L'Express de l'Est est un quotidien régional français, paru entre et , principalement dans les Vosges.

Histoire Fondation en 1921 Le quotidien est fondé en 1921 par l’industriel Paul Lederlin, qui contrôlait alors la Blanchisserie et teinturerie de Thaon (BTT), pour soutenir son action politique : maire de Thaon en 1919, il s'était fait élire en 1920 conseiller général et sénateur. Le journal succède au quotidien de centre-gauche fondé en 1908, L'Union républicaine des VosgesNotice de la BNF, que soutenait le père de Paul Lederlin, Armand LederlinLe Mémorial des Vosges, 3 août 1908. Un éditorial signé par Lederlin et par les députés Constant Verlot et René Fonck, publié dans le premier numéro, s'adresse aux et annonce que le journal entend suivre une ligne éditoriale . Il se déclare à la fois hostile aux communistes et à la (les partis de droite).

Il est possédé par une société anonyme, la Société de l’Express de l’Est au capital de francs, divisé en actions de cent francs. Les administrateurs du premier conseil d’administration sont, outre Lederlin, René Fonck, Constant Verlot, qui est aussi maire de Senones et vice-président du conseil général, René Porterat, alors président du Conseil général des Vosges et maire de Mirecourt, Adrien Richard, industriel verrier et conseiller général, futur sénateur, Henri Schmidt, ancien député des Vosges de 1906 à 1919, Henri Manuel, industriel et maire d’Igney, président du syndicat des filateurs de l'Est, vice-président du Syndicat cotonnier de l'Est et de la Fédération républicaine démocratique des Vosges depuis l'avant-guerre et ancien administrateur de L'Union républicaine des VosgesHenri Manassé-Manuel (1878-1942), né à Toulouse, juif, est d'abord avocat dans cette ville. Il épouse en 1903 Hélène Lang (La Dépêche, 18 janvier 1903), fille d'Emile Lang, juif, industriel cotonnier, dirigeant de Kahn, Lang et Cie (firme constituée en 1890, possédant une filature aux Grands Sables, au sud d'Epinal, et une filature à Igney), mort en 1907. Il devient l'un des dirigeants de cette firme, qui change de raison sociale pour celle de Kahn, Lang et Manuel et se transforme en société anonyme en 1922 (L'Express de l'Est, 28 janvier 1922 : il est administrateur avec Lucien Kahn). Il en est l'administrateur-délégué en 1923 avec de nouveaux administrateurs, comme Henri Motte, industriel de Roubaix, président du conseil d'administration, et Max Prud'homme (L'Est républicain, 3 mars 1923 : capital de 12 millions de francs). Il administre d'autres firmes dans les années 1920, telle la Société textile de l'Est (1920), aux côtés notamment de Max Prud'homme ou Paul Cuny (Le Télégramme des Vosges, 5 avril 1920) ou la Société métallurgique de l'Est. Il est encore administrateur de la société de L'Express de l'Est en 1929 (L'Express de l'Est, 24 juillet 1929). Depuis 1917, il s'est associé à Albert Oustric et le suit lorsque ce dernier fonde à Paris une banque, dont Paul Lederlin devient actionnaire, à partir de 1918 ou 1919. Henri Manuel préside son conseil d'administration. Oustric fait faillite en 1929-1930, provoquant un scandale politico-financier. Henri Manuel est interrogé par la commission d'enquête parlementaire en 1931 (L'Eclair de l'Est, 31 janvier 1931, Le Populaire, 31 janvier 1931). Sa société, Kahn, Lang et Manuel a connu des difficultés en 1930. Il préside alors son conseil d'administration, aux côtés de nouveaux administrateurs (Les Assemblées générales, 15 juillet 1930). Sa société dépose son bilan en 1933 et est mise en liquidation judiciaire en décembre. Il fait aussi faillite. Sa demeure spinalienne, rue Abel-Ferry, est saisie et vendue en 1936 (L'Express de l'Est, 19 octobre 1936, ). Henri Manuel, son épouse et son beau-père, ainsi que Lederlin sont évoqués par Carole Achache, une de ses descendantes, dans La plage de Trouville, Stock, 2008 (l'auteure souligne qu'Henri Manuel a été un flambeur, à l'instar de Lederlin, menant une vie fastueuse). Dans ses mémoires, la veuve d'Abel Ferry, allié politique d'Henri Manuel, a jugé sévèrement ce dernier, qualifié de (cité par Claude Ferry, Abel Ferry. Le dauphin de la République (1881-1918) éditions Baudelaire, 2021). Cf. aussi Hubert Bonin, « Oustric, un financier prédateur ? », dans la Revue historique, T. 295, Fasc. 2 (598), avril-juin 1996. L'un de ses fils, André Manuel, sera le chef du renseignement du bureau central de renseignements et d'action (BCRA). Un autre fils, Pierre, résistant sera déporté à Auschwitz en 1944 (Fiche biographique de Pierre Manuel)., Georges Lang, industriel cotonnier à RemiremontLang (1873-1944) est cogérant du Comptoir textile de Remiremont. Il est conseiller municipal de Remiremont jusqu'en 1936 et conseiller d'arrondissement, vice-président de l'Association républicaine radicale et radicale-socialiste de Remiremont, reconstituée en 1919 (Remiremont, histoire de la ville et de son abbaye, Société d'histoire locale de Remiremont, 1985). et l'industriel Georges Juillard-Hartmann, président du conseil d'administration de la BTT et du Syndicat cotonnier de l’Est, ancien maire d'Épinal« Annonces légales. Société de L'Express de l'Est », L'Express de l'Est, 26 janvier 1922. Un conseil composé d’hommes politiques et d’industriels, pour la plupart protestants (Lederlin, Lang, Juillard-Hartmann) et juifs (Manuel), radicalisants et , du centre-gauche et du centre, membres ou proches de la Fédération républicaine démocratique des Vosges, fondée en 1905. Ces hommes se rencontrent aux réunions du comité vosgien du Comité républicain du commerce, de l'industrie et de l'agriculture ; Lang le préside, Lederlin est son président d'honneur et Manuel son vice-président. Verlot et Porterat y participentLe Télégramme des Vosges, 7 mai 1921.

Paul Lederlin contrôle plus de 80 % du capital de la société de l'Express de l'Est. Les principaux actionnaires de la société de l'Express de l'Est sont, outre Lederlin, Henri Manuel (500 actions), Augustin BaudoinBaudouin (1864-1938) gère son entreprise de travaux publics jusqu'en 1908, puis devient propriétaire-rentier, préside en 1921 l'Association des entrepreneurs des Vosges depuis 11 ans, a fondé et présidé l'Association des entrepreneurs du Nord-Est. Il siège à la Chambre de commerce d'Épinal. Conseiller municipal d'Épinal depuis 1912, maire depuis 1919, il est aussi conseiller général depuis 1919 : L'Express de l'Est, 18 août 1921, Dossier de la Légion d'honneur d'A. Baudouin dans la base Léonore (Paul Lederlin lui remet sa croix de chevalier de la Légion d'honneur en 1921)., maire d'Épinal, ancien entrepreneur de travaux publics, membre de la commission exécutive de l'Alliance démocratique depuis l'avant-guerre (25 actions) et René Porterat (10 actions). Lederlin contrôle aussi deux sociétés annexes, l'imprimerie Fricotel, fondée en 1919 par l’imprimeur Henry Fricotel, et une société immobilière qui abrite les locaux du journal, au 40, quai des Bons-enfantsIbidem..

Du journal d'opinion au quotidien d'information Le quotidien reflète les convictions de son principal propriétaire, Lederlin. Il polémique à la fois avec La République des Vosges, l'organe de la gauche radicale-socialiste de Marc Rucart, et Le Télégramme des Vosges, de droite. Le journal de Rucart combat celui de Lederlin, notamment en 1924 et 1925 au temps du cartel des gauches, contesté par L'Express de l'Est du fait de l'alliance entre radicaux-socialistes et socialistes. Les élections de 1924 sont un échec pour les candidats du journal, radicaux indépendants et (centristes)« Le congrès républicain», L'Express de l'Est, 3 mars 1924, L'Eclair de l'Est, 13 mai 1924.. Seul Constant Verlot est réélu député, les autres candidats de sa liste sont battus. Parmi lesquels figurent Henri Manuel, Porterat, Fonck et Louis Simonet, ancien député, ainsi que le secrétaire général du Parti républicain démocratique et social (PRDS), Albert MameletUn autre candidat est Charles Eulriet, agriculteur et conseiller d'arrondissement du canton de Charmes. Mamelet (1883-1949), agrégé de philosophie, normalien, a abandonné l'Université (il a enseigné au lycée de Belfort avant la guerre) et le journalisme (il a été brièvement rédacteur à L'Est républicain) pour la politique, malgré des échecs électoraux. Il se présentera encore dans les Vosges à une élection cantonale, dans le canton de Châtenois (d'où il est originaire) en 1925.. Il publie les lettres d'Henri Manuel qui polémique avec le député radical-socialiste Camille Picard« Une dernière à M. Picard », L'Express de l'Est, 10 janvier 1926 : Picard attaque Manuel dans La République des Vosges et dans l'Abeille des Vosges : L'Abeille des Vosges, 27 mars 1926.. Il polémique aussi avec Le Télégramme des Vosges, par exemple lors des élections municipales de 1929 à Épinal, le secrétaire de rédaction du journal s'en prenant au nouveau rédacteur en chef du Télégramme, Henri Maire, et au jeune industriel Georges Laederich, soutien financier du Télégramme et futur copropriétaire de L'Express de l'Est, accusés d'avoir arraché des affiches électorales de leurs adversaires et de collusion avec les Jeunesses patriotesL'Express de l'Est, 30 avril 1929, Ibid., 5 mai 1929, Ibid., 6 mai 1929, , Ibid., 8 mai 1929, , Le Télégramme des Vosges, 7 mai 1929, Le Télégramme des Vosges, 9 mai 1929. Sur les suites judiciaires : L'Express de l'Est, 3 juillet 1929, Ibid., 19 octobre 1929, Le Télégramme des Vosges, 4 juillet 1929, Ibid., 26 octobre 1929 (Me Nejean perd son procès en diffamation).. L'Express de l'Est continue à s'en prendre à Laederich, Maire et René Brouaux (qui mena la liste de droite aux municipales) jusqu'en 1931L'Express de l'Est, 15 juin 1930, Ibid., 15 mars 1931, Ibid., 17 mars 1931, Ibid., 26 mars 1931..

Son tirage oscille dans les années 1920 entre 13 000 et 15 000 exemplaires.

D’organe politique, le journal devient peu à peu un journal d’informations, de plus en plus neutre, ce qui fut le cas lors des élections législatives de 1936. Les échecs électoraux de Paul Lederlin en 1925 et son élection comme sénateur de la Corse en 1930 l'ont poussé à délaisser le journal et à en confier l'administration à son fils, Paul-Alexandre (dit Sacha), maire de Thaon de 1929 à 1934, administrateur-délégué de la société de l’Express de l'Est et de l’imprimerie Fricotel. Celui-ci modernise le journal, introduit de nouvelles rubriques (page agricole, page sportive) malgré les pertes accumulées en 1931 (plus d'un million de francs). Le tirage augmente, passant de 17 000 exemplaires en 1931 à 20 000 exemplaires en 1939.

Intégration au groupe de presse de Raymond Patenôtre, 1936-1937

Les déboires économiques de Paul Lederlin au début des années 1930 – il perd le contrôle de la BTT en 1930 et en est écarté en 1933 ; l’entreprise étant reprise par le groupe Gillet de Lyon, constituant la société Gillet-Thaon en 1935 – et sa volonté de financer sa réélection en Corse provoquent la vente du journal, malgré les protestations de son fils. Le quotidien est cédé à Raymond Patenôtre, propriétaire d’un groupe de presse comprenant des journaux de province et un quotidien parisien, Le Petit Journal, député de Rambouillet depuis 1928, se situant sur les marges du parti radical, à la fois proche d’Édouard Daladier et de Pierre Laval. Patenôtre a confié l’administration de ses journaux à Albert Lejeune, son homme de confiance, associé à ses affaires de presse. Lejeune a pris la direction du Petit Journal et administre et dirige des journaux en province (Le Petit Niçois, Le Petit Var, Lyon républicain). Il prend aussi le contrôle de l’hebdomadaire Marianne en 1937.

Rachat secret par un groupe d'industriels en 1937