alt=Blason avec un damier jaune et bleu|vignette|upright|Armoiries du Vermandois, les plus anciennes connues (Sceaux armoriés sur le gonfanon, vers 1115).

La naissance des armoiries est l'invention, dans l'Occident médiéval, du système emblématique s'appuyant sur le blason, qui est décrit et étudié par l'héraldique.

Des emblèmes sont utilisés dans l'Antiquité et pendant le haut Moyen Âge. Cependant, il faut attendre le , entre 1120 et 1160, pour voir apparaître les armoiries. C'est principalement l'étude des sceaux qui permet de connaître le processus de naissance des armoiries. Sur les sceaux, on passe de quelques représentations d'armoiries sur le gonfanon d'un cavalier à des sceaux équestres qui portent des armoiries sur l'écu. Une théorie suppose le bourgeonnement concomitant de cette innovation dans différentes régions d'Europe. Une autre distingue deux foyers d'origine précis, le Sud de l'Angleterre et les confins du Vermandois et de la Champagne, en France du Nord.

L'émail Plantagenêt, souvent daté des années 1160-1165, qui montre les armoiries du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt, est la plus ancienne représentation héraldique en couleurs connue.

Les armoiries sont une invention propre à l'Occident médiéval, sans qu'il soit besoin de rechercher ailleurs leur origine. Elles forment un système constitué par la fusion d'éléments issus des enseignes, des bannières, des sceaux, des monnaies et des boucliers. Les bannières semblent jouer un rôle primordial. Les armoiries combinent peut-être des emblèmes individuels, familiaux et de fiefs, dont certains sont dès l'origine des armes parlantes. Les emblèmes familiaux, qu'on peut étudier à travers les groupes héraldiques, semblent cependant être essentiels.

Les armoiries se répandent peut-être parce que l'équipement militaire ne permet plus de reconnaître l'identité des combattants et, plus sûrement, grâce à la mode des tournois, soutenue par le développement de la compétition aristocratique et de la valorisation de l'individu. L'adoption des armoiries est corrélée à un besoin d'identification croissant, qui explique à la même époque l'apparition des noms patronymiques et de vêtements plus variés. Les armoiries naissent dans la haute noblesse au avant de se diffuser au dans l'ensemble de la société, selon des chronologies décalées en fonction des pays. Au même moment naît l'héraldique.

Avant les armoiries Antiquité alt=Page manuscrite en couleur de dessins : 5 rangées de 4 ronds coloriés où sont dessinés différents signes|vignette|upright|, 6, boucliers des légions stationnées à Osimi (Brest). Bibliothèque Bodléienne, Oxford Dans l'Antiquité, les Grecs utilisent des emblèmes collectifs qu'on retrouve sur les documents officiels : monnaies, sceaux, cachets de terre cuite Ils se servent aussi d'emblèmes individuels ou familiaux, cités dans les textes littéraires ou représentés sur les vases. Ce sont des images diverses (lettres, attribut de divinité, animal). Ces emblèmes ne constituent pas un système et leur représentation n'obéit à aucune règle précise.

Sous la République romaine, les grandes familles (gens) utilisent un emblème héréditaire, représenté au revers des pièces que les magistrats font frapper. Les armées romaines ont d'abord des enseignes représentant divers animaux. Avec la réforme de Marius en , l'aigle devient un emblème militaire général. Ensuite, sous l'Empire romain, chaque légion, en plus de l'aigle impériale, utilise également une enseigne particulière, objet, animal ou représentation d'un dieu..

On ne sait pas quel crédit il faut accorder aux dessins de la Notitia dignitatum, qui figurent les boucliers des légions du Bas-Empire romain, et qui nous sont connus par des copies du . S'agit-il de codes emblématiques anciens qui auraient pu jouer un rôle dans la genèse des armoires ?

Moyen Âge jusqu'au début du alt=3 scènes superposées, les 2 du haut montrant des batailles et celle du bas un homme couché|vignette|upright|left|Bible de Cîteaux : bataille de Béerzeth, mort et ensevelissement de Judas Maccabée. Bibliothèque municipale de Dijon. Les emblèmes utilisés pendant le haut Moyen Âge, surtout étudiés par des historiens allemands comme Percy Ernst Schramm, sont mal connus et leur influence sur la naissance des armoiries est débattue. Charlemagne porte un bouclier sans ornement, mais fait placer son emblème, une aigle, au sommet de son palais d'Aix-la-Chapelle...

Au , des figures et des couleurs sont peintes sur les écus, sans système particulier, puisque selon le chroniqueur Guillaume de Poitiers, le duc de Normandie Guillaume le Conquérant et le comte d'Anjou Geoffroy Martel, avant un combat qui a lieu en 1049, prennent soin de reconnaître les couleurs des vêtements et la décoration des boucliers. Les armoiries n'existent pas encore au moment où est brodée la tapisserie de Bayeux, dans le dernier tiers du , puisque les figures représentées sur les boucliers des combattants varient pour le même personnage et que certains utilisent les mêmes boucliers.... Les emblèmes utilisés sur les blasons au n'y apparaissent pas non plus.

De même, les boucliers représentés, de manière anachronique, sur les miniatures de la Bible de Cîteaux, ou Bible d'Étienne Harding, qui date de 1109, ne comportent pas encore de véritables armoiries.. Toutefois, ils en sont beaucoup plus proches que les dessins de la tapisserie de Bayeux. On retrouve dans la Bible de Cîteaux des partitions et des pièces du blason : le parti, le pal, le chevronné et le contre-chevronné, la bande, la fasce, le bandé et le gironné, sans que les règles du blason soient respectées. Cette Bible est réalisée sous l'abbatiat d'Étienne Harding, d'origine anglaise, et les dessins pourraient être des traces de souvenirs de boucliers réels de seigneurs anglo-normands ou du Nord de la France.

Les premières armoiries au Objets armoriés et littérature vignette|upright|Émail Plantagenêt. Plaque émaillée funéraire du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt. Musée d'archéologie et d'histoire du Mans.|alt=Sur un fond sombre, chevalier barbu habillé d'une robe armé d'une épée et d'un bouclier bleu allongé sur lequel on voit des lions rouges allongés Dès le , Jacques de Hemricourt, dans Le Miroir des nobles de Hesbaye, affirme que les armoiries sont nées au .. Au , Anatole de Barthélemy date l'apparition du blason féodal .. En 1958, Robert Viel postule une continuité entre les emblèmes utilisés dans l'Antiquité, les dessins de la tapisserie de Bayeux et les armoiries, ces dernières naissant à partir de l'émail de Geoffroy Plantagenêt lors d'une phase de diversification consécutive à un resserrement du nombre des figures utilisées..

Sur la plaque émaillée funéraire du comte d'Anjou Geoffroy Plantagenêt.. sont représentées des figures qui semblent être de véritables armoiries, d'azur à six lionceaux d'or. Depuis Louis Bouly de Lesdain, on considère souvent que ce sont les plus anciennes armoiries connues. et qu'elles auraient été accordées à Geoffroy Plantagenêt lors de son adoubement en 1127 par son beau-père . C'est donc l'événement souvent retenu pour dater la naissance des armoiries... jusqu'aux études de Michel Pastoureau. En effet, celui-ci montre que l'émail représentant Geoffroy Plantagenêt semble avoir été réalisé vers 1160, et que le récit de son adoubement, qui mentionne le bouclier aux six lionceaux, a été écrit par Jean Rapicault, moine de Marmoutier, vers 1170-1175, tandis que son seul sceau conservé, qui date de 1149, n'a pas d'armoiries.. Il est donc probable que Jean Rapicault a projeté en 1127 une représentation typique de son époque, les années 1170..

En conséquence, il est plus précis de considérer que cet émail funéraire est, selon l'expression de Laurent Hablot, le .. De plus, il traduit l'influence anglo-normande sur les comtes d'Anjou, ce qui renforce l'origine géographique de l'héraldique démontrée par les sceaux. C'est ici un cas où l'époux, Geoffroy Plantagenêt, adopte l'emblème familial de son épouse, Mathilde l'Emperesse, prestigieuse fille de roi, afin de revendiquer l'héritage..

Même si on peut se pencher sur le vocabulaire des chansons de geste, les sources narratives sont de peu de secours pour étudier précisément le processus de naissance des armoiries. Les textes disponibles sont des constructions symboliques où les mentions des décors, si elles confirment les sources iconographiques, ne permettent guère d'approfondir. On peut néanmoins citer le Roman de Rou, qui, vers 1160, les appelle des . :

Soit, en français moderne :

L'apparition des armoiries sur les sceaux Les meilleures sources pour dater l'apparition des armoiries sont les sceaux.. Toutefois, il ne s'agit que de sources par défaut, petites et monochromes, qu'on utilise faute de mieux parce que les autres objets porteurs d'armoiries, souvent en couleur (bannières, vêtements, fresques, objets et ustensiles peints ou gravés, armes) ont presque tous disparu à cause de la fragilité de leurs matériaux.. La diffusion du sceau est antérieure à celle des armoiries.

On voit apparaître les premiers signes emblématiques sur des sceaux vers 1120-1150, d'abord sur le gonfanon puis sur l'écu. Jean-François Nieus compte dix-sept sceaux armoriés jusqu'en 1150 et trente-trois jusqu'en 1160, en retenant notamment comme critère le caractère héréditaire de l'emblème proto-héraldique, c'est-à-dire son utilisation par la descendance du seigneur concerné.

Sceaux armoriés sur le gonfanon

Michel Pastoureau propose une chronologie en trois séquences. Tout d'abord, vers 1120-1130, sur certains sceaux équestres de grands nobles, comme le comte , on voit un gonfanon orné de figures géométriques, futures armoiries. Toutefois, Jean-François Nieus écarte ce sceau de la liste des premiers sceaux héraldiques, parce que ce qui y est représenté correspond plutôt aux flammes de la lance à pennon du cavalier.

Le premier sceau portant des armoiries serait celui de ... qui pourrait dater de vers 1110/1120 ou de 1126 ou encore de vers 1130/1135. Jean-François Nieus retient également le sceau de , en usage vers 1130/1150. est le second époux de la mère de , Adélaïde de Vermandois. Les deux sceaux portent un échiqueté (un damier), l'échiqueté de Vermandois, sur le gonfanon, son mariage permettant à d'afficher cet emblème. Ils seraient donc les deux premiers sceaux proto-héraldiques. Jean-François Nieus conjecture, à cause du contexte politique, que ces sceaux auraient pu être utilisés dès les années 1110/1120.. Quant à Michel Pastoureau et Nicolas Civel, ils doutent qu'il s'agisse déjà de véritables armoiries.

Sceaux armoriés dans le champ À côté des sceaux équestres, certains sceaux ne représentent pas de cavalier mais ont le champ envahi par l'emblème héraldique, comme ceux de Richard de Luci (l'emblème est un brochet) et de Rohaise de Clare (l'emblème est un chevronné), nièce de Gilbert de Clare comte de Pembroke et épouse de Gilbert de Gand.

Pour Michel Pastoureau, ce type de sceau constitue une seconde étape, qu'il date de vers 1130-1140, entre les sceaux équestres à gonfanons et les sceaux équestres armoriés sur l'écu. Jean-François Nieus liste d'autres sceaux de ce type, appartenant à , portant une gerbe dans le champ et datant de 1127/1129., à (une aigle, 1140), Baudouin de Reviers (un griffon, avant 1144), Robert de Gloucester (mort en 1147, un lion passant), Ebles de Mauléon (un lion rampant, vers 1130/1149).

Sceaux équestres armoriés