La Commission géodésique suisse est une commission de l’Académie suisse des sciences naturelles fondée en 1861 dans le cadre de l’Association pour la mesure de degrés en Europe centrale devenue plus tard l’Association géodésique internationale, puis l’Association internationale de géodésie.
Elle initie et coordonne les recherches géodésiques en Suisse. Elle a un rôle consultatif concernant l’élaboration des politiques helvétiques en matière de géodésie. Elle contribue à la diffusion des connaissance géodésiques auprès du grand public. Elle soutient l’extension des infrastructures géodésiques suisses y compris l’introduction de méthodologies et technologies innovantes. Elle maintient des liens avec les institutions internationales comme l’Association internationale de géodésie et l’Union géodésique et géophysique internationale.
Historique La Commission géodésique suisse est créée durant la publication de la carte Dufour et ses premiers travaux contribueront à la conception de l'Atlas topographique de la Suisse.
Les mesures géodésiques effectuée jusqu’à la moitié du permettent d’établir que la Terre est un ellipsoïde de révolution aplati aux pôles. Friedrich Wilhelm Bessel et d’autres géodésiens ont proposé des ellipsoïdes de référence qui correspondent aux dimensions de l’ellipsoïde qui répondent le mieux à l’ensemble de ces mensurations. Toutefois, les géomètres ont également démontré que la figure de la Terre diffère sensiblement de cette forme géométrique. Friedrich von Schubert démontre que tous les méridiens ne sont pas d'égale longueur.
En 1860, Elie Ritter, en se basant sur les mêmes données que Schubert qui penche pour un ellipsoïde à trois axes inégaux, confirme l'hypothèse selon laquelle la forme générale de la Terre est celle d'un sphéroïde de révolution. Toutefois l'année suivante, en se basant sur toutes les données disponibles à l'époque, Ritter arrive à la conclusion que le problème n'est résolu que de manière approximative, les données paraissant trop peu nombreuses, et en partie trop affectées par des causes locales, pour donner un poids suffisant au résultat. Selon son calcul, l'équation du méridien diffère de celle de l'ellipse et présente, vers le degré de latitude, un renflement dont l'épaisseur est difficile à déterminer en raison de l'incertitude concernant notamment la latitude de la station de Montjuïc.
En 1861, Johan Jacob Baeyer propose la création de l'Association pour la mesure des degrés en Europe centrale dont l'objectif est une nouvelle détermination des anomalies de la forme de la Terre au moyen de triangulations géodésiques précises, combinées à des mesures de la gravitation. Il s’agit de déterminer le géoïde au moyen de mesures gravimétriques et de nivellement, afin d’en déduire la connaissance exacte du sphéroïde terrestre tout en prenant en compte les variations locales.
Pour résoudre ce problème, il est nécessaire d’étudier avec soins et en tous sens des espaces considérables de terrain. Au printemps 1861, Baeyer élabore le plan de coordonner les travaux géodésiques de l’espace compris entre les parallèles de Palerme et Christiania (Oslo) et les méridiens de Bonn et de Trunz (nom allemand de Milejewo en Pologne). Ce territoire est couvert d’un réseau de triangle et comprend plus de trente observatoires ou stations dont la position est déterminée astronomiquement. Bayer propose de remesurer dix arcs de méridiens et un plus grand nombre d’arcs de parallèles, de comparer la courbure des arcs méridiens sur les deux versants des Alpes, afin de rechercher l’influence de cette chaîne de montagnes sur la déviation de la verticale. Il envisage également de déterminer la courbure des mers, de la Méditerranée et de l’Adriatique au sud, de la mer du Nord et de la Baltique au nord. Dans son esprit, la coopération de tous les États d’Europe centrale peut ouvrir le champ à des recherches scientifiques du plus haut intérêt, recherches que chaque État, pris isolément, n’est pas en mesure d’entreprendre.
Le , la délégation de Prusse à Berne soumet le projet de Baeyer au Conseil fédéral. Le Département fédéral de l’Intérieur le soumet à Guillaume Henri Dufour, chef du bureau topographique fédéral. Lors de la session de la Société helvétique des sciences naturelles de 1861 à Lausanne, le projet discuté par la section de physique de la Société est vivement appuyé par Élie Ritter et par Adolphe Hirsch. Sur leur proposition, la Société décide de donner un préavis favorable à l’accession de la Suisse à l’Association pour la mesure des degrés en Europe centrale et de constituer la Commission géodésique suisse. Ses membres fondateurs sont Rudolf Wolf, président (Zurich), Guillaume Henri Dufour, président d’honneur et Élie Ritter, bientôt remplacé par Émile Plantamour (Genève), Adolphe Hirsch (Neuchâtel) et Hans Heinrich Denzler (Berne).
La Commission géodésique suisse et la création du Bureau international des poids et mesures En 1855, la carte Dufour, première carte topographique de Suisse pour laquelle le mètre a été adopté comme unité de longueur, avait remporté la médaille d'or à l’Exposition Universelle de 1855. La neutralité perpétuelle qui avait été imposée à la Suisse lors du Congrès de Vienne l'obligeait à organiser une armée qui puisse repousser une éventuelle tentative d’invasion, afin de servir de zone tampon entre l'Autriche et la France. La cartographie était alors l’affaire des militaires. Louis Napoléon Bonaparte assista à la mesure d’une base près de Zurich. Les bases de la triangulation de la carte Dufour furent mesurées en 1834 au moyen de règles de trois toises de longueur étalonnées sur la toise de Repsold (égale à la toise fabriquée en 1821 par Jean-Nicolas Fortin pour Friedrich Georg Wilhelm von Struve). L'autre base géodésique, qui s'étendait de Walperswil à Sugiez dans le Grand-Marais, avait déjà été mesurée deux fois en 1791 et 1797 par Ferdinand Rudolph Hassler et Johan Georg Tralles, d'abord avec une chaîne comme celle que Jesse Ramsden avait fabriquée pour la jonction des observatoires de Greenwich et Paris (1784-1790), puis avec un appareil constitué de quatre toises métalliques calibrées sur une toise de Jacques Canivet. En 1804, Maurice Henry dirigea la mesure de la base d'Ensisheim dont les termes sont marqués par les stèles géodésiques de Sausheim et Oberhergheim. Cette base, mesurée avec trois des quatre règles conçue par Jean-Charles de Borda pour la mesure de la longueur du méridien terrestre par Delambre et Méchain (la première étant conservée comme module de comparaison à l'Observatoire de Paris), a servi à contrôler la précision des mesures successives de la base du Grand-Marais entre Walperswil et Sugiez.
Promoteur de l'introduction du système métrique en Suisse, Guillaume Henri Dufour contribue dès 1861 à la création de l'Association géodésique internationale en tant que membre de la Commission géodésique suisse. En 1861, lors de la création de la Mitteleuropäische Gradmessung (Association pour la mesure des degrés en Europe centrale) par le général Johann Jacob Baeyer, Adolphe Hirsch devient l'un des membres fondateurs de la Commission géodésique suisse qu'il animera pendant quarante ans. Il prend part à la majeure partie des travaux géodésiques et a, en particulier, dirigé avec son collègue Émile Plantamour, directeur de l'observatoire de Genève, le nivellement de précision de la Suisse. La première assemblée générale de l'Association pour la mesure des degrés en Europe centrale a lieu à Berlin en 1864. Il y est décidé d'adopter la Toise de Bessel, une copie de la Toise du Pérou réalisée en 1823 par Jean-Nicolas Fortin à Paris, comme étalon international..
En 1864, dans son rapport à la Commission géodésique suisse sur la conférence de Berlin, Adolphe Hirsch évoque sa crainte que le choix de la Toise de Bessel comme étalon international ne détourne d'une adhésion à l'Association géodésique internationale la France, où la règle N° 1 de la double-toise de Borda utilisée pour la mesure de la méridienne de Jean-Baptiste Joseph Delambre et Pierre Méchain est alors la référence pour la mesure de toutes les bases géodésiques, et les pays, qui, comme l'Espagne et les États-Unis, emploient le mètre.. En 1866, à Neuchâtel, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero propose l'adhésion de l'Espagne à l'association géodésique. C’est l’examen des divergences entre les différentes toises utilisées par les géodésiens qui conduit l’Association internationale de géodésie à considérer, lors de la réunion de sa Commission permanente à Neuchâtel en 1866, la fondation d'un Institut mondial pour la comparaison des étalons géodésiques, première étape vers la création du Bureau international des poids et mesuresCharles-Édouard Guillaume, La création du Bureau international des poids et mesures et son œuvre., Paris, Gauthier-Villars, 1927, , .
A l'instigation de Johan Georg Tralles, la République helvétique avait voté une loi visant à unifier les poids et mesures en adoptant le système métrique en 1801. Toutefois, en 1803, avec la chute de la République helvétique, la surveillance des poids et mesures revint aux cantons et la loi ne fut jamais appliquée. La création de l'État fédéral de 1848 fait à nouveau passer les poids et mesures de l'autorité des cantons à celle de la Confédération. Les étalonneurs cantonaux sont placés sous la haute surveillance du Bureau fédéral des poids et mesures fondé en 1862. La direction du Bureau fédéral des poids et mesures est confiée à Heinrich von Wild dès 1864. En 1868, la légalisation du système métrique sur l'ensemble de son territoire constitue une étape supplémentaire vers l'adhésion de la Suisse à la Convention du mètre.
En 1869, à la veille de la guerre franco-allemande, l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg enverra un rapport signé par Otto Wilhelm von Struve, Heinrich von Wild et Moritz von Jacobi invitant l’Académie des Sciences à une action commune en vue d’assurer l’usage universel du système métrique dans tous les domaines de la science. La même année Napoléon III convoque la Commission internationale du mètre qui se réunit à Paris en 1870 et en 1872. Le Second Empire s’effondre, mais le mètre survitHistoire mondiale de la France, Éditions Points, « Points », 2018 , .
Lorsqu'un conflit éclate concernant la présence d'impuretés dans l'alliage de 1874, Carlos Ibáñez e Ibáñez de Ibero, président de la Commission internationale du mètre, intervient auprès de l'Académie française des sciences pour que la France adhère au projet de création d'un Bureau international des poids et mesures doté des moyens scientifiques nécessaires pour redéfinir les unités du système métrique en fonction des progrès des sciencesINAUGURATION DU MONUMENT ÉLEVÉ A LA MÉMOIRE DE CARLOS iBÁÑEZ DE IBERO MARQUIS DE MULHACÉN A MADRID le mercredi 3 avril 1957. DISCOURS DE M. ALBERT PÉRARD Membre de l'Académie des sciences, in Notices et discours de l'Académie des sciences, pp. 27-28.