von Hardenberg et signé par Frédéric-Guillaume III, accorde des droits de citoyen aux Juifs, y compris le droit de s'installer librement en ville et d'y acheter des maisons et commerces. Ils ont aussi la possibilité d'effectuer leur service militaire. Ces dispositions libérales entrainent un afflux de Juifs dans la ville qui, jusqu'en 1813 n'était habitée que par une seule famille juive, celle de Chaim Coeslin, qui était chargé par le rabbinat de Berlin de contrôler le commerce du vin cacher: Jacob Peiser: Die Geschichte der Synagogengemeinde zu Stettin; éditeur: Holzner; 1965. En 1820, le nombre d'habitants juifs s'élève à . Et dans les années suivantes le flux ne se tarit pas, spécialement en provenance de la région de Posen (Poznań).

Les Juifs s'installent en ville, non seulement en raison de l'abolition des restrictions légales, mais aussi en raison de la fin du blocus continental durant les guerres napoléoniennes, qui apporte une nouvelle prospérité à Stettin. Après le percement du canal de Bromberg (Canal de Bydgoszcz) connectant l'Oder et la Vistule, Stettin se retrouve dans une meilleure position commerciale que Danzig (Gdańsk) ou Königsberg (Kaliningrad): Szczecin; in: Słownik geograficzny Królestwa Polskiego i innych krajów słowiańskich (Dictionnaire géographique du Royaume de Pologne et des autres pays slaves); rédacteurs: Bronisław Chlebowski, Filip Sulimierski et Władysław Walewski; volume 1; 1890; page: 831; . Le développement de l'industrie, du commerce et de l'artisanat encourage les gens à s'installer à Stettin: Gerhard Salinger: Zur Erinnerung und zum Gedenken… pages: 224 à 227</ref>. En 1834, habitent Stettin. thumb|right|200px|Heinemann Vogelstein, rabbin de Stettin de 1880 à sa mort en 1911

Le , les Juifs de Stettin fondent l'Association juive qui au début compte . Peu de temps après l'association est transformée en communauté juive. Celle-ci va employer de nombreux rabbins éminents tels que Wolf Alois Meisel (1815-1867), Abraham Treuenfels (1818-1879), Heinemann Vogelstein (1841-1911), Moses Worms (1864-1920), Max Weiner (1882-1950), Dagobert Nellhaus (1891-1980), Max Elk (1898-1984) ou Karl Richter (1910-2005).

À partir de 1840 la communauté de Stettin, en raison de son statut est appelée: Israelitische Gemeinde (Communauté israélite), tandis qu'à partir de 1856 elle prend le nom de Synagogen-Gemeinde (Communauté synagogale). Au début, elle regroupe . Son activité en plus d'être religieuse, concerne entre autres l'organisation de nombreux évènements culturels, des actions caritatives et le développement de l'éducation. La communauté, en plus des membres de son comité, emploie de nombreux employés tels que les rabbins, les enseignants, les bouchers, les organistes et les chefs de chœur<ref>: Gerhard Salinger: Zur Erinnerung und zum Gedenken… pages: 226; 280. Un des membres les plus éminents de la communauté de Stettin est Nathan Marx (1873-1929): Nachum T. Gidal: Die Juden in Deutschland von der Römerzeit bis zur Weimarer Republik; éditeur: Könemann; 1997; pages: 334 et 335; : Stettin/Szczecin; site Universität Oldenburg, qui est arrivé avec sa femme Grete de Mayence. Il est le fondateur d'une usine moderne et prospère de textile pour les habits. En tant que mécène, il apporte son soutien au peintre et graveur Lesser Ury: Adolph Donath: Lesser Ury. Seine Stellung in der modernen deutschen Malerei; éditeur: Verlag Max Perl; 1921. Un portrait de Nathan Marx lui-même a été réalisé par un des représentants les plus fameux de l'impressionnisme allemand, le peintre et graveur Max Liebermann: Julius Elias: Max Liebermann. Eine Biographie; 1917; réédition en 2017; éditeur: TP Verone Publishing; . Marx, en tant que sioniste, appartient à la minorité dans la communauté de Stettin.

Au , la communauté de Stettin se structure. En 1822, est fondée la Hevra Kaddisha (Société du dernier devoir), en 1854 l'orphelinat et en 1889 la maison de retraite ouvrent leur porte. En 1816, la communauté achète un terrain pour un petit cimetière et la synagogue qui sera construite en 1834-1835. Initialement le bâtiment est en bois et situé sur l'actuelle rue Podgórna.