La peinture surréaliste est un courant pictural issu du mouvement surréaliste. Elle est particulièrement active et organisée entre la fin des années 1920 et le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, lors duquel ses membres se dispersent, tout en conservant une influence durable.

Elle s'inscrit dans le sillage de l'art moderne : plusieurs artistes surréalistes ont été influencés par le cubisme, le futurisme ou encore l'art abstrait. Les peintres surréalistes s'attachent au thème du rêve, faisant émerger des figures sans lien logique apparent sur la toile, ou proposant des scènes mentales tourmentées.

Parmi les grands peintres surréalistes, on compte Salvador Dali, Yves Tanguy, Max Ernst, René Magritte, Paul Delvaux ou encore Victor Brauner.

Après-guerre se fondent des groupes comme cobra, qui poursuivent la peinture surréaliste. Une bonne partie de l'art de la seconde partie du XXe siècle s'inspire des techniques surréalistes, en particulier l'art brut et l'action painting.

Précurseurs Jérôme Bosch vignette|Jérôme Bosch est une référence majeure pour le surréalisme, entre autres pour son tableau La Nef des fous La première figure que la postérité retient en tant que précurseur du mouvement surréaliste est Jérôme Bosch. Il est à ce titre qualifié d'artiste , bien que des réserves aient été émises par l'historien de l'art Walter Bosing en raison du caractère anachronique de cette comparaison. La réception qu'en ont fait les artistes surréalistes évincent complètement l'aspect religieux des tableaux de Bosch, y préférant davantage le caractère grotesque et macabre de ses peintures, en plus de l'atmosphère fantasmagorique et inquiétante qui se dégagent des toiles de l'artiste de la Renaissance.

Giuseppe Arcimboldo Le peintre milanais Giuseppe Arcimboldo est lui aussi crédité en tant qu'influence majeure du mouvement surréaliste.

Autres maîtres cités Chez les maîtres anciens, les peintres surréalistes ne cherchent pas des maîtres, mais surtout des correspondances soulignant l'intrusion du rêve dans la réalité. Sont ainsi régulièrement citées des œuvres de Francisco de Goya, William Blake, Caspar David Friedrich ou FüssliJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 29.

La poursuite de la peinture moderne Parmi les peintres récents, ils s'inscrivent dans la poursuite du modernisme, citant des peintres comme Paul Gauguin, Gustave Moreau, Edvard Munch ou Emil NoldeJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 30.

Dans Le Surréalisme et la peinture, André Breton affirme que la grande bascule artistique a eu lieu en 1910, avec d'un côté l'émergence du cubisme, notamment autour de Pablo Picasso, régulièrement cité voire vénéré par les surréalistes, et de l'autre côté l'invention de l'art abstrait : André Breton rend hommage à Vassili Kandinsky dans ce même ouvrageJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 30-31. Les surréalistes louent également Marc Chagall pour son travail du rêve, sa fusion des personnages et l'abandon de la pesanteur dans ses œuvresJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 33. Paul Klee est également cité dans le Manifeste de 1924Pierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, "Paul Klee", Paris, Flammarion 2001, p. 82.

Les artistes de dada et du surréalisme ont revendiqué l'influence de Giorgio de Chirico, bien que celui-ci n'ait pas directement appartenu à un des deux mouvementsPierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 44. Ils admirent notamment son symbolisme menaçant, l'irruption d'éléments étranges sans lien logique apparent, son travail de mise en scène intérieur, qu'il qualifie lui-même de . (Chirico se détourne néanmoins d'eux au cours des années 1920, en affirmant revenir à une forme de classicisme. La rupture devient nette en 1928Pierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 59.)

Historique La peinture surréaliste existe-t-elle ?

En 1924, dans le premier Manifeste du surréalisme, André Breton est quasiment muet sur la peinture. Contrairement à la littérature, l’application de la définition du surréalisme dans le domaine pictural n’est pas encore établie.

Max Morise, dès le premier numéro de La Révolution surréaliste, questionne la possible existence d’une « plastique surréaliste » . Dans sa chronique sur les beaux-arts intitulée « Les yeux enchantés. », il considère que . Alors que l’automatisme est considéré, à cette époque, comme la technique véritable en littérature, son application au domaine plastique pose encore question. En , Pierre Naville, dans le numéro 3 de la revue, ira jusqu’à affirmer : . Réagissant à cette « attitude négatrice », Breton commence à publier Le surréalisme et la peinture :

Les débuts Parmi les peintres surréalistes de la première période figure Max Ernst, qui était, comme la plupart des membres fondateurs, auparavant membre de dada. Sa pratique se caractérise notamment par le collage, qu'il produisait notamment avec Francis PicabiaJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 49-50. Dans le même temps, transcrivant en peinture le principe littéraire de l'écriture automatique, André Masson peint par automatisme, laissant (ou prétendant laisser) son bras courir au hasard sur la pageJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 50. Joan Miro rejoint également le groupe très rapidement, puis Yves Tanguy. La peinture surréaliste est liée par l'intrusion du rêve et le refus des règles classiques, mais les pratiques de ses membres sont très diversesJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 51.

Dans son ouvrage Le Surréalisme et la peinture, André Breton affirme l'importance qu'eut pour eux l'arrivée de Joan Miro. Miró constitue en effet une recrue de choix pour le mouvement surréaliste.

Paul Klee, qui est cité positivement dans le Manifeste de 1924, participe à l'exposition surréaliste de 1925 et publie des dessins dans La Révolution surréaliste. Plusieurs poètes, comme René Crevel et Paul Eluard, lui consacrent des essais ou des poèmes. Il n'adhère jamais au mouvement, mais lui et les surréalistes s'influent mutuellement. Son travail pictural est en effet volontiers automatique, fait émerger le rêve, le merveilleux et l'humour, tout en traduisant une recherche dans l'inconscient.

Ralliements et expansion : la fin des années 1920 et les années 1930 vignette|Reproduction du Spectre du sex-appeal de Salvador Dalí, réalisé en 1934. L'un des représentants les plus fameux de la peinture surréaliste, Salvador Dali, arrive à Paris en 1928. Il est d'abord connu par le groupe pour la co-création du film Un Chien andalou avec Luis Buñuel. Alors qu'il était d'abord attiré par le futurisme et le cubisme, il s'inscrit nettement dans la pratique surréaliste avec sa toile Le Grand Masturbateur, peinte en 1929. Il développe ensuite sa méthode , qui suscite l'admiration d'André Breton et le voit produire ses tableaux les plus célèbres. Il est régulièrement mis en marge du mouvement, notamment lorsqu'il fait part de son admiration pour Adolf Hitler, mais continue de participer aux revues surréalistesPierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 62.

Au moment où Dali prend la première place au sein des peintres surréalistes, Joan Miro vit assez mal les dissensions politiques du groupe. Il déclare vouloir et travaille sur de nombreux collages, d'une manière assez différente de ceux des cubistes et des dadaïstes, puisqu'il abandonne la précision dans les formesGeorges Raillard et Joan Miró, Ceci est la couleur de mes rêves : entretiens avec Miró, Paris, Seuil, 2004, p. 94.

Le peintre roumain Victor Brauner rejoint officiellement le surréalisme en 1930. Depuis 1924 et la fondation de sa revue 75 HP, il s'en rapprochait néanmoins déjà (sans avoir lu le Manifeste d'André Breton), notamment à travers l'influence de Giorgio de ChiricoPierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 49.

À partir de 1934, la peinture du belge Paul Delvaux se rapproche fortement des recherches surréalistes. Il travaille notamment avec obstination sur le thème du rêve, ce qui lui vaut d'être présent à l'Exposition internationale de peinture surréaliste en 1938Pierre Chavot, L'ABCdaire du surréalisme, Paris, Flammarion 2001, p. 63.

Exils et dispersions Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale entraîne la dispersion des membres du mouvement surréaliste. Le peintre Max Ernst est d'abord interné dans des camps français, au motif qu'il est citoyen allemand. Plusieurs membres se retrouvent à Marseille, sous l'aile du Centre américain de secours dirigé par Varian Fry et Daniel Benedite. Autour d'André Breton arrivent de nombreux peintres : Victor Brauner, Oscar Dominguez, Max Ernst libéré, Jacques Hérold, Wilfredo Lam, André Masson et Hans BellmerJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 108-109.

Plusieurs surréalistes se réunissent à New York, où ils bénéficient de l'aide de Peggy Guggenheim, qui a épousé Max Ernst en 1941. En 1942 a ainsi lieu l'exposition Art Of This Century au Musée Guggenheim, où sont exposés de nombreux surréalistes, et pour laquelle André Breton aide Peggy Guggenheim à établir le catalogue, qui sera préfacé par Hans Arp et Piet MondrianJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 112-113.

Salvador Dali se rend aux États-Unis au début du conflit mondial. Il y entre en quête de notoriété, se convertit au catholicisme, et abandonne le groupe surréaliste.

Après-guerre

Cobra

En 1948 est formé le groupe cobra, qui cherche à revenir à un surréalisme opposé à un surréalisme intellectualisé que ses membres imputent à André Breton. Le groupe se forme à Paris, mais est composé surtout de membres hollandais ou belges flamands : Christian Dotremont, Jacques Calonne, Joseph Noiret, Asger Jorn, Karel Appel, Pierre Alechinsky, Carl-Henning Pedersen, Constant, Corneille, Jan Nieuwenhuys, Pol Bury, Georges Collignon, Henry Heerup, Egill Jacobsen, Ejler Bille, Jacques Doucet et Jean-Michel Atlan. Ils s'intéressent notamment à l'art brut, les réalisations de l'art primitif celte et scandinave, les dessins d'enfants, et renouent avec l'automatisme. Pierre Alechinsky, notamment, est très apprécié par André Breton et Joyce MansourJean-Luc Rispail, Les surréalistes : une génération entre le rêve et l'action, Paris, Gallimard, 1991, p. 120-122.

Traits esthétiques et techniques

Se libérer de la perception traditionnelle Les peintres surréalistes ont produit des œuvres parfois radicalement opposées, si bien que trouver un critère permettant de déterminer au premier coup d'oeil qu'une peinture est surréaliste a semblé une entreprise impossible aux critiques. Les surréalistes, d'ailleurs, ont accepté et revendiqué cette pluralité. Une ligne directrice est néanmoins établie par André Breton dès son premier article sur « Le surréalisme et la peinture » (La Révolution surréaliste, 4) : il s'agit tout d'abord de répondre à . L'abandon de l'imitation de la réalité perçue est complet. La perception habituelle de l'objet extérieur est considérée comme limitante : les peintres surréalistes s'efforcent de casser cette perception, de faire surgir des éléments et des perceptions nouvelles, en fonction d'exigences internes.

Le collage