L'opération Colossus est la première opération aéroportée de l'histoire des Forces armées britanniques, qui se déroule le pendant la Seconde Guerre mondiale.
En , le Premier ministre britannique Winston Churchill ordonne la création d'une unité aéroportée, en réponse aux succès des opérations aéroportées menées par la Luftwaffe pendant la bataille de France. Des volontaires sont formés pour intégrer l'unité, mais l'absence des équipements et des installations indispensables, ainsi que les contraintes administratives ne permettent d'engager qu'un nombre assez limité d'hommes. La première unité aéroportée à suivre les entraînements est composée de membres d'une unité d'élite, le No. 2 Commando, qui, à l'occasion, est rebaptisé No. 11 Special Air Service Battalion. En , le bataillon compte dans ses rangs hommes. Le No. 11 Special Air Service Battalion termine son entraînement en et, en , trente-huit de ses membres sont sélectionnés pour mener une opération visant à tester la capacité des troupes aéroportées et la fiabilité de leurs équipements. L'opération est également une occasion pour évaluer les aptitudes de la Royal Air Force à larguer ses troupes avec précision.
La cible choisie pour l'opération est un aqueduc d'eau douce près de Calitri dans le sud de l'Italie, qui alimente en eau une grande partie de la population locale et plusieurs ports utilisés par les forces armées du pays. Les Britanniques espèrent que la destruction de cette cible entravera les efforts de guerre des Italiens en Afrique du Nord et en Albanie. Le , les troupes sont larguées par des bombardiers Armstrong Whitworth Whitley reconvertis en avions de transport, mais des dysfonctionnements mécaniques et des erreurs de navigation se produisent et les explosifs indispensables à l'opération ainsi qu'une équipe de sapeurs des Royal Engineers atterrissent dans la mauvaise zone. Malgré ce revers, les membres restants de la troupe réussissent à détruire l'aqueduc et tentent de s'enfuir, mais ils sont vite capturés par des militaires italiens. Un traducteur italien qui fait partie de la troupe est torturé puis exécuté, alors qu'un des parachutistes parvient à s'échapper. Les autres membres de l'unité sont détenus en tant que prisonniers de guerre. L'aqueduc étant rapidement réparé, l'opération n'a pas affecté l'approvisionnement en eau des zones portuaires et de la population locale en général.
Malgré un échec partiel, l'opération a permis aux Britanniques d'identifier des failles techniques et stratégiques qui plus tard leur servent à améliorer la planification d'autres opérations aéroportées.
Contexte historique gauche|vignette|alt=Photographie en noir et blanc représentant un homme de forte corpulence assis sur un bureau. Il est vêtu d'un costume sombre et tient un cigare dans sa main droite.|Au début de la Seconde Guerre mondiale, les moyens à disposition des forces aéroportées britanniques ne sont pas à la hauteur des ambitions de Winston Churchill.
Ayant mené plusieurs opérations aéroportées à succès durant la bataille de France, notamment lors de l'attaque du fort d'Eben-Emael, la Luftwaffe fait figure de pionnière des débarquements aéroportés. Cette situation persuade les gouvernements alliés de créer leurs unités aéroportées, démarche initiée en Grande-Bretagne avec la création de deux divisions aéroportées le . À l'origine, le Premier ministre Winston Churchill ordonne au War Office d'enquêter sur la possibilité de créer un corps de parachutistes. Les commandants du War office estiment cependant qu'il est impossible de recruter un nombre aussi important d'hommes en si peu de temps. De plus, les rares planeurs utilisables en Grande-Bretagne sont trop légers pour être utilisés à des fins militaires. À cela s'ajoute l'absence d'avions de transport pour remorquer les planeurs et transporter les troupes. Le , le War Office informe Winston Churchill qu'en raison du manque d'équipements et de temps, seuls hommes sont sélectionnés pour suivre les entraînements aéroportés, parmi volontaires. En , le War Office déclare dans un mémorandum envoyé au Premier ministre que parachutistes vont être opérationnels dès le printemps 1941. Cette éventualité implique toutefois la création d'un organisme de formation des troupes et l'acquisition de tous les équipements nécessaires.
droite|vignette|alt=Photographie en noir et blanc de deux avions militaires en plein vol|Le General Aircraft GAL 48 Hotspur, un des premiers planeurs militaires construits par les Britanniques.
Pour former les hommes sélectionnés, la Central Landing Establishment est créée au RAF Ringway près de Manchester, le . La Royal Air Force fournit un certain nombre de bombardiers moyens Armstrong Whitworth Whitley, qui sont reconvertis en avion de transport militaire pour larguer les parachutistes. Les Britanniques construisent également des planeurs militaires comme le General Aircraft GAL 48 Hotspur, mais ils ne commencent à utiliser ce type d'appareil qu'à partir de l'année 1942 durant l'opération Freshman. Le développement dans l'immédiat d'unités aéroportées, ainsi que la formation des volontaires déjà sélectionnés sont cependant entravés par trois problématiques distinctes. D'abord, avec la menace d'invasion allemande de 1940, de nombreux responsables du War Office et de l'armée britannique n'imaginent pas disposer de suffisamment d'hommes pour constituer des unités aéroportées efficaces, après les pertes subies durant la bataille de France. Ensuite, il y a le problème de l'approvisionnement en armements et matériels, puisque la décision de former une force aéroportée coïncide avec une période de forte demande venant des trois branches des Forces armées britanniques, alors en plein essor. N'ayant pas de politique bien établie pour faire face à la guerre, le secteur de l'industrie britannique n'arrive pas à satisfaire à la fois les demandes des branches de l'armée et de la force aéroportée encore naissante. Enfin, les forces aéroportées britanniques n'ont pas encore de politique organisationnelle bien établie, et il n'est pas encore décidé si elles doivent passer sous les commandements de l'armée ou ceux de la Royal Air Force (RAF). La rivalité entre le War Office et le ministère de l'Air, chargé de la RAF, est également un facteur majeur qui retarde l'expansion des forces aéroportées britanniques.
Préparatifs de l'opération Parmi les hommes ayant commencé un entraînement intensif, 342 sont sélectionnés en , après qu'un bon nombre d'entre eux ont échoué à la formation à la suite de leur refus de passer par l'étape obligatoire du saut en pararachute. Selon les dires d'un officier supérieur de la RAF rattaché au Central Landing Establishment, ces hommes ont refusé de sauter à cause de leur manque d'expérience, mais également par crainte que le parachute ne s'ouvre pas au bon moment. Le , le commando est officiellement baptisé No. 11 Special Air Service Battalion et réorganisé pour former un quartier général de bataillon, incluant un escadron de parachutiste et un escadron de planeur. Le , le bataillon termine officiellement les formations en parachutisme militaire, après avoir participé à des démonstrations devant quelques observateurs militaires. Dès lors, les hommes du No. 11 Special Air Service Battalion sont déclarés aptes au service actif.
droite|vignette|alt=Photographie en noir et blanc de sept hommes vêtus de combinaisons sombres, se tenant devant trois officiers|Le général John Dill, chef de l'Imperial General Staff, inspectant les troupes de parachutistes au Central Landing Establishment au RAF Ringway près de Manchester, en décembre 1940.
Seule unité disponible pour une opération aéroportée, le No. 11 Special Air Service Battalion ne possède pas encore d'avions de transport, tandis que le personnel navigant technique de la Royal Air Force n'a aucune expérience dans les opérations aéroportées. Les Britanniques n'ont par ailleurs aucune installation à l'étranger pour soutenir exclusivement ce type d'opération. En dépit de toutes ces contraintes, le gouvernement britannique et les hauts responsables de la RAF décident de mettre sur pied un raid aéroporté. Cette décision est motivée par un besoin de démontrer au reste du monde que le Royaume-Uni demeure une force de frappe majeure. Première occasion pour tester la capacité opérationnelle du bataillon et la fiabilité de leurs équipements, l'opération permet d'évaluer les aptitudes des Britanniques à larguer leurs troupes avec précision. La cible choisie pour l'opération est un aqueduc traversant la rivière Tragino, près de la ville de Calitri, qui assure l'adduction d'eau vers la région des Pouilles. Cette région compte alors près de deux millions d'habitants et abrite le port de Tarente, qui est d'une importance stratégique majeure pour les forces armées italiennes. En outre, les commandants de la RAF espèrent que la destruction de l'aqueduc et l'arrêt de l'approvisionnement en eau de la population locale affectera le moral des Italiens tout en apportant un impact négatif sur leur efforts de guerre en Afrique du Nord et en Albanie. L'aqueduc est d'une construction solide et se trouve à une distance importante de la côte italienne, ce qui écarte l'hypothèse d'une opération amphibie ou d'un bombardement aérien pour le détruire. Par conséquent, les hauts commandants de la RAF optent pour une opération aéroportée.
Un petit groupe de hommes , baptisé (troupe X) et commandé par le major Trevor Pritchard des Royal Welch Fusiliers, est sélectionné parmi le No. 11 Special Air Service Battalion pour mener l'opération. Trois interprètes italophones participent à l'opération : le Ralph Henry Lucky, le Nasri de la Brigade des fusiliers britannique et un civil italien du nom de Fortunato Picchi, maître d'hôtel d'un restaurant de l'hôtel Savoy. En , la troupe X commence un entraînement intensif de six semaines, le temps pour les ingénieurs de la RAF de reconvertir six bombardiers Armstrong Whitworth Whitley en avions de transport de troupes. Début février, un modèle grandeur nature de l'aqueduc est construit pour permettre à la troupe de pratiquer des sauts en parachute en conditions réelles. Durant une séance d'entraînement, un parachutiste atterrit dans un étang gelé et meurt noyé avant l'arrivée des secours. Selon le plan de l'opération, six bombardiers Whitley du de la RAF doivent transporter la troupe X vers la zone cible via Malte le , tandis que deux autres bombardiers effectuent un raid de déception contre les gares de triage de Foggia, à environ au nord de l'aqueduc. À , les hommes du commando doivent être largués à proximité de l'objectif. Ils doivent par la suite poser les charges explosives, faire exploser la cible et se retirer à l'embouchure du fleuve Sélé, où ils doivent être évacués par le sous-marin .
Déroulement de l'opération vignette|gauche|alt=Photographie en noir et blanc d'un bombardier en plein vol|Pour transporter les troupes vers la cible, six bombardiers Armstrong Whitworth Whitley sont reconvertis en avions de transport militaire.
Le , les hommes de la troupe X s'envolent pour Malte à bord des six bombardiers Whitley. Bien qu'une bonne partie du trajet se déroule au-dessus de la France occupée, aucun incident n'est à déplorer. À leur arrivée à Malte, la troupe est mise au courant de l'existence de deux aqueducs de tailles différentes dans la zone cible, grâce à des photographies aériennes fournies par la Photographic Reconnaissance Unit. Après une brève discussion, la troupe X décide de prendre pour cible le plus imposant des deux aqueducs.