vignette|Drapeau catalan, qui reprend celui de l’ancienne couronne d'Aragon. L’histoire du catalanisme remonte à la première moitié du , avec le mouvement culturel de la Renaixença , rapidement accompagné de sa politisation en lien avec l’essor de l'opposition au modèle d’État, libéral mais centraliste, dominant dans l'Espagne de cette époque. Après l’échec de l'expérience fédérale de la Première République espagnole (1873-1874), le mouvement catalaniste évolua vers des revendications de plus en plus ouvertement nationalistes tout au long de la Restauration (1875-1923). Selon l’historien britannique John H. Elliot, le terme de , . Plus précisément, l'adjectif commença à être utilisé en 1870-1871 par les membres de Jove Catalunya et ceux de la revue La Renaixensa pour se qualifier eux-mêmes. L'introduction du nouveau terme correspondait à une volonté de revendiquer un objectif qui aille au-delà d’un simple régionalisme. Malgré des antécédents remontant à 1834, on considère que le catalanisme comme mouvement politique naît à la fin des années 1880.

Son affirmation en tant qu’alternative politique eut lieu dans le contexte de la commotion collective causée en Espagne par le dénommé , sous l’impulsion du nationalisme conservateur de la Lliga Regionalista, qui fit irruption dans la scène politique espagnole en 1907 avec le triomphe de la candidature de Solidaritat Catalana, coalition formée en opposition à la Ley de Jurisdicciones et à l’impunité des auteurs des incidents du ¡Cu-Cut!.. La première victoire notable de la pression catalaniste exercée sur les gouvernements du turno de la Restauration fut la création en 1914 de l'entité régionale de la Mancommunauté de Catalogne, qui réunissait en une institution les quatre provinces catalanes. La se révéla néanmoins un échec.

La dictature de Primo de Rivera (1923-1930) mena une politique fermement anticatalaniste, mais eut des effets contraires à ceux escomptés, le sentiment nationaliste catalan se diffusant largement dans la population : lors de la en , le catalanisme, dominé par des courants de gauche, obtint une victoire écrasante dans la région. En , les Cortès approuvèrent le statut d'autonomie revendiqué de longue date, qui resta en vigueur jusqu’à l'occupation de la Catalogne par les troupes franquistes à la fin de la guerre civile espagnole (1936-1939). Durant la dictature franquiste, le catalanisme et tous les signes différentiels des régions d'Espagne, y compris l’usage du catalan, furent durement réprimés, surtout dans les premières années du régime. À partir des années 1960, le catalanisme retrouva vigueur et il joua un rôle de premier plan lors de la Transition démocratique espagnole amorcée à la mort du général Franco.

En 1979 était approuvé un nouveau statut d’autonomie, la Catalogne étant instituée en communauté autonome et reconnue comme une nationalité historique dans le nouvel État des autonomies. Le panorama politique régional fut alors dominé par la figure du nationalisme Jordi Pujol, qui se maintint à la tête du gouvernement de la Généralité durant consécutives. Les élections au Parlement de Catalogne de 2003 ouvrirent une nouvelle étape, avec la formation d’un gouvernement de coalition de gauche, dont l'objectif principal était la réforme du statut et l’élargissement de l’autonomie catalane. En 2006, le Parlement espagnol approuvait un nouveau statut, avec de nombreux changements apportés au projet initial. En , un du Tribunal constitutionnel espagnol sur le statut d’autonomie représenta un coup dur pour les aspirations nationalistes catalanes. La réaction de rejet à celle-ci entraîna une augmentation spectaculaire des revendications indépendantistes jusqu’alors marginales.

Entre 2012 et 2019, le panorama politique régional fut dominé par un qui tenta d’obtenir l’indépendance de la région par divers moyens, y compris une déclaration unilatérale en 2017, mais qui fut contrarié par le gouvernement central, conduisant à une mise sous tutelle des institutions autonomiques en application de l’article 155 de la Constitution espagnole. En 2021, l’autonomie était rétablie mais le front unitaire des formations indépendantistes se brisa l’année suivante.

Antécédents et apparition du catalanisme politique (1808-1875) La double identité catalane et espagnole et l’opposition au modèle centraliste et uniformiste de l’État libéral vignette|Première page du premier numéro de Lo verdader catalá, première revue entièrement écrite en catalan. La gravure représente un Catalan en habit traditionnel accompagné du texte : . Selon l’historien Pere Anguera, vers 1800 l'Espagne était . Y contribuaient également, avec une certaine idéalisation, . En 1775, le voyageur anglais Henry Swinburne soulignait chez les Catalans qui les avait conduits à mener d’Europe. Il décrivait également la guerre de succession espagnole comme . Le général français Jacques Dugommier fit un constat similaire lorsque, pénétrant tout juste en Catalogne avec ses troupes en 1794, au cours de la guerre du Roussillon, il communiqua au Comité de salut public que le Catalan était et qu’il . Toutefois, à partir des années 1770, les élites catalanes avaient commencé à assumer le projet espagnol, bien qu’il fallût attendre la guerre contre Napoléon pour voir un grand saut en avant. ..

C’est en effet la guerre d’indépendance du début du qui marqua l'apparition du nationalisme espagnol moderne, en Catalogne comme dans le reste de l’Espagne. Le sentiment d’une identité espagnole commença à émerger en Catalogne, lorsque ses habitants .

Néanmoins, une claire opposition à toute tentative d'indentification avec la Castille, notamment sur le plan linguistique ou juridique, se manifesta. En effet, tout au long du , une revendication des institutions et lois propres de la Principauté de Catalogne abolies par les Décrets de Nueva Planta en 1714, ainsi que l'usage de la langue catalane, y compris à certains niveaux administratifs et académiques, avaient été maintenusVoir par exemple l'article (revendication de la restauration des anciennes institutions de la couronne d'Aragon).. . Ce que les Catalans du début du . Une envers la Castille qu’avait déjà remarqué le voyageur français Alexandre de Laborde ou le général libéral Evaristo San Miguel, qui affirma en 1836 : .

Dans l’opuscule de propagande Centinela contra franceses () publié peu après la bataille de Bailén de , le Barcelonais Antoni de Capmany, qui fut plus tard député aux Cortes de Cadix, louait l’existence en Espagne d’une diversité qui manquait en France, où , et qui avait servi à résister à l'envahisseur napoléonien :

Campany considérait toutefois le catalan comme une , point de vue partagé par le libéral Antonio Puigblanch, de Mataró, qui dans son œuvre La Inquisición sin máscara (, 1811) défendait l’idée que la Catalogne , le catalan, pour adopter la , l’espagnol, pour se rapprocher davantage des nouvelles institutions et du , car, argumentait-il, .

Au cours du complexe processus de construction de l’État libéral en Espagne, ses partisans en Catalogne firent en sorte de mettre en avant la continuité des anciennes avec le nouveau régime constitutionnel, pour ainsi , mais également pour .

À la suite de la convocation des Cortes de Cadix, l’ formée en 1808 après le rejet de l’abdication de Bayonne, rédigea un résumé de ses principales revendications, dans lequel elle reconnaissait les avantages d’une uniformisation législative de la Monarchie tout en défendant l’idée que la Catalogne devait à l’époque de la Maison d'Autriche.

En 1820, au début du Triennat libéral, la députation provinciale de Catalogne se déclarait successeur de l’ pour et défendait la et . Certains établirent également des parallélismes entre la Constitution de 1812 et l'ancienne législation catalane car toutes deux, selon les mots du député Vila en , avaient été arrachées par une , à chaque fois la France, en 1714 puis en 1823.

vignette|gauche|Víctor Balaguer, l’un des principaux écrivains de la Renaixença, fondateur du journal La Corona de Aragón. En conséquence, une double identité catalane et espagnole apparut, une double allégeance que l’on pourrait résumer dans la phrase . Un article publié anonymement dans la revue El Nuevo Vapor en affirmait ainsi que les Catalans avaient participé , tout en soulignant que , si bien que . À la fin du , le prêtre catalaniste conservateur Jaume Collell situa la naissance de ce double et fort sentiment dans la guerre d’indépendance contre les Français. Ainsi, selon l’historien Pere Anguera, .

Cette dualité de sentiments se manifestait par exemple en mars- dans la première revue écrite en catalan, Lo verdader catalá, qui préconisait le maintien de la personnalité catalane avec l’unité matérielle et spirituelle de l’Espagne, tout en critiquant l’État centraliste qu’était en train de mettre en place le Parti modéré, au pouvoir durant la plus grande partie du règne d'Isabelle II. Le libéral progressiste Tomás Bertran i Soler en arriva à proposer que le gouvernement de la reine octroie .

En 1851, J.B. Guardiola défendit la décentralisation comme la meilleure garantie de l’unité de l'Espagne, car elle constituait non pas . Trois ans après le triomphe de la Vicalvarada, naissait la revue La Corona de Aragón , lancée par Víctor Balaguer, dans laquelle on revendiquait également la décentralisation et dont le titre était, selon un de ses éditoriaux, . La revue, qui en arriva à être qualifiée de , défendait l’idée que par la race, la langue et l’histoire. En 1855, J. Illas Vidal regrettait dans son opuscule Cataluña en España que , une plainte partagée par Joan Mañé i Flaquer, , qui mettait en avant l’absence de , qu’il attribuait à la volonté d’uniformisation castillane des gouvernements isabellins. En 1860, plusieurs députés catalans de l’Union libérale menés par Manuel Duran i Bas présentèrent devant les Cortès une proposition de décentralisation de l’Espagne, satisfaisant l’, mais ne fut pas appuyée par le gouvernement de Leopoldo O'Donnell et fut rejetée. La même année était publié le livre de Juan Cortada Cataluña y los catalanes , qui différenciait les Catalans et tout en les considérant , et proposait la construction d’une Espagne solide et cohérente. Il constatait également l’existence de certains Catalans qui . En 1860, le Catalan Antoni de Bofarull écrivait que , et regrettait le fruit de cette ignorance, c’est-à-dire l’idée que seule celle qui serait prépondérante serait tenue pour valable.

La Renaixença et le « catalanisme populaire »

vignette|El Vapor du , revue qui publia Oda a la Patria de Bonaventura Carles Aribau, qui marque le début de la Renaixença. La Renaixença fut un mouvement culturel apparenté au romantisme qui prétendait restaurer une littérature savante en langue catalane . On situe habituellement ses débuts en , avec la publication de Oda a la Patria de Bonaventura Carles Aribau dans la revue barcelonaise El Vapor, qui fut suivie par les de Joaquim Rubió i Ors publiés dans le Diario de Barcelona à partir de 1839 et plus tard rassemblés dans le recueil Lo Gayter del Llobregat , dans l’introduction duquel il exposait son programme littéraire, basé sur l’amour des et la revendication de la langue dont il regrette qu’elle se perde jour après jour et que certains aient honte de la parler ; il y déclarait également que .