Épisode des Journées de septembre 1830 sur la Place de l'Hôtel de Ville de Bruxelles est un tableau du peintre belge Gustave Wappers, achevé en 1835. Il représente le moment où la création du gouvernement provisoire de Belgique est annoncée au peuple, le , durant les Quatre Jours de Bruxelles.
Son titre fait référence aux Journées de Septembre, l'un des épisodes de la révolution belge et à l'hôtel de ville de Bruxelles, situé sur la Grand-Place.
L'œuvre fait désormais partie de la collection des musées royaux des Beaux-Arts de Belgique à Bruxelles.
Contexte
En 1830, la révolution est dans l'air dans divers pays europeéns : la Restauration prend fin à Paris lors de la révolution de juillet, tandis que la Grèce vient d'obtenir son indépendance de l'Empire ottoman et que le Risorgimento italien s'accentue. La révolution belge éclate à son tour avec les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, qui propagent un mouvement d'insurrection dans l'ensemble des provinces méridionales du royaume uni des Pays-Bas. Le roi Guillaume d'Orange tente alors de reprendre le contrôle de la situation en faisant attaquer son armée à Bruxelles et à Louvain, lançant ce que l'histoire retient comme les Journées de Septembre. À la surprise générale, les forces du prince Frédéric échouent dans chacune de leurs tentatives, ce qui galvanise le moral des « Belges » et finit de rallier les communes encore hésitantes à la cause révolutionnaire. Le gouvernement provisoire de Belgique est créé le et proclame l'indépendance de la Belgique le .
La jeune Belgique cherche à légitimer son existence en exaltant son passé et ses héros, notamment par le biais des arts. En 1832, le gouvernement belge sélectionne son premier artiste, Gustave Wappers, afin qu'il réalise un tableau magistral en ce sens, et lui passe commande d'une oeuvre devant mettre en exergue les héros de la révolution belge. D'autres suivront comme Henri de Caisne et son oeuvre La Belgique couronnant ses enfants illustres. On trouve aussi cette glorification de l'histoire de la Belgique à travers la sculpture, notamment avec la statue de Godefroid de Bouillon érigée sur la place Royale de Bruxelles, ou encore la colonne du Congrès, mais également dans la musique avec la révision de La Brabançonne par Charles Rogier en 1860 ou dans l'architecture, avec la création du Quartier des Libertés ou du Square Ambiorix à Bruxelles.
Le patriotisme romantique était endémique à cette époque et des images et des peintures qui correspondaient à cet esprit du temps surgissaient partout. Eugène Delacroix peint sa célèbre Liberté guidant le peuple en 1830, dans laquelle, inspiré par Pierre Paul Rubens et Michel-Ange, il veut surtout dépeindre le dynamisme et la tension. Gustave Wappers suit le style de Delacroix, dont il a connu l'œuvre lors de précédents séjours à Paris, et donc indirectement celui de Rubens. Le tableau s'inscrit dans la peinture d'histoire romantique du .
Historique Gustave Wappers est chargé par le gouvernement belge en 1832 de représenter l'un des épisodes les plus célèbres de la révolution belge : les Quatre Jours de Bruxelles. Il achève le tableau en 1835.
En septembre 1835, lors des commémorations des Journées de Septembre, le tableau de Wappers est montré au public au musée de Bruxelles. Il est présenté comme le symbole de la nouvelle identité du jeune royaume. Le public et la presse sont ravis. L'œuvre a été citée dans des discours et des poèmes, et une pièce commémorative représentant la « scène » a été frappée. Bientôt, des lithographies ont également été imprimées au travail, qui se sont retrouvées dans d'innombrables salons.
Après les cérémonies de commémoration en septembre 1835, l'œuvre est accrochée quelque temps à l'église des Augustins, avant de faire le tour de nombreuses expositions dans les villes belges et européennes. À partir de 1877, l'œuvre reçoit sa place définitive aux musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, où elle est encore visible aujourd'hui..
Sujet vignette|Combats pour le contrôle de la place Royale lors des Quatre Jours de Bruxelles, en septembre 1830.
Alors que les Quatre Jours de Bruxelles ont commencé depuis la veille, au matin du , une « Commission administrative » est installée à l'hôtel de ville de Bruxelles qui, après une période de rébellion contre le gouvernement néerlandais, est officiellement autorisé à représenter la nouvelle autorité « belge » : le gouvernement provisoire de Belgique. Le soir même suivit l'annonce de ce fait au peuple. Précédée de tambours et toujours dans une confusion totale (les combats avec les troupes gouvernementales battaient toujours son plein), l'annonce aux Bruxellois a été lue dans toute la ville, le drapeau tricolore belge étant agité furieusement. C'est au moment de cette annonce que Wappers choisit le sujet de sa peinture, sans prendre la réalité très au sérieux.
Description vignette|Détail : l'anachronisme du drapeau de la Belgique, représenté à l'envers pour l'époque puisqu'il était disposé à l'horizontal, le rouge vers le haut, jusqu'en 1832. Dans une couleur rubensienne, Wappers élève l'euphorie de cette période révolutionnaire en un manifeste grandiose et jubilatoire, louant la lutte pour l'indépendance de la Belgique. Son « Épisode » s'installe dans une composition pyramidale autour du pilori de la Grand-Place et se concentre sur la lecture de la déclaration. Une lumière artificielle et des nuages enfumés accentuent le sentiment, la rébellion, l'hypersensibilité et la discorde. Le tableau est couronné par le drapeau belge.
En plus de figurants de tous horizons, Wappers dépeint diverses personnes qui ont marqué la révolution. Outre de simples combattants volontaires reconnaissables à leur bonnet et aux couleurs belges qu'ils arborent, on y voit le futur ministre de la Guerre, le général baron Pierre Emmanuel Félix Chazal, ainsi que certains confrères peintres, comme Henri Leys, François Bossuet ou Eugène Verboeckhoven. De nombreux personnages portent une arme, signe que la lutte est toujours en cours. Gesticulant activement, ils se renversent les uns sur les autres. Deux femmes et un vieil homme pleurent un jeune homme qui a été tué, une autre femme porte un bébé et tente de retenir un volontaire prêt à se battre, un chien se promène dans la foule, bref : c'est un grand remue-ménage. Au milieu de toutes ces figures, Wappers se représente aussi, une lance à l'épaule, en pointant du doigt une boîte sur laquelle sont inscrites ses initiales. Par ce geste, il embrasse la révolution, enregistre sa mémoire pour la postérité et revendique en même temps la paternité de ce tableau monumentalvoir Brita Velghe dans Le romantisme en Belgique, ..
Anachronismes et erreurs vignette|L'hôtel de ville de Bruxelles (à gauche) sur la Grand-Place. En 1830, le drapeau de la Belgique est disposé à l'horizontal, le rouge vers le haut. La disposition verticale est actée par un arrêté du et inscrite dans l’article 193 de la Constitution belge le . Or, les deux drapeaux représentés sur la toile portent le noir à la hampe, de manière verticale ; La « place de l'Hôtel de ville » n'existe pas sous ce nom et n'est autre que la Grand-Place de Bruxelles ; Aucun combat, ni même aucune scène de liesse populaire de la sorte, n'ont eu lieu sur la Grand-Place durant les Quatre Journées de Bruxelles, y compris après l'évacuation de l'armée le ;
Références historiques La lance tenue par le peintre Eugène Verboeckhoven (représenté sur la gauche de la toile) a réellement existé et a été prise par celui-ci à un soldat néerlandais, alors qu'il combattait aux alentours de Diegem le . Il l'a ensuite offerte au corps franc des chasseurs Chasteler en guise de hampe soutenant leur drapeau ; Un adolescent faisant office tambour, tel que représenté en bas au centre de l'œuvre de Wappers, était chose relativement commune à cette époque. Plusieurs d'entre eux ont été décrits dans des ouvrages historiques, comme Joseph Depauw, intégré au corps franc de Louvain alors qu'il n'avait que 16 ans, François-Théodre Debrassine, tambour liégeois de 14 ans ou Adolphe Van Pael, de Poucques, trompette âgé de 14 ans en 1830 ; L'un des combattants volontaires est représenté avec un bonnet rouge flanqué des lettres « L G » en jaune, initiales du corps franc liégeois de 1830. Ceci est un fait avéré : les combattants qui formaient des corps-francs venus défendre Bruxelles ou s'engager dans la guerre belgo-néerlandaise, arboraient souvent les couleurs locales, comme ici celles du drapeau de Liège, ainsi que leur origine en accrochant les initiales de leur province ou de leur ville à leur bonnet. On retrouve le même cas avec le corps franc luxembourgeois qui arborait les lettres « L X », dont un exemplaire est conservé au Musée royal de l'Armée et d'Histoire militaire.
Réception et critiques vignette|Certains voient une ressemblance entre le tableau de Wappers et La Liberté guidant le peuple d'Eugène Delacroix, mettant en scène la Deuxième Révolution française. Dans son ouvrage La peinture au dix-neuvième siècle, Paul Fierens compare le tableau de Wappers à l'hymne national belge en disant que : Dans L' éveil de la nation belge et histoire de l'Art dans la Belgique du XIXe siècle, Robert Paul juge que l'oeuvre de Wappers . En effet, cette oeuvre met en scène la journée du lors de la Deuxième Révolution française à Paris, où Wappers résidait à l'époque et qui influença considérablement le déclenchement de la future révolution belge un mois plus tard. Il ajoute, à propos de la toile de Wappers, que :
Postérité Le détail du drapeau est reproduit sur une pièce belge de collection de 100 euros en 2005 célébrant le anniversaire de l'indépendance de la Belgique.
Notes et références
Voir aussi
Source bibliographique Romantisme en Belgique : Entre réalité, souvenir et désir. Catalogue Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, avec des essais de divers auteurs, Racine, 2005, .
Articles connexes Déclaration d'indépendance de la Belgique Journées de Septembre (1830) Révolution belge
Liens externes
Catégorie:Tableau de Gustave Wappers Catégorie:Tableau réalisé en 1835 Catégorie:Œuvre mettant en scène la révolution belge Catégorie:Drapeau dans la peinture Catégorie:Cheval dans la peinture Catégorie:Chien dans la peinture Catégorie:Bruxelles dans la peinture Catégorie:Œuvre conservée aux musées royaux des Beaux-Arts de Belgique