Georges Juillard-Hartmann, né Georges Juillard le à Strasbourg (Bas-Rhin) et mort le , à Paris, est un industriel cotonnier français, un dirigeant d'organisations patronales, un philanthrope, et un élu local, maire d'Épinal (Vosges) à la fin du .

Biographie Milieu social Victor Georges Louis Juillard est le fils de George-Frédéric Juillard et de Florence Megnin. Né à Strasbourg dans une famille protestante, il suit des parents dans les Vosges après la guerre franco-allemande de 1870 qui voit en 1871 l'annexion de l'Alsace par l'Allemagne à la suite du traité de Francfort. Sa famille développe une société de négoce qui se transforme en entreprise textile, la société Juillard et Megnin, qui fonde des tissages de coton dans la vallée de la Moselle.

Bachelier ès-lettres, il est diplômé de l'école de tissage de Mulhouse.

Il épouse en 1870 Laure Hartmann, fille d'un industriel cotonnier, Jean-Michel Hartmann (1824-1888), originaire de Mulhouse et optant, conseiller municipal d'Épinal (1874-1881)Le Mémorial des Vosges, 24 mai 1888. Son épouse meurt en 1920..

Négociant et industriel Il est l'un des associés de Juillard et Megnin, société en nom collectif formée en à Mulhouse, avec son père Georges, négociant, son beau-père Georges Megnin, négociant, et son frère cadet Henri (1846-1930). C'est alors une société de négoce de fils de coton. Le capital est de , apportés par Georges Juillard père (), Georges Megnin (), Georges Juillard () et Henri Juillard (). Son père meurt en 1887. Les trois associés survivants modifient les statuts en 1893. L'objet social de l'entreprise est l'achat et la vente de tissus de coton et de filés de coton ainsi que l'exploitation d'usines acquises par la firme. Le capital s'élève en 1893 à 1,5 million de francs : d'apports de Georges Megnin, de Georges Juillard-Hartmann et d'Henri Juillard-Weiss. Ce dernier se retire cette année-là, ce qui diminue le capital social de l'entreprise. Le siège social de l'entreprise est aussi transféré de Mulhouse à ÉpinalLe Mémorial des Vosges, 10 octobre 1893. Cf. aussi le dossier de la Légion d'honneur d'Henri Juillard-Weiss dans la base Léonore (Lire en ligne). Ce dernier, négociant avant 1870, suit ses parents à Epinal où il vit de 1872 à 1878. Il retourne ensuite à Mulhouse, où il devient le conservateur adjoint puis le conservateur, de 1905 à 1926, du musée des Beaux-Arts de la Société industrielle de Mulhouse (Bulletin du musée historique de Mulhouse, 1930).. La société fait fonctionner 1200 métiers à tisser en 1904 dans plusieurs usines. Les deux associés restants s'adjoignent en 1903 leurs fils, Charles-Frédéric-Emmanuel Megnin et André Juillard qui apportent chacun Le Mémorial des Vosges, 21 janvier 1903. Il fonde en 1910 avec son fils André la société en nom collectif Juillard et fils, au capital d'un million de francs. Il apporte notamment un tissage à Ramonchamp (248 métiers) et un autre au Tholy (214 métiers)Le Mémorial des Vosges, 17 juillet 1910, .

Il préside aussi le conseil d'administration de la Blanchisserie et teinturerie de Thaon (BTT), dirigée par Armand Lederlin puis Paul Lederlin, de la Société d'impression des Vosges et de Normandie, fondée en 1912 et liée à la BTTClaude Ferry, La blanchisserie et teinturerie de Thaon 1872-1914, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992L'Est républicain, 11 octobre 1913, , des établissements Kampmann (fabrication de chapeaux de paille), constitués en société anonyme en 1903Le Mémorial des Vosges, 20 février 1903, Bulletin des conseillers du commerce extérieur, 1912, et des filatures de Thaon et des filatures et tissages de Nomexy (1917Le Courrier, 6 décembre 1917), contrôlés par Marcel BoussacAnnuaire industriel, 1925. Il est également administrateur de la Banque de France d'Épinal.

Dirigeant d'organisations patronales

Il succède au sénateur Nicolas Claude à la tête du Syndicat cotonnier de l'Est, qu'il préside longtemps, de 1888 à 1932Bulletin de l'Union des syndicats patronaux des industries textiles, janvier-mars 1933. À ce titre, il est vice-président de l'Union des syndicats patronaux des industries textiles de France (ou Union des industries textiles) et il est le fondateur en 1905 de l'École de filature et de tissage de l'Est (ESFTE). Il préside aussi le conseil d'administration de la Société d'exportation de l'Est. Cette société, qu'il a cofondée en 1896 avec deux autres industriels, Ferdinand René Laederich et Victor Peters, est chargée de « la vente et de l’exportation vers la France et ses colonies des produits de l’industrie cotonnière de l’Est »L'Est républicain, 15 septembre 1896, , Le Mémorial des Vosges, 10 septembre 1896 (statuts). En tant que président du Syndicat cotonnier, il fonde durant la Première Guerre mondiale, en 1915, et préside une société anonyme appelée le Groupement Charbonnier Vosgien (GCV, appelé aussi Groupement Industriel Vosgien, ou GIV), afin de mutualiser les coûts d’achat, de transport et d’assurance du charbon. Pour cela, le GCV a passé un contrat avec la Société d’importation du Nord et de l’Est pour l’assurance, l’achat et le transport du charbonSimon Vacheron, Mobiliser l’industrie textile (laine et coton). L’État, les entrepreneurs et les ouvriers dans l’effort de guerre en France, 1914-1920, Paris IV Sorbonne-Sorbonne universités, 2017, . Il préside aussi le conseil d'administration de la Caisse régionale de l'Est, caisse de capitalisation couvrant les risques de vieillesse et d'invalidité, constituée en 1931 et qui prend la suite de la Caisse départementale des Vosges et des départements limitrophesL'Express de l'Est, 13 mai 1931.

Il est aussi vice-président de l'Association cotonnière coloniale et membre du comité de l’Association de l'industrie et de l'agriculture françaises (AIAF)Dossier de la Légion d'honneur de G. Julliard-Hartmann. Il préside en outre le conseil d'administration de l'Association industrielle de l'EstLe Mémorial des Vosges, 9 août 1906.

En 1913, il remplace le président de l'Union des industries textiles à l'occasion du banquet donné pour les assises nationales de ce groupement patronal et tient un discours libéral, critiquant l'impôt sur le revenu, dont la mise en place est alors en discussion, , les lois sociales et trop coercitives sur les retraites ouvrières ou sur la durée du travail et demandant à l'État qu'il n'accable pas le monde industriel et commercial« La collaboration nécessaire », Le Temps, 6 mars 1913.

Membre de la Chambre de commerce d'Épinal à partir de 1906, il en est le vice-président de 1908 à 1919Dossier de la Légion d'honneur de G. Juillard-Hartmann..

Engagements civiques et politiques Républicain, il s'intéresse à l'école publique et à la laïcité en animant dans les années 1880 le cercle spinalien de la Ligue de l'enseignement qui défend la laïcité et les principes démocratiquesClaude Ferry, Abel Ferry. Le dauphin de la République (1881-1918), éditions Baudelaire, 2021. Il est son trésorierLe Mémorial des Vosges, 14 août 1888. Ce protestant fait alors partie des patrons vosgiens engagés dans le camp républicain laïc, de gauche, opposé à la droite catholique. Le cercle spinalien de la ligue a fondé une école pour les jeunes filles. Devenu maire, Juillard-Hartmann a proposé et obtenu en 1899 qu'elle devienne une école primaire supérieure, municipaleLe Mémorial des Vosges, octobre 1899. Il administre cette école et l'école normale des filles. .

Il est élu conseiller municipal d'Épinal en 1888Le Mémorial des Vosges, 8 mai 1888, sur une liste républicaineLe Mémorial des Vosges, 5 mai 1888, adjoint au maire en 1889 et maire de la préfecture des Vosges, de 1892L'Express de l'Est, 15-16 mai 1892, Ibid., 17 mai 1892 à 1900. Il décide en 1900 de ne pas se représenterL'Est républicain, 2 mai 1900. Sa décision s'explique par le contexte de l'affaire Dreyfus et par la division des républicains dans les Vosges, les progressistes, menés notamment par Jules Méline, refusant de rallier le camp dreyfusard. Dans une déclaration, il déplore le entre les républicains et affirme n', en l'occurrence Le Mémorial des VosgesLe Mémorial des Vosges, mai 1900, Le Républicain des Vosges, 3 mai 1900, Ibid., 10 mai 1900, Le Républicain des Vosges, 24 mai 1900, prenant donc implicitement parti pour le camp dreyfusard.

Il signe une pétition nationale de notables en faveur de la représentation proportionnelle en 1910L'Aurore, 17 avril 1910.

Président du conseil d'administration de la BTT, il soutient Paul Lederlin, administrateur-directeur de cette société qui pour accompagner sa carrière politique naissante fonde un quotidien en 1921 à Épinal, L'Express de l'Est : il est administrateur de la société possédant ce journal aux côtés de Lederlin et d'autres industriels et/ou hommes politiques de centre-gauche.

Il est nommé en 1919, pour 4 ans, inspecteur départemental de l'enseignement techniqueBulletin de l'enseignement technique.

Philanthrope Il préside le comité de patronage des habitations à bon marché et de la prévoyance sociale à partir de 1903, une société d'habitations à bon marché, l'Office public d'habitations à bon marché des Vosges. Il préside le conseil d'administration de la Société anonyme vosgienne d'Habitations à bon marché, fondée en par la BTT qu'il préside. Cette société d'H.B.M. possède à l'origine, à Thaon-les-Vosges, un parc immobilier constitué de 30 maisons à deux logements, de quatre maisons à trois logements et d'une à logement uniqueLaurent Commaille, Les cités ouvrières de Lorraine 1850-1940. Etude de la politique patronale du logement, Université de Metz, 1998, vol. 2, .

Il préside aussi la Caisse de retraites ouvrières et paysannes des Vosges, la Banque populaire des Vosges, qu'il a fondée, la Fédération vosgienne des sociétés d’hygiène sociale et de préservation antituberculeuse, fondée en et reconnue d’utilité publique en ; elle fédère des sociétés d’hygiène sociale installées dans les chefs-lieux d’arrondissement des Vosges. Il préside celle d'ÉpinalFédération vosgienne d'hygiène sociale. Rapport sur le fonctionnement des dispensaires d'hygiène sociale et de préservation antituberculeuse.

Pour honorer la mémoire de son fils Georges, ancien officier d'artillerie, mort de maladie en 1904, il offre de l'argent à plusieurs œuvres charitablesLe Mémorial des Vosges,16 septembre 1904.

Décorations en 1927

Publications Georges Juillard-Hartmann, Iconographie des champignons supérieurs, Juillard § fils, 1919, 5 volumes.

Notes et références

Annexes Bibliographie Bertrand Munier, Le Grand Livre des élus vosgiens, 1796-2003, éditions Gérard Louis, 2005 . Claude Ferry, La blanchisserie et teinturerie de Thaon 1872-1914, Nancy, Presses universitaires de Nancy, 1992 Pierre Durupt, Hommes et femmes du textile dans les Hautes-Vosges : influences sociales et culturelles de l'industrie textile sur la vie des vallées vosgiennes aux xixe et xxe siècles, Société d'histoire locale de Remiremont et de sa région, 1990 Georges Poull, L'industrie textile vosgienne 1765-1981, Rupt-sur-Moselle, chez l'auteur, 1982

Articles connexes Épinal Liste des maires d'Épinal Liens externes

Dossier de la Légion d'honneur de G. Juillard-Hartmann dans la base Léonore

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