Léon Delfosse, né le dans la section de Libercourt de la commune de Carvin et mort le à Libercourt, est un dirigeant du Parti communiste français qui fut syndicaliste et mineur, puis administrateur des Houillères au moment de leur nationalisation après la seconde guerre mondiale, qui a vu se mettre en place la Bataille du charbon et le Statut du mineur.

Biographie

Origines thumb|left|Son acte de naissance.

Né dans la section de Libercourt à Carvin, dans le Pas-de-Calais, Léon Delfosse descend de trois générations de mineurs, dont un arrière-grand-père descendu au fond lors de l'expansion du bassin minier d'Anzin à la fin des années 1880. Libercourt devient une commune à part entière en 1947.

Carrière professionnelle et syndicale

Dans les années 1922-1923, il fut « escailleur », aide-raccommodeur, chargeur et rouleur puis à vingt ans ouvrier qualifié travaillant sur le front de taille puis partit au service militaire dans l'Infanterie en . Auparavant, il a milité aux Jeunesses socialistes d'Oignies, et s'est fait élire dans ce secteur secrétaire adjoint du Parti socialiste et de la CGT, dont il est ensuite administrateur du syndicat des mineurs du Pas-de-Calais.

Seconde guerre mondiale Fait prisonnier en , Léon Delfosse réussit à s’évader et à reprendre son travail à la mine. Victime d’une « dépression nerveuse », il part chez son parrain dans l’Est puis à Saint-Étienne, où il est arrêté par la police et transféré à Béthune en , puis à Douai le mois suivant, où il est condamné à six ans de prison pour des actions clandestines. Evadé du camp d’Éperlecques (Pas-de-Calais) en avec 280 autres détenus, il rejoint les FFI, participe à la grève insurrectionnelle de l'été 1944 et obtient le grade de capitaine.

Nationalisation des mines Bataille du charbon et stakhanovisme

Léon Delfosse est un des principaux adeptes de la « bataille du charbon » et de l'implantation en France du stakhanovisme, dès Contribution de Serge Curinier, professeur d'histoire à Sciences Po Lille, dans "Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)" en 2019 aux Presses Universitaires du Septentrion puis en lorsqu'est remis en place un système de paiement individuel, dit "Bedeaux", poussant au rendement mais appliqué de manière opaque, faisant "qu'au final, le salaire perd toute lisibilité à cause d'un complexe jeu de coefficients alors qu'auparavant les choses semblaient claires et simples : les mineurs travaillaient en équipe et étaient payés au nombre de berlines", selon Serge Curinier, professeur d'histoire à Sciences Po Lille . Ce système "Bedeaux" a notamment exacerbé le ressentiment contre le rôle excessif donné pendant l'occupation allemande à l'encadrement minier, accusé de collaboration par le journal clandestin L'Enchainé du Pas-de-Calais notamment lors de la répression de la Grève patriotique des cent mille mineurs du Nord-Pas-de-Calais en mai-juin 1941.

Ainsi en 1944-1945, le mot d'ordre syndical ne Rebelle, rebelle! révoltes et mythes du mineur, 1830-1946" par l'historien Bruno Mattei, en 1987 d'autant qu'il risque de générer plus de poussière de charbon et donc de silicose. Même si elle est alors encore assimilée par les médecines des mines à l'anthracose, nom générique d'une série de maladies liées à diverses espèces de champignons phytopathogène et à l'humidité, notamment au printemps et à l'automne, les mineurs viennent d'obtenir en qu'elle soit reconnue comme maladie professionnelle. La généralisation des machines d'abattage minier lourdes (marteaux-piqueurs puis haveuses), sans neutralisation des poussières à partir de la fin des années 1920 avaient transformées les mines en lieux particulièrement délétères pour la santé, phénomène aggravé par le paiement au rendement individualisé et le système "Bedeaux", les effets commençant à être perçus une génération ou presque plus tard"Quand la silicose n'était pas une maladie professionnelle. Genèse de la réparation des pathologies respiratoires des mineurs en Belgique (1927-1940)" par Éric Geerkens, dans la Revue d’histoire moderne & contemporaine, en 2009 .

Des mots d'ordre de "stakhanovistes" sont pourtant répercutés au sein de la CGT bien avant que des responsabilités économiques essentielles soient confiées à des ministres communistes à partir de , et malgré , conçu par ministre socialiste de la production industrielle Robert Lacoste"La seule voie possible" : Remarques sur les communistes du Nord et du Pas-de-Calais de la Libération aux grèves de novembre 19472" par l"historien Jean-Pierre Hirsch, dans la Revue du Nord en 1975 , notamment dès le lorsque la CGT demande aux mineurs de travailler certains dimanches pour augmenter la production, en amont du premier meeting de Maurice Thorez dans le bassin minier qui le aurait réuni « 60 000 personnes à Lens », selon Liberté, et de l' par Robert Lacoste à la radio le suivant"LA FOI DES CHARBONNIERS"| Evelyne Desbois, Yves Jeanneau, Bruno Mattéi .

Si "la prime à la tonne" est aussi "une iniquité" reconnait-il, "malgré tout, il faut que le charbon sorte de nos puits pour finir la guerre", souligne-t-il dès le La Tribune des mineurs du 3 février 1945, alors que Nestor Calonne, secrétaire général du syndicat des mineurs CGT du Pas-de-Calais, "s’est élevé contre" lui "avec une extrême violence à propos de cette méthode" en dénonçant "le retour au travail individuel" tandis que Delfosse se déclarait pourInterview de 1981 avec Bruno Mattei. "Nous devons maintenant gagner une autre bataille du charbon » écrit notamment Léon Delfosse dans La Tribune des mineurs du , puis "Il faut que partout dans nos fosses, dans nos usines se crée une mystique de la production, gage de notre foi en l’avenir"Biographie Le Maitron de Léon DelfosseLa Tribune des mineurs de mars 1947.

Le modèle ainsi proposé, selon les historiens, "porte un nom : le stakhanovisme" et quelques jours avant le discours de Thorez dans la région, cette fois à Waziers en juillet, ce dernier fait écrire dans Liberté une série d’articles intitulée : « Pour gagner la "bataille de la production", demandant « Ne pourrions-nous pas nous inspirer des résultats d’un pays ami, l’Union soviétique, où le stakhanoviste est chéri à l’égal du héros des champs de bataille » ?. Léon Delfosse va par la suite affiner cette approche, par un stakhanovisme s'appuyant sur la formation et les techniques lors du lancement du n° 1 de la revue Mineurs, en . Pour lui, la bataille du charbon, n'est pas seulement des objectifs quantitatifs car « une pédagogie de masse » la sous-tend. Liberté, quotidien régional du PCF, souligne qu'à la compagnie où travaillait et officiait comme délégué mineur Léon Delfosse, à Oignies, après deux coups de grisou meurtriers, ayant fait le six morts puis le 28 mars 13 mortsMineurs de fond le 21 décembre 1990 "Catastrophe du 23 mars 1944 à Oignies : d’émouvants témoignages épistolaires", article dans La Voix du Nord , ce dernier avait fait monter le rendement au plus haut de tout le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, à 1002 tonne par jour, et par . Le PCF applique alors le , en vue .

Aux tout début, d'autres leaders syndicaux étaient plus prudents, comme Henri Martel expliquant en au tout début de la « bataille du charbon » dans Liberté du que le patronat minier a "pendant des années, en particulier 30-35, et durant l’occupation, usé physiquement les mineurs, et moralement d’avoir tué en eux l’amour du métier (...) aujourd’hui le métier dégoûte au point que le grand rêve des parents est de soustraire le fils à la mine". Le journal socialiste L’Espoir du estime même, lui, que "le stakhanovisme, c’est d’une manière déguisée, qu’on le veuille ou non, le retour à certaines méthodes maudites que les mineurs ont condamnées".

En raison de l'opposition au stakhanovisme, particulièrement forte dans l'ouest du bassin minier, y compris au sein de la CGT et du PCF, c'est dans la partie orientale qu'il est mis en place d'abord, notamment à Denain, par une journée d'étude des jeunes mineurs les 25 et , où l'un des participants réclame la "création d'équipes de choc, comme en URSS"Note des Renseignements généraux, citée par Serge Curinier, professeur d'histoire à Sciences Po Lille dans "Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)" en 2019 aux Presses Universitaires du Septentrion . Au puits n° 2 de la fosse dite "Sabatier" de l'ex-compagnie des mines d'Anzin, à Valenciennes, un groupe d'élite est constitué à l'instigation de l'URJF, les jeunesses communistes, estimant que . Puis dans cette même Fosse Sabatier, en , face à la baisse de la production et du rendement causé par la Sainte-Barbe, Liberté rapporte le que "les jeunes de l'UJRF ont lancé le mot d'ordre, à chaque jeune mineur une tonne de plus par jour, par ce geste ils prouvent leur civisme et leur patriotisme"Liberté du 2 décembre 1945, cité par Serge Curinier, professeur d'histoire à Sciences Po Lille dans "Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)" en 2019 aux Presses Universitaires du Septentrion . Bien que basé à Oignies, Léon Delfosse écrit en dans La Voix du mineur, organe du Syndicat unitaire des mineurs du bassin d'Anzin fondé en 1907, qu'un ouvrier seul pourrait livrer jusqu'à 20 berlines de charbon dans un des puitsLiberté du 28 mai 1946, cité par Serge Curinier, professeur d'histoire à Sciences Po Lille dans "Reconstruire le Nord – Pas-de-Calais après la Seconde Guerre mondiale (1944-1958)" en 2019 aux Presses Universitaires du Septentrion .

Promotion à la direction des Houillères Deux ans après la Libération de la France, le journal officiel publia en un arrêté assez contesté, destituant les trois directeurs généraux adjoints des Houillères du Nord, remplacés « de manière parfaitement contestable juridiquement, pour assurer l'encadrement idéologique du bassin minier », selon les mémoires de Paul Gardent, futur directeur général des Charbonnages de France alors que Michel Duhameaux, ex inspecteur de la production sous l’occupation » Un grand patronat français peu renouvelé à la Libération » par Hervé Joly, du LAboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes les avait choisis « pour leurs connaissances minières » « Souvenirs d'un parcours professionnel » par Paul Gardent, ingénieur général des mines, conseiller d'Etat, en 2000

Parmi les promus contestés, deux proches du numéro un communiste Maurice Thorez, Léon Delfosse et Louis Thiébaut qui ont ensemble fondé au même moment la revue « Mineurs », rédigée sous leur direction., visant à « donner à l'ouvrier une culture technique lui permettant de mieux comprendre le pourquoi de ses dures conditions de travail », et qui souligne « les difficultés de l'heure » et les « perspectives de la modernisation » pour le rendre « solidaire du devenir de l'entreprise et par là, des destinées de la nation », s’opposant aux syndicalistes chrétiens qui jugent « impropre » d’appeler cette démarhe pédagogie « quand on sait que la dignité de la personne est délibérément sacrifiée aux buts à atteindre ».

L’affaire avait commencé au début de l’année, des syndicalistes chrétiens et le PDG refusant dans un premier temps le candidat d'Auguste Lecœur, son chef de cabinet, Jean Thomas et après « un mois de palabres » marquées par une tentative d’imposer le vote à mains levées, un « compromis » élit à la présidence Louis Thiébault , aux vice-présidences, Florent Lampin, et le journaliste chrétien Jules Catoire, tandis que Léon Delfosse, Georges et Mangez, sont les directeurs adjoints du nouveau patron, l’ingénieur CGT Jean Armanet.