Le deuxième « Festival de cinéma africain de Ouagadougou » se déroule du 1er au à Ouagadougou, la capitale de la Haute Volta (actuel Burkina Faso). Il devient le Festival panafricain du cinéma de Ouagadougou lors de son institutionnalisation en 1972 pour sa troisième édition.

Contexte Le Festival panafricain d'Alger a lieu du au et présente plus d'une centaine de films de réalisateurs africains. Le symposium adopte un manifeste culturel panafricain et l'Union panafricaine du cinéma y est créée, qui devient la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) en lors de son premier Congrès aux JCC.

La Haute-Volta dispose de six salles de cinéma : le Nader et l'Olympia à Ouagadougou ; l'Eden, le Normandie, le Rex et le Rio à Bobo Dioulasso. Elles appartiennent au duopole dirigé par des Français, la SECMA (Société d’exploitation cinématographique africaine) et la COMACICO (Compagnie africaine de cinéma commercial), qui domine l'exploitation et la distribution dans toutes les territoires des anciennes Afrique-Occidentale française et Afrique-Équatoriale françaiseClaude Forest, Les salles de cinéma en Afrique sud saharienne francophone (1926-1980), Paris, L'Harmattan, février 2020, 292 p. . Le gouvernement du général Sangoulé Lamizana décide le de nationaliser les salles et crée pour les gérer la Société nationale voltaïque du cinéma (SO.NA.VO.CI.).

La nationalisation est officiellement afin de lutter contre ces monopoles, mais le contexte financier est déterminant. Pour renflouer les caisses de l’État, l'intendant militaire Tiémoko Marc Garango, ministre des Finances, impose la rigueur budgétaire, ce que les Voltaïques nomment la garangose ! Il impose une taxe de 25 % sur les billets d'entrée que les salles veulent répercuter pour conserver leur marge en augmentant les billets de 50, 25 et 20 francsLettre en date du 2 janvier 1970 de Tiémoko Marc Garango au directeur du cinéma Olympia où il demande urgemment de rouvrir les salles, archives Paulin Soumanou Vieyra, Black Film Archives, Université d'Indianapolis à Bloomington, États-Unis, casier 13, dossier Fespaco 1969-1983.. Devant le refus du gouvernement, les salles menacent de fermer au et le font effectivement à Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Un Conseil extraordinaire des ministres se réunit le , auquel est invité François Bassolé, directeur du Service de l'Information et membre du Comité d'organisation du festival. Il contribue à convaincre le Conseil et le décret présidentiel de nationalisation est pris le . Mais ces sociétés, en tant que distributeurs, bloquent l'accès aux films. Après des essais infructueux de les contourner, un accord est rapidement trouvé le pour la fourniture de 10 à 12 films 35 mm par semaine pour l'ensemble des salles contre 33 % des recettes avec un minimum garanti de par mois.

Déroulement Préparation Le , le Comité du festival de cinéma africain se réunit pour prévoir l'édition de 1970. Il est élargi de 18 à 64 membres. Un nouveau bureau doit être élu car le vice-président Eugène Lompo est affecté à Fada N'Gourma et le secrétaire général Claude Prieux l'est à Lomé tandis que la présidente Alimata Salambéré est enceinte et demande à quitter son poste. Simone Aïssé Mensah est élue présidente, assistée de Paul Bouda et Roger Nikiéma comme vice-présidents, de François Bassolé comme secrétaire général et d'Hamidou Ouedraogo comme trésorier, ainsi que de six commissions.

L'autorisation gouvernementale est donnée au Conseil du . Le festival est placé comme en 1969 sous le haut-patronage du général Sangoulé Lamizana, Chef de l'Etat et sous la double tutelle du ministre de l'Education nationale et du ministre de l'Information, des Postes et Télécommunications. Il est décidé d'inviter tous les pays de l'OCAM, ainsi que les pays du Maghreb.

Il est également décidé d'attribuer un prix au meilleur réalisateur, mais le jury n'ayant pas été convoqué, le festival reste sans compétition. La presse internationale est largement convoquée, sans succès.

Programmation Les projections ont lieu au Centre culturel franco-voltaïque, à la Maison du peuple, aux cinémas Nader et Olympia, à l'Ecole nationale d'administration et au Quartier Pelhogin, ainsi qu'au Centre d'enseignement supérieur (devenu le lycée Bogodogo), au lycée de Kologh Naba, à l'Eglise de Dapoya, à l'Ecole de Koulouba, au Centre social de Paspanga, à l'Ecole de Ouidi, au Cours normal de Jeunes filles (devenu le lycée Mandela), au Lycée technique ainsi qu'à Bobo Dioulasso. Paulin Soumanou Vieyra indique que sont projetés 8 longs métrages, 3 moyens et 18 courts et que 10 cinéastes ont été invités et 4 comédiennes : Marpessa Dawn, Zalika Souley, Bintou Sawadogo et Yvonne Hemazro. Les films sont pour la plupart repris à Bobo-DioulassoLe 2ème festival de Film africain de Ouagadougou, Paulin Soumanou Vieyra, article conservé aux archives Paulin Soumanou Vieyra, Black Film Archives, Université d'Indianapolis à Bloomington, États-Unis, casier 13, dossier Fespaco 1969-1983..

Titre Réalisation Pays Monangambée Sarah Maldoror L'Aube des damnés Ahmed Rachedi L'Enfer à dix ans Ghaouti Bendedouche La Voie Mohamed Slimane Riad La Femme au couteau Timité Bassori Mouna ou le rêve d'un artiste Henri Duparc Ganvié mon village Pascal Abikanlou Hier, aujourd'hui et demain Costa Diagne Et vint la liberté Barry Sekoumar Bambo Caméra-club du lycée technique de Bamako Source d'inspiration Souleymane Cissé Chants et danses du Mali Moussa Sidibé Kaka-Yo Sébastien Kamba Borom Sarret Ousmane Sembène La Noire de... Ousmane Sembène Le Mandat Ousmane Sembène Lamb Paulin Soumanou Vieyra N'Diongane Paulin Soumanou Vieyra Une nation est née Paulin Soumanou Vieyra Diankha-Bi (La Jeune fille) Mahama Johnson Traoré

De Haute-Volta, sont également projetés anniversaire de la Haute-Volta, Foires régionales et L'Ecole des paysans ; de Guinée Troupe théâtrale de Guinée à Paris et Sergent Bakary Woulén ; du Ghana Nwokoro et Panoply of Ghana ; du Mali Sous le signe de la réconciliation, Semaine touristique à Mopti et L'Aspirant ; et de Tunisie Les Journées cinématographiques de Carthage et Jeux méditerranéens.

Faits marquants La présence de Marpessa Dawn pour son rôle dans Orfeu Negro est largement médiatisée et renforce l'aura du festival. La présence d'Ousmane Sembène dont les romans sont déjà étudiés dans les collèges joue également son rôle.

Le succès de la première édition déclenche des convoitises. Abidjan se positionne au motif d'une alternance et que les structures d'accueil manquent à Ouagadougou. D'autres voudraient une itinérance. Une résolution de l'Union panafricaine du cinéma prend acte de la nationalisation des salles et . Elle appelle à maintenir le siège du festival à Ouagadougou. Cette résolution est signée par l'Algérien Ahmed Kerzabi, l'Ivoirien Timité Bassori, les Guinéens Bob Sow et Sekoumar Barry, les Voltaïques Serge Ricci, Sékou Ouedraogo, Issaka Thiombiano, les Maliens Souleymane Cissé et Djibril Kouyaté, les Nigériens Mustapha Alassane, Oumarou Ganda et Zalika Souley, les Sénégalais Paulin Soumanou Vieyra et Ousmane Sembène, et le Tunisien Moncef Ben Ameur. En les recevant à la présidence, le Chef de l'Etat, le général Sangoulé Lamizana, déclare être .

Selon Hamidou Ouedraogo, Le Mandat d'Ousmane Sembène et L'Aube des damnés d'Ahmed Rachedi rencontrent . La présence des réalisateurs permet un dialogue direct avec les spectateurs. Un rapport de mission de Jean-René Debrix, directeur du Bureau du cinéma du ministère de la Coopération, indique par contre que François Mifsud, chef du service culturel de l’Ambassade de France à Ouagadougou, . Il avait fait comprendre à Ababacar Samb Makharam, secrétaire général de la FEPACI, que . M. Mifsud note par ailleurs que . Debrix recommande cependant d'examiner la demande de financement avec bienveillance, sachant qu' Archives nationales françaises, répertoire 19930381, carton 19.

Le succès du festival va en s'amplifiant et les cinéastes marquent leur adhésion enthousiaste à la manifestation. On compte environ . Le budget, bénéficiaire en 1969, accuse un dépassement en 1970. Avec un total de recettes de et de dépenses de , soit un résultat négatif de , sachant que l'hébergement à l'hôtel Indépendance est facturé et que la location des salles de cinéma l'est pour .

Selon Colin Dupré, alors que la Haute-Volta n'est aucunement préparée à recevoir un tel festival, elle réussit son organisation grâce au et à du Chef de l'Etat qui se pose avec la nationalisation des salles et son soutien au festival , sachant que . L'image du festival se forge : politiquement engagé auprès des cinéastes et en faveur du panafricanisme, avec un fort aspect populaire.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

, numéro d'édition CLA0007BBDA

,( éd. revue et corr.),

Articles connexes Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou Liste de festivals de cinéma Liste de festivals de cinéma en Afrique Étalon de Yennenga

Liens externes

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