Georges Baumont, né le à Berchigranges, hameau de Granges-sur-Vologne et mort le à Nice, est un professeur de lettres classiques au collège de garçons de Saint-Dié, historien et bibliothécaire françaisSon nom complet sur l'état civil est Charles Lucien Georges Baumont, et le prénom usuel est bien le dernier dans la tradition lorraine ou vosgienne. Table décennale de la commune de Granges-Aumontzey 1883-1892, Archives des Vosges cote 8E228-102079. L'état civil est confirmé par le bulletin paroissial Le Messager paroissiale de Granges et des environs, opus cité, page 39 (Nos Soldats, Les décorés, 19). Sur les données biographiques, Gaston Martin, "Nécrologie, Georges Baumont (1885-1974)", article cité infra. Gaston Martin qui a partagé 70 années d'amitié avec Georges Baumont depuis les bancs de l'école, et qui a été, plus longtemps que son ami, professeur de latin en classe de seconde au collège de Saint-Dié et secrétaire de la société philomatique vosgienne, écrit "Berchigrange" sans la marque du pluriel, à la manière de la carte de Cassini ou de la toponymie du . Notons que le hameau paysan de Berchigranges, peuplé à la Belle Époque, paraît aujourd'hui complètement oublié et que le lieu-dit actuel est un jardin paysager renommé..
Animateur du monde de la presse ou correspondant de nombreuses sociétés savantes au cours de l'Entre-deux-guerres, de la société d'Emulation des Vosges à l'Académie Stanislas en passant par la Société d'histoire de la Lorraine et du Musée lorrain, Georges Baumont, ancien sous-officier du 3e BCP, doublement blessé au front sur le secteur de Lorette en 1914 et 1915, est secrétaire en 1931 de la société philomatique vosgienne avant d'être son président en 1932 et 1933. Ami et adjoint bénévole du bibliothécaire de Saint-Dié, Auguste Pierrot avec lequel il a écrit quelques ouvrages ou brochures sur le Vieux Saint-Dié et qui lui succède à la présidence de la société philomatique vosgienne, il prend sa succession à la bibliothèque de Saint-Dié de 1948 à 1960, terminant la mise à jour du fichier général, livres et périodiques.
Biographie La jeune épouse de Paul Lucien Baumont, instituteur de 24 ans, à l'école du hameau de Berchigranges, Marie Héloïse Caroline Balland, âgée de 20 ans, accouche du petit Georges au domicile familial à trois heures et demi du matin, le Archives départementales des Vosges, commune de Granges-sur-Vologne, année 1885, acte de naissance , vues 3-4/25, avec mention marginales de décès (page 4/25)Le père, Paul Lucien, est né le 12 septembre 1861 à Nompatelize. Après un premier mariage avec Marie Catherine Simonin, contracté à Gérardmer en 1882, le jeune veuf se remarie à Granges-sur-Vologne le 22 novembre 1884.. Son aïeul Jean-Baptiste Balland, marchand de toile âgé de 64 ans et son oncle maternel Paul Emile Balland, arpenteur âgé de 27 ans, les deux domiciliés à Granges, sont à 10 h du matin les témoins du père lors de la rédaction de l'acte de naissance, enregistré par le maire, Dominique Victor Villaume.
Son père, instituteur dans la vallée de Granges sur Vologne, prend en charge son éducation en classes primaires. En , l'excellent élève entre en classe de sixième classique au collège de Saint-Dié et en sort bachelier ès lettres. En classe de rhétorique, il obtient au concours général en 1903 un cinquième accessit en version latine, ce statut de lauréat lui vaut le prix d'honneur du collège durant l'année scolaire 1903-1904Collège de Saint-Dié, école primaire supérieure, distribution solennelle des prix, opus cité, p.19-20.. Il est attiré par le métier d'enseignant. En 1904, il entre en première supérieure au lycée Poincaré de Nancy et en sort en après examen licencié ès-lettres. Il profite de la loi du recrutement militaire de 1905, pour accomplir une seule année militaire au 149e régiment d'infanterie d'Épinal de à . Mis en disponibilité, il fréquente la faculté des Lettres de Nancy dès avec le statut de boursier d'agrégation. En , son mémoire sur le devin Tirésias, proposé par le professeur agrégé de Lettres et helléniste Paul Perdrizet lui permet d'obtenir son diplôme d'études supérieures en Lettres.
L'enseignant Le recteur de l'académie l'appelle à faire une suppléance d'un mois au collège de Lunéville au printemps 1909, avant de lui confier une maîtrise d'internat provisoire au lycée de Nancy. En , Georges Baumont est nommé répétiteur au collège d'Epinal. En , le voici professeur de grammaire au collège de Pontarlier en remplacement d'un collègue en longue maladie. Devant les paysages jurassiens qu'il trouve trop vaste avec les rectitudes planes des hauts plateaux, les plissements devenues des ondulations rocheuses en nappes tubulaires, entaillées par des cluses, et dans la ville montagnarde où il ne parvient à vivre de manière habituelle, n'ayant ni affinités ni amitiés, il éprouve le froid et la solitude d'un hiver glaçant.
Le , à la mairie de Saint-Michel-sur-Meurthe, le jeune professeur épouse Hélène Lallemand, fille d'un instituteur de la grande école du centre, dite de La Vacherie, de cette même communeIl s'agit à l'état civil de Louise Marie Hélène Lallemand. En 1904, son père Georges-Henri Lallemand, instituteur à Saint-Michel reçoit une lettre de félicitation du ministre pour sa participation à la société de secours mutuelle et aux œuvres (para-)scolaires. Il figure parmi des centaines d'autres instituteurs des divers départements, en particulier avec des médaillés, dans le Journal officiel de la République française le 18 juin 1904, en particulier page 3640.. Le couple aura trois fils, Michel, né le , Jacques, né le et Jean-Marie né le .
De la rentrée d' jusqu'à sa retraite en 1948, hormis ses années de guerre de à , le professeur de lettres, c'est-à-dire de français et de latin, enseigne au collège de Saint-Dié, dit familièrement "collège de garçons", situé Place Stanislas, à proximité de la rue du ParcGaston Martin n'emploie nullement le terme de lycée pour cet immeuble à proximité de la sous-préfecture actuelle. Cet établissement public, qui mériterait évidemment le nom de lycée, n'est nullement le lycée Jules Ferry construit à partir de 1952 à l'extrémité et en contrebas de la rue Saint-Charles, inauguré avec la dédicace innovante à l'homme politique déodatien et terminé avant 1960. Par contre, le collège public de jeunes filles honore déjà le nom de Jules Ferry à la fin de l'entre-deux-guerres. Collège Jules-Ferry de Saint-Dié (Vosges), distribution solennelle des prix, sous la présidence de M. l'inspecteur de l'Académie, 13 juillet 1935, Imprimerie Freisz, Saint-Dié, 1935, 56 pages. Les élèves sont filles, le personnel est féminin, mis à part un professeur de solfège au cours complémentaire et un médecin de l'internat.. Il est d'abord professeur de seconde avant de s'occuper des premières en 1927En 1935, il figure parmi le personnel comme professeur de première, après son statut militaire et la mention de ses deux diplômes, licence et DES de Lettres. Gaston Martin aussi. Collège de Saint-Dié, école primaire supérieure, distribution solennelle des prix, opus cité, p. 5.. Méticuleux probablement à l'excès au cours de ses jeunes années, enseignant d'une grande conscience professionnelle, doué d'un sens pédagogique efficace, il sut gagner l'amitié et la reconnaissance de tous les élèves qu'ils conduisit au baccalauréat. De 1913 à 1938, Georges Baumont dirige la publication de l'Annuaire des anciens élèves du collège de Saint-DiéSabine Goetz-Noël, bibliographie, opus cité, page 12. Georges est longtemps secrétaire général de l'association Amicale des anciens élèves.. Dans les années trente et quarante, Georges Baumont est aussi professeur de latin au collège Jules Ferry, qui est le collège public de jeunes filles de Saint-Dié. Il enseigne ainsi aux premières et secondes, et ces jeunes élèves se souviennent d'avoir apporter leurs versions, traductions ou autres compositions exigés comme devoir, dans sa boîte aux lettres rue du Nord.
En 1919, il est nommé Officier d'Académie avant d'être promu en 1925 Officier de l'instruction publique.
Le dévouement pédagogique et la gentillesse du professeur étaient proverbiales. Le jeune bruyérois Robert Dodin, fils d'un instituteur pionnier de la pédagogie participative et de l'expression théâtral à Plainfaing, voulait entamer des études d'historien à l'université en 1939. Or il lui fallait montrer des capacités en latin, ce qu'il avait négligé jusque là dans son cursus secondaire. Georges Baumont, informé, accepte de lui donner cours et exercices pour le mettre à niveau du baccalauréat en langues mortes, à titre gracieux et dans une salle si possible à mi-distance entre Saint-Dié et Bruyères. Le rendez-vous hebdomadaire pour deux trimestres est fixé à l'étage de la mairie de FraizeRobert Dodin conservait de la famille à Plainfaing et Georges Baumont pouvait retrouver son ami fraxinien Henri Lalevée, un autre instituteur pédagogue, à l'origine de l'adoption du ski et des pratiques norvégiennes dans sa petite école du Grand Valtin à la Belle Epoque. Lire sa nécrologie d'Henri Lalevée, opus cité.. L'apprenti latiniste devenu un "historien reconnu des Vosges pendant la Seconde Guerre mondiale" et le maître garderont d'amicales relations, ils se retrouvent au comité de la société philomatique vosgienne, dont les membres ont préservé cette anecdoteRobert Dodin, professeur d'histoire, en particulier au lycée Jules Ferry en fin de carrière, a été trésorier de la Société Philomatique Vosgienne. Chargé de la carte de la souffrance et des études sur la Résistance dans les Vosges, il est connu par divers articles et ses ouvrages historiques locaux de synthèse sur cette période. Une de ses premières études en 1948 a porté sur "Bruyères au triple point de vue de la géographie physique, économique et humaine", qui continue et approfondit l'étude sur l'arrondissement du jeune géographe normalien, Michel Baumont, fils de Georges Baumont. Lire infra..
Le soldat et médaillé militaire La Grande guerre a changé l'homme, d'abord dans son corps, ensuite dans son engagement et ses choix d'écriture et de recherche. Mobilisé sergent au 3e BCP, il est blessé d'une balle en pleine poitrine le près du Mont-Saint-Éloi, puis une seconde fois touché dans le même secteur de Lorette en tant qu'agent de liaison le , notamment par un éclat d'obus qui se fiche douloureusement dans son pied droit. Après neuf mois d'hôpital, il repart en convalescence dans sa famille à Granges. Le , son nom est inscrit au journal officiel en tant que décoré puisqu'il reçoit la médaille militaire et la croix de guerre avec palme avec la citation suivante : « Baumont (Charles-Lucien-Georges), matricule 02300, sergent à la 3e compagnie du 3e bataillon de chasseurs à pied, agent de liaison brave et dévoué. A été blessé le en guidant sa compagnie vers la première ligne. Ne s'est laissé évacuer qu'après avoir rempli sa mission et adressé par écrit au commandant un renseignement qu'il ne pouvait plus transmettre verbalement. Avait déjà été blessé une première fois en . Infirme »Le Messager paroissial de Granges, opus cité, page 39. Nos soldats. Les décorés.. Il est affecté au dépôt de Langres à des tâches de bureaux. Déclaré inapte à servir dans son corps d'infanterie, par un conseil de réforme en , le médaillé militaire et croix de guerre avec palme est affecté au camp d'aviation près du fort de Bron. Son efficacité administrative le fait accéder au ministère de la Guerre à Paris en .