L’ellipse (substantif féminin) (du grec ancien , « manque, défaut, insuffisance ») est un procédé grammatical qui consiste à omettre un ou plusieurs éléments en principe nécessaires à la compréhension du texte, pour produire un effet de raccourci. Elle oblige le récepteur à rétablir mentalement ce que l’auteur passe sous silence. La brachylogie est une variante brève de l'ellipse.
En narratologie, une « ellipse temporelle », également appelée « ellipse narrative », consiste à passer sous silence une période, c'est-à-dire à ne pas en raconter les événements. Il s'agit donc d'une accélération du récitEllipse - Lettres.net.
Exemples d'ellipses grammaticales : ellipse du verbe conjugué ; c’est plus précisément une brachylogie. Sans l’ellipse cela donnerait : (Eugène Delacroix) : ellipse du verbe conjugué ; sans ellipse : : ellipse de ; sans ellipse : (Malraux) : deux ellipses, d'abord de puis d' ; sans ellipses : (Jean Racine) : deux ellipses, d'abord de puis de ; sans ellipses : (Charles Baudelaire, La Musique dans Les Fleurs du mal)
Définition Définition linguistique Il existe trois types d'ellipses : l'ellipse grammaticale : omission d'un mot ou d'un verbe. Souvent cet usage de la figure n'est pas destiné à produire un effet particulier, il s'agit avant tout de faire l'économie d'une répétition souvent par une énumération : (Philippe Sollers) ; l'ellipse temporelle : action dramatique afin, soit d'accélérer le récit pour des raisons de commodité, soit pour dissimuler une information au lecteur ou au spectateur. L'expression révèle la présence d'une ellipse dans le récit ; l'ellipse poétique : omission d'un mot ou d'un groupe de mots, parfois jusqu'à l'agrammatisme de la phrase afin de produire un effet particulier. La phrase, réduite à ses lexèmes conserve alors son sens grâce aux intonations, comme dans les monologues intérieurs ou les impressions fugitives :
On peut aussi combiner l'inversion et l'ellipse ou l'antithèse , voire une figure plus complexe comme un trope .
Il existe également l'« ellipse lexicale », à l'origine de la création de mots : c'est en effet par ellipse qu'un adjectif peut devenir un substantif : une (voiture) automobile, une (section) conique. Le résultat est parfois ambigu : le portable est-il un ordinateur ou un téléphone ? Curieusement par ailleurs, le genre sert à distinguer un (cercle) parallèle en géographie d'une (droite) parallèle en géométrie.
Définition stylistique Les effets visés par l'ellipse sont multiples : elle peut permettre de faire l'économie de mots (« principe d'économie ») afin d'éviter les répétitions, surtout en français, langue qui évite au mieux les redondances grammaticales ; elle peut aussi permettre d'éviter les lourdeurs (répétition d'un syntagme long par exemple qui propose une double ellipse :
L'ellipse permet de ne pas répéter le syntagme postposé au substantif « cœur » : dans sa beauté tranquille, plus également le verbe « être » conjugué.
Variante de l'ellipse : la « brachylogie » La brachylogie (substantif féminin) (du grec composé de , « court », et , « discours ») est un type d'ellipse dans le discours aboutissant à un texte concis, proche de l'anacoluthe et du zeugma :
En tant que figure de style, l'ellipse dans sa fonction de suppression de certains éléments d'une phrase permet la vivacité et la brièveté d'une expression, et cette suppression aboutit à la brachylogie, (Patrick Bacry, Les figures de style, aux Éditions Belin 1992).
Elle est parfois ressentie comme un défaut : , selon Bernard Dupriez dans son Gradus.
Genres concernés En littérature l'ellipse est très employée, surtout dans le roman ; elle est un moyen particulier pour l'auteur de créer son univers et son action. La plus célèbre des ellipses est celle permettant à Gustave Flaubert dans L’Éducation sentimentale de faire l'économie de plusieurs années de la vie du personnage principal Frédéric Moreau, à la suite de la mort de Dussardier tué par Sénécal et qu'il résume par une phrase :
Le blanc typographique marque souvent l'ellipse :
À l'oral, l'ellipse est la marque du style autoritaire : . L'ellipse est également la caractéristique principale du « style télégraphique » : . Le discours journalistique () ou publicitaire () utilisent l'ellipse pour une meilleure efficacité et une économie de mots. En effet, le texte est souvent limité par la place ou la typographie, l'ellipse permet alors de raccourcir le message et d'en permettre une compréhension immédiate par le lecteur. L'ellipse est très employée au cinéma, où elle permet d'accélérer l'intrigue en passant sous silence une séquence temporelle plus ou moins longue. Ainsi, dans le film de Stanley Kubrick, 2001, l'Odyssée de l'espace, le spectateur passe des temps préhistoriques aux temps modernes.
Historique de la notion Dupriez, dans son Gradus, définit l'ellipse comme une figure de construction qui consiste .
Figures proches Figure « mère » : adjonction, alliance de mots Figures « filles » : ellipse diégétique Paronymes : ellipse géométrique Synonymes : zeugme, brachylogie et phébus (lorsqu'elle contribue à obscurcir le discours), parataxe Antonymes : analepse
Notes et références
Darrault-Harris, Ivan, Pour une psychiatrie de l'ellipse, Paris: PUF, 1993
Articles connexes
Glossaire de narratologie
Catégorie:Figure de style Catégorie:Langue française