Le Village («Деревня») est une nouvelle de l'écrivain russe Dmitri Grigorovitch publiée en 1846. Elle décrit le destin tragique des paysans serfs de Russie, avant l'abolition du servage. L'histoire reflète les observations de Grigorovitch qui vivait à cette époque à la campagne, sur la vie en général et la vie des paysans en particulier; l'intrigue est basée sur un événement réel qui s'est déroulé dans le domaine de la mère de l'écrivain Lidia Lotman, Grigorovitch // История русской литературы: В 10 т. / АН СССР. Ин-т рус. лит. (Пушкин. Дом). — М.; Л.: Изд-во АН СССР, 1941-1956. Т. VII. Литература 1840-х годов. — 1955. — pp. 596-618..
Le Village a été publié en 1846 dans Les Annales de la Patrie (tome XLIX, section 1, pp. 177-229).
Ce récit est le premier exemple dans la littérature russe d'une description réaliste de la vie dure des serfs en Russie et a suscité une grande résonance. Ce thème est repris par Grigorovitch dans Antoine le pauvre hère («Антон-Горемыка»), publié en 1847.
Sujet L'action se déroule dans un village russe ordinaire parmi les serfs. Une vachère donne naissance dans une basse-cour à une fillette, mais la mère meurt pendant l'accouchement. Le bébé est donné par tirage au sort aux soins d'une autre vachère, Domna, mère de plusieurs enfants. La petite fille est nommée Akoulina et grandit sans affection, ne recevant que des coups et remontrances. Dès l'âge de sept ans, Akoulina se voit confier diverses tâches, principalement le pâturage des oies. Elle ne joue pas avec les autres enfants, mais accompagne les oies dans des champs éloignés, où elle se sent plus libre.
Lorsque le mari de Domna, Karp, revient à la maison, de retour de corvée, la situation d'Akoulina s'aggrave en raison de la mauvaise humeur de Karp. Elle est maladive et ne parle à personne et personne n'éprouve de sympathie pour elle. C'est ainsi que se déroulent les années, au cours desquelles endurant humblement toutes les brimades, Akoulina évite de toutes les manières possibles toute communication dans la famille.
Un jour, alors que le seigneur du village revient après une longue absence au village pour affaires, il remarque accidentellement Akoulina dans la rue et décide de faire une bonne action en la mariant. Grégoire, le fils du paysan Silanthe, devient le fiancé d'Akoulina, bien que sa famille soit extrêmement mécontente de devoir accueillir l'orpheline Akoulina dans la maison, et non une riche fiancée. Akoulina elle-même essaie de supplier le maître d'annuler le mariage; mais par timidité n'ose pas le faire. La cérémonie de mariage est arrangée sur un grand pied pour ne pas perdre la face, mais après la fête des épousailles, la situation d'Akoulina ne s'améliore pas et elle est toujours battue, réprimandée et confiée au travail le plus dur. Plus de neuf mois plus tard, Akoulina donne naissance à une fille, Dounka.
Quatre années passent, la santé d'Akoulina s'est considérablement dégradée. Bien que la femme de l'intendant, remarquant qu'elle est gravement malade, essaie d'aider Akoulina, il est trop tard. Au grand soulagement de la famille de son mari, Akoulina meurt en hiver, ne réussissant qu'à dire à Grégoire de ne pas battre Dounka avant sa mort. Grégoire, malgré le blizzard qui a commencé, porte le cercueil au cimetière afin d'enterrer sa femme au plus vite, et Dounka court après le traîneau, sous la neige et le vent.
Critique D'après la critique Lidia Lotman, cette nouvelle La nouveauté « était de se tourner avant tout vers la vie des paysans », parce que la littérature réaliste de cette époque « étudiait surtout la vie des pauvres dans les villes ou bien celle des classes supérieures ». De même, Anna Jouravliova remarque que bien que , il est plutôt présent chez les auteurs russes comme une sorte d'idée générale, alors qu'il doit être C'est ainsi que Grigorovitch a placé sa nouvelle Журавлёва А. И. Кое-что из былого и дум: О русской литературе XIXвека. М.: Издательство Московского университета, 2013. — p. 151..
Alors que Tourgueniev est considéré avec ses Mémoires d'un chasseur comme l'un des pionniers du thème paysan dans la prose russe, Tourgueniev lui-même dans ses mémoires a témoigné de la priorité de Grigorovitch : selon lui, Le Village illustre la première tentative de rapprocher notre littérature de la vie populaire, la première de nos — en allemand. Журавлёва А. И. Кое-что из былого и дум: О русской литературе XIXвека. М.: Издательство Московского университета, 2013. — p. 144..
À l'époque soviétique, il est considéré que l'orientation principale de ce récit est . De plus, Grigorovitch atteint dans sa première grande œuvre . Le succès de l'écrivain est dû également à des descriptions artistiques de la nature russe, à l'aide desquelles .
Immédiatement après sa publication, la nouvelle suscite des controverses chez les critiques russes. Ainsi Biélinski, qui l'admirait grandement, souligne son lien avec la description des caractères sociaux de manière réaliste. D'après lui, . La critique remarque pourtant le côté faible du récit, montrant que . Chez les slavophiles, Le Village est perçu négativement. Ainsi dans Le Moscovite, Iouri Samarine (sous le pseudonyme de M.Z.K) fustige en 1847 la nouvelle de Grigorovitch et la mentalité de la revue Le Contemporain. Il déclare que , et le plus frappant est . Biélinski écrit en réponse à Samarine: .
Une caricature moqueuse de l'écrivain (par Mikhaïl Nevakhovitch) est publiée dans la revue illustrée Eralach sous le titre avec la phrase du fabuliste Krylov: «Ce n'est pas trop visible, / mais copieux». Grigorovitch se rappelle dans ses Souvenirs littéraires Григорович Д. В. Литературные воспоминания. М.: Гос. изд-во худож. лит-ры, 1961. pp. 101, 178.:
Notes et références
Liens externes Texte in extenso de la première publication (1846) Source de la traduction
Catégorie:Nouvelle russe parue en 1846 Catégorie:Nouvelle russe