Alexis Legrand, né le à Paris et mort le Dépôt d'un acte de décès de Mr Legrand et notoriété rectificative du prénom dudit, (AN MC/ET/II/1055). à Uriage-les-Bains (Isère), est un haut fonctionnaire français, député de la Manche. À la tête de l'administration des ponts-et-chaussées et des mines sous la monarchie de Juillet, il chercha à imprimer aux travaux publics une impulsion qu’ils n’avaient pas reçue jusqu’alors.

Biographie De l'union de Pierre Jean Legrand, maître boulanger à Paris, et de Marie Anne Legros, naissent Baptiste Alexis Victor Legrand et Émilie Ferming Legrand. Alexis et Émilie perdent très jeune leur père. Leur mère se remarie avec Pierre Raboin, propriétaire ; de cette seconde union, naît René Joseph Auguste RaboinContrat de mariage des parents d'Alexis Legrand, 14 novembre 1785. Contrat de mariage d'Alexis Legrand, 31 juillet 1826..

Boursier, Alexis Legrand effectue de brillantes études au Lycée impérial, sous les auspices des professeurs Castel et Luce de Lancival, et obtient, en 1806, cinq premiers prix au concours général. Après avoir suivi le cours préparatoire d'admission à l'École polytechnique, il y est reçu le Dr Hoefer (dir), Nouvelle biographie générale..., Tome XXX, Paris, Firmin-Didot, 1881, . Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny (dir), Dictionnaire des parlementaires français..., Tome quatrième, Paris, Bourloton éditeur, 1891, .. Il rejoint ensuite l'École des ponts-et-chaussées en 1811 où, lors de sa scolarité, il est envoyé en mission dans les Pyrénées-Orientales () et l'Ombrone ().

Alexis Legrand se marie à l'église de la Madeleine le avec Marie Françoise Anasthasie de Roux, fille mineure de Pierre Honoré Marie de Roux, députéBase sycomore de l'Assemblée nationale Pierre, Honoré, Marie de Roux (1774-1843), député des Bouches-du-Rhône, domicilié à Marseille., et de Anne Marie Catherine Sophie de Roux, décédée. Par ce mariage, Legrand accède à une riche famille de négociants marseillaisThierry Allain, « Nouveau regard sur la maison Roux au siècle. Les beaux fruits du dialogue entre les sources marseillaises et hollandaises », Cahiers de la Méditerranée, 108|2024.. De cette union naissent six enfants ; Marie Victorine, Marie Céline, Marie Émeline, Marie Alexis Arthur, Marie Georges et Marie Victor Anatole.

Il décède à Saint-Martin d'Uriage le , aux thermes de ladite commune.

Alexis Legrand est inhumé dans un caveau sans ornements, seulement gravé d'une croix latine, portant les seules inscriptions « Legrand-Laudet-Maniel », dans la division, section, du cimetière parisien du Père-LachaiseLe registre des inhumations du cimetière indique « n° général 93880. d’ordre 1584. 7bre [septembre] 1848 ». Dans un deuxième temps, le registre des inhumations indique la réunion de trois dépouilles le « 11 8bre [octobre] 1848. division » : Legrand Marie Emeline, Legrand Marie Georges et Legrand [Baptiste Alexis] Victor(★). Le registre est complété par la mention : « Autorisation du . Changement d’emplacement autorisé ». Enfin dans un troisième temps, le registre des inhumations au indique que les trois dépouilles sont déplacées dans un caveau de la « division, section, ligne du chemin serré sur le bord du petit chemin en face de Prévost-Devernois [de Vernois] ». C'est dans ce caveau qu'est inhumé, entre autres, Arthur Legrand (le registre des inhumations indique « n° du titre 44976. d’ordre 1382. Date 13 mai . Caveau division, ligne face division de la division »). (★) L'inventaire après décès d'Alexis Legrand indique, à la vacation du , que Legrand a réglé depuis le décès de son mari diverses sommes, dont : « Exhumation des enfants de Mr Legrand.....66 F. ».

vignette|upright 2.0|center|Généalogie simplifiée d'Alexis LegrandD'après le contrat de mariage des parents d'Alexis Legrand, le contrat de mariage d'Alexis Legrand et les registres des inhumations du cimetière du Père Lachaise.

Activité professionnelle Alexis Legrand est placé, à compter du , auprès de Charles Bérigny, secrétaire du Conseil général des ponts-et-chaussées. Il est nommé aspirant ingénieur le , puis ingénieur ordinaire des ponts-et-chaussées le . Il est appelé le à assurer (1821-1830) le secrétariat de la commission spéciale des canaux instituée par Becquey auprès de lui.

vignette|left|upright=0.70

Il est promu ingénieur-en-chef le . En 1828, il remplace Barnabé Brisson, décédé, au secrétariat du Conseil général des ponts-et-chaussées et, la même année, assure le secrétariat de la commission des routes et des canaux décidée et présidée par le vicomte de Martignac qui le nomme en 1829 maître des requêtes au Conseil d'ÉtatLéon Aucoc, Le Conseil d’État avant et depuis 1789…, Paris, imprimerie nationale, 1876, . .

Ingénieur en chef de première classe en 1830, il est nommé secrétaire général du ministère de Travaux publicsLegrand est secrétaire général du ministère des Travaux publics du 13 juin au (Ministère de l’Intérieur, Chronologie des lois, décrets, ordonnances et arrêtés…, et 137). nouvellement créé et dirigé par Guillaume Capelle ; la direction générale des ponts-et-chaussées et des mines est supprimée en tant qu'entité administrative mais son organisation interne subsiste pour former les services du nouveau ministèreOrdonnance du portant création d'un ministère des Travaux publics, Bulletin des lois du royaume de France, tome douzième, .. À la suite de la révolution de juillet 1830, le ministère des Travaux publics est supprimé et la direction général des ponts-et-chaussées et des mines réinstallée à la tête de laquelle sont nommés Baude, provisoirement, puis Bérard. Legrand reprend le secrétariat du Conseil général des ponts-et-chaussées.

Durant la vacance du gouvernement à la suite du décès de Perier en et dans le cadre d'une démarche visant à rompre avec le « laissez-faire » cher aux économistes libéraux au profit d'une action pro-active du gouvernement en matière de travaux publics, d'Argout, ministre du Commerce et des Travaux publics, remercie Bérard, directeur général des ponts-et-chaussées et des mines, le , promeut de faveur Legrand au grade d'inspecteur général le Texte « n° CXXV », arrêté ministériel du , Annales des ponts et chaussées - Lois, ordonnances concernant l’administration des ponts et chaussées, série, 1832, . Lors de sa promotion, Legrand est ingénieur-en-chef ; jusqu’alors les inspecteurs généraux sont choisis parmi les inspecteurs divisionnaires, « Sans autre exemple » d’une telle rapide promotion (Tarbé de Saint-Hardouin, Notices biographiques sur les ingénieurs des ponts et chaussées, Paris, Baudry et , 1884, )., puis le nomme à titre provisoire chargé de l’administration des ponts-et-chaussée le Ordonnance du , in Ravinet, Code des Ponts et chaussées et des mines, Tome cinquième, supplément, Paris, 1836, .. C'est le premier administrateur des ponts-et-chaussées et des mines non politique contrairement avant lui de Neufchâteau, Crétet, Montalivet, Pasquier, Molé, Becquey, Capelle et Bérard. Alexis Legrand sera proposé à la députation comme candidat ministériel à l'élection partielle de Mortain (Manche) le . Parallèlement, Legrand est nommé en 1831 conseiller d'État, fonction utile pour défendre les textes gouvernementaux au parlement en qualité de commissaire du gouvernement.

Peu avant les élections du 21 juin, Legrand est nommé le directeur général des ponts-et-chaussées et des minesLe Moniteur universel, , . Thiers est ministre du Commerce et des Travaux publics ( - ), puis ministre de l’Intérieur ( - ) en ayant l’administration des ponts-et-chaussées et des mines dans ses attributions..

À la suite de la nomination de Dufaure (centre gauche) en qualité de ministre des Travaux publics le dans le ministère Soult, figurant comme un des trois seuls politiques du cabinet essentiellement composé de techniciens et d'obligés du maréchal Soult, Legrand est nommé sous-secrétaire d’État aux Travaux publics le Ravinet, Code des ponts et chaussées et des mines, Tome huitième, second supplément, 1840, . Également Ordonnance du roi du 18 mai 1839 qui nomme M. Legrand, Sous-secrétaire d’état des travaux publics, et détermine ses attributions. Ses nouvelles attributions équivalent à celles de directeur général des ponts-et-chaussées et des mines telles que définies en 1832 (circulaire du au préfets, Secrétariat général – Nomination d’un sous-secrétaire d’état des travaux publics du , Annales des ponts et chaussées, série, lois, ordonnances et autres actes…, Paris, 1839, , (n° CMXXIII)..

Écarté de la direction générale des ponts-et-chaussées et des mines le , Legrand est nommé vice-président, puis président en , de la section de l'Agriculture, du Commerce et des Travaux publics au Conseil d'ÉtatLéon Aucoc, Le Conseil d’État avant et depuis 1789…, Paris, imprimerie nationale, 1876, et . . Dans ses nouvelles fonctions, il continue à prendre une part active au développement des Travaux publics par des avis du Conseil sur des textes législatifs et réglementaires.

Sans méconnaître ni gêner l'entreprise privée dont il voulait cependant empêcher les monopoles, Legrand croyait à la nécessité d'une grande impulsion donnée par l’État et le Trésor dans la réalisation des travaux publics. Sensible au progrès technique, il donna une impulsion majeure au développent des voies ferrées sans toutefois renoncer à la poursuite du réseau de navigation intérieure initié par le plan Becquey. Son action ne négligea pas l'amélioration du réseau routier (routes royales, routes départementales et vicinales, « routes stratégiques » de l'ouest, ponts en pierre ou suspendus), des bacs, des ports et des phares. Outre les aspects techniques, Legrand renouvela la législation relative à son administration (expropriation pour cause d'utilité publique, police des chemins de fer, police des routes, révision de la loi du relative aux mines, loi sur l'exécution des grandes lignes de chemins de fer...).

Activité politique L'activité politique de Legrand en qualité de député de la circonscription de Mortain, ou plus largement du département de la Manche, est inexistanteLa presse relate un déplacement de Legrand en juin 1834, accompagné de l'inspecteur divisionnaire Eustache, à Granville pour inspecter les travaux du port et du phare. Il se rend ensuite à Cherbourg (Le Moniteur universel, , ).. En outre, il ne participe à aucun débat dans l'hémicycle outre ceux relatifs aux Travaux publics (routes, canaux, chemins de fer, ports, dessèchement, irrigation, mines...) en qualité de commissaire du gouvernement puis en qualité de sous-secrétaire d'État aux Travaux publics. Le poids de son activité professionnelle et la nécessaire neutralité à observer entre les diverses sollicitations locales le tenaient à distance du jeu politique et des conflits d'intérêts.

La désignation de Legrand à la députation comme candidat ministériel s'inscrit dans la pratique des députés fonctionnaires caractéristique de la monarchie censitaire et d’une forme de corruption du Parlement :

+ Élection de M. LegrandAssemblée nationale base sycomore.Mortain (Manche) date membresdu collège votants participation nb de voix nb voix/votants 27 décembre 1832 270 161 59,6 % 94 58,4 % 21 juin 1834322 292 90,7 %166 56,8 % 4 novembre 1837 322 235 73,0 % 196 83,4 % 2 mars 1839 326 277 85,0 % 183 66,1 % 15 juin 1839« Nous donnons ci-après les élections des députés soumis à la réélection par suite d’acceptation de fonctions publiques. On y verra que ces honorables membres que le Ministère s’est adjoints ont été réélus, comme l’avaient été déjà les ministres eux-mêmes, à la presque unanimité. » (Le Moniteur universel, , ). 324 179 55,2 % 158 88,3 % 9 juillet 1842 338 265 78,4 % 144 54,3 % août 1846 399 357 89,5 % 238 66,7 % 15 janvier 1848 399 225 56,4 % 215 95,6 %

À la suite de la démission pour raison de santé du député LeverdaysLettre de démission in Le Temps, , ., Legrand est présenté en à la députation comme « candidat constitutionnel » pour lui succéder, face au candidat de « l'opposition » Chardel.