Welthauptstadt Germania (« Capitale mondiale Germania ») était le projet hitlérien de construction d'une capitale monumentale pour le Troisième Reich en lieu et place de Berlin. Inspirée par ce qui pouvait exister dans d'autres capitales mais à des dimensions nettement plus grandes et conçue par Albert Speer, elle devait être construite une fois que l'Allemagne aurait remporté la Seconde Guerre mondiale.

Nom Le nom réel du projet et à ce titre utilisé par ceux qui ont participé à son élaboration était : Gesamtbauplan für die Reichshauptstadt (Plan d'ensemble de construction pour la capitale du Reich).

L'idée de donner à Berlin le nom de Germania apparaît dans un propos de table du relevé par Henry Picker : Hitler souhaitant réunir les peuples germaniques au sein du Reich, il exprima le désir de donner à la capitale et centre de gravité de ce nouvel ensemble germanique le nom de GermaniaAndreas Hillgruber, Henry Picker. Hitlers Tischgespräche im Führerhauptquartier 1941–1942, Munich, 1968, ..

Quant à l'expression Welthauptstadt (capitale du monde ou capitale mondiale), elle apparaît dans des propos tenus par Hitler dans la nuit du 11 au dans lesquels il expliqua que Berlin, dans le futur, ne pourrait être comparé qu'aux cités de l'Ancienne Égypte, à Babylone ou à Rome, et non à Londres et Paris, mais cette formule n'y est pas associée à GermaniaWerner Jochmann, Adolf Hitler. Monologe im Führerhauptquartier 1941–1944, Munich, 1980, ..

But du projet Adolf Hitler était convaincu de l’importance de la culture dans la création d’un empire pérenne. La réalisation de travaux gigantesques aurait aussi inscrit l’Allemagne dans l’histoire. La reconstruction de Berlin faisait partie de sa vision pour le futur de l’Allemagne après la victoire programmée dans la Seconde Guerre mondiale. Hitler connaissait sur plan de nombreux édifices étrangers des différentes capitales du monde, spécialement Paris et Vienne. Il souhaitait voir Berlin dotée de tels édifices, mais en plus grand et selon une esthétique propre. Berlin devait posséder de grands bâtiments emblématiques témoignant de la puissance de l'Allemagne et reflétant la vision du monde national-socialiste. De ce point de vue, des bâtiments politiques, militaires, administratifs et économiques étaient prévus, mais en revanche aucun bâtiment religieux chrétienSpeer avait conclu en accord de dédommagement avec les Églises protestante et catholique afin de remplacer les églises détruites dans le cadre des travaux par de nouveaux lieux de culte, mais Martin Bormann, qui dirigeait la chancellerie du NSDAP, lui rappela que les Églises ne devaient pas obtenir de terrains à bâtir..

Évoquant l'un des principaux bâtiments de Germania, le futur palais du Führer, Hitler justifia le caractère grandiose du projet par des motivations politiques, à savoir donner à ses successeurs les moyens d'une grande politique en dépit des faiblesses personnelles prévisibles de certains d'entre eux ; lui-même n'avait pas besoin d'un tel apparat, mais il serait en revanche utile aux führers des temps futurs. Il affirma ainsi à son architecte : .

Hitler justifia enfin ses projets architecturaux par la volonté de doter le régime de ses propres bâtiments ; il trouvait absurde et indigne que les gouvernements républicains s'installent dans d'anciennes résidences princières, royales ou impériales et ne construisent pas de nouveaux bâtiments. Ainsi, à Berlin, la présidence de la République avait été installée dans l'ancienne résidence du maréchal de courHitler déclara le 2 août 1938 : ..

Organisation et financement du projet Hitler demanda que parût un décret conférant à Albert Speer des pouvoirs très étendus et le plaçant directement sous ses ordres, sans qu'il n'eût de compte à rendre au maire et au gauleiter de Berlin. Albert Speer, « le premier architecte du Troisième Reich » selon Hitler fut nommé « Inspecteur général de la Construction » (Generalbauinspektor ou GBI, initiales désignant aussi l'organisme dirigé par Speer) chargé de la transformation de la capitale du Reich. Speer demanda à traiter cette commande comme architecte indépendant et non comme fonctionnaire.

Albert Speer constitua un petit groupe de collaborateurs rassemblés dans plusieurs services : une agence de planification chargée de l'aménagement de la ville, le bureau central traitant des questions financières, juridiques et administratives et l'Office général de la Construction, gérant la voirie, assurant les travaux de démolition, entretenant les relations avec les entreprises en bâtiment. Il fit appel aux architectes qu'il considérait comme les meilleurs d'Allemagne : Paul Bonatz, Wilhelm Kreis, German Bestelmeyer, Peter Behrens, pourtant très mal vu par certains cercles nationaux-socialistes en raison de son radicalisme et qui fut néanmoins accepté par Hitler. Comme sculpteurs, Albert Speer fit appel à Josef Thorak et Arno Breker.

Albert Speer promit à Adolf Hitler que les travaux seraient terminés en 1950. Il évalua le coût de l'opération à une somme comprise entre ; cette somme ne lui paraissant pas utopique, car représentaient un vingt-cinquième du volume total des dépenses de construction en Allemagne à l'époque. Ces 500 millions à trouver chaque année devaient être prélevés non sur une seule ligne budgétaire, mais sur un nombre maximal de budgets : chaque service public devait participer à l'effort collectif ; selon Hitler, à l'origine de cette astuce, ainsi répartie, la dépense devait passer inaperçue et les recettes à venir provenant des droits d'entrée des visiteurs du monde entier devaient permettre d'amortir les frais de construction rapidement.

Sources d'inspiration La grande avenue devait rappeler Paris et les Champs-Élysées ; cette évocation est confirmée par le fait que Hitler a demandé à Speer que l'avenue soit plus large que l'avenue parisienne d'au moins , celle-ci mesurant de large. De même, l'Arc de Triomphe rappelle celui de la place de l'Étoile. Hitler qualifiait Paris de plus belle ville du monde et souhaitait la surpasser.

Hitler qualifiait Haussmann de plus grand urbaniste de tous les temps et il espérait qu'Albert Speer le dépasserait.

Dans sa version définitive, la configuration de la grande avenue nord-sud ressemble davantage au Ring de Vienne et rappelle aussi à bien des égards la partie est de Unter den Linden, notamment le tronçon comportant des théâtres et des ministères.

La Grande Halle du Peuple ou Grand Dôme devait rappeler le Capitole de Washington et Saint Pierre de Rome, tout en les surpassant.

Par ailleurs, Albert Speer rapporte qu'Hitler souhaitait que les conceptions du Moyen Âge guidassent la définition des dimensions de la Halle du Peuple. Il proposait à son architecte de reprendre le rapport entre la dimension de la cathédrale d'Ulm et la population de cette ville au Moyen Âge pour déterminer le nombre de personnes que devait accueillir le Grand Dôme.

Le projet Le projet prévoyait une réorganisation totale de la ville autour de deux axes : Nord-Sud (Nord-Süd-Achse) et Est-Ouest (Ost-West-Achse), aussi bien sur le plan de l'architecture que de l'urbanisme. Une grande restructuration ferroviaire était prévue.

Les bâtiments de la place Adolf Hitler La grande avenue centrale tracée selon un axe nord-sud se terminait par la Königs platz, agrandie et qui devait être rebaptisée Adolf-Hitler-Platz. Celle-ci devait comporter les bâtiments du pouvoir central et militaire : la chancellerie du Reich, avec les appartements privés d'Hitler, le Reichstag, l'OKW et surtout la Halle du Peuple. Hitler souhaitait faire de cette place une forteresse imprenable en cas de révolte : toutes les fenêtres de la place devaient être munies de lourds volets blindés en acier, les portes devaient être en acier et l'unique accès à la place devait être fermé par une lourde grille de fonte.

Au nord : la grande Halle du Peuple

redresse=0.9|droite|vignette|Maquette de la halle du Peuple.

À l’extrémité nord de la place, Speer projetait de construire un énorme bâtiment surmonté d'une coupole de courbure légèrement parabolique : la Volkshalle ou « Halle du Peuple ». Le dôme du bâtiment aurait été très grand, seize fois plus grand que le dôme de la basilique Saint-Pierre de Rome. Sa coupole devait reposer sur un socle carré de de côté et sa hauteur totale de . La grande salle de réunion devait accueillir .

À certains égards, ce bâtiment s'inspirait du Panthéon de Rome : la Halle du Peuple devait avoir une ouverture circulaire pour laisser passer la lumière, mais cette ouverture avait un diamètre de , dépassant ainsi celui de toute la coupole du panthéon de Rome () et du dôme de Saint-Pierre de Rome ().

L'intérieur du bâtiment devait être simple d'aspect : entourant un plan circulaire de de diamètre, des tribunes s'élevaient sur trois rangs jusqu'à une hauteur de ; 100 piliers rectangulaires en marbre de de haut formaient une couronne interrompue, du côté opposé à l'entrée, par une niche haute de et large de 28, dont le fond devait être recouvert d'une mosaïque d'or et devant laquelle, sur un socle de de haut se dressait un aigle doré tenant dans ses serres la croix gammée entourée de feuilles de chêne. Cet aigle était le but de l'avenue ; en dessous, se trouvait la place du Führer qui, de là, adresserait ses messages au peuple du futur Reich.

Le Dôme aurait eu une coloration verte, car il aurait été couvert de plaques de cuivre platiné et il aurait été surmonté d'une lanterne vitrée de de haut, réalisée dans une construction métallique légère. Au-dessus de cette lanterne, se trouvait un aigle tenant une croix gammée que Hitler fit remplacer par un globe terrestre.

La masse du dôme aurait été soutenue par une rangée continue de piliers hauts de . Une frise, quatre piliers cannelés en faisceau aux quatre coins et un portique à colonnes avançant sur la place en vue de souligner le caractère gigantesque du bâtiment. Ce portique devait être flanqué de deux statues de : Hitler choisit pour l'une Atlas soutenant la voûte céleste, pour l'autre Tellus portant le globe.

Du point de vue technique, selon Speer, couvrir d'une voûte une enceinte de ne posait pas de problème : les constructeurs de ponts des années 1930 n'avaient pas de difficulté à réaliser des constructions comparables en béton armé et impeccables du point de vue statique. Albert Speer aurait aimé éviter le recours à l'acier, mais Hitler s'y opposa et Speer rallia son point de vue.

Le conseiller des questions de protection aérienne du ministère de l'Air, le conseiller ministériel Knipfer, alerta en vain sur le danger que représentait le Dôme qui ne manquerait pas d'être un point de repère idéal sortant des basses couches de nuages pour les escadrilles ennemies visant le centre politique de la capitale du ReichGöring persuada Hitler que l'armée de l'air allemande était en mesure d'empêcher toute tentative de pénétration de l'espace aérien de la capitale du Reich..

Hitler voulait se présenter à la foule dans un édifice quasi-sacré symbolisant la communauté du peuple allemand. Mais l'idée de manifester la cristallisation du sentiment populaire, par le biais d'un édifice central propice au rassemblement n'était pas une idée nouvelle du national-socialisme : elle a été fréquemment invoquée dans les débats de l'architecture utopiste après la Première Guerre mondiale : les exemples les plus connus des années 1920 sont le Stadtkrone de Bruno Taut et la Zukunftskathedrale des Sozialismes dont Walter Gropius dans son premier manifeste du Bauhaus. De même, les architectes utopistes des Lumières avaient imaginé des lieux de rassemblement communautaires manifestant l'union des citoyens : ainsi, Klaus Lankheit mentionne dans son ouvrage Der Tempel der Vernunft (le Temple de la Raison), que la coupole d'un monument conçu vers 1793 par Étienne-Louis Boullée, à la gloire de la "Raison" chère à la Révolution française, avait un diamètre de .